Bernardim Freire de Andrade e Castro, plus connu sous les noms de Bernardim Freire ou Bernardino Freire, né le à Lisbonne et mort le à Braga au Portugal, est un homme politique, un administrateur et un officier supérieur (oficial general) de l'armée portugaise. Maréchal-de-campLe grade de Marechal de Campo, utilisé dans l'armée portugaise entre 1762 et 1862, correspond au grade de général de brigade de l'armée française à l'époque., puis lieutenant-généralIntroduit dans l'armée portugaise en 1762, le grade de Tenente-General correspond au grade de général de division de l'armée française à l'époque. Il est le grade de commandement le plus élevé pour un officier de l'armée, dans la mesure où les grades de General, Marechal do Exército et Marechal-general correspondent à des fonctions spécifiques ou à des dignités honorifiques. En campagne, les lieutenants-généraux ont normalement le commandement d'une division, ou occasionnellement d'une armée regroupant plusieurs divisions. Dans le cadre de la réorganisation de l'armée portugaise de 1864, le grade de lieutenant-général change de nom pour devenir celui de général de division (general de divisão). et gouverneur des Armes de la région militaire de Porto, il est l'un des meneurs de la résistance contre les Français en 1808-1809, et l'un des refondateurs de l'armée portugaise dissoute par Junot. Il meurt pendant la guerre péninsulaire, à la bataille de Braga. Il est le cousin du gouverneur Miguel Pereira Forjaz (1769-1827) et du général Gomes Freire de Andrade (1757-1817).

Origines et formation Bernardim Freire naît à Lisbonne le , pendant la période de despotisme éclairé du marquis de Pombal. Issu d'une vieille famille noble d'officiers, il est le fils de Fernando Martins Freire de Andrade e Castro, chef de lignage (morgado) de la Ribeira do Sado e do Bom Despacho, et de Joana de Lencastre Forjaz, une aristocrate de la haute noblesse de cour. Parmi ses aïeux, le maître-de-camp Bernardino Freire de Andrade s'est distingué au comme héros militaire pendant la période de la guerre de Restauration contre l'Espagne. Le fils de ce dernier, Gomes Freire de Andrade (1685-1763) a obtenu le titre de premier comte de Bobadela au terme d'une brillante carrière au Brésil comme gouverneur du Minas Gerais et de Rio de Janeiro (1733-1763). Un de ses cousins éloignés, Gomes Freire de Andrade (1774-1831), troisième comte de Bobadela, finit sa vie comme capitaine de cavalerie, garçon fidalgo et pair du royaume. Son oncle António Ambrósio Pereira Freire de Andrade e Castro est un proche du marquis de Pombal, ambassadeur du Portugal à la cour autrichienne, très actif lors de la campagne contre les jésuites, et père de son général Gomes Freire de Andrade e Castro (1757-1817). Il est également le cousin de D. Miguel Pereira Forjaz, le comte de Feira, de dix ans son cadet.

Destiné à la vie militaire, Bernardim Freire bénéficie de l'éducation traditionnellement donnée à l'époque aux fils de la noblesse. Il commence par fréquenter le collège des Nobles, une institution novatrice créée par le marquis de Pombal, avant de s'engager en 1781 comme cadet dans le régiment d'infanterie de Peniche, rattaché à la garnison de Lisbonne. Son ascension est rapide. Promu aspirant le et intégré dans la de son régiment, il obtient le grade de lieutenant (tenente) de sa compagnie et de son régiment le de la même année. Poursuivant sa carrière militaire, il est nommé capitaine (capitão) le , major (major) le , et lieutenant-colonel (tenente-coronel) le . Maintenu en poste pendant tout son parcours dans la du Régiment d'infanterie de Peniche et dans la garnison de Lisbonne5.ª companhia do Regimento de Infantaria de Peniche, guarnição de Lisboa., il fait sa carrière en parallèle de son cousin Gomes Freire de Andrade, qui l'a rejoint en 1782.

Guerre du Roussillon (1793-1795) Intégré à la du Régiment d'infanterie de Peniche, Bernardim Freire de Andrade est envoyé en 1793 en Catalogne pour participer à la guerre du Roussillon contre la France révolutionnaire. Devenu officier dans l'Armée Auxiliaire à la Couronne d'Espagne (Exército Auxiliar à Coroa de Espanha), il participe sous l'autorité du général Ricardos aux actions de la campagne du Roussillon contre les forces françaises du général Dagobert et du général Dugommier.left|thumb|300x300px|Bataille du Boulou, en mai 1794, pendant la Guerre du Roussillon, entre les troupes luso-espagnoles et les troupes françaises.Freire de Andrade arrive en Catalogne avec son armée juste après l'éclatante victoire espagnole à la bataille de Trouillas du . Malgré un certain nombre de difficultés, le général Ricardos bat à nouveau les troupes révolutionnaires dans les Aspres, conquiert les localités de Port-Vendres ainsi que le Fort Saint-Elme, dominant ainsi toute la côte roussillonnaise. Très vite, les troupes portugaises prennent part aux opérations. Les régiments de Freire de Andrade et de Cascais chargent les Français avec brio lors de la bataille du . L'armée espagnole appuyée par les Portugais prend Collioure, le . À la fin de l'année, le régiment de Freire de Andrade et celui de Cascais constituent la brigade commandée par Gomes de Andrade, qui prend ses quartiers d'hiver au Boulou. Mais progressivement, le manque de moyens espagnols et une mobilisation massive en France modifient le cours de la guerre. Alors qu'il est parti à Madrid chercher du soutien, le général Ricardos meurt le victime d'une pneumonie. Il est remplacé brièvement par le général Pedro Agustín Girón, puis définitivement par le comte de l'Union Luis Fermín de Carvajal. Peut-être parce qu'il est plus jeune et moins expérimenté que Ricardos, celui-ci connait alors une série de revers.

Le , lors du reflux des troupes hispano-portugaises, le régiment de Freire de Andrade installé dans le cantonnement de La Salud fait face à une attaque des Français, qui attaquent vigoureusement le bataillon espagnol positionné sur la montagne de la Magdalena. Freire de Andrade, qui commande alors son régiment par intérim (son capitaine José Porfírio Rodrigues de Sequeira est blessé), envoie dans un premier temps une compagnie de grenadiers portugais en aide aux Espagnols en difficulté. Mais constatant l'impossibilité de poursuivre sa marche et de rétablir la situation avec le peu de forces dont il dispose, il décide de se retirer dans un réduit proche. La retraite portugaise est rendue extrêmement difficile par le feu permanent des Français, mais aussi par la débandade d'un régiment espagnol totalement désorganisé, qui lui coupe le chemin. Soucieux de rétablir la cohésion de ses troupes, Freire de Andrade s'efforce de regrouper les soldats près des points de ralliement des drapeaux, mais il ne parvient parvient à réunir que 60 hommes, dont certains sont blessés. Jugeant que Freire de Andrade est encore en mesure de retenir les Français dans leur marche, Courton lui ordonne alors de marcher au-devant de l'ennemi, ordre confirmé par le général Forbes. Après avoir traversé la plaine avec les restes du Régiment de Peniche décimé au son des tambours, et fait face aux Français, constatant le manque total de soutien de ses alliés, l'officier portugais décide de se retirer, sans jamais abandonner ses troupes et les drapeaux, en dépit d'une blessure très grave par balle au niveau du bras.

En récompense pour son investissement lors de cette action, il est promu colonel de son régiment le , puis brigadier le . Après la signature du Traité de Bâle le , il revient à Lisbonne, et reste intégré dans la garnison de la capitale.

Guerre des Oranges (1801)

thumb|200x200px|Début des opérations de la Guerre des Oranges. Alors qu'il est encore brigadier, en 1800, il est nommé au poste prestigieux de gouverneur et capitaine général de la capitainerie de São Paulo, au Brésil. Mais pris dans les évènements qui aboutissent à la guerre des Oranges contre l'Espagne en 1801, avec le retournement d'alliance de Madrid qui s'est alliée à la France, il reste à Lisbonne. Nommé commandant de la brigade de grenadiers et de chasseurs de l'Armée de l'Alentejo, il intervient le à la bataille d'Arronches, alors même qu'il a dû être remplacé au commandement de la place pour cause de maladie. Averti que les troupes portugaises du général José Cárcome Lobo sont prises au dépourvu par les Espagnols hors des murailles de la ville, Freire de Andrade qui se trouve à Mosteiros envoie un corps de troupes protéger la retraite des forces portugaises mises en difficulté, contribuant à limiter l'ampleur de la défaite. Au terme de la bataille, Freire de Andrade et ses troupes se retirent en direction de Portalegre. À la fin de la guerre, avec la signature du traité de traité de Badajoz (), il revient à Lisbonne, où il participe à des commissions créées dans le cadre de la réforme de l'armée portugaise, afin de tirer les conséquences de la lourde défaite subie dans la guerre qui vient juste d'opposer les Portugais aux Espagnols. Il insiste notamment avec son cousin Miguel Pereira Forjaz pour que soient formées des unités de chasseurs à pied, mais ses propositions ne sont appliquées que très lentement.

Membre de la Junte du Gouvernement Suprême du Royaume (juin 1808) Le , Freire de Andrade est promu maréchal de camp, et nommé le jour même gouverneur des Armes de la Région Militaire de Porto, une division territoriale militaire stratégique connue à l'époque sous le nom de Parti de Porto (Partido do Porto)Créée en 1758, la région militaire des Armes de la région de Porto s'étend de Vila do Conde au Nord au rio Mondego au Sud.. Au moment de l'invasion et à l'occupation du Portugal par les forces françaises commandées par le général Jean-Andoche Junot, les Portugais reçoivent l'ordre du prince régent Jean VI de ne pas résister frontalement à l'agresseur. N'étant d'aucune utilité à son poste, Freire de Andrade demande au Conseil de Régence son retrait de la vie militaire, qu'il obtient. Il se retire alors à Coimbra avec son cousin D. Miguel Pereira Forjaz, tout en restant attentif à la suite des évènements. left|thumb|300x300px|La ville Porto, où Freire de Andrade exerce la fonction de gouverneur des Armes de 1807 à 1809. Le , une première émeute à Lisbonne est violemment réprimée par les Français. En réaction, des foyers de rébellion naissent un peu partout dans le pays. Des pamphlets commencent à circuler, des groupes d'hommes attaquent puis dévalisent les sentinelles françaises et tuent les soldats isolés. La répression s'accroit. Pour contenir le mouvement, le secrétaire d’État François Herman fait fusiller ou emprisonner à tour de bras. Afin d couper court à toute résistance institutionnelle ou populaire, le , Napoléon ordonne le licenciement officiel de l'armée portugaise. Conformément à ses ordres, Junot dissout les forces armées du pays et confisque tout leur matériel militaire, détruisant la plupart des armes. Le , il publie le décret de dissolution des centaines de milices et d'ordonnances qui quadrillent le pays, auxquelles appartiennent tous les hommes de . N'ayant plus d'existence légale, ces organisations pluriséculaires basculent alors dans la clandestinité. Dans la foulée, le 16 janvier 1808, le général français fait paraître le décret de formation de la Légion portugaise napoléonienne, dans laquelle il enrôle anciens soldats et officiers de l'armée portugaise, et dont le chef est le marquis d'Alorna. Poursuivant son travail de mise à bas des institutions portugaises, le , Junot dissout le Conseil de Régence et le remplace par un conseil militaire qu'il préside lui-même. Le même jour, il fait proclamer la destitution de la Maison royale de Bragance. En mars, les troupes de la Légion portugaise napoléonienne quitte le pays pour la France. Parallèlement à leur départ, Junot prend des mesures pour faire surveiller les officiers portugais qui restent dans le pays.