Le référendum grec de 2015 est une initiative du gouvernement d'Aléxis Tsípras à la suite de l'échec des négociations avec la troïka dans le cadre de la crise de la dette publique grecque. Il se tient le dimanche et porte sur l'acceptation de la proposition faite par l'UE, la BCE et le FMI le jeudi . Victoire politique pour le gouvernement grec et son premier ministre, le « non » l'emporte avec 61,31 % des suffrages contre 38,69 % pour le « oui ». Contexte Après l'échec des négociations entre le gouvernement d'Aléxis Tsípras et les institutions de la Troïka pour prolonger les programmes de refinancement de la dette grecque, le chef du gouvernement grec annonce le , à 1 heure du matin, un référendum le . qui porte sur les propositions faites par la Troïka avant l'annonce du référendum et publiées sur le site de la commission dimanche .. Il s'agit de la deuxième tentative d'un gouvernement grec de référendum sur la question de la crise de la dette publique grecque, le premier projet de référendum grec de 2011 n'ayant pas été mené à son terme.
Dans un entretien à Libération du mardi , le ministre de la Réforme administrative, George Katrougalos, a affirmé que les négociations ont été rompues à la suite d'un changement de position des créanciers notamment sur des questions d'équité socialeSelon George Katrougalos, les créanciers, après avoir accepté les propositions grecques comme « une bonne base » de discussion, sont revenus sur leurs positions, en demandant en particulier la surpression de l'allocation destinée aux retraités les plus pauvres et de relâcher la pression sur les salaires les plus élevés tout en accentuant celles sur les plus bas ., changement destiné à gagner du temps dans les négociations à l'approche du défaut de liquidités, en forme d'« ultimatum » et tout en refusant une restructuration de la detteQui atteint à l'heure actuelle 180 % du PIB, ce qui n'est pas soutenable selon de nombreux économistes ., alors que le gouvernement avait déjà accepté des concessions, c'est pourquoi le référendum s'imposait selon le ministre qui affirme en respecter le résultat quel qu'il soit, sans nécessairement que cela entraîne ni Grexit ni démission du gouvernement..
Mardi , les négociations entre les parties semblaient continuer, « la porte restait ouverte » pour Angela Merkel et la question de la restructuration de la dette était sur la table., tandis que le pays se trouve en défaut de paiement du FMI. et sous contrôle de capitaux.. Mercredi , Aléxis Tsípras faisait une nouvelle proposition, acceptation de la proposition initiale, avec quelques amendements, contre un nouveau plan d'aide et une restructuration de la dette, tandis que l'Eurogroupe annonce après une ultime réunion qu'il n'y aurait plus de négociations avant le référendum.. Le , François Hollande déclare que si le « oui » l'emporte, ..
Question du référendum 115px|vignette|gauche|Bulletin de vote.
Contenu de l'accord soumis au référendum
Un résumé du projet d'accord a été mis en ligne sur le site du référendum.. De même, dans un souci de transparence et afin d'informer le peuple grec, la Commission européenne a publié le les derniers projets issus des négociations. Elle précise qu'il ne s'agit que de projets car aucun accord n'a pu être trouvé avant que les autorités grecques n'annoncent unilatéralement un référendum avant la fin des négociations..
Le projet, composé de trois piliers, comprend un nouvel arrangement financier et un soutien des partenaires européens de la Grèce pour la croissance et l'investissement. L'aspect financier de l'accord a pour objet de débloquer une aide financière à court-terme permettant à la Grèce de respecter des engagements et de stabiliser l'économie. En matière d'investissement, le plan d'aide prévoit de débloquer des fonds européens 35 milliards d'euros pour l'investissement. Ces fonds seraient complétés par le plan d'investissement de la Commission européenne pour l'Europe qui vise à fournir une aide aux investisseurs publics et privés et à promouvoir des projets de haute-qualité. Selon le résumé du projet, cela permettra à la Grèce de combattre la pauvreté en augmentant le taux d'emploi et en promouvant des initiatives d'inclusion sociale..
SYRIZA rappelle que les propositions consistent en l'imposition d'une TVA à 23 % sur la restauration collective et l'abolition de sa baisse dans les îles ; en l'application d'une avance d'impôt de 100 % sur les sociétés et les travailleurs indépendants ; en l'abolition des réductions pour les agriculteurs (pétrole, impôt sur le revenu) et que soient baissées de 900 millions d'euros (0,5 % du PIB) les dépenses de l'aide sociale (subventions, etc.) ; en la limitation immédiate des pré-retraites et l'abolition progressive de la retraite complémentaire ; en l'abolition de toutes les participations en faveur de tiers qui financent les caisses de sécurité sociale, qui a pour conséquence une baisse de leurs recettes de plus de 700 millions d'euros ; l'augmentation des prélèvements pour soins de santé sur les pensions de 4 % à 6 % ; le gel des retraites jusqu'en 2021 ; une législation sur les licenciements collectifs et la non-réintroduction des conventions collectives, si les institutions ne le permettent pas ; la réduction des salaires dans le secteur public ; la poursuite de la privatisation du secteur de l'électricité ; le non-retour des cotisations sociales patronales au niveau de l'année 2014..
Positions Aléxis Tsípras thumb|upright|Aléxis Tsípras en mai 2014. Aléxis Tsípras a appelé devant le Parlement, samedi , le peuple grec à dire « un grand non à l'ultimatum » des créanciers « mais en même temps un grand oui à l'Europe de la solidarité » qui permettrait de meilleures négociations, « ni les menaces, ni le chantage, ni les tentatives d'instaurer la panique ne changeront la volonté du peuple grec de vivre dans la dignité » en ce sens le référendum n'est « pas une tentative de scission avec l'Europe mais de scission avec des pratiques qui sont un affront pour l'Europe »..
Aléxis Tsípras a pour sa part réaffirmé le lundi que le non permettra de « rester dans l'euro » en continuant les négociations mais sans accepter le plan d'austérité proposé; en cas de oui, il pourrait quitter son poste..
Dans une courte allocution télévisée, mercredi , Aléxis Tsípras a réaffirmé que le non « est nécessaire pour que la Grèce obtienne un meilleur accord », il a également appelé les institutions européennes à respecter le processus démocratique tout en regrettant que « l'Europe ne veuille pas donner au peuple grec le temps de prendre une décision dans le calme ».
Partis grecs Les deux partis de la coalition gouvernementale, SYRIZA (149 députés) et les Grecs indépendants (13) avec l'appui d'Aube dorée (17) ont voté la soumission du mémorandum au vote populaire lors de la session solennelle du parlement dans la nuit du 27 au ., portant le résultat à pour et 120 contre et 2 abstentions. Ces trois partis appellent à voter non.
Le Parti communiste de Grèce n'a pas voté pour la tenue du référendum parce que selon lui, les réformes du cabinet Tsípras ne sont pas meilleures que les réformes de la Troïka. Cependant les militants font la campagne du « non ».. Une enquête indique que ses électeurs voteront majoritairement « non » (voir sondages).
Les autres partis, allant de la droite à la gauche, ont voté contre la tenue du référendum et ont appelé à voter « oui » : Nouvelle Démocratie, La Rivière et le PASOK.
Le caractère constitutionnel du référendum a été discuté. En effet, les dispositions de la Constitution grecque prévoient deux voies référendaires, l'une pour les « questions nationales cruciales » et l'autre pour les projets de loi, à l'exclusion du domaine fiscal. Theódoros Fortsákis (ND) a ainsi déclaré , à partir de 13:06. Le gouvernement a justifié qu'il s'agissait d'une « question nationale cruciale »..
Le Conseil d'État est saisi.. Le , celui-ci autorise sa tenue..
Le député Fortsakis rejette également l'urgence du référendum : .
Institutions de l'Union européenne Commission européenne Lundi , la Commission européenne et son président Jean-Claude Juncker, qui appelle à voter « oui » ainsi que des dirigeants européens, ont affirmé que l'enjeu est l'appartenance à la zone euro..
Conseil européen thumb|Wolfgang Schäuble et Angela Merkel en septembre 2014. La chancelière allemande Angela Merkel refuse toutes négociations avant le référendum affirmant que l'« Europe est forte » et qu'attendre les résultats permettra la réouverture des négociations..
Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, qui appelle également à voter « oui », partage l'avis de Jean-Claude Juncker et considère que l'enjeu du référendum est le maintien dans la zone euro.
Le Premier ministre slovaque Robert Fico s'est exprimé en faveur du maintien de la Grèce dans la zone euro, mais « pas à n'importe quel prix », tout en indiquant toutefois être préparé à cette éventualité..
Certains chefs de gouvernement d'États non membres de la zone euro se sont aussi exprimés. Ainsi, le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, aurait demandé au Premier ministre grec si le pays pourrait continuer seul après six mois. Le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka a qualifié le référendum grec d'absurde et estime qu'une faillite de la Grèce serait nuisible pour l'Union européenne tout entière et aggraverait la crise des réfugiés.
Conseil de l'Union européenne Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble pense que le « non » n'entraînerait pas une sortie de l'euro..
Les ministres des Finances et des Affaires étrangères slovaques, respectivement Peter Kažimír et Miroslav Lajčák ont signalé que les évolutions récentes ne pourront résoudre la crise actuelle.
Banque centrale européenne thumb|Mario Draghi en 2013. Dans un article dans La Tribune, le journaliste Romaric Godin affirme que la BCE en ayant gelé le plafond de l'accès des banques grecques à la liquidité d'urgence (le programme ELA), ce qui a conduit à la mise en place d'un contrôle des capitaux et à la fermeture des banques, de manière à peser sur le scrutin en faveur du « oui », ce qui, selon le journaliste, constitue une ingérence dans la vie politique d'un État membre et une stratégie risquée, autant pour la Grèce que pour les institutions européennes, il ajoute que la position de Junker et des dirigeants européens est identique..
Parlement européen Le président du Parlement européen, Martin Schulz, estime que si le « oui » l'emporte, le Premier ministre grec devra démissionner ce qui entraînera la nomination d'un gouvernement de technocrates jusqu'aux élections suivantes. Selon lui, le gouvernement Tsípras est « imprévisible et manipule les gens en Grèce »..
Les députés du groupe du Parti populaire européen, par la voie de leur président Manfred Weber, appellent à voter « oui » au référendum grec.. Ce dernier estime que la Grèce « risque un désastre ». María Spyráki, député européenne grecque (Nouvelle Démocratie), appelle à voter « oui » au référendum afin de permettre « le financement des salaires, des retraites et des subventions agricoles dans un environnement stable »... De même, le député européen Yórgos Kýrtsos (Nouvelle Démocratie) a critiqué l'organisation d'un référendum en si peu de temps et l'éventualité d'un grexit.. Enfin, le président du parti populaire européen, Joseph Daul, estime que le comportement de Tsípras est irresponsable..