Le couvent des Capucins est le vestige d'un ancien bâtiment religieux situé à Céret (Pyrénées-Orientales). Le lieu est réputé avoir abrité temporairement la conférence de Céret du traité des Pyrénées (1659). Après l'abandon de sa fonction religieuse en 1881, le site devient la propriété de Frank Burty Haviland où il résida quelques années, en y réalisant de profondes démolitions et transformations, entre 1913 et 1927. Ce site a servi de sujet à de nombreux peintres du , à partir de cette époque. Depuis, la chapelle et son chevet campanile sont avec l'enceinte et le Mas Aliot, bâtiment rural d'origine antérieure, les seuls vestiges encore debout de l'ancien couvent.

Situation Le site de l'ancien couvent des Capucins se trouve sur un léger plateau dominant le quartier sud-est de Céret. On y accède par la rue des Capucins, qui monte au-dessus du stade Louis FondecaveCarte IGN sous Géoportail.

Histoire Jusqu'à la Révolution Le couvent des Capucins est fondé en 1581, alors que l'Espagne, et en particulier la principauté de Catalogne, sont gagnés par une politique d'expansion rapide des couvents. La première implantation en Espagne de l'ordre des Capucins a lieu en à Sarrià (Barcelone) et les chantiers se succèdent rapidement : le couvent de Céret est construit en 1581, après ceux de Perpignan et de Gérone (1580) et avant ceux de Figueras et de Prades (1584) pour les implantations les plus proches de Céret. Les consuls représentants la communauté de Céret avec l'agrément de son seigneur, ont acquis la métairie Aliot, composée d'un mas et de ses terrains, où le couvent a été édifié en se greffant à l'ancien mas encore repérable dans l'angle sud-ouest des bâtiments, à la demande du clergé et des Céretans, sous condition qu'il soit sous l'invocation de Notre Dame des Anges, justifiée par l'aide d'un sixième de son prix versé sous l'autorité du gouverneur de la province.

Ses occupants assistaient à tous les offices de l'église paroissiale et devaient également prêcher pour l'Avent et le Carême. Toutefois, malgré un engagement pris en 1589 de détacher un maître de grammaire et un précepteur pour les enfants contre nourriture, les maîtres ne furent jamais fournis.

La chapelle est dédiée au Saint-Esprit lors de sa consécration en 1618, cérémonie permettant de dater son achèvement et donc son style architectural initial.

Durant une première épidémie de peste en 1631, les Capucins s'illustrèrent par leur dévouement auprès de la population, tout comme lors d'une seconde épidémie de peste de 1651 à 1654 se cumulant avec un manque de blé, nécessitant la distribution de l'aumône aux pauvres demandée par le conseil général de cette époque. À cause de l'épidémie de peste récurrente, ils permettaient aux Cérétans l'accès de l'oratoire vieux, petit édicule annexe (ou antérieur?) à la chapelle du couvent, dont les restes architecturaux pourraient expliquer l'existence d'un vieux mur en cul de four et partiellement en ruine, au dos de l'ancien calvaire entre les 2 cyprès plus que centenaires caractérisant le site, et correspondant donc à l'abside de ce petit oratoire, presque en face de ce qui pourrait être la façade ouest de l'ancien mas Aliot. Sa présence hors des remparts de Céret, laissait les Cérétans y prier pour leurs défunts, l'église paroissiale devenue interdite pour raison sanitaire.

Lors de la guerre des faucheurs, le pacte de Céret, un traité d'alliance entre le roi de France et le conseil des CentRamon de Guimerà i de Tamarit et Francesc de Vilaplana i d'Agulló représentent la partie catalane ; Bernard du Plessis-Besançon, représente de Louis XIII et est envoyé par le cardinal de Richelieu. est signé le au couvent des capucins — alors sous administration de la principauté de Catalogne — pour que la France appuie la révolte des catalans contre l'Espagne. La France revendique la Catalogne et le pacte entraine l'ouverture d'un nouveau front dans la guerre qui oppose les deux pays.

À la suite de la signature du traité des Pyrénées le dans l'île des Faisans sur la Bidassoa, une série de pourparlers s'ouvre officiellement à Céret du au , sous le nom de Conférence de Céret pour fixer les grandes lignes du tracé de la frontière franco-espagnole, notamment le long et au sud du Conflent et du Vallespir. Bien qu'aucun écrit officiel ne précise rigoureusement la localisation de la Conférence de Céret dans la ville ou ses abords (bâtiment privé, institutionnel ou religieux), le couvent est cependant réputé pour avoir hébergé les plénipotentiaires français puis cette conférence préparant notamment les dispositions de l'article 42 du traité des Pyrénées, , dans le chœur de la chapelle, à partir du , après la guérison de Vallgornera résidant jusqu'alors dans la maison de Sebastià Ribes, place de la fontaine des Neuf Jets, lieu des premières discussions, selon la plupart des historiensLe doute de cette localisation reste cependant permis lorsqu'il est aussi précisé que les procès-verbaux et autres documents de la conférence furent expédiés du Monestir Santa-Maria del Camp (commune de Passa) le 24 avril 1660, et que le choix de son lieu fut fait parmi d'autres villes comme Prades, Canet, Ille-sur-Têt ou Figuères. Géographiquement, le Monastir del Camp, isolé donc mieux protégé, aurait pu être un aussi bon compromis que Céret . Le couvent des Capucins dépend alors de l'administration française.

Période révolutionnaire Bien d'Église avant la Révolution française, le couvent est nationalisé par décret du . L'expulsion des moines se concrétise en . Jean Delcros y Costa soumissionne dès le pour l'acquisition des bâtisses et de l'enclos du couvent, prenant effet le , par le versement d'un acompte, puis du solde sur , selon les décrets en vigueur. Celui-ci est membre d'une famille de notables et propriétaires importants à Céret, contre-révolutionnaires proches du clergé, et parent avec Joseph Delcros, directeur de la Monnaie à Perpignan, connu comme chasseur de biens nationaux. Toujours selon la loi du , tout le mobilier du couvent des capucins de Céret a été saisi, inventorié et mis en dépôt. Cette nouvelle situation induit la destruction du couvent résolvant définitivement sa rivalité avec le couvent des Carmélites, depuis son installation.

En raison de mauvaises récoltes en 1791,les bâtiments conventuels sont réquisitionnés en 1792 par l'Administration de la guerre pour servir durablement de grenier et d'entrepôts.

Comme l'ermitage Saint-Ferréol, le couvent des Capucins eut à subir l'acharnement des troupes révolutionnaires visant sa démolition, pendant la défaite de Céret, lors de la bataille du Boulou, le ,

Le , un arrêté de l'an 3 de la République fait figurer le Couvent des Capucins de Céret pour quelques années, dans le tableau général des hospices de l'armée des Pyrénées orientales, couvent dont la capacité est de 150 convalescents vraisemblablement estropiés ou en fin de vie, avec pour observation "excellent air".

Une décennie plus tard, le couvent se trouve en très mauvais état, ses portes et fenêtres sont volées, l'ouvrant tout au pillage. Son propriétaire Delcros décide donc d'en faire cession à la commune de Céret le , pour y créer une école secondaire. Mais les bâtisses sont si délabrées que la commune installe l'école ailleurs. Le propriétaire demande donc leur restitution que la municipalité lui accorda le , sous condition de son renoncement à tout remboursement d'avance.

En 1808, les retables du couvent des Capucins dédiés à saint Joseph avec saint Jean-Baptiste et saint Jacques, et celui de saint Antoine du désert avec saint Jean apôtre et sainte Pétronille, ont été donnés à l'église paroissiale saint Pierre de Céret, et placés comme autels latéraux, de part et d'autre du chœur - document mis à disposition à l'entrée de l'église de Ceret..

Retour épisodique des Capucins

vignette|droite|Couvent des Capucins. Vue Est en 1880, peu avant le départ des moines. alt=Vue sud-ouest des bâtiments conventuels et de la chapelle, d'où sortent en procession les derniers moines, peut-être à l'instant de leur expulsion en 1880 - 1881.|thumb|Vue sud-ouest du couvent vers 1880. Procession des derniers Capucins, avant leur expulsion. |left Après plus d'un demi-siècle, domaine sans affectation religieuse et exploité en tant que mas agricole depuis 1811, la famille Delcros y accueille brièvement quelques moines réfugiés d'Espagne en raison de troubles politiques, durant l'hiver 1822 - 1823, comme rapporté dans le Journal des Pyrénées-Orientales conservé aux archives municipales de Perpignan, puis le met à la disposition de l'évêque de Perpignan, monseigneur Gerbert, en pour favoriser le rétablissement de Capucins, qui ne s'y installeront qu'en . La chapelle est désormais dédiée à Notre Dame des Anges lors du retour d'une communauté de Capucins entre le et le , date du début de leur exclaustration vers Manresa, en vertu du décret du , édicté par de Freycinet. Fin , quarante capucins dont plusieurs d'origine espagnole sont donc expulsés de ce couvent de Céret, pour être rapatriés ou exilés avant la construction de leur nouveau couvent de Manresa en . Deux moines sont toutefois rappelés par la famille Delcros en , mais déconsidérés par la police, ils doivent évacuer les lieux. Le bâtiment accueille la première école séraphique de la province de Toulouse durant guère plus de en 1896.

Reconversion en résidence désormais privée et laique thumb|Galerie nord au pied du chevet-tour de la chapelle, jusqu'à l'été 2015. Baie, armoiries de Céret, et arches sont dues à l'architecte des M.H. Alfred Joffre, propriétaire de la totalité du site depuis 1937, puis partiellement jusqu'au milieu du siècle Le peintre Frank Burty Haviland en fait l'acquisition en 1913 pour n'y demeurer que peu d'années, avant et après la Première Guerre mondiale. Engagé dans une formation sanitaire américaine près d'Ypres, il résida à Bois-le-Roy. Pour raison de santé, il se rapprocha de sa famille à Paris, avant de revenir résider aux Capucins en 1918, et de revendre cette propriété en 1927, présentant à l'époque un nouveau bâtiment reconstruit à son initiative (l'aile sud) pour remplacer partiellement les anciens bâtiments conventuels, rasés ou profondément remaniés, tout en préservant seulement la chapelle et son chevet-campanile. Comme le révèlent les cartes postales anciennes éditées par Cap, Casteil, Labouche frères, Lamiot, Navarro, Roque, et Séguéla-Combes sur la vue générale de Céret et sur le couvent des capucins entre 1900 et 1925, et les photos de Paul Haviland conservées au Musée d'Orsay, prises dans le jardin du Couvent des Capucins en , les travaux furent d'une telle ampleur que les transformations affectant l'ancien couvent, mariant la nouvelle construction de l'aile sud avec d'autres bâtisses conventuelles assez largement détruites et profondément remaniées pour les parties conservées, effaçaient définitivement et irréversiblement toute l'allure d'un couvent séculaire. Trois quarts des corps de bâtiment ont donc été démolis. Une cour ouvrant sur la vue du Canigou à l'ouest et sur la vue des Albères à l'est a donc été créée en lieu et place de plusieurs dépendances de moindre hauteur et couvertes d'une toiture à un seul pan, enclavées par deux corps de bâtiments transversaux, dont l'aile est, dont il ne subsiste que l'extrémité Nord, à l'angle du chevet-campanile de la chapelle. La margelle d'un puits encore existant, toujours équipée d'une arche ouvragée de fer forgé supportant une poulie permettant la descente et la remontée de seaux d'eau, bien que restaurée au milieu du siècle précédent, émerge au centre de cet espace, auparavant quasi totalement abrité par une grande toiture d'une seule pente, prenant appui sur le mur sud du campanile. Deux propriétaires des logements les plus proches bénéficient encore théoriquement d'un droit de puisage séculaire par ce puits central.