Le Circuit cycliste des Champs de Bataille est une course cycliste qui se déroule du au . Moins d'un an après la signature de l'armistice de la Première guerre mondiale, l'épreuve a la particularité de traverser des routes et régions meurtries par les combats. Organisé par Le Petit Journal, à l'initiative de son secrétaire Marcel Allain, le Circuit compte sept étapes, pour un parcours total de , dessiné et reconnu par Alphonse Steinès. Quatre-vingt-sept coureurs prennent le départ de l'épreuve à Strasbourg. Le Belge Charles Deruyter remporte trois étapes et s'adjuge le classement général final.
Présentation Naissance de la course
Dès l'année 1919, au lendemain de la signature de l'armistice, les organisateurs des principales épreuves d'avant-guerre annoncent leur renaissance après plusieurs années d'interruption, à l'image de Paris-Roubaix et du Tour de France. Dans son édition du , le quotidien Le Petit Journal lance un projet de « Pâques sportives » qui consisterait à regrouper plusieurs épreuves sportives (football, rugby, cross-country ou encore aviation) dont le centre géographique serait situé à Strasbourg, ville redevenue française. Marcel Allain, secrétaire du Petit Journal, lance l'idée d'une course cycliste qui parcourrait les régions les plus durement touchées par la guerre, en suivant la ligne de front de 1918 de la Flandre à la Meuse en passant par la région d'Ypres, la Somme et la Champagne. C'est la naissance du Circuit cycliste des Champs de Bataille.. Si le Circuit des Champs de Bataille vise à faire vivre le souvenir des années de guerre, Marcel Allain donne un autre objectif à la course, celui
Peu avant le départ de Strasbourg, la rédaction du Petit Journal souligne à nouveau le caractère exceptionnel de l'épreuve :
Parcours thumb|Alphonse Steinès est chargé par le Petit Journal de reconnaître le parcours.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en costume complet portant une courte barbe et des lunettes. Le Petit Journal publie une première esquisse du parcours au cours du mois de janvier, qui relie les villes de Strasbourg, Luxembourg, Bruxelles, Amiens, Paris, Bar-le-Duc et Belfort au cours de sept étapes.. Le choix de Strasbourg comme ville de départ et d'arrivée révèle la volonté des organisateurs de célébrer l'Alsace redevenue française. Le passage par Belfort se veut lui aussi symbolique pour l'organisation, qui rend ainsi hommage à la résistance de la ville pendant l'occupation allemande de 1870. Alphonse Steinès, qui est notamment à l'origine du passage des coureurs du Tour de France dans les Pyrénées en 1910, est chargé par la rédaction du quotidien de reconnaître le parcours pour rendre compte de l'état des routes..
L'étape prévue entre Paris et Bar-le-Duc est celle qui inspire le plus d'inquiétudes à Alphonse Steinès car le réseau routier entre Reims et Verdun est très abîmé. Il envisage même un temps de neutraliser la course dans ce secteur, une décision finalement retirée par les organisateurs une semaine avant le départ. La traversée de la plaine de la Woëvre, dans le secteur de Pont-à-Mousson, semble elle aussi difficile après les destructions causées par les violents combats du Bois-le-Prêtre entre et . Le mauvais état des routes constitue donc la principale difficulté du parcours, qui comporte également l'ascension du ballon d'Alsace dans la entre Belfort et Bar-le-Duc.
Règlement et organisation Les responsables du Petit Journal, qui ont déjà démontré leurs compétences dans l'organisation d'épreuves sportives comme Paris-Brest-Paris ou Paris-Rouen automobile, reçoivent le soutien de la rédaction de L'Auto, organisatrice du Tour de France. Le président de la République Raymond Poincaré et le maréchal Foch apportent leur patronage à la compétition. L'épreuve reçoit également le soutien de l'Union cycliste internationale, dont le président Émile De Beukelaer est nommé juge-arbitre de la compétition. Le règlement de la course est établi avec le concours de l'Union vélocipédique de France.
Des affichettes bleues aux couleurs du Petit Journal sont installés tout au long du parcours pour indiquer leur route aux coureurs. Six voitures officielles suivent la course, dont une accueillant Marcel Allain, tandis qu'un convoi de camions transporte vêtements et matériel de rechange entre chaque ville-étape. L'épreuve est richement dotée par les organisateurs afin d'attirer des coureurs de renom. Le vainqueur de chaque étape se voit ainsi remettre une prime de , ce qui correspond notamment à la prime de victoire sur Paris-Roubaix la même année. Le vainqueur du classement général empoche , le second reçoit et le troisième obtient , pour un total de distribués aux coureurs qui arrivent à Strasbourg. L'ensemble des prix aux étapes atteint , auxquels il faut ajouter les nombreux prix offerts par les villes traversées et une indemnité journalière pour les concurrents qui sont encore en course après les deux premières étapes.. Le succès des coureurs dépendant également de la fiabilité et de la solidité du matériel utilisé sur des routes en mauvais état, un crédit de payables en publicité dans les colonnes du Petit Journal pour la marque qui équipe le vainqueur est également annoncé par les organisateurs.
Coureurs engagés Cent-trente-huit coureurs sont initialement engagés, d'après une liste que publie le journal L'Auto le , mais seulement quatre-vingt-sept d'entre eux prennent finalement le départ de Strasbourg le lendemain.. Parmi ces engagés, on retrouve , , , et un Tunisien.. Dans le contexte des travaux menés par la Conférence de paix, la rédaction du Petit Journal annonce dans son édition du qu'aucun coureur originaire des pays belligérants ennemis de la France ne sera accepté, ce qui exclut de fait les coureurs allemands.
Parmi les principaux favoris de l'épreuve se trouvent trois Français : Jean Alavoine, plusieurs fois vainqueur d'étape sur le Tour de France, dont il a pris la en 1914, Paul Duboc, ancien vainqueur du Tour de Belgique, et Maurice Brocco, également vainqueur d'étape sur le Tour en 1911. Le Belge Henri Van Lerberghe, vainqueur du Tour des Flandres 1919, est lui aussi présent au départ, tout comme son dauphin Lucien Buysse et leur compatriote Charles Deruyter, du Tour de France 1912 et spécialisé dans les courses d'un jour avant la guerre. Le Suisse Oscar Egg, recordman de l'heure, complète la liste des favoris.. L'incertitude quant à la participation des coureurs demeure jusqu'à quelques semaines du départ, certains coureurs étant encore mobilisés. C'est le cas de Jean Alavoine, qui reçoit son ordre de démobilisation à moins de cinq semaines du départ de l'épreuve.
Bien que le plateau du Circuit des Champs de Bataille soit plutôt fourni, de nombreux coureurs de renom ont décliné l'invitation des organisateurs, à l'image d'Henri Pélissier, le vainqueur de Paris-Roubaix disputé quelques semaines plus tôt, ou encore les Belges Odile Defraye et Philippe Thys, anciens vainqueurs du Tour de France.
Déroulement de la course : Strasbourg-Luxembourg thumb|alt=Photographie en noir et blanc d'un jeune homme souriant vu en contre-plongée.|Le Suisse Oscar Egg remporte la première étape de l'épreuve. Le départ de la du Circuit des Champs de Bataille est donné le , à six heures du matin, devant un café de la place Broglie de Strasbourg. L'étape mène les coureurs jusqu'à Luxembourg, au terme d'un parcours de . Les conditions météorologiques froides, venteuses et pluvieuses sont très défavorables à la progression des coureurs. Le peloton est toujours groupé à Metz, où les coureurs arrivent avec une heure de retard sur l'horaire prévu, après seulement de course. Le Suisse Oscar Egg et les Belges Basile Matthys et Jules Van Hevel s'échappent tous les trois dans la vallée de la Moselle, en direction de Thionville. Oscar Egg heurte un chien et passe par-dessus son vélo, tandis que deux autres Belges, Lucien Buysse et Aloïs Verstraeten, rejoignent les deux hommes de tête. Le quatuor belge qui pense se disputer la victoire d'étape se trompe de route à proximité de la frontière luxembourgeoise. Oscar Egg repasse en tête, accompagné de José Pelletier, avant de distancer ce dernier pour s'imposer en solitaire dans la capitale luxembourgeoise. Il devance Jules Van Hevel et Lucien Buysse, tandis que José Pelletier, qui s'effondre en fin de course, termine au huitième rang. Le dernier de l'étape, Louis Ellner termine à plus de huit heures d'Oscar Egg. Dans les colonnes du Petit Journal, Marcel Allain souligne la difficulté rencontrée par les coureurs lors de cette étape :
: Luxembourg-Bruxelles thumb|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste sur son vélo, portant un maillot avec l'inscription Automoto, une besace et des chambres à air en bandoulière, le regard porté vers la droite.|Malgré une longue échappée à travers les Ardennes, Lucien Buysse se contente de la deuxième place. Le , les coureurs s'élancent depuis le Café de la Paix, sur le boulevard Royal de Luxembourg, dans des conditions climatiques glaciales. Au quarantième kilomètre, Lucien Buysse et Basile Matthys s'échappent. Ce dernier est retardé sur un problème mécanique, et Lucien Buysse poursuit seul son effort pour compter jusqu'à d'avance sur un groupe de six coureurs, composé des Français André Huret et Fernand Lemay et des Belges Hector Heusghem, Albert Dejonghe, Urbain Anseeuw et Hubert Verdickt. Les chutes de neige redoublent alors que les coureurs traversent le massif ardennais. Après une chute et plusieurs crevaisons, Oscar Egg, leader du classement général après son succès dans la première étape, abandonne à Liège. Alors qu'en tête de la course, Lucien Buysse accuse la fatigue, Albert Dejonghe lâche les autres poursuivants et rejoint l'homme de tête peu avant Louvain. Il franchit en solitaire la ligne d'arrivée située dans le parc de Laeken, tandis que Lucien Buysse se contente de la deuxième place. Albert Dejonghe prend également la tête du classement général, avec plus de trente-deux minutes d'avance sur son dauphin. Les coureurs belges, qui occupent les six premières places du classement de l'étape, confirment leur domination. Septième de l'étape, Paul Duboc est le premier Français.
: Bruxelles-Amiens