Marguerite de France, parfois appelée Marguerite de Valois ou Marguerite de Savoie, est née au château des comtes d'Angoulême le et morte à Turin (Piémont) le , elle est inhumée en l'abbaye d'Hautecombe, nécropole de la maison de Savoie.

Elle est la fille du roi de France, François et de Claude de France. Elle est la petite-fille de la princesse Louise de Savoie et de la duchesse Anne de Bretagne.

Elle porte le titre de duchesse de Berry depuis le , en succédant à sa tante Marguerite d'Angoulême. Puis elle devient duchesse de Savoie, le , par son mariage avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, cousin germain de son père, le roi François . Elle est la mère de Charles-Emmanuel de Savoie, né le au château de RivoliRoger Peyre, Une princesse de la Renaissance, Marguerite de France, duchesse de Berry, duchesse de Savoie, Paris, Émile Paul éditeur, 1902, .

Jusqu'à son mariage, elle vécut à la cour de France, sous les règnes de son père, François et de son frère, Henri II. Puis, elle accompagne son mari à Nice, à Chambéry, à Rivoli et enfin définitivement, à Turin, qui devient, en 1562, la nouvelle capitale des États de Savoie, en remplacement de Chambéry. C'est dans l'ancien palais de l'archevêque de Turin, transformé en palais ducalLe palais ducal sera transformé en palais royal au , que se situe la cour de Savoie. Marguerite va y résider, entourée de ses demoiselles d'honneur, jusqu'à la fin de sa vie.

Marguerite était la protectrice des poètes de la Pléiade. Elle a manifesté de la sympathie pour les adeptes de la Réforme protestante. Après son mariage, elle joua un rôle capital dans la restitution des derniers territoires occupés que les Français vont devoir évacuer dans les États de Savoie, en vertu du traité du Cateau-CambrésisRoger Peyre, ibid, .

Par ses talents politiques, Marguerite de France a rendu à la Savoie les plus grands services. Tous ses actes témoignent d'une entente parfaite des situations les plus ardues, d'une âme généreuse et de droiture. À sa mort, survenue en 1574, elle fut pleurée par le peuple de Savoie, de Nice et de TurinVictor de Saint-Genis, Histoire de Savoie, t. II, .

Biographie Jeunesse Fille du roi François et de sa première épouse, Claude de France, la princesse ne connut pas sa mère, morte quelques mois après sa naissance. C'est sous l'influence de sa tante et marraine, la reine de Navarre Marguerite, qu'elle grandit.

À la cour de France, elle se lia d'amitié avec sa belle-sœur Catherine de Médicis. À l'imitation de Marguerite de Navarre, les deux princesses écrivaient des nouvelles.

Marguerite de France est l'amie et la protectrice des poètes de La Pléiade.

Plus tard, l'influence de ce milieu humaniste la fit s'intéresser à la Réforme protestante, sans pour autant qu'elle s'y convertît.

Elle fut également une alliée pour son frère Charles, duc d'Orléans, dans la rivalité qui l'opposait au dauphin Henri, leur frère aîné (le futur Henri II)Marguerite de Valois, Mémoires et autres écrits, 1574-1614, édition critique par Éliane Viennot, Paris, Honoré Champion, 1999, ..

Princesse célibataire En dépit de nombreuses propositions qui lui furent faites, ce n'est qu'à l'âge de trente-six ans que Marguerite fut mariée. Pour une princesse du , c'est un mariage très tardif (quelques jours avant son propre mariage, ses nièces Élisabeth et Claude sont mariées, la première âgée de 14 ans avec le roi d'Espagne, la seconde âgée de 12 ans avec le duc de Lorraine).

Du fait des soubresauts de la politique de son père François , plusieurs projets d'alliance avaient avorté dans son enfance. Au moment de la paix de Cambrai (1529), Marguerite qui avait six ans, fut fiancée à Maximilien d'Autriche, neveu de l'empereur, qui n'avait que deux ans. Mais la guerre entre Valois et Habsbourg reprit quelques années plus tard. En 1538, le roi François s'entendit de nouveau avec l'empereur pour marier Marguerite, 15 ans, mais, cette fois avec l'archiduc Philippe d'Autriche (futur Philippe II d'Espagne) qui avait 11 ans. Une fois encore, l'entente entre le roi et l'empereur fut de courte durée et les fiançailles furent rompues.

À sa mort en 1547, François recommandait à son fils, Henri II, de bien marier sa sœur. Mais, très fière de son sang royal, Marguerite ne voulait épouser qu'un roi ou, à tout le moins, un souverain. Peinant à lui trouver un prétendant digne de son rang, Henri II lui attribua en 1549 pour ses besoins matériels le duché de Berry.

Amie et protectrice des poètes du temps de La Pléiade À la cour de France, Marguerite fréquente un cercle composé de femmes cultivées : sa tante et marraine, Marguerite d'Angoulême, future reine de Navarre, sa sœur Madeleine, future reine d'Écosse, Éléonore de Habsbourg, seconde épouse de son père François , Catherine de Médicis, épouse de son frère Henri II. Ces dames sont, comme elle-même, formées aux langues classiques, le latin et le grec. Marguerite, outre une excellente pratique de sa langue maternelle, a une bonne connaissance de l'italien. À la mode de la Renaissance, ces dames, entourées de leurs demoiselles d'honneur, déclament les vers en français et en latin inspirés des poètes de la cour, en les accompagnant parfois de la musique du compositeur Antoine de Bertrand.

Parmi les poètes de son temps, celui qui va entrainer le mouvement de réforme littéraire de la Renaissance est l'helléniste Jean Dorat, professeur de grec au Collège de Coqueret, puis au Collège des lecteurs royaux. Il va fonder avec ses élèves la Brigade des poètes qui sera à l'origine de La Pléiade. Parmi ses fondateurs, se distinguent Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Pontus de Thiard, Guillaume des Autels, Étienne Jodelle, Rémy Belleau et Jacques Peletier du Mans.

Marguerite prend, avec la plus grande conviction, la défense de cette nouvelle école, face aux critiques des anciens, et notamment de Mellin de Saint-Gelais. Elle est bien soutenue à cet égard par son fidèle conseiller, Michel de L'Hospital, futur chancelier du royaume de France, lui-même féru de poésie latine. Désormais, la cour de France, à l'image de cette princesse enthousiaste, va soutenir les novations des poètes français.

Le nouveau Parnasse honore la princesse comme sa muse préférée. Chaque poète lui dédie des hymnes élogieux. Du Bellay lui déclare : ce qu'on admire en vous, c'est ce qui est tout vôtre:

Cette grâce et doulceur et ce je ne sais quoi Que, quand vous ne seriez fille ni sœur de roy, Si, vous jugerait-on être ce que vous êtes.

Il exprime sa tristesse lors du départ de la princesse pour la Savoie en s'adressant à la plus sage, vertueuse et humaine princesse qui a été de son temps.

De son côté,Ronsard, chef de file de La Pléiade, est lui aussi attristé par son départ dans les États de Savoie en 1559. Dans la deuxième partie du Bocage royal, il célèbre:

...la vertu, la grâce et le mérite De la sainte, divine et chaste Marguerite.

Toujours en sa faveur, soit l'hyver, soit au temps De la chaude moisson, puisse naître un printemps! Sur les monts de Savoye, en quelque part qu'elle aille, Toujours dessous ses pieds un pré de fleurs s'émaille! Dedans sa bouche naisse une manne de miel Et luy soit pour jamais favorable le ciel!

« Peu de figures apparaissent dans l'Histoire accompagnées d'un aussi beau cortège d'amitiés illustres, surtout de la part des poètes qu'elle appréciait et inspirait si bien » (Roger Peyre)Roger Peyre, Marguerite de France, une princesse de la Renaissance, ibid, p.3.

Un mariage endeuillé (1559) thumb|left|Emmanuel-Philibert , duc de Savoie.

Le projet de mariage avec Emmanuel-Philibert de Savoie est l'une des clauses du traité du Cateau-Cambrésis signé le par la France et l'EspagneLe 3 avril 1559, les plénipotentiaires signèrent le deuxième traité du Cateau-Cambrésis entre la France et l'Espagne, cette dernière agissant pour le compte du roi Philippe II d'Espagne et pour celui de son cousin, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, vainqueur de la bataille de Saint-Quentin. La France évacuait la Savoie, la Bresse, le Bugey, le Piémont, excepté les places de Turin, Chieri, Pignerol, Chivasso et Vileneuve d'Asti quelle ne conservait qu'en gage et qui furent libérées ultérieurement. Le Traité fut mal accueilli par la cour de France et par les militaires français. Les Guise condamnaient surtout la restitution de ces territoires que la guerre n'avaient pas enlevées aux armes françaises. (Saint-Genis, ibid). Le roi Henri II laisse à sa sœur Marguerite la jouissance du duché de Berry et des terres qui lui appartiennent et lui offre une dot de trois cent mille écus, payable en trois versements semestriels. De son côté, le duc Emmanuel-Philibert lui constitue un douaire de trente mille livres par an, garanti sur les territoires de Bresse, Bugey et ValromeyRoger Peyre, ibid, p.43.

Les poètes, des deux côtés des monts, préparent à l'avance leur épithalame, en l'honneur du futur mariage princier. Parmi eux, le gentilhomme savoisien, Marc-Claude de Buttet, ancien élève de la Brigade de Jean Dorat, et ami de Ronsard, rédige prématurément, à l'instar de Joachim du Bellay et de la plupart des poètes de La Pléiade, six-cents vers alexandrins intitulés « Epithalame ou nosses de très magnanime prince Emanuel Philibert, duc de Savoie, et de très vertueuse Marguerite de France, duchesse de Berry, seur unique du roy ». Lors de l'impression avec privilège, à Paris, il dut ajouter sous le titre : Sur les triomphes qui étoient prêts à faire sans la mort du Roi survenue François Mugnier, Marc-Claude de Buttet, poète savoisien, Paris, 1896, p.55-56.

En effet, le roi Henri II venait d'être mortellement blessé le d'un coup de lance, face au sire de Montgommery, capitaine de sa Garde écossaise, lors du grand tournoi qu'il avait organisé à Paris, rue Saint-Antoine, en l'honneur du mariage de sa sœur Marguerite avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie.

Transporté à l'hôtel des Tournelles, le roi était au seuil de la mort. Mais encore conscient, il imposa que la cérémonie se fît sans délai, par peur que le mariage ne soit annulé. La messe de mariage, présidée par le cardinal de Lorraine, se déroula en pleine nuit, en l'église Saint-Paul, le , dans les larmes. Vieilleville relate dans ses mémoires que « Les susdites noces ressemblaient mieux à un convoi de mortuaire et à funérailles qu'à aultre chose : car au lieu de haultbois et autres réjouissances, ce n'estoient que pleurs, sanglots, tristesses et regrets... »Roger Peyre, ibid, . Le roi mourut le lendemain. Il fut inhumé en la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France. Comme toutes les princesses de sa Maison, Marguerite, éplorée par la mort de son frère, revêtit une tenue blanche traditionnelle de deuil.

Cependant que son mari fut parti seul à la reconquête de ses territoires, Marguerite resta à Paris pour assister sa belle-sœur, Catherine de Médicis, et ses neveux endeuillés. Le départ de la nouvelle duchesse de Savoie fut plusieurs fois reporté : ce n'est qu'en que Marguerite, accompagnée par son chancelier, Michel de L'Hospital, rejoint Emmanuel-Philibert dans le Comté de Nice, avant que le couple ne s'installe enfin en Savoie, puis au Piémont.

La Réforme protestante Marguerite de France avait la réputation de venir en aide aux adeptes de la religion réformée à la cour de France. Parvenue en Savoie, puis en Piémont, elle accueille avec bonté les huguenots qui avaient dû quitter leur pays. Parmi eux, elle aide secrètement son ancienne demoiselle d'honneur, Jacqueline de Montbel d'Entremont, veuve de l'amiral de Coligny, assassiné le à Paris, lors du massacre de la Saint-BarthélemyAnne Weigel, Jacqueline de Montbel d'Entremont, une Savoyarde au temps des guerres de religion, Chambéry, 2008. Marguerite accueille à la cour de Turin, Jacques Grévin, écrivain huguenot de grande réputation, qui deviendra son médecin personnel.