Bucura Dumbravă fut le pseudonyme de Ștefania « Fanny » SzekulicsȘerban Cioculescu, Caragialiana, Editura Eminescu, Bucharest, 1974, . ., SzekuliczConstantina Raveca Buleu, "Bucura Dumbravă și teozofia", in Contemporanul, Nr. 7/2012 ou Seculici, née le et morte le , écrivaine roumaine d'origine hongroise et alpiniste. Son œuvre littéraire, principalement écrite en allemand, raconte des histoires de haïdouks et de leurs légendaires exploits. Ils lui apportèrent le succès commercial en Roumanie et en Europe germanophone et furent préfacés par la reine Élisabeth de Wied.

Bucura Dumbravă se préoccupa de beaucoup de causes, et s'impliqua dans plusieurs projets culturels, mais on se souvient surtout d'elle pour son activité de promotion du tourisme en Roumanie. C'était une voyageuse et une montagnarde active, qui créa certains des premiers clubs de randonnée du pays. Sa littérature de voyage reste une référence dans la littérature roumaine alors que ses œuvres de fiction sont souvent oubliées.

Durant sa carrière, elle favorisa la présence de femmes dans la franc-maçonnerie roumaine. Avec l'âge, elle s'intéressa davantage au spiritualisme moderne anglo-saxon, et, en tant que disciple de Jiddu Krishnamurti, elle fonda la loge roumaine de la Société théosophique. Elle décéda au retour d'un voyage au Raj britannique, après avoir assisté à une conférence théosophique à Adyar.

Biographie

Enfance et jeunesse La future écrivaine est née dans la ville de Bratislava. Son père faisait partie de la minorité magyare de SlovaquieMarinescu, . ou de la minorité slovaque de Hongrie. Sa mère était allemandeUrsula Wittstock, "Zur Deutung der Rumänischen Verse in Clemens Brentanos Novelle 'Die Mehrern Wehmüller und Ungarischen Nationalgesichter' ", in Studia. Philologia 1, Vol. LII, 2007, .. Bucura Dumbravă fut élevée dans la culture allemande et était perçue comme telleTăslăuanu, .. Fanny passa son enfance dans diverses régions d'Autriche-Hongrie et visita Vienne à quatre ans. Un an plus tard, ses parents émigrèrent en Roumanie, en tant qu'amis du roi Carol Ier. Son père dirigeait une compagnie d'assurances et certains historiens pensent qu'il dirigeait la loge maçonnique zur Brüderlichkeit.

La famille royale remarqua rapidement le jeu de Fanny au piano, son talent pour l'écriture de poésie allemande et sa passion pour la lecture de littérature roumaine romantiqueMarinescu, , 30. À la cour à Sinaia, elle devint confidente et suivante de la reine Elisabeth et, en , fit son entrée dans la haute société en tant qu'invitée du couple royal.

En 1886, Fanny Szekulics devint philanthrope, en fondant la société de Tibișoiul afin d'organiser l'école du dimanche pour les enfants défavorisés. Plus tard, elle se fit connaître principalement en tant que critique de musique, chercheuse à l'Académie roumaine et conférencière sur des sujets religieux ; elle a travaillé avec le sculpteur Carol Storck et le musicologue Ion Popescu-PasăreaBoabe de Grâu, octobre 1934, .. In 1905, elle fonda, avec le politicien Vintilă Brătianu, Chindia, société pour la conservation et le développement du folklore roumain, en particulier des danses populaires. Le socialiste Frozy Nenițescu l'y rejoignit, se souvenant que, au moins à l'origine, la société luttait contre les influences orientales dans le costume roumain, craignait les tarafs "bruyants" et fut critiquée pour son caractère "exclusif"Boabe de Grâu, octobre 1934, . Voir aussi Marinescu, .. Son travail est retracé dans un film de 1913 de Nicolae Barbelian, qui inscrit dans la mémoire culturelle dix exécutions de danses nationales enseignées par ChindiaMarinescu, ..

Fanny suivit son père dans ses croyances et rejoignit la franc-maçonnerie mixte. Elle correspondit avec Annie Besant et la loge Le Droit Humain, devint diva de la Rose-Croix, et utilisa probablement la société Chindia pour recruter de nouveaux membres.

Les débuts littéraires Le premier roman publié de Fanny Szekulics fut Der Haiduck ("Le Haïdouk"), imprimé chez Wunderling à Ratisbonne en 1908. La même année, la traduction de Teodor Nica fut imprimée chez Carol Sfetea à Bucarest : Haiducul (deuxième et troisième éditions en 1911; quatrième en 1914)Marinescu, , 35Tamara Teodorescu, Rodica Fochi, Florența Sădeanu, Liana Miclescu, Lucreția Angheluță, Bibliografia românească modernă (1831-1918). Vol. II: D-K, Editura științifică și enciclopedică, Bucarest, 1986, . .. Grâce au pseudonyme, le livre avait une allure mystérieuse et certains pensaient qu'il était écrit par la reine ElisabethMarinescu, ; Montandon, .. Cette dernière avait effectivement suggéré à Fanny Szekulics son pseudonyme, qui rappelle les montagnes qui entourent Sinaia : le lac Bucura et le nom commun dumbravă ("taillis")Marinescu, , 33.

Roman historique, Der Haiduck fut décrit dans Mercure de France comme une fresque décrivant "les premiers patriotes de Roumanie", avec un "sujet séduisant" et "une sobriété parfaitement adéquate"Montandon, .. Dans Transylvania, le critique Ilarie Chendi indiqua avoir été agréablement surpris par le livre et la bonne réception qu'il reçut en Allemagne. Selon Chendi, l’œuvre est remarquable pour sa description pleine de compassion des paysans roumains, avec leur "mode de vie ancien et sain"Ilarie Chendi, "Dări de seamă", dans Luceafărul, Nr. 9/1911, ( Transsylvanica Online Library). Les critiques ont relevé les recherches historiques de Bucura Dumbravă, en particulier la vérification des sources dans les registres de la collection HurmuzachiMarinescu, ; Montandon, . mais aussi l'influence des romans populaires de N. D. Popescu. Ses emprunts à un manuscrit familial sur Iancu Jianu furent plus controversés et elle fut soupçonnée de plagiat Marinescu, .. Le livre fut aussi critiqué pour avoir perpétué le mythe négatif de Nikola Abraš (ou "Iabraș"), le principal allié de Jianu, comme traître à la cause de l'insurrection des haïdoucsS. Iancovici, "Iancu Jianu și Nikola Abraš", dans Studii. Revistă de Istorie, Nr. 4/1967, ..

Der Haiduck connut une seconde édition en 1912, avec une préface de la reine Elisabeth (sous son pseudonyme Carmen Sylva)Marinescu, , 35. La même année, Bucura Dumbravă acheva son "histoire de l'insurrection valaque de 1821", intitulée Der Pandur [Le pandour]. Elle fut également publiée par Wunderling en Allemagne et la traduction en roumain d'Eliza Brătianu chez Carol Sfetea, avant d'être entièrement réécrite par l'auteur elle-même. La narration est centrée sur le héros du peuple Tudor Vladimirescu, décrit comme la personnification de l'idée nationale roumaine, mais aussi comme un commandant cruel et un politicien peu habileTăslăuanu, ..

Der Pandur était la suite de Der Haiduck. La dernière partie de cette trilogie sur la révolution valaque de 1848 fut brûlée accidentellement avant sa publicationMarinescu, .. Bucura Dumbravă n'y revint jamais mais en 1918, elle écrivait un autre roman appelé le "livre de Sibyl". Elle rencontrait toujours du succès comme musicienne amateur. En 1913, au château d'Elisabeth à Peleș, son piano accompagna les fameux violonistes roumains Georges Enesco et Dimitrie DinicuMarinescu, ..

Alpiniste et philanthrope Pendant les décennies suivantes, l'amitié entre Bucura Dumbravă et la reine Elisabeth tourna autour de leur intérêt partagé pour la randonnée à travers les Alpes de Transylvanie, à partir de Sinaia. Pour Bucura Dumbravă, la randonnée pédestre était déjà un passe-temps hebdomadaire. Selon des témoins de ses escapades, l'écrivaine peu attirante physiquement et myope suscitait l'admiration pour son esprit joyeux et aventureuxBoabe de Grâu, octobre 1934, , 634-635. Elle portait des vêtements de montagne sur mesures, montait une jument fameuse nommée Liza, et avait son campement principal dans la grotte de IalomițaBoabe de Grâu, octobre 1934, ; Marinescu, .. Selon Frozy Nenițescu, Dumbravă prenait également des risques politiques en repassant en Autriche-Hongrie, sa présence ayant irrité les autorités douanièresBoabe de Grâu, octobre 1934, ..

Avec l'éveil de cette passion, Fanny Szekulics se tourna vers le récit de voyage. Selon la spécialiste de littérature comparée Luiza Marinescu, ses œuvres suivantes s'inscrivent dans la tradition roumaine de la "littérature romantique descriptive" (Alexandru Odobescu, Alexandru Vlahuță, Calistrat Hogaş, Nicolae Iorga), mais visent aussi à informer le public germanophone sur les "spécificités roumaines"Marinescu, , 31. Plus précisément, le critique Mihail Dragomirescu suggère que Szekulics était une disciple de la société littéraire Junimea. Membre de Junimea lui-même, Dragomirescu place la romancière parmi les auteurs qui illustrent l'idéal national néoromantique promu vers 1900 par Titu MaiorescuDragomirescu, , 43-44.

Vers 1914, Fanny Szekulics aidait la reine Elisabeth dans ses œuvres de charité, en tant que membre du "comité des dames" à la polyclinique de la reine Elisabeth à Bucarest, et cogérante de l'école professionnelle de ȚesătoareaTout-Bucarest. Almanach du high life de l'Indépendance Roumaine, Independența, Bucharest, 1914, .. Avec Mărgărita Miller Verghy, Izabela Sadoveanu-Evan et d'autres écrivaines, elle fut également membre fondateur de l'association Româncele Cercetașe, pionnière en matière de scoutisme en RoumanieLucian Nastasă, Intimitatea amfiteatrelor. Ipostaze din viața privată a universitarilor "literari" (1864-1948), Editura Limes, Cluj-Napoca, 2010, . ; version électronique à l'Académie roumaine, Institut d'histoire George Bariț.

Peu après, Carol I mourut et Bucura Dumbravă raviva l'intérêt de son amie désormais veuve pour la randonnée et la littératureBoabe de Grâu, October 1934, . Elle commença, avec l'aide de la reine, à travailler à un livre sur la méditation, l'inachevé Cartea Îngerilor [Le livre des anges]Georgescu, .. Elle prononça une des oraisons funèbres à la mort d'Elisabeth en .

Cartea munților et Turing Club Fanny Szekulics reprit son activité après la Première Guerre mondiale. Pendant que de nouvelles éditions de Haiducul sortaient en 1919 et 1925, Bucura Dumbravă lança les éditions de ses deux nouveaux essais, succès de librairie : Cartea munților [Le livre des montagnes] et Ceasuri sfinte [Heures saintes]. Ses premières œuvres écrites directement en roumain consolidèrent sa réputation auprès des conservateurs et des monarchistes. Selon Dragomirescu: "Cartea munților [est] un chef-d’œuvre de solide inspiration roumaine et de langage sain [...]. On y trouve tant d'amour de la nature, tant d'intimité avec les beautés divines des montagnes [...] que c'est sans doute une des meilleures œuvres de notre littérature."Dragomirescu, . Dans la revue traditionaliste Transilvania, le critique littéraire Ion Georgescu qualifia Ceasuri sfinte d'anthithèse de la littérature moderniste, et en tant que tel de "bienfait pour l'âme roumaine"Georgescu, ..

Ces nouveaux écrits mélangeaient l'activisme culturel, les idéaux sociaux et la contemplation des beautés de la nature. Cartea munților sort ainsi de l'ordinaire pour promouvoir la protection de l'environnement par des exhortations telles que : "Demandez pour tout un chacun le droit de se reposer sur la poitrine de la nature, le droit à la lumière du soleil, à l'air frais, à la verte forêt, à l'amour du risque de gravir des montagnes"Marinescu, .. Fanny Szekulics éprouvait des influences spiritualistes, citant longuement Emanuel Swedenborg et ses vues sur les purifiés et l'énergie purifiante des montagnes, en concluant : "La découverte de la beauté alpine fut une victoire de l'âme sur la matière." Les sujets mystiques, éthiques et de forment une large part de Ceasuri sfinte, qui réinterprète des symboles de diverses sources religieuses: le Livre de Jérémie, les Apocryphes bibliques, les Actes des Apôtres, la vie de Jeanne d'Arc, etc.Georgescu, .