L'église Saint-Léger de Kolbsheim est une église simultanée du Bas-RhinSource principale de l'article : Caisse de crédit mutuel Les Châteaux (dir.), Kolbsheim : histoire et mémoire, Coprur, Strasbourg, 2004, 415 p. . La première église, entourée d'un cimetière, est devenue simultanée dès 1691. En mauvais état, elle a été remplacée en 1768 par l'église actuelle, insérée entre des bâtiments et qui reprend sensiblement la même disposition intérieure.

Histoire Kolbsheim étant un village à très forte majorité protestante, n’a pas d’église catholique, mais a eu successivement deux églises protestantes. Les seigneurs du village ont introduit la Réforme à Kolbsheim en 1567. L'église catholique, dont la date de construction n'est pas connue, mais qui a sans doute été bâtie au Moyen Âge, a alors été affectée au culte protestant. Le simultaneum y a été instauré en 1691 parce qu’une famille catholique s’était installée près du canal de la Bruche, dans la vallée, en contrebas du village. Situé sur un terrain instable, le bâtiment dut être démoli et la construction d’une nouvelle église fut entreprise en 1767. Aujourd'hui toujours simultanée, l'église actuelle est insérée dans le bâti de la rue de la Division Leclerc.

La première église Dédiée à saint Léger, la première église était implantée en travers de la forte pente descendant du village vers la Bruche. Des dessins et un plan réalisés par l'architecte Le Mire en 1766 sont les seuls documents représentant ce lieu de culteArchives du Bas-Rhin, C 169, . Ils permettent de constater que le plan au sol du bâtiment était un simple rectangle, d'environ , orienté est-ouest, d'où s'élevait un clocher-tour à toit en bâtière, dans lequel étaient percées en hauteur des ouvertures en plein cintre de style roman et, à la base, des fenêtres à arcature gothique. Le dessin ancien montre une série d'ouvertures carrées dans le mur gouttereau sudKolbsheim, 2004, . Tout autour s'étendait le cimetière, qui a été utilisé jusqu'au ; plusieurs stèles funéraires, aux inscriptions encore lisibles, se dressent sur ce terrain enclos.

Les fidèles descendaient du village à l'église par une ruelle pentue, puis par des marches aménagées dans le cimetière pour arriver sous un auvent abritant le portail. Grâce au plan de 1766Kolbsheim, 2004, , l'aménagement de l'église peut être décrit avec précision. Dans la nef étaient placées deux rangées de bancs ; du côté sud se trouvait, en hauteur, la tribune seigneuriale, à laquelle l’on accédait par un escalier extérieur. Au fond de la nef étaient placées la chaire et la table de communion protestante. Dans le chœur carré, réservé aux catholiques et surmonté par le clocher, se trouvaient l'autel et un confessionnal, de même que la porte d'accès à la sacristie. Utilisés par les deux confessions, les fonts baptismaux avaient été placés entre les espaces dévolus à chacune d'elles.

Décider d'une reconstruction Vers 1760, le clocher présentait sur toute sa hauteur d'énormes fissures, certainement provoquées par des mouvements du sous-sol. L'église avait en effet été implantée, non seulement en travers d'une forte pente, mais aussi non loin d’une faille géologiqueCarte géologique de la France, feuille Strasbourg, XXXVIII-16, BRGM, 1971. L'état désastreux du bâtiment était connu depuis longtemps, mais le grand nombre de propriétaires concernés avait toujours fait différer une prise de décision au sujet d'une éventuelle reconstruction. Au début du , la seigneurie de Kolbsheim était en effet répartie entre au moins six propriétaires, dont aucun ne possédait plus du quart du village. À l’introduction de la Réforme, les seigneurs s'étaient quasiment tous convertis au protestantisme. Mais le doyen du Grand-Chapitre de la cathédrale de Strasbourg restait propriétaire de la dîme de tout le village, ainsi que du clocher-chœur et de la sacristie de l'église. Une nouvelle construction devant être financée par les deux confessions, il fallait concilier les intérêts des uns et de l'autre. Toutefois, le baron Frédéric François de Falckenhayn, puis son fils Charles Gustave, acquirent la quasi-totalité de la seigneurie autour de 1750Kolbsheim, 2004, . Puisqu'il ne restait alors plus que deux propriétaires, il devenait possible de discuter de la construction d’une nouvelle église.

Le simultaneum Le simultaneum est une réglementation instaurée en 1684 par Louis XIV qui permettait aux catholiques d’utiliser les églises protestantes pour y célébrer leur culte. Le chœur devait revenir aux catholiques dès lors qu’il y avait sept familles de cette confession dans la commune. Cette mesure a été imposée dans les localités entièrement protestantes pour y faciliter la pénétration catholique, suivant la politique royale, qui cherchait de favoriser l’expansion du catholicisme dans une Alsace largement protestante. Le simultaneum a concerné progressivement 163 églises en Alsace jusqu’à la fin du .

Cette cohabitation était un point de discorde et un prétexte à chamailleries interminables entre communautés religieuses. Après 1884, les évêques cherchèrent des financements pour construire une église catholique dans les villages concernés et parvinrent très souvent à leur but. Après 1945, l’esprit de tolérance progressa et l’alternance des cultes fut plus régulière, parfois il y eut même un autel commun. Aujourd’hui, le simultaneum subsiste dans 50 localités d’Alsace. Il est devenu un facteur de rapprochement entre chrétiens après avoir été un motif de conflit.

L'église actuelle L'évêque suffragant du cardinal de Rohan, prince-évêque de StrasbourgLouis Constantin de Rohan-Guéméné, Paris 1697-1779, a été évêque de Strasbourg de 1756 à 1779., invita en 1758 le Grand-Chapitre, le baron de Falckenhayn et la communauté protestante à construire une nouvelle église. Le Grand-Chapitre avait chargé l'architecte Massol (architecte du Palais Rohan à Strasbourg) de faire un devis, mais le montant en était trop élevé. Le baron de Falckenhayn s'adressa alors à l’architecte Le Mire, à qui il fut demandé de réduire la hauteur de la nef pour diminuer le coût de la constructionArchives du Bas-Rhin, C 169 .

La communauté protestante finança la nef, les tribunes () et le Grand-Chapitre le chœur, la sacristie, le clocher (). L’église fut construite en 1767-68 d'après les plans de Le Mire par le maître-maçon Jean-Michel Riescher d'Obernai et par le charpentier Kappler, qui commencèrent par se disputer les matériaux de construction, puis s’accordèrent pour construire ensemble les deux secteurs commandités par deux organismes différents.

Il y eut néanmoins deux cérémonies de consécration : le curé d'Ernolsheim-Bruche, Christophe Hallez consacra le chœur le ; la nef protestante fut inaugurée quatre jours plus tard par le pasteur Roser, de KolbsheimKolbsheim, 2004, .

Description de l'extérieur Le bâtiment étant très enclavé, il n’est pas possible au public d’en faire le tour. Néanmoins, l'accès ancien vers la nef depuis les jardins du château, situés au sud, est toujours praticable. C'est de cet endroit aussi que s'élève l'escalier qui débouchait dans la tribune seigneuriale, avant que celle-ci ait été supprimée en 1969Kolbsheim, 2004, et 263. Le clocher carré, bardé d'ardoises, a remplacé en 1874 le clocheton qui s'élevait au-dessus du centre de la nef. Il est surmonté d'un étage à pans coupés, muni de quatre cadrans d'horloge, couvert d'un toit à six pans d'où émerge une croix en fer forgé, elle-même surmontée d'un coq doréL'orgue simultanée, 1998, . Placée en retrait par rapport à l'actuelle rue, la façade est très sobre, mais se distingue par son élégant pignon curviligne. La porte d'entrée est bordée d'un encadrement de grès gris clair mouluré, surmonté d'un faux claveau en léger relief. Elle est dominée par un fronton triangulaire, au centre duquel se trouve une plaque inscrite.

Le fronton Rénovée par le sculpteur Raymond Keller de Molsheim à l'occasion du bicentenaire de l'église, l'inscription figurant sur cette plaque carrée évoque l'édification de l'église, mais célèbre surtout le seigneur de Falckenhayn :

IN HONOREM DEI TRIUNIUS ECCLESIAE AEDIFICATIONEM CURANTE PAGI DOMINO GENEROS. CAROLO GUSTAVO DE FALCKENHAYN ALAE REGIORUM EXERCITUUM PRAEFECTO PRAETORE AC XIII VIRO ARGENT; IOH. CHRISTOPHI HALLEZ PAST. REG. IOH. FRIDER. ROSERO PAST. EVAN. A. C. COETUS KOLBSHEIMENSIS AEDEM HANC SACRAM X CALEND. NOVEMB. MDCCLXVII EXTRUERE COEPIT VIII CAL. SEPTEMB. MDCCLXVIII PERFECTAM VIDIT 1768

Traduction : « En l’honneur du Dieu trinitaire, le seigneur du village étant le généreux Charles Gustave de Falckenhayn, colonel des armées du Roi, Stettmeister et membre du Conseil des XIII de Strasbourg, Jean Christophe Hallez étant curé royal, Jean Frédéric Roser étant pasteur évangélique de la Confession d’Augsbourg, la communauté de Kolbsheim a commencé l’édification de ce sanctuaire le 10 des calendes de () et l’a vue achevée le 8 des calendes de () ».

Description de l'intérieur de l'église simultanée La nef Près de l’entrée est placé un tronc à offrandes en bois, dont la partie supérieure, bardée de fer, présente la forme d'une simple boîte quadrangulaire. Celle-ci est fixée sur la partie inférieure d'un balustre réutilisé, qui peut être daté du début du L'orgue de l'église simultanée de Kolbsheim, 1998, . Les deux éléments essentiels qui se trouvent dans la nef sont la chaire et l'autel protestant. La chaire se compose d'un abat-voix campaniforme mouluré et surmonté d'une croix latine, ainsi que d'une cuve suspendue, terminée en bas par un élément cylindrique à gorges, qui rappelle l'objet emblématique du village, le pilon (Kolwe) servant à tasser le raisin dans les cuves lors des vendangesKolbsheim, 2004, . Un escalier, dont la rampe pleine est animée de panneaux moulurés se poursuivant sur la cuve, est aménagé contre les murs de l'angle nord-ouest de la nef.

Muni à l'arrière de deux portes à ferrures et boutons en laiton, l'autel est discrètement orné de moulures à angles droits caractéristiques du début du Kolbsheim, 2004, . Sur les côtés, deux poignées permettent de le déplacer vers le côté afin de dégager la vue vers le chœur durant la messe.

Contre le mur nord de la nef est fixée une plaque de pierre peinte portant les mots : Des Herrn Wort bleibet in Ewigkeit (« La parole du Seigneur demeure éternellement »). Il pourrait s'agir d' une ancienne épitaphe réutilisée. Provenant sans doute de l'ancienne église, le baptistère octogonal porte la date de 1691 (date d’introduction du simultaneum). Puisqu'il est utilisé par les deux confessions, il est placé à la jonction de la nef et du chœur.

Le chœur Dans le chœur attribué aux catholiques, qui était fermé par un banc de communion (disparu), se dresse sur un socle en forme de colonne une statue de Vierge à l'Enfant écrasant le serpent (fin du )L'orgue..., 1998, . Elle tenait sans doute un sceptre aujourd'hui disparu.

C'est le style néogothique du qui caractérise le maître-autel catholique actuel, en bois sculpté et peint. Le fond se compose d'une galerie architecturée aux ouvertures à arc brisé ajourées, agrémentées de nombreux gâbles et pinacles et flanquées de niches latérales à dais, garnies de deux statues d’angeL'orgue..., 1998, , tandis qu'au centre, le crucifix et le tabernacle sont intégrés sous un autre dais à pinacle.

À l'arrière de cet autel se trouve un confessionnal à parois rabattables, qui pouvait être déplié pour être utilisé, puis replié après usage contre le dos de l'autel. Contre le mur de fond du chœur est fixée une plaque en hommage à Charles Mathieu Silvestre de Dartein (Toulon, 1749-1814), avocat du roi, conseiller préfectoralL'orgue..., 1998, , dont la stèle funéraire se trouve encore dans l'ancien cimetière.