vignette|upright=1.5 |alt=Peinture montrant une charge de cavalerie, sabres au clair. |Charge de cavalerie, toile d'Emilian Lăzărescu : une grande charge telle qu'imaginée par ce peintre roumain installé en France. La cavalerie française pendant la Première Guerre mondiale a une participation relativement secondaire aux événements. Les combattants à cheval se révélant très vulnérables face à la puissance de feu de l'infanterie et de l'artillerie, les différentes unités de cette arme accomplissent essentiellement des missions d'auxiliaires pendant la « Grande Guerre » (de 1914 à 1919), même si le début du conflit correspond à son apogée en termes d'effectifs montés.

Principalement déployée sur le front occidental, la cavalerie française participe aux opérations de l'été 1914, assurant surtout des missions de reconnaissance et de patrouille. Rapidement, les cavaliers combattent systématiquement démontés, tirant avec leur carabine. À partir de l'automne 1914, la guerre de tranchées a pour conséquence de diminuer fortement le rôle de la cavalerie : une partie des régiments abandonne ses chevaux, forme des « divisions de cavalerie à pied » et participe aux combats en tant que fantassins. La reprise de la guerre de mouvement en 1918 redonne à la cavalerie une utilité, comme infanterie montée.

Plusieurs autres régiments de cavalerie sont envoyés sur les autres théâtres d'opérations de la Première Guerre mondiale, où ils ont parfois été beaucoup plus utiles à cheval qu'à pied : au Maghreb, dans les Balkans ou au Proche-Orient.

Enfin, cette période est aussi celle du début de la mécanisation, la cavalerie française recevant pour la première fois en dotation quelques automitrailleuses.

Situation avant-guerre L'armée française comporte plusieurs types d'unités de cavalerie, dont le nom, l'armement et l'uniforme sont des héritages. Les cuirassiers et les dragons forment la cavalerie lourde, tandis que les chasseurs à cheval et les hussards appartiennent à la cavalerie légère ; s'y ajoutent les chasseurs d'Afrique et les spahis, qui sont les cavaliers légers de l'armée d'Afrique. Entre la cavalerie lourde et la légère, les différences concernent les chevaux (respectivement d'une part des anglo-normands et d'autre part des anglo-arabes ou des barbes), la taille des cavaliers (grands dans la lourde, petits dans la légère)La taille des cavaliers devait être théoriquement comprise dans la cavalerie légère entre pour un poids limité à , chez les dragons entre pour pas plus de et les cuirassiers entre avec maximum . Pour les maréchaux-ferrants, les selliers, les armuriers et les tailleurs des régiments légers, la taille minimale est abaissée à . et le service attendu (la lourde est censée affronter la cavalerie adverse lors des batailles rangées, tandis que la légère se charge de la petite guerre).

Entre 1872 et 1913, une succession de lois modifie la durée du service militaire et le mode de recrutement, ce qui a un impact sur la formation des cavaliers : en 1872, la durée du service est fixée à cinq ans et le tirage au sort est maintenuLoi du 27 juillet 1872 sur le Recrutement de l'armée, promulguée au Journal officiel du 17 août 1872, . ; en 1889, la durée est abaissée à trois ansLoi du 15 juillet 1889 sur le Recrutement de l'Armée, promulguée au Journal officiel du 17 juillet 1889, . ; enfin, la loi du porte la durée du service à deux ans, tandis qu'est aboli le tirage au sortLoi du 21 mars 1905 modifiant la loi du 15 juillet 1889 sur le Recrutement de l'Armée et réduisant à deux ans la durée du service dans l'Armée active, promulguée au Journal officiel du 23 mars 1905, .. Cette dernière loi pose problème à l'encadrement de la cavalerie qui estime avoir besoin de plus de temps pour former ses cavaliers : en 1913, la loi des trois ans augmente la durée du service militaire d'un an, ce qui lui donne satisfactionLoi du 7 août 1913 modifiant les lois des cadres de l'infanterie, de la cavalerie, de l'artillerie et du génie, en ce qui concerne l'effectif des unités et fixant les conditions du recrutement de l'armée active et la durée du service dans l'armée active et ses réserves, promulguée au Journal officiel du 8 août 1913, .. Le recrutement de la cavalerie est traditionnellement un peu particulier : la proportion des cadres, c'est-à-dire les officiers et sous-officiers, est bien plus importante que dans l'infanterie ; une plus grande partie des effectifs est composée de militaires de carrièreEn cas d'engagement, le volontaire a le choix de son arme d'affectation, ainsi qu'une prime de et une haute-paye de par jour après deux ans de service. ; enfin s'y retrouvent nombre de descendants de l'ancienne noblesse.

Armement et uniformes vignette |alt=Peinture en couleur, avec au premier plan un cavalier en grande tenue. |Hussard en 1879, d'après Édouard Detaille : tunique bleu ciel, pantalon garance et shako à plumet ; le sabre est complété par une carabine. Tous les cavaliers sont armés du sabre, à lame droite dans la cavalerie lourde et à lame courbe dans la légère. L'emploi de la lance dans la cavalerie française avait été supprimé en 1871 mais cette arme est de nouveau distribuée depuis 1890 dans tous les régiments de dragons, en réaction au renouvellement des lances des uhlans allemands en 1889. La cavalerie légère reçoit à son tour la lance à partir de 1913 : une douzaine de régiments de hussards et de chasseurs l'obtient avant de partir en campagne.. Cette lance est en bambou du Tonkin (modèle 1890) ou en acier (modèle 1913), faisant dans le second cas de long. L'armement est complété par une carabine (c'est-à-dire à l'époque un fusil au canon raccourci, modèle 1890 à répétition, avec chargeur de trois coups, dotation de et une hausse jusqu'à mais graduée seulement entre ) ou un revolver (modèles 1873 ou 1892, pour les officiers, sous-officiers et tous les cavaliers ne portant pas la carabine).

Dans la cavalerie lourde, la tête du cavalier est protégée par un casque métallique à cimier, tandis que sa nuque l'est par une crinière flottante. Les cuirassiers ont la particularité de porter la cuirasse, pesant huit kilogrammes, qui protège efficacement des armes blanches, mais pas des éclats d'obus, des shrapnels ou des balles. À partir de 1900, toute la cavalerie lourde doit porter la tunique en drap bleu foncé (le collet et les pattes de parement des cuirassiers sont garance, tandis que ceux des dragons sont blancs), le pantalon garance (passepoilé en bleu foncé) et le manteau gris de fer bleuté, du juillet 1900, publiée au JORF du 4 juillet 1900, ..

Pour la cavalerie légère, la culotte est en drap garance et la tunique est de drap bleu de ciel (le dolman à brandebourgs est progressivement remplacé depuis 1900), censé se fondre dans l'arrière-plan du paysage, les guerres précédentes ayant démontré l'intérêt d'un peu de camouflage. Des expérimentations sont menées pour trouver une tenue de campagne encore moins visible : la tenue couleur « réséda » (un vert foncé) est essayée en 1911 par le en garnison à Saint-Mihiel. La différence entre les types de régiments se limite au collet et aux pattes de parement, garance pour les chasseurs et bleu de ciel pour les hussards. Pour remplacer le shako, une douzaine de casques sont testés entre 1879 et 1913 dans plusieurs régiments de hussards et de chasseurs : au début type « policeman », ou à cimier, en cuir (suffisant pour protéger des coups de sabre), puis en métal (acier et cuivre ou aluminium). Le casque adopté en 1913 ressemble à celui des dragons, la bombe en acier ornée d'un bandeau en laiton (avec sur l'avant une décoration représentant un cor de chasse pour les chasseurs ou une étoile à cinq branches pour les hussards), le cimier portant une crinière, avec un couvre-casque de campagne en toile : seuls quelques régiments en sont partiellement dotés en 1914, les livraisons étant prévues jusqu'en 1919..

Organisation

La cavalerie est structurée en unités hiérarchisées, avec pour chaque niveau un effectif théorique. Environ forment un peloton commandé par un lieutenant ou un sous-lieutenant ; quatre pelotons composent un escadron de 120 à 135 chevaux sous les ordres d'un capitaine ; quatre escadrons sont regroupés en temps de paix au sein d'un régiment d'environ 500 sabresSe rajoutent aux quatre escadrons (parfois plus dans l'armée d'Afrique) le peloton d'état-major (PEM), le peloton hors-rang (PHR) comprenant les spécialistes nécessaires (maréchal-ferrant et ses aides-maréchaux, bourrelier, perruquier faisant office de coiffeur-barbier, etc.), ainsi qu'un escadron de dépôt., commandé par un colonel ou un lieutenant-colonel (deux escadrons, soit un « demi-régiment », peuvent être confiés à un chef d'escadrons). Deux ou trois régiments forment une brigade, deux ou trois brigades forment une division, chacune commandée par un général de brigade ou un général de division. L'organisation est exactement la même qu'en Allemagne, avec des effectifs similaires. Enfin, les unités de cavalerie comprennent systématiquement moins d'hommes que dans l'infanterie : un peloton de cavalerie fait la taille d'une demi-section d'infanterie, un escadron fait celle de deux sections, un régiment de cavalerie est équivalent à seulement deux compagnies d'infanterie, une brigade de cavalerie un bataillon et une division de cavalerie un simple régiment d'infanterie.

vignette|alt=Carte postale avec une photo noir et blanc montrant une entrée gardée par une douzaine de soldats portant dolman à brandebourgs. |L'entrée du quartier de cavalerie (c'est-à-dire la caserne) du (recréé en 1873) à Vendôme. Ce régiment léger est affecté à la de cavalerie. vignette|alt=Colonne de cavaliers français sur quatre de front, de dos, la route pavée bordée par des civils. |Colonne de cavalerie française au début du , lors des grandes manœuvres.

En , la Garde impériale est dissoute et ses six régiments de cavalerie sont renommés début 1871Les guides de la Garde forment le , les chasseurs à cheval de la Garde le , les dragons de l'Impératrice le , les lanciers de la Garde le , les carabiniers de la Garde le et les cuirassiers de la Garde le .. Les régiments de lanciers disparaissent tous en 1871. Après la défaite française de 1871 et la dissolution des régiments de marche, la cavalerie française compte 56 régiments en métropole et sept en Afrique du Nord, dont 12 de cuirassiers, 20 de dragons, 10 de hussards, 14 de chasseurs, quatre de chasseurs d'Afrique et trois de spahis. S'y rajoute le régiment de cavalerie de la Garde républicaine, qui dépend de la gendarmerie. Les effectifs de l'ensemble des troupes françaises sont augmentés pour se mettre au niveau du voisin allemand, dans une sorte de course aux armements qui se poursuit jusqu'à 1914. En 1873, 14 nouveaux régiments de cavalerie sont créésDécret du 29 septembre 1873 portant création de 14 régiments de cavalerie, , promulgué au Journal officiel du 29 et du 30 septembre 1873.. La loi des cadres et effectifs de 1875 prévoit donc 70 régiments en métropole (12 de cuirassiers, 26 de dragons, 12 de hussards et 20 de chasseurs) ainsi que sept régiments en Afrique du Nord (quatre de chasseurs d'Afrique et trois de spahis)Loi du 13 mars 1875 relative à la constitution des cadres et des effectifs de l'Armée active et de l'Armée territoriale, promulguée au Journal officiel du 28 mars 1875, ... Une partie de ces régiments est regroupée pour former cinq divisions de cavalerie, composées chacune de trois brigades (de cuirassiers, de dragons ou de cavalerie légère) ; le reste est affecté à chaque corps d'armée à raison d'une brigade de cavalerie (un régiment de cavalerie légère et un de dragons).