L'église Saint-Nicolas est une église catholique paroissiale située à Jonquières (Oise), en France. C'est une petite église rurale qui a été bâtie entre la fin du et le début du , et largement reconstruite après la Guerre de Cent Ans, au premier quart du , avec une nouvelle consécration au début de l'année 1522. À l'extérieur, c'est le style gothique qui domine. À l'intérieur, il se mêle au style gothique flamboyant, qui est d'une facture rustique dans la nef et ses bas-côtés, et plus soigné pour la voûte de la croisée du transept et les clés de voûte du transept et de l'abside. Il n'y a pas de clocher à proprement parler, mais seulement une flèche de charpente ; le portail est presque fruste ; et les rares chapiteaux sculptés sont d'une grande simplicité. Sur le plan architectural, l'église Saint-Nicolas est donc de faible intérêt, d'autant plus que les voûtes de la nef et des bas-côtés sont des pastiches néogothiques de 1879. Toute la richesse de l'église sont ses seize vitraux polychromes, que l'abbé Deligny, curé de Jonquières, a confectionné lui-même entre 1849 et 1859. Autodidacte, il déploie un style très personnel, naïf, influencé par l'art du vitrail du mais à contre-courant des réalisations de son époque, et préfigurant l'Art nouveau par l'éclat des couleurs, la stylisation des motifs, et leur caractère ornemental. Ceci vaut surtout pour les chefs-d'œuvre, le vitrail du Rosaire au nord, et le vitrail des Apôtres au sud du transept. Pratiquement tous les vitraux sont figurés, mais aucun ne représente un personnage à part entière, et tout le dessin est suggéré par la juxtaposition de fragments de différentes couleurs, sans aucun recours à la peinture sur verre. L'église Saint-Nicolas a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du ., et se présente aujourd'hui dans un bon état. Elle est affiliée à la paroisse des Seize bienheureuses Carmélites de Compiègne.

Localisation thumb|left|Vue depuis le sud.

L'église Saint-Nicolas est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée de l'Oise, à de la rive droite, et non loin de l'agglomération de Compiègne, sur la commune de Jonquières, rue de l'Archerie (RD 10). L'élévation septentrionale est alignée sur cette route. La façade occidentale donne sur un petit parvis fermé par des murs, qui s'insère entre la route et le mur du cimetière. L'élévation méridionale et le chevet en partie sont bordés par le cimetière. L'on bénéficie d'une vue sur le chevet depuis la rue Saint-Nicolas, qui est perpendiculaire à la rue de l'Archerie. L'édifice est ainsi dégagé de constructions mitoyennes, et bien visible de tous les côtés. La rue de l'Église, qui existe sur la commune un peu plus à l'ouest, ne correspond pas à sa situation réelle, et ne jouxte même pas le cimetière.

Historique thumb|left|Vue intérieure générale.

L'on ignore tout sur les origines de la paroisse, et les documents sur l'histoire de l'église sont rares pour toute la période de l'Ancien Régime. L'analyse stylistique permet de situer le début de la construction à la fin du , et l'achèvement des travaux au tout début du . L'église est dédiée à saint Nicolas. Le collateur de la cure est primitivement l'évêque de Beauvais. En 1245, Raoul de Coudun fait don d'une propriété qu'il possède à Élincourt en vue de la fondation d'un prieuré clunisien dédiée à sainte Marguerite. Dans le contexte de l'approbation de ce don, Robert de Cressonsacq, évêque de Beauvais, confère au prieur d'Élincourt le droit de la présentation à la cure de Jonquières. Il présente également à la chapelle Saint-Jean, dont l'on a oublié jusqu'à sa position géographique. Sous la Guerre de Cent Ans, l'église est lourdement endommagée. Entre 1510 et 1521 environ, elle bénéficie d'une reconstruction dans le style gothique flamboyant. Les parements extérieurs et les contreforts de l'abside sont repris ; la croisée du transept est revoûtée ; les clés de voûte de la première période gothique sont substituées à un décor au goût du jour ; les grandes arcades et les piliers de la nef sont rebâtis ou repris en sous-œuvre, et les fenêtres des bas-côtés sont agrandies. Le , l'église est nouvellement consacrée par Jean des Pleurs, évêque in partibus de (Thrace), qui assume les responsabilités de l'évêque de Beauvais pendant la vacance du siège entre 1521 et 1523. On le sait grâce à un petit parchemin conservé dans une petite boîte ronde, qui fut retrouvé lors de la restauration du maître-autel en 1835. En 1762, le portail occidental est réparé, probablement grâce au concours de la famille de Boubers, dont les armes figuraient jadis à son sommet.. thumb|upright|Verrière au nord-est de l'abside - divers symboles. thumb|upright|Verrière sud de l'abside - essentiellement ornementale.

Jusqu'à la Révolution française, la paroisse relève du doyenné de Coudun, de l'archidiaconé de Breteuil et du diocèse de Beauvais. Les hiérarchies ecclésiastiques sont bouleversées sous la Révolution, et le culte est interdit entre l'automne 1793 et le printemps de 1795. Sous le concordat de 1801, le diocèse de Beauvais est annexé au diocèse d'Amiens, situation qui perdure jusqu'en 1822. En 1807, Jonquières perd son curé, et le poste reste vacant pendant vingt-sept ans. L'église Saint-Nicolas est quasiment abandonnée. En 1832, Louis Graves note que les voûtes de la nef et des bas-côtés sont lézardées, et paraissent exiger de promptes réparations.. En 1834, Jonquières retrouve enfin un curé avec le jeune abbé Théodore-Cyrille Deligny, qui vient juste d'être ordonné prêtre. Né à Francières en 1808, il avait d'abord travaillé comme cordonnier avec son père, avant de partir au collège de Compiègne sur le conseil de l'instituteur. Puis il fait ses études au grand séminaire de Beauvais. Lors de son installation à Jonquières, il trouve l'église dans un piteux état. Outre la fragilité des voûtes, la sacristie menace de s'écrouler, les vitraux sont percés, et le décor, les ornements et les objets liturgiques sont détériorés ou manquants. L'abbé Deligny décide d'y remédier, et commence par le rétablissement des reliques au maître-autel en . Manquant d'argent pour la consolidation des voûtes de la nef et des bas-côtés, il les fait remplacer par des plafonds plats. Autodidacte, il confectionne lui-même de nouveaux vitraux à partir de verre coloré de récupération, entre 1849 et 1859. Ces dix-sept vitraux figurés, aux motifs uniquement symboliques, sont à vocation pédagogique. Expressions d'un art naïf et considérés ultérieurement comme précurseurs de l'Art nouveau, ils sont méprisés par les curés des communes voisines. En 1861, l'abbé Deligny est muté à Remy, où il continue son œuvre. À Jonquières, le vitrail d'axe de l'abside est malheureusement remplacé par un vitrail néogothique, peint par Louis Koch, de Beauvais, en 1897..

Le , la foudre frappe violemment l'église Saint-Nicolas. La flèche octogonale est détruite. Les paroissiens lancent immédiatement une souscription afin de réunir la somme nécessaire à la mise en œuvre des réparations. Le devis se monte à . La souscription donne , et la commune et le conseil général accordent une subvention de pour la remise en état de l'intérieur de l'église. Les travaux démarrent dès l'année suivante, et s'achèvent en 1880. Les plafonds plats installés sous l'abbé Deligny cèdent à de fausses voûtes d'ogives en briques creuses. Les piles du transept et la voûte de la croisée sont consolidées, et une pyramide sur plan carré se substitue à l'ancienne flèche. L'église est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du . Ce n'est qu'au cours des années 1930 que l'on commence à se rendre compte de l'originalité et de la valeur artistique des vitraux. Ils sont signalés à Pauline Peugniez et Pauline Peugniez, et le père Marie-Alain Couturier envisage de publier un article intitulé « Deligny, un grand verrier du ». Depuis les années 1950, les vitraux de l'abbé Deligny font l'objet de soins attentifs de la part de la municipalité, et sont successivement restaurés. En 2004, le clocher et la flèche sont consolidées pour une nouvelle fois. — Jonquières n'est aujourd'hui plus une paroisse indépendante, et l'église Saint-Nicolas est affiliée à la paroisse des Seize bienheureuses Carmélites de Compiègne - paroisse de Compiègne-sud érigée en 1996.. Les messes dominicales y sont habituellement célébrées le quatrième dimanche du mois à 9 h 30, sauf en juillet et août. Grâce à la présence du Carmel, à la sortie est du village, les habitants peuvent toutefois quotidiennement assister à la messe, à 11 h..

Description thumb|Plan de l'église.

Aperçu général

Régulièrement orientée, l'église répond à un plan cruciforme simple et tout à fait symétrique. Elle se compose d'une nef de trois travées accompagnée de deux bas-côtés, d'un transept légèrement débordant, et d'une abside à pans coupés. Une flèche de charpente recouverte d'ardoise s'élève au-dessus de la croisée du transept. La sacristie se situe devant le croisillon sud. Une tourelle d'escalier ronde flanque l'angle sud-ouest du même croisillon. L'ensemble de l'église est voûtée d'ogives, mais il s'agit de fausses voûtes en briques creuses. L'accès s'effectue uniquement par la façade occidentale, soit par le petit portail du bas-côté nord, soit par le grand portail de la nef. Une toiture unique à deux rampants recouvre la nef et les bas-côtés, et chacun des croisillons dispose également d'un toit à deux rampants avec pignon respectivement au nord et au sud. L'abside est munie d'un toit à croupes.

Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Nef, vue vers l'est.

La nef est constituée de trois travées barlongues. Elle a la double largeur des bas-côtés et est seulement moitié plus élevée, comme fréquemment à la période flamboyante. Mais les parties orientales, qui conservent des voûtes du début du , ne sont pas plus élevées, et l'église Saint-Nicolas a toujours été une petite église rurale d'une architecture simple. Les élévations latérales de la nef s'organisent sur deux niveaux, à savoir l'étage des grandes arcades et un étage de murs hauts aveugles. Il ne conserve aucune trace d'anciennes fenêtres hautes à l'intérieur, mais des vestiges sont peut-être visibles depuis les combles des bas-côtés. L'éclairage par la lumière naturelle est donc assuré uniquement par la fenêtre occidentale au-dessus du portail, qui est en plein plein cintre et profondément ébrasée, et remonte à la fin du , comme le montre aussi la décoration extérieure. De plus, le jour entre indirectement par les baies des bas-côtés et des parties orientales. Les voûtes de 1879 / 1880 retombent sur des culs-de-lampe tous identiques, représentant des anges. Ils sont cohérents avec le style flamboyant, de même que le profil aigu des ogives et arcs-doubleaux, qui sont aussi minces que les ogives.