L’église Notre-Dame est une église catholique paroissiale située à Épiais-Rhus, dans le Val-d'Oise (France). C'est un vaste édifice de style Renaissance, sans commune mesure avec le modeste village, qui a été édifié d'un seul jet entre 1570 et 1590 selon les plans du maître-maçon Nicolas Le Mercier. Dans le département, c'est l'une des rares églises tout à fait homogènes de cette époque. Son style très dépouillé est en rupture avec les premiers édifices Renaissance de la région, et préfigure l'architecture classique. Des influences gothiques persistent néanmoins, comme le montrent le voûtement d'ogives, les nervures pénétrantes des voûtes, l'ordonnancement des élévations et le plan cruciforme. À l'extérieur, seul le clocher avec sa coupole en pierre est remarquable. À l'intérieur, le grand retable baroque et la frise des Apôtres et Évangélistes, qui orne le chœur, retiennent surtout l'attention. Une frise tout à fait semblable existe en l'église Saint-Aubin d'Ennery, dont le transept et le chœur sont identiques à l'extérieur, mais richement décorés à l'intérieur. L'église Notre-Dame a été classée aux monuments historiques par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse d'Avernes et Marines, et les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement, environ trois fois par an.
Localisation
L'église Notre-Dame est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, dans la commune d'Épiais-Rhus, au centre du village, rue de l'Église. Du fait de l'implantation du village sur le flanc méridional d'une butte, l'église est visible de loin depuis l'ouest, le sud et l'est. Pour compenser la dénivelée du terrain, l'on a dû aménager une terrasse, délimitée par un mur de soutènement. Il faut donc gravir plusieurs marches d'escalier pour accéder au l'église, que ce soit par le portail occidental ou par l'une des deux petites portes au sud. La façade occidentale donne sur la rue. Immédiatement devant le bas-côté sud, s'élève le monument aux morts de la commune. Après un petit parking en bas du mur de soutènement, s'étend la place de l'Église, qui se présente comme une pelouse bordée d'arbres, et descend jusqu'à la rue Saint-Didier. Cette place met bien en valeur le monument, en permettant de le contempler avec suffisamment de recul. Le chevet est en revanche enclavé dans des propriétés privées, et mal visible depuis le domaine public. L'élévation septentrionale donne sur une étroite impasse, qui donne accès à un sentier de randonnée.
Historique thumb|Croisée du transept, clé de voûte aux armes des Montmorency.
La fondation de la paroisse remonte à 1161 selon l'abbé Vital Jean Gautier. L'église est dédiée à Notre-Dame. Son second patron est saint Didier de Langres. Le collateur de la cure est l'abbé de l'abbaye Saint-Quentin de Beauvais, diocèse de Beauvais. Sous l'Ancien Régime, la paroisse relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin avec siège à Pontoise, et de l'archidiocèse de Rouen. La paroisse ne concerne que le village d'Épiais : Rhus forme alors une paroisse indépendante au titre de Saint-Didier... Au milieu du , la première église paroissiale, sur laquelle l'on ignore tout, doit se trouver dans un mauvais état. Selon la datation établie par Louis Régnier, elle est remplacée par une nouvelle église après 1570. Elle est de style Renaissance et construite d'un seul jet. L'analyse stylistique des chapiteaux et sections d'entablement qui les surmontent permettent à Louis Régnier une attribution certaine à Nicolas Le Mercier, maître-maçon établi à Pontoise. Le même architecte a conçu auparavant le clocher de Chars, qui a servi de modèle à celui d'Épiais. Alors qu'il dirige les travaux à Épiais, il collabore, avec Denis Le Mercier, son frère ou neveu, à l'agrandissement de l'église d'Ennery. Son transept et son chœur sont calqués sur les parties équivalentes de l'église d'Épiais, mais l'intérieur y est somptueusement décoré. Tous les documents sur la construction de la nouvelle église font défaut. Néanmoins, Louis Régnier a gagné la certitude que le chantier s'achève avant 1590, car un délai plus long aurait sans doute donné un résultat moins homogène. Contrairement à la plupart des projets de reconstruction d'églises au , la progression des travaux n'est donc pas ralentie par des problèmes budgétaires. C'est probablement grâce à la munificence de la famille de Montmorency, dont les armes figurent sur la clé de voûte de la croisée du transept : sa présence ici ne peut guère avoir d'autre explication. Ainsi l'on comprend aussi les dimensions généreuses de l'édifice, qui est sans commune mesure avec la modestie du village. Seulement le portail occidental est un peu postérieur au reste. Il a peut-être été conçu par Denis Le Mercier, dont un document atteste qu'il a travaillé dans l'église en 1621.. thumb|Date de 1782 sur la clé de voûte de la de la nef.
Selon une inscription sur la clé de voûte de la troisième travée de la nef, une restauration est effectuée en 1782. Sous la Révolution française, la paroisse voisine de Rhus est dissoute et réunie à celle d'Épiais. L'église Saint-Didier est désaffectée et le mobilier rapatrié dans l'église Notre-Dame. L'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise est regroupé dans le nouveau diocèse de Versailles. L'église Notre-Dame est classée aux monuments historiques par arrêté du . Avec l'Montjavoult (Oise), elle représente, en effet, la seule église de style entièrement Renaissance dans le Vexin français. D'autres églises Renaissance du Val-d'Oise sont Attainville, Mareil-en-France et Le Plessis-Gassot. En ne tenant pas compte des clochers, façades et porches, ni des édifices où le gothique flamboyant se mêle à la Renaissance, les principales autres réalisations de l'architecture religieuse de la Renaissance sur le département sont les parties orientales d'Ennery, et les chœurs de Chennevières-lès-Louvres, Maffliers et Roissy-en-France. — En 1966, l'ensemble des paroisses du nouveau département du Val-d'Oise sont regroupées dans le nouveau diocèse de Pontoise. Aujourd'hui, Épiais-Rhus est affilié à la paroisse d'Avernes et Marines, et les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement, environ trois fois par an..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée un peu irrégulièrement, avec une déviation de l'axe vers le nord-est du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme presque symétrique. Elle se compose d'une nef de quatre travées barlongues accompagnée de deux bas-côtés moitié moins larges, sauf la quatrième travée du nord qui supporte le clocher ; d'un transept débordant ; et d'un chœur de deux travées, dont une travée droite accompagnée de deux chapelles latérales et une abside à cinq pans. La sacristie se situe devant l'abside. Une tourelle d'escalier est logée dans l'angle entre le clocher et la troisième travée du bas-côté nord. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. On y accède par le portail occidental de la nef, ou par de petites portes dans la troisième travée du bas-côté sud, ou au sud du croisillon sud. La nef, les croisillons et le chœur sont recouverts par des toitures à deux rampants avec des pignons à l'ouest, au nord et au sud. Les bas-côtés sont munis de toits en appentis prenant appui contre les murs hauts de la nef..
Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|, élévation nord. thumb|upright|Chapiteau des hautes-voûtes. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.
L'intérieur de l'église frappe le visiteur par son unicité stylistique et dégage une impression de force et de solidité. Ce n'est pas tant le raffinement qui a été recherché, et l'on est loin de la grâce et délicatesse des premières réalisations de la Renaissance dans la région, telles que les façades de Belloy-en-France, Magny-en-Vexin et Vétheuil, le porche de Livilliers et le double collatéral nord de la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. L'église Notre-Dame est d'une grande sobriété. Comme le souligne Louis Régnier, Nicolas Le Mercier a réalisé ici un édifice qui ne ressemble à rien qui existait auparavant. Parvenu à l'âge de trente ans, le jeune architecte quitte la voie tracée par son père et les premiers maîtres de la Renaissance de la région, dont Jean Bullant et Jean Grappin. Épiais est considérée comme son œuvre de maturité. Peut-être veut-il à tout prix éviter que l'église reste inachevée, comme à Marines, où il a réalisé le porche entre 1562 et 1570, et ce serait alors pour cette raison qu'il décide de renoncer à la tentation d'une surcharge ornementale. Il se peut aussi qu'il doit composer avec un budget imparti connu d'avance, alors que le financement de la plupart des églises se fait étape par étape. Ces facteurs peuvent en tout cas expliquer certains partis pris. D'autres relèvent de choix délibérés, comme le montrera l'examen du chœur. Toujours est-il que Nicolas Le Mercier préfigure l'architecture classique du , et Louis Régnier écrit qu'.
Comme souvent au dernier quart du , l'église est , qui, selon Louis Régnier, . Elle est évitée, sans doute, grâce au voûtement d'ogives avec sa relative complexité des formes, comparé à l'aspect banal des voûtes en berceau non articulées ou aux voûtes d'arêtes de la période classique. Les chapiteaux du premier ordre ont déjà le caractère dépouillé du style classique, mais ceux du second ordre, que Régnier qualifie improprement de composites, sont très soignés. En outre, il n'y a pas plus de trois travées d'affilée qui se ressemblent. La quatrième travée de la nef diffère par la proéminence des chapiteaux du côté nord, où se situe le clocher ; puis le transept, la première travée du chœur et l'abside présentent des élévations différentes sous de très nombreux aspects. En restant fidèle à un usage introduit à la période flamboyante, qui accentue le premier niveau d'élévation (soit celui des grandes arcades), et privilégie des murs hauts aveugles dans les églises de petites et moyennes dimensions, il n'y a pas de fenêtres hautes. L'éclairage par la lumière naturelle est assuré uniquement par la fenêtre occidentale au-dessus du portail, ainsi qu'indirectement par les collatéraux. Un espace sombre existe au-dessus des grandes arcades, qui représentent environ les deux tiers de la hauteur totale du vaisseau central sous le sommet des voûtes. L'obscurité est relativisée par les badigeons blancs qui recouvrent l'ensemble des piliers et murs, bien qu'appareillés soigneusement en pierre de taille. Cette blancheur est recherchée à la période classique et se trouve dans de nombreuses autres églises de la Renaissance. Parfois elle est obtenue grâce à la teinte claire de la pierre. Dans le même sens, les fenêtres ne sont plus pourvues de vitraux polychromes, mais vitrées de verre blanc, avec des bordures peintes en grisaille et jaune d'argent, les seuls motifs peints se trouvant dans les oculi qui surmontent les deux formes en plein cintre des fenêtres des bas-côtés. Il aurait, bien entendu, été possible de prévoir des fenêtres plus larges, comme souvent à la période flamboyante. Cela n'a pas été jugé nécessaire.