Al-Sanamayn (en arabe : الصنمين, également orthographié Sanamein, Sanamain, ou Sunamein), est une ville du sud de la Syrie, rattachée administrativement au Gouvernorat de Deraa. Elle se trouve au centre du district d'Al-Sanamayn. Al-Sanamayn est située à au nord de Deraa et à au sud de Damas, la capitale. Elle est bordée par les localités de Kafr Shams au nord-ouest, Deir al-Bukht au nord, Jabab au nord-est, Bassir à l'est, Tubna au sud-est, Inkhil au sud-ouest et Qavta à l'ouest Carte d'alSanamayn, Mapcarta.

Selon le , al-Sanamayn comptait au recensement de 2004. En plus d'être la capitale de son district, la ville est également le centre administratif et la seconde plus grande localité du nahié (sous-district) d'al-Sanamayn, qui comporte 16 localités pour une population totale de en 2004 Recensement général de la population syrienne de 2004. Bureau central syrien des statistiques. Les habitants de la ville d'al-Sanamayn sont principalement des musulmans sunnites. Al-Sanamayn est située à une altitude de .

Histoire Ère romaine Le nom al-Sanamayn signifie « les deux idoles » en arabe. Il a été identifié dès l'ère romaine avec le village d'AereButcher, 2003, Porter, 1858, Nelles Guide, , une station mentionnée dans l’Itinéraire d'Antonin sur la route reliant Damas au nord à Nawa au sud. Un temple d'al-Sanamayn, construit en l'an 191, est dédié à Tyché, la déesse grecque de la fortune. Un autre est dédié à la déesse Fortuna, l'équivalent romain de Tyché, qui était centrale dans le culte de l'état de Bosra ; sa construction remonte au milieu du , durant le règne de l'empereur Septime Sévère. Une inscription batanéenne datant du règne de l'empereur romain Julien datant de la seconde moitié du a été découverte à al-SanamaynSatre, 2005, .

Période islamique médiévale Un traité de paix entre Baudouin , le roi croisé de Jérusalem et Tughtekin, le dirigeant musulman de Damas, est signé à al-Sanamayn en l'an 1111Shatzmiller, 1993, . Ce traité est ratifié après qu'une armée de croisés poursuivant des musulmans au Lejàh ait été pris de revers et encerclée à al-SanamaynGibb, . En , une armée zengide est créée à al-Sanamayn dans le but de lancer une expédition en Égypte afin de vérifier les ambitions suspectes du vizir fatimide Shirkuh, qui avait été envoyé en Égypte pour contrer les invasions des Croisades. Le sultan zengide Nur ad-Din donne à chaque soldat avant leur départBurns, 2005, .

Le géographe syrien Yaqout al-Rumi visite Al-Sanamayn durant le règne des Ayyoubides dans les années 1220 ; il décrit la localité comme « une ville du Hauran, à deux pas de Damas »le Strange, 1890, . Du Moyen Âge à nos jours, le temple dédié à Tyché est utilisé en tant que mosquée. À l'heure actuelle, c'est l'un des édifices syriens les mieux préservés.

Ère ottomane Comme dans d'autres villes présentes sur la route du hajj (pèlerinage musulman à La Mecque), le sultan ottoman Sélim Ier fait construire une forteresse à al-Sanamayn au début du . Elle abrite les janissaires locaux, contrairement à celle de la ville de Muzayrib, qui est tenue par les troupes impérialesPeters, 1994, . En 1596, la ville apparaît dans les listes d'impôts de l'Empire ottoman ; elle fait alors partie du nahié de Bani Kilab, dans le sandjak de Hauran. Sa population était entièrement musulmane, répartie dans 80 foyers dont 37 foyers de célibataires. Les habitants devaient payer des taxes sur le blé, l'orge, les diverses récoltes, les chèvres, les ruches et sur le moulin à eauHütteroth et Abdulfattah, 1977, .

Au milieu du , l'explorateur Josias Leslie Porter remarque la présence de ruines de temples et affirme que le bâtiment le plus frappant était un temple en calcaire de style corinthien, qui a ensuite été converti en une église chrétienne. Il dit également qu'« il y a des restes de plusieurs grands et beaux bâtiments, et [que] certaines des maisons figurent parmi les plus belles de l'architecture du Hauran ». Ces structures comprenaient des murs épais, des portes en pierre, des toits et des volets. À la même période, la Royal Geographical Society rapporte qu'al-Sanamayn était un village entièrement musulman composé de 60 habitations et que son entrée était marquée par de gros blocs de basalteRoyal Geographic Society, . Il appartenait alors à une famille turcomane du nom de Kawwas-oghlu, qui a également établi des campements entre al-Sanamayn et Khan Dannun au nord. Al-Sanamayn était approvisionnée en eau, abritait plusieurs espèces d'oiseaux et ses bains étaient remplis de sangsues qui étaient ramassées et vendues sur le marché de DamasRoyal Geographic Society, . En 1898, le guide touristique Palestine and Syria: Handbook for travellers décrit al-Sanamayn comme « l'exemple typique d'un village du Hauran »Baedeker 1898:183.

Ère contemporaine Peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Forces françaises libres possèdent un quartier général à al-Sanamayn. La Syrie était alors gouvernée par un mandat françaisMichie, 1942, .

Al-Sanamayn est l'une des premières villes qui a vu se dérouler des manifestations contre le gouvernement de Bachar el-Assad le , avec d'autres villes du Hauran comme Daraa, Inkhil, Jasim et Da'el. Selon les activistes de l'opposition, la foule n'a pas été attaquée par l'armée ce jour Sterling, Joe, Daraa: The spark that lit the Syrian flame. CNN, janvier 2012. Cependant, le , 20 manifestants sont tués par les forces gouvernementales après avoir brûlé une statue de l'ancien président Hafez el-Assad, père du président actuel Protests in Syria: Road to Damascus, The Economist, 26 mars 2011. Un activiste de l'opposition à Damas affirme que plusieurs manifestants (une vingtaine selon les témoins), ont été attaqués et tués par les forces gouvernementales alors qu'ils marchaient en direction de Deraa dans le cadre d'une manifestation de solidarité ; cette déclaration n'a toutefois pas été confirmée. Une déclaration gouvernementale affirme qu'un groupe de rebelles armés a attaqué les bâtiments de l'armée arabe syrienne à al-Sanamayn Troops open fire as protests explode across Syria, USA Today. Le , premier jour de l'année scolaire 2011–12, selon les activistes, un garçon de onze ans meurt après avoir reçu une balle dans la tête lors d'une protestation de boycott d'étudiants à al-Sanamayn Child shot dead in Syria protests, UPI, United Press International, Inc, 18 septembre 2011.

Le , la ville est recapturée par l'armée syrienne.

Notes et références

Bibliographie

Catégorie:Ville en Syrie Catégorie:Gouvernorat de Deraa