thumb|300px|right|Paris, une ville aux multiples strates urbanistiques : la rue Berbier-du-Mets dans le présentant de gauche à droite, des immeubles caractéristiques des années 1980, des années 1910, du , de début 1800, et le premier gratte-ciel de la capitale, la tour Albert (1960).

Un fait central de l'urbanisme parisien est que la capitale française, depuis dix siècles, a toujours joué un rôle de premier plan au niveau politique ou économique. La plupart des souverains français depuis le Moyen Âge ont tenu à laisser leur marque sur une ville qui, contrairement à d'autres métropoles européennes comme Londres en 1666, Lisbonne en 1755 ou Berlin en 1945, n'a jamais été détruite.

De cette permanence résultent une accumulation unique de monuments et une tradition urbanistique et architecturale qui fait le « cachet » de Paris : alignement des immeubles le long d'avenues bordées d'arbres, hauteur égale sous l'influence des règlements d'urbanisme, façades rythmées par les ornements du deuxième étage et le balcon filant du cinquième.

Paris antique Si un village gaulois s'est peut-être installé sur l'Île de la Cité, les vestiges antiques concernent surtout la ville gallo-romaine, construite au sur la rive gauche. On pense qu'elle s'étendait approximativement du boulevard Saint-Germain au Val-de-Grâce et de la rue Descartes au jardin du Luxembourg. Lutèce était construite autour de la rue Saint-Jacques (qui en était le cardo) à partir d'un point central vraisemblablement fixé par les architectes romains au niveau actuel des 172 et 174 de la rue Saint-Jacques au sommet de la montagne Sainte-Geneviève en vue de l'île de la Cité et de la rive droite.

Le forum s'étendait de la rue Saint-Jacques au boulevard Saint-Michel et de la rue Cujas à la rue Malebranche.

La cité était bâtie sur un plan en damier où tout s'ordonne autour de deux axes principaux qui se coupent à angle droit : le cardo maximus (axe nord-sud) ou Via superior, actuelle rue Saint-Jacques et le decumanus (est-ouest).

La base est de ce plan est un module carré de 300 pieds romains soit 88,80 mètres avec, par endroits, des subdivisions en semi-modules de 150 pieds et des tranversus (diagonales), le principal étant celui de la voie vers l'Italie par Lyon dont le point de départ est à l'angle sud-est du forum (actuellement à l'angle des rues Saint-Jacques et Soufflot) et s'orientant dans l'axe de l'actuelle rue Lhomond vers l'actuelle avenue des Gobelins.

Des voies secondaires quittaient Lutèce, au sud en direction de Dreux par l'actuelle rue de Vaugirard, au nord après la traversée des bras de la Seine entourant l'île de la Cité vers Senlis, à l'est vers Meaux par les actuelles rues François-Miron et Saint-Antoine, à l'ouest vers Rouen par l'actuelle rue Saint-Honoré. La rive droite n'était cependant pas construite.

Paris médiéval : la croissance radiale

Au Moyen Âge, Paris repousse régulièrement les enceintes qui l'entourent et absorbe ses faubourgs : d'abord celle de Philippe Auguste, puis celle de Charles V.

thumb|right|250px|Schéma du réseau des rues de Paris.

Ce Paris médiéval semble difficilement appréhendé aujourd'hui, le centre de Paris abritant surtout des immeubles postérieurs à Henri IV. En réalité certains immeubles anciens sont cachés sous les rénovations de façade. Mais la principale marque que le Moyen Âge a laissée à Paris est visible sur un plan de la ville. On y reconnaît en effet les principaux axes du Paris médiéval, rues pas tout à fait droites (à l'exception de l'ancien cardo maximus, la rue Saint-Jacques) qui convergent vers les abords de l'île de la Cité et portent souvent des noms de saints : rue Saint-Honoré, rue Montmartre, rue Saint-Denis (ancienne Grand'rue), rue Saint-Martin, rue du Temple, rue Saint-Antoine, rue Saint-Jacques, axe de la rue de Buci…

En dehors de ces rues, la ville est souvent un labyrinthe de petites rues plus ou moins bien entretenues. Il n'est pas encore question de grandes avenues et de perspectives majestueuses.

Vers 1300, le rimeur Guillot de Paris compose une première liste des noms de rues de Paris dans Le Dit des rues de ParisLe Dit des rues de Paris. Ce document indique que la capitale comptait 310 rues dont 80 dans le quartier d'Outre-Petit-Pont, 36 dans la Cité et 114 dans le quartier d'Outre-Grand-PontPierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, volume 12. À cette époque, les rues de Paris, étroites, sombres, malsaines étaient sales et pour la plupart non pavées. C'était le voyer de Paris qui avait à charge la voirie de la ville.

Paris classique : l'émergence du plan cartésien thumb|right|250px|La place des Vosges (1605-1612). right|250px|thumb|Paris en 1705.

Les opérations d'urbanisme commencent à se développer. Les nouvelles voies sont larges et, si possible, rectilignes. La place des Vosges, érigée au début du , sert de modèle à cette volonté d'ordre et d'harmonie. L'édit de 1607 et l'ordonnance de 1667 instaurent la tradition des règlements d'urbanisme à Paris en interdisant pour des raisons de sécurité les pans de bois apparents, en réglementant les saillies sur rue et en limitant la hauteur sur rue des immeubles.

Au , l'enceinte de Louis XIII englobe sur la rive droite l'ensemble couvert aujourd'hui par les quatre premiers arrondissements. Louis XIV détruit les fortifications sur la rive droite et construit sur leur emplacement de larges boulevards. Les immeubles gagnent en largeur. On peut en voir un exemple dans un ensemble construit entre 1669 et 1678 aux 2-14, rue de la Ferronnerie, à l'endroit même où Ravaillac avait assassiné Henri IV.

En 1702, Paris compte 20 quartiers, 14 faubourgs et 2 villages. La réalisation principale du est celle des boulevards aménagés sur les remparts de la rive droite démantelés en 1670, dans des quartiers densément urbanisés entre la ville médiévale à l'intérieur de l'ancienne enceinte et les faubourgs. Les boulevards du nord de la ville sont complétés par la rocade des boulevards du midi réalisés vers 1760 à l'extérieur ou en lisière de la zone urbanisée.

A l'exception de ces boulevards, il reste relativement peu d'embellissements urbains du à Paris ; il s'agissait en général d'interventions ponctuelles autour d'un monument. On peut citer en exemple le lotissement qui entoure le théâtre appelé aujourd'hui Odéon théâtre de l'Europe réalisé par Marie-Joseph Peyre et Charles De Wailly, sur des principes baroques inspirés de l'Italie (patte d'oie qui met en scène la façade du monument selon différents points de vue). À la fin du , le mur des Fermiers généraux, enceinte fiscale et non défensive, fixe la limite de la ville, soit approximativement les onze premiers arrondissements actuels. L'enceinte englobe des espaces encore non construits à cette date, bien que l'urbanisation ait largement dépassé l'ancienne enceinte de Charles V par le développement de faubourgs le long des routes.

Toute cette période se caractérise par un urbanisme d'accumulation. Jusqu'à Louis-Philippe, aucune opération d'envergure ne vient remettre en cause l'organisation médiévale du territoire. On ne remplace pas le labyrinthe des rues par des axes monumentaux et on ne redécoupe pas les parcelles existantes. Pour loger plus de monde sur le même espace, on se contente de construire de nouveaux corps de bâtiment au fond des cours intérieures, voire de surélever les immeubles d'un ou deux étages. Les innovations urbaines n'ont leur place que sur les espaces encore vierges ou récupérés. Ainsi, c'est sur l'emplacement d'une enceinte détruite que Louis XIV fait construire les grands boulevards. Au , des hôtels particuliers ou des couvents, à la périphérie de la ville d'alors, sont transformés en lotissements.

La « mixité sociale » est alors une réalité. Les hôtels particuliers voisinent avec les quartiers populaires. Dans les immeubles de rapport, il suffit de regarder la façade pour le constater : toutes les couches de la société se superposent depuis le deuxième étage, dit « noble », où loge le bourgeois, jusqu'au dernier étage des étudiants et des ouvriers.

Paris au : le temps des grands aménagements Pour beaucoup, l'urbanisme de Paris évoque d'abord l'action du préfet Haussmann. C'est en effet à l'époque de Napoléon III que Paris a pris son visage moderne. Le grand mouvement de rénovation urbaine avait toutefois été initié par ses prédécesseurs.

Révolution et Premier Empire La Révolution et le Premier Empire ont lancé peu de grandes opérations d'urbanisme. Ils lancent toutefois la réflexion sur la modernisation nécessaire de Paris. Une commission publie en 1794 un plan de rénovation de Paris, dit « plan des Artistes », qui propose de tracer de grands axes rectilignes à travers Paris. Une rue doit ainsi partir de la place de la Nation pour déboucher sur le Louvre au milieu de la Grande Colonnade.

Le Consulat lance le chantier de la rue de Rivoli, perspective monumentale qui longe le jardin des Tuileries. Il faudra attendre cinquante ans pour qu'elle devienne, avec Haussmann, le grand axe est-ouest du centre de Paris. Napoléon se préoccupe aussi de l'approvisionnement en eau de la capitale avec le canal de l'Ourcq et construit aussi bien des équipements publics utiles (marchés, abattoirs) que des ponts et des monuments de prestige (colonne Vendôme, achèvement du Palais-Bourbon et de l'église de la Madeleine).

Systématisant un principe imposé au cas par cas à Paris dès le ., la loi du , qui concerne toute la France, instaure la servitude d'alignement : dans toute ville de plus de , un plan d'alignement doit indiquer dans chaque rue la ligne que les façades ne peuvent dépasser. Cette servitude doit être respectée lors de toute nouvelle construction ou reconstruction d'immeuble. Cette disposition a pour but de favoriser un élargissement progressif des rues dans les quartiers anciens. Elle ne produit que peu d'effets à Paris : le rythme des destructions et des reconstructions est si lent que le préfet de la Seine Gilbert de Chabrol de Volvic calcule en 1819 qu'il faudra plusieurs siècles pour réaliser complètement le plan d'alignement.

Restauration et Monarchie de Juillet : les premières grandes percées thumb|right|250px|La rue Rambuteau en 2005. Dans les années 1820, le retour de la paix et le renouveau de l'économie favorisent le lancement de vastes opérations de lotissement : quartiers de l'Europe, quartiers François-, Saint-Vincent-de-Paul, Beaugrenelle autour de la place Violet, Passy autour de la place Victor-Hugo… Une planification urbaine nouvelle organise certains de ces quartiers autour de réseaux en étoile et distingue les voies principales des rues destinées à la desserte locale. Les lotissements de Beaugrenelle et de Passy couvrent une superficie de l'ordre du kilomètre carré.

Le préfet, Gilbert de Chabrol de Volvic, confie la réalisation de ces opérations aux promoteurs privés. Les pouvoirs publics n'interviennent que pour faire respecter les règlements urbains sur l'alignement et la hauteur (gabarit) des immeubles. Toutefois la crise de la seconde moitié des années 1820 retarde leur réalisation.

En 1833, Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau devient le nouveau préfet de la Seine. Il va le rester pendant toute la monarchie de Juillet. Plusieurs éléments déterminent une nouvelle orientation de l'urbanisme parisien. Les préoccupations hygiénistes commencent à souligner le problème des quartiers insalubres, mis en évidence par l'épidémie de choléra de 1832, tandis que les nouveaux modes de transport en commun permettent aux employés d'aller habiter plus loin de leur lieu de travail. Un siècle plus tard, ces deux questions occuperont encore une position centrale dans la réflexion des urbanistes modernes et en particulier de Le Corbusier.