La place fortifiée de Besançon, appelée aussi camp retranché de Besançon, est un ensemble de défenses militaires établies autour de la ville de Besançon depuis le Moyen Âge. Ces réalisations portent notamment l'empreinte de Vauban qui remanie, à la fin du , l'enceinte urbaine de la boucle, la ceinture de Battant et la citadelle.
Un siècle après et durant une centaine d'années (de la fin du à la fin du ), la construction d'un ensemble d'ouvrages détachés (redoutes, forts, batteries, abris), implantés de un à dix kilomètres du centre-ville, permet de réaliser un camp retranché. Ce dernier fait partie du système Séré de Rivières, un vaste ensemble de fortifications couvrant particulièrement l'Est de la France. La place de Besançon devient à la fin du , un élément de seconde ligne de la « barrière de fer »Nom donné par les Allemands au système Séré de Rivières. ainsi constituée.
Phases de construction
Premier élargissement (1791-1870)
Il n'y a pas de renforcement de la fortification bisontine jusqu'aux menaces potentielles générées par la Révolution, à savoir l'intervention des nations favorables au rétablissement de la Monarchie. En 1791, le directeur des fortifications de Besançon et inspecteur général Claude le Michaud d'Arçon propose l'implantation de lunettes de sa conception, ouvertes à la gorge, disposant d'un réduit de sûreté et de fossés défendus par des casemates à feux de revers. Une liaison souterraine avec l'intérieur des places est prévue (mais non réalisée sur Besançon). Cinq sites sont retenus : colline de Chaudanne, rebord du plateau en avant du front de secours de la citadelle (2), colline de Bregille et sa position intermédiaire de Beauregard. En définitive, Bregille ne sera pas réalisé et seul Chaudanne sera construit rapidement (entre 1791 et 1797).
La réalisation des deux lunettes de Trois-Châtels et Tousey en bordure de plateau, ralentie par des problèmes de financement et de qualité des parements, n'est définitive qu'en 1827. Quant à Beauregard, le projet est remis en question en cours de travaux, la lunette avec ses fossés en triangle mais sans sa tour, remplacé par un casernement, devient le fort Beauregard (1845-1870). En 1825, sous la Restauration, la construction d'un fort débute au sommet de Bregille (fort Bregille). Comprenant cinq bastions, il est terminé en 1837, puis des ajouts (magasins à poudre, casemates Haxo…) ont lieu en 1865-70 et en 1879. La monarchie de Juillet, voit le sommet de Chaudanne se couvrir, entre 1841 et 1844, d'un fort à cinq bastions (fort Chaudanne). Il prend la place de la lunette d'Arçon dont la tour de sûreté est conservée.
Enfin, sous le Second Empire, la nécessité de défendre l'antécime du petit Chaudanne justifie la construction d'un fort à cet endroit. Sans véritables parties maçonnées, il est entrepris en 1851, mais n'est terminé qu'en 1869-70. À signaler aussi, la construction à Champforgeron, dans les années 1860, d'une redoute 400 mètres à l'ouest de la ceinture de Battant. Cet ouvrage (lunette de Charmont), très endommagé par une explosion accidentelle en 1883, est désaffecté. C'est à son emplacement que l'on bâtit la caserne de CharmontRebaptisée Vauban, cette caserne est déconstruite en quasi-totalité en 2015 pour céder la place à un projet immobilier. au début du .
Mise en défense durant la guerre de 1870
La tournure prise par la guerre franco-prussienne avec la reddition de Sedan le puis la capitulation de Metz le , coupe court à tout espoir d'une contre-offensive de la part des Français.Il faut affronter, dans le Nord du pays, un ennemi qui cherche à encercler la capitale et qui pousse des offensives en Bourgogne et en Franche-Comté. Les places militaires s'attendent à faire l'objet d'un siège, ou au mieux d'un blocus. C'est le cas de la capitale comtoise siège de la qui a sous sa responsabilité, outre Besançon, Langres, les forts de la Cluse de Joux, ceux de Salins et celui des Rousses.
La protection rapprochée de la ville constituée par le premier élargissement n'est plus en mesure d'éviter le bombardement de celle-ci par l'artillerie prussienne, la plus performante de son époque. Avec une portée de six kilomètres, les canons de siège, soigneusement répartis entre différentes positions autour de la place auraient bénéficié d'un sérieux avantage sur ceux des défenseurs. Ainsi, en , il devient indispensable et urgent de constituer une ceinture de forts, éloignées d'environ sept kilomètres du centre-ville, qui auront pour mission d'empêcher l'ennemi de s'approcher à moins d'une portée de canon, et donc d'être dans l'impossibilité d'atteindre directement la ville. C'est le principe du camp retranché, que le général de Prémonville, gouverneur militaire de la place, va mettre en œuvre avec son directeur des fortifications le colonel Xavier Benoit.
Des redoutes, capables d'accueillir , avec entre elles des batteries d'intervalles équipées de six pièces, seront réparties sur un périmètre d'une quarantaine de kilomètres en choisissant en priorité les points hauts. Les collines comme Planoise, Rosemont, Palente... et les crêtes telles Montfaucon, Montboucons, Fontain... particulièrement propices à l'implantation d'ouvrages seront retenues. Vu l'urgence de la situation, il s'agit de faire le strict nécessaire : aménager des plates-formes pour les positions de canons qui seront protégées par des levées de terre frontales et latérales, et creuser des fossés afin d'interdire la prise des positions au cas où l'ennemi réussirait à progresser jusque-là. Donc pas de casemates où s'abriter, ni de murs pour consolider escarpe et contrescarpe. Les chemins d'accès à ces ouvrages sont toutefois à renforcer, car il s'agit de faire passer, sans encombre, les chariots chargés de munitions et les canons.
Mais les travaux avancent peu durant la gouvernance de Prémonville. Fin novembre, les défenses du fort du petit Chaudanne ont été améliorées et deux fortins ont été érigés de part et d'autre du village des Buis. La redoute des Justices a pu être armée mais ses fossés sont encore en cours de creusement, les autres chantiers sont au mieux engagés alors que le temps presse. Le capitaine de vaisseau Marius Rolland, nommé commandant de la place et le colonel Benoit, font accélérer ces travaux : le , ils lancent l'aménagement de redoutes à Montfaucon et Palente, ainsi que d'une batterie au Rosemont. Vont suivre Fontain, Arguel et Montboucons (redoutes), Planoise, Point du jour et Trou au loup (batteries). Parallèlement, l'ouvrage avancé de la ceinture de Battant sera mis en service à Champforgeron. Les civils comme les militaires participent à ces travaux. Ils seront jusqu'à sur les différents sites. Début février, Rolland fait même appel aux gardes mobilisés qui sont sous la responsabilité du préfet Édouard Ordinaire, lequel démissionne. vignette|Camp retranché en février 1871. Les fortifications sont quasiment terminées fin février. Seule la batterie des Graviers blancs est encore en travaux lorsqu'on annonce la signature, le , des préliminaires de paix. La ceinture extérieure du camp constituée ainsi : redoute de Montfaucon ; batterie du Trou au loup ; redoute de Fontain ; redoute d'Arguel ; batterie de Planoise ; batterie Aux bois ; redoute des Montboucons ; batterie des Graviers blancs ; batterie du Point du jour ; redoute de Palente. Les deux fortins des Buis, la batterie du Rosemont et la redoute des Justices légèrement en retrait assurent une protection en second rideau. Des épaulements de circonstance seront érigés à Auxon, aux Rancennières et à Busy. Quant au site du château médiéval de Châtillon-le-Duc, il se révélera être une excellente position naturelle lors des combats des 23 et contre les troupes de von Werder.
En définitive, Besançon ne cédera pas au blocus de janvier-. Dans son analyse de la guerre franco-prussienne, le général Séré de Rivières considérera que .
La fortification Séré de Rivières En 1874, le général Alphonse Séré de Rivières, directeur du service du génie au ministère de la Guerre, est chargé de reconstruire la ligne de défense des frontières entre Dunkerque et Nice. Basé sur des forts d'arrêt, places fortes et rideaux défensifs, son projet connu sous l'appellation « système Séré de Rivières » sera poursuivi jusqu'en 1914. Il se caractérise également par l'abandon de la fortification bastionnée, chère aux disciples de Vauban, pour la fortification dite polygonale. vignette|Camp retranché en 1892-Partie nord. vignette|Camp retranché en 1892-Partie sud. À Besançon, c'est un nouveau camp retranché qui sera mis en place en deux phases : de 1872 à 1883, les positions du camp de 1871 seront en grande partie reprises avec une extension vers le Nord, puis de 1886 à 1893 il sera procédé à un élargissement vers l'ouest et le sud. Finalement, une ceinture de forts et batteries d'une cinquantaine de km de périmètre assurera la protection de la place à partir de 1893. Les batteries de canons seront installées en cave ou en plein air, mais dans ce cas, des abris permettront aux servants de se protéger des tirs ennemis. Les forts disposeront de locaux maçonnés recouverts d'une épaisse masse de terre, solution qui ne sera efficace que jusqu'en 1885, année d'apparition de l'obus-torpille chargé de mélinite. C'est la raison pour laquelle les ouvrages de Pouilley-les-Vignes et Pugey construits après cette date, disposeront de locaux enterrés. Le fort de Pugey bénéficiera de plus du béton spécial de forteresse pour le renforcement de ses parties apparentes. Les sections de fossés aux murs en terre coulante ou maçonnerie resteront toutefois des cibles fragiles face à l'artillerie ennemie.
Comme on le sait, ces fortifications ne connurent pas l'épreuve du feu lors des deux conflits du , mais l'arrêt de leur entretien par l'armée dans les années 1920 a fait qu'elles nous sont parvenues aujourd'hui dans un état de délabrement plus ou moins avancé. Toutefois aucune d'entre elles n'a été rasée ou comblée.
La période 1872-1883 vit la conservation, le réaménagement ou la construction de 18 ouvrages : fort de l'ouest des Buis (Besançon-Fontain-Beure), conservation dans son état d'origine du fortin de 1870. fort de l'est des Buis (Besançon-Morre), idem ouest des Buis. fort des Justices 1870-1872 (Besançon). Bâti d'après des plans datant des années 1860, ce fort considéré comme le dernier fort bastionné de France sera terminé en 1872. fort de Fontain 1874-1878 (Fontain) à l'emplacement de la redoute de 1870. fort de Montfaucon 1874-78 (Montfaucon).Des améliorations furent apportées en 1881-82 et 1910. Ce fort « neuf » a été construit à de la redoute de 1870. fort de Chailluz 1875-1878 (Besançon) plus connu sous le nom Fort de la Dame Blanche. Un remaniement opéré en 1890-93 a notamment consisté en l'aménagement d'un casernement « temps de guerre ». fort de Châtillon-le-Duc 1875-79 (Châtillon-le-Duc), site de défense lors de la guerre de 1870, le fort a été érigé sur les ruines d'un château féodal. fort des Montboucons 1877-1880 (Besançon-Pirey). Une redoute se trouvait près de là en 1870. fort de Planoise 1877-1880 (Besançon-Avanne Aveney). Il s'agit en fait d'un môle de résistance occupant le plateau sommital de la colline. Les nombreuses batteries le composant entourent le « fort » qui n'est en fait qu'un réduitOuvrage intermédiaire servant de soutien et position de repli à un groupe de batteries, car non équipé d'artillerie autre que défensive. fort Benoit 1873-1880 (Besançon-Chalezeule). Une redoute de 1870 occupait précédemment cet emplacement au sommet de la colline de Palente. redoute de Montfaucon 1870-1872 (Montfaucon). Datant de la guerre franco-prussienne, elle fut remaniée en 1885-1886. batterie du Rosemont (Besançon). Construite en 1870, elle fut complétée par des locaux maçonnés en 1874 et 1880.