Fernand Aubier (Saint-Savin, 1876 - Paris, 1961), romancier, est surtout connu comme le fondateur et directeur des Éditions Aubier-Montaigne, créées en 1924, puis cédées aux éditions Flammarion en 1975.
Biographie Origines et formation Marie Marc Fernand AubierUne photographie de Fernand Aubier est disponible dans les fonds de la Bibliothèque Nationale de France: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85408643.r=%22fernand+aubier%22.langFR voit le jour le à Saint-Savin (Vienne)Archives de la Vienne, commune de Saint-Savin, acte de naissance , année 1876 (avec mention marginale de décès), de Louis Désiré Aubier, marchand à Saint-Savin, et de Blanche-Rosalie-Augustine-Elisabeth Moiny. Fernand Aubier est destiné par sa famille à la prêtriseTesnière, Valérie, "Le livre scolaire", in: Histoire de l'édition française, vol. 4 (Le livre concurrencé), Fayard, 1998, pp. 324-325, est envoyé au petit séminaire de Saint-Gaultier dans l'Indre, puis au grand séminaire de Bourges. En rupture avec l’Église et sa famille, le jeune Aubier quitte le séminaire pour monter à Paris, où il obtient une licence de lettres en 1897 à l'Institut catholique et prépare, sans succès, l'agrégation de lettres en Sorbonne. Il ne retrouvera le chemin de la foi qu'à la mort de sa mère.
Le , il épouse à Paris Marguerite (Suzanne) Mille, avocate à la Cour d'appel de Paris. La presse se fait l'écho de cette union à laquelle assistent des parlementaires, des membres du barreau de Paris, des écrivains et hommes de lettres, des membres du conseil de l’Ordre du Grand Orient de France, des notabilités du tout Paris (politiques, arts et lettres), des représentants du Syndicat des pharmaciens de France. Il faut dire que Fernand Aubier est fraîchement auréolé du Prix Montyon de l'Académie française, mais que Marguerite Mille, surtout, est une personne en vue depuis son serment prêté en 1906. La jeune femme, émule de Jeanne Chauvin, compte parmi les premières femmes françaises (après Olga Petit et Jeanne Chauvin) à avoir revêtu la robe d'avocat et pu plaider. Enfin, elle est la fille d'Arthur Mille, député socialiste de l’Allier, pharmacien influent à Moulins, Vichy puis Paris, qui a fait fortune grâce au développement des « lithinés du docteur Gustin », spécialité pharmaceutique contre la goutte très populaire au . Président du Syndicat des pharmacies commerciales, Arthur Mille possédait des laboratoires pharmaceutiques, dont il confia l'administration à son gendre, Fernand Aubier, de 1910 à 1923. Cette activité de direction conféra à Aubier, auteur de romans populaires, l'assise financière suffisante pour se lancer dans le fluctuant métier de l'édition.
Le romancier Entre 1901 et 1914, Fernand Aubier est un romancier prolifique qui signe, chaque année, un voire deux romans populaires. Il s'agit de romans d'analyse aux titres plutôt légers, faisant la part belle à la psychologie, aux mœurs provinciales et aux passions. Largement autobiographique, son premier roman, Hors de l’envoûtement, paru chez Stock en 1901, comporte un aspect anticlérical ou tout du moins critique envers l'institution ecclésiastique: Robert, le protagoniste, croyant et séminariste, se heurte aux argumentations dogmatiques des sulpiciens chargés de l'enseignement ainsi qu'à l'envoûtement, à l'emprise qu'exercent ces derniers sur les élèves-prêtres. Écœuré par l'institution et tenté tant par le monde que par l'amour de Fernande, Robert brise l'envoûtement, rejette la soutane et s'évade du séminaire. Fernand Aubier se tournera ensuite vers des romans d'amour: Jusqu’où elles flirtent ! Roman d’amours anglaises (1907, Méricant), Monseigneur le Bien-aimé (1908, Méricant), Képis à trois ponts (1908, Méricant), Amour sacré (1909, Méricant), Au bonheur des hommes (1909, Méricant), Belle et sans dot (1910, Méricant), Trois filles à marier ! (1910, Hachette, prix Montyon), La piste hallucinante (1913, Méricant). Aubier signe quelques derniers succès en 1924 (C’est Vénus toute entière, Albin-Michel) et 1925 (Le galant gynécologue: Roman satirique, éd. Montaigne, traduit en allemand et publié à Vienne en 1926). Il publie également sous le pseudonyme de Jean Gravigny de la littérature plus légère: Séquestrée, Après la lune de miel, Au pays de Tendre, Les dernières bacchantes, roman d'amours antiques, Abbés galants et libertins, Pour vivre heureux, Montmartre en 1925... Entre 1910 et 1914, il signe également des chroniques, de brefs récits et des romans-feuilletons dans les revues et journaux Floréal, Le Gaulois, L'Aurore ou La Lanterne.
L'éditeur Mais Fernand Aubier. est surtout un fin lettré décrit comme courtois, érudit et autodidacte, dont la curiosité trouve son expression dans la fondation d'une maison d'édition: les éditions Montaigne. Fervent lecteur de Montaigne et des humanistes, Aubier place sa maison d'édition, située au 13 du Quai Conti (), au fond d'une impasse, "entre la Monnaie et l'Institut", comme il aimait à le répéter plaisamment, sous les auspices de Montaigne dont il adopte la devise du "gay sçavoir: "Je ne fais rien sans gaieté". La maison est officiellement fondée le . Aubier, le romancier à succès, recrutera ses premiers auteurs dans les milieux littéraires et mondains qu'il connaît: il publie ainsi Willy (écrivain), Fernand Divoire, le satiriste populaire Georges de La Fouchardière, l'auteur de romans et de pièces populaires Charles Foleÿ. Aubier parvient également à obtenir la publication des œuvres complètes de Pierre Louÿs, s'attirant du même coup les foudres d'Albin-Michel, ainsi qu'un droit exclusif sur la publication de Bernard Shaw en français (1928). Aubier lance par ailleurs une collection "Textes rares et inédits" dans le cadre de laquelle il publie Renan, Malebranche, Talma, George Sand, Sainte-Beuve, Mirabeau, Frédéric Soret, Luther, le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meun, la Saga de Grettir, Parzifal de W. von Eschenbach etc. Par ces "succès de prestige", la maison Montaigne, "moyenne entreprise d'édition" comparée aux poids lourds que sont Grasset, Gallimard ou Albin-Michel, se profile comme une entreprise soucieuse de cultiver une certaine "image de marque"Source: Tesnière, Valérie, Les Éditions Montaigne : Fernand Aubier, éditeur 1924-1940, École nationale des Chartes, 1983. Comme le souligne très justement Valérie Tesnière, "cette situation géographique (entre la Monnaie de Paris et l'Académie française) est tout un programme: à court terme, F. Aubier publie des ouvrages de vente aisée, parfois au parfum de scandale, et assure ainsi sa trésorerie ; à long terme, il édite des œuvres plus ambitieuses"Tesnière, Valérie, "Le livre scolaire", Op. cit.. En 1928, le succès commercial de Un Mois chez les filles de Maryse Choisy, roman d'investigation documentaire au cœur des maisons closes, confère à l'éditeur les finances nécessaires pour lancer une collection plus exigeante : la collection bilingue des classiques germaniques.
La Collection bilingue des classiques étrangers En 1929, Aubier se tourne vers la traduction de classiques étrangers du domaine germanique. Après l'éphémère "Collection littéraire de la Russie nouvelle" (créée sous l'impulsion du militant communiste Jacques Sadoul (homme politique)), Fernand Aubier, qui n'est pas germaniste de formation, mais un érudit ayant appris en autodidacte l'allemand, l'anglais, l'italien et l'espagnol, confie à Henri Lichtenberger, germaniste renommé en poste en Sorbonne depuis 1914, figure saillante de la germanistique française et des relations franco-allemandes, la direction de cette nouvelle collection qui sera désormais indissociablement liée au nom d'Aubier-Montaigne. Le lancement de cette collection intervient dans un contexte historique plutôt propice aux échanges franco-allemands, avec la détente et la réconciliation amorcées par l'ère Briand-Stresemann (et le fameux "esprit Locarno"), l'entrée de l'Allemagne dans la Société des Nations, la signature du pacte Briand-Kellogg (), l'adoption du plan Young et le développement de différentes institutions sous les auspices de la SDN (dont la CICI et l'IICI)Cf. Tesnière, Valérie, Les Éditions Montaigne : Fernand Aubier, éditeur 1924-1940. Aubier, "un littéraire qui aime lire dans le texte les auteurs grecs et latins"Cf. nécrologie de Fernand Aubier par le germaniste Maurice Boucher, in: Etudes germaniques, 1961, entend faire pour la littérature de langue allemande ce que font les éditions Budé depuis 1919 pour la littérature antique, et plus encore: car il s'agit non seulement d'"apporter des instruments de travail adaptés à une conception élargie de l’apprentissage des langues", mais aussi de "fournir aux élites intellectuelles, dont la formation universitaire n’aura pas été exclusivement germaniste (ingénieurs, hauts fonctionnaires, journalistes… en relation avec l’Allemagne), les moyens d’une compréhension plus complète de leur action outre-Rhin, par la saisie des données culturelles allemandes."Tesnière, Valérie, Les Éditions Montaigne : Fernand Aubier, éditeur 1924-1940 C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la profession de foi rédigée par le germaniste Robert Pitrou, en poste à l'université de Bordeaux, qui seconde Henri Lichtenberger dans le développement de la collection: " Découvrir les grands écrivains du XIXe et XXe siècles, lancer Schnitzler ou les frères Mann, c’est parfait. Mais persisterons-nous à ignorer les plus grands ? Dans une réunion de Français cultivés, combien en trouverez-vous qui aient lu d’autres œuvres goethiennes que Faust et Werther, si même ils les ont lus ? Notre ignorance de Goethe et de Schiller est quelque chose d’inimaginable ; ne parlons même pas de Kleist ou de Grillparzer. À quoi tient-elle, cette ignorance ? Quoi qu’on ait dit et écrit, nos élèves, il importe qu’on le constate, savent beaucoup mieux l’allemand qu’autrefois. Ils l’ont assez prouvé pendant la guerre, et ultérieurement en Rhénanie, dans le Palatinat et dans la Sarre. Il s’est formé parmi eux, et tout spécialement parmi les anciens élèves de nos grandes écoles − ingénieurs, officiers, industriels − comme un état-major de gens qui ont su l’allemand, qui ont rapporté du lycée l’essentiel : l’habitude de se repérer dans la phrase allemande. Ils seraient donc à même de lire dans le texte, car ils en ont gardé un souvenir vague, le plus souvent médiocre, avec, cependant, comme un pressentiment de leur considérable valeur : l’âge, la vie, en nous ramenant aux idées générales, nous font tous de plus en plus ‘classiques’. On relirait donc volontiers et Goethe et Schiller ; un beau jour, on essaie. Mais, l’ankylose vient paralyser les meilleurs efforts. Déchiffrer à coups de dictionnaire, cela prend du temps et rebute vite. Il importe de pouvoir lire rapidement. Et M. Pitrou demande pourquoi à ce public intéressant, n’a-t-on jamais offert un texte sûr, avec la traduction en face et quelques notes à la fin du volume. C’est exactement cette tâche que les Editions Montaigne vont maintenant entreprendre. M Henri Lichtenberger, qui a bien voulu diriger nos efforts, nous a évité les inévitables incertitudes du début, et nous pouvons donner maintenant le programme des premiers ouvrages qui vont être publiés parmi les classiques allemands. Chaque ouvrage contient, outre le texte et la traduction, une étude approfondie sur l’auteur, ainsi que sur la pensée et les sources de l’œuvre. La révision et l’annotation du texte allemand, la traduction et la préface sont dues aux meilleurs germanistes de France, pour la plupart professeurs de Faculté."Cité in: Tesnière, Valérie, Les Éditions Montaigne : Fernand Aubier, éditeur 1924-1940, pp. 118-9.