L'expression Afrique romaine peut désigner soit les terres d'Afrique du Nord dominées par Rome de l'Atlantique à la mer Rouge, soit la part romanisée de l'Afrique (côtes de l'Afrique du Nord occidentale à l'ouest de la Petite Syrte, actuel Maghreb).

thumb|right|Mosaïque dite de Virgile et les Muses, expression de la latinité à l'œuvre dans l'art africain.Mosaïque découverte à Hadrumète en 1895, datée du début du - conservée au musée du Bardo, à Tunis.|alt=Image d'une peinture montrant Virgile, entouré de Clio et Melpomène, tient un volumen où l'on peut lire le huitième vers de l'.

Cadre géographique et humain vignette|redresse=1.5|Provinces de l'Afrique romaine après la réforme de Dioclétien.

Géographie L’Afrique romaine occidentale s'étend, d'ouest en est, des côtes atlantiques de l'actuel Maroc aux déserts de la Grande Syrte. Après la réforme territoriale et administrative de Dioclétien en , elle comprend huit provinces romaines (d'ouest en est) : la Maurétanie tingitane, la Maurétanie césarienne, la Maurétanie sétifienne, la Numidie militaire, la Numidie cirtéenne, l'Afrique proconsulaire, la Byzacène et la Tripolitaine dans la continuité territoriale de l'Africa punique..

L’Afrique romaine orientale comprend les provinces de Cyrénaïque et d'Égypte, qui n'ont pas été romanisées et reçoivent un traitement à part dans les sources antiques. Situées à l'est de la Grande Syrte, elles sont culturellement rattachées à l'aire hellénistique, clairement distincte de la zone punique puis romaine. Administrativement, l'Égypte a toujours été un cas à part dans l'Empire romain ; quant à la Cyrénaïque, elle a été plusieurs fois rattachée à la Crète, terre habitée la plus proche Theocharis E. Detorakis, History of Crete, Iraklion, 1994, .Jean Tulard, Histoire de la Crète, PUF, 1979, .Claude Lepelley, Rome et l'intégration de l'Empire, t. 2 Approches régionales du Haut-Empire romain, Nouvelle Clio..

Peuplement Les habitants de l'Afrique romaine peuvent être sédentaires, tels les Maures, localisés dans la partie occidentale, les Numides au centre et les Égyptiens à l'est, ou bien nomades, tels les Gétules, les Garamantes et les Libyens dans les régions plus désertiques. Les nomades, auxquels les Romains, au début de leur avancée, n'accordent que peu d'intérêt, vivent principalement de l'élevage qui nécessite des déplacements saisonniers afin que les troupeaux puissent paître et s'abreuver, et de commerce transsaharien. Les successeurs d'Auguste, jusqu'à Septime Sévère, vont repousser toujours plus loin vers le sud et l'ouest les nomades en offrant leurs terres aux peuples sédentaires.

En Afrique du Nord, les sources anciennes, grecques et romaines (Hérodote, Strabon, Pline et Pomponius Mela), distinguent une zone urbanisée, une zone tribale où domine le pastoralisme, et une zone méridionale peuplée de nomades, nommée Gétulie.

Pline l'Ancien dénombre 516 peuples entre l'Ampsaga et les « Autels des Philènes », dans la grande Proconsulaire. L'importance numérique et la place de ces tribus dans les sources sont très variables.

Histoire États d'Afrique à la veille de la conquête romaine

vignette|Zones d'influence de Rome et Carthage en Méditerranée avant les guerres puniques en . Pour maintenir son emprise sur la région, Rome cherche à entretenir, dès la fin de la deuxième guerre punique (218-202), les divisions entre les différents royaumes d'Afrique du Nord (Massyli, Numidae, Mauri, Getulae) qui sont souvent en conflit..

En , Massinissa, roi des Massyles, s'allie à la République romaine contre Carthage et le roi Syphax. Son apport est décisif dans la victoire romaine mais la puissance de son royaume, à l'instar de celle de la république carthaginoise, est incompatible avec les intérêts romains. Pendant une cinquantaine d'années, Rome entretient des relations diplomatiques et commerciales avec Massinissa et Carthage, et leur achète du blé en cas de besoin. Massinissa unifie le royaume numide en -148 et a des vues sur le territoire carthaginois, mais sa mort met fin à cette volonté expansionniste..

De la conquête au Haut-Empire De la conquête à la fin de la République romaine Marcel Le Glay constate : « Punico-romaine jusqu'à César, romano-punique ensuite, l'Afrique du Nord ne devint vraiment romaine que sous les Flaviens ».

Évolution administrative des provinces africaines Avant la conquête Carthage Royaume de Numidie orientale Royaume de Numidie occidentale Royaume de Maurétanie Numidie Maurétanie NumidieMaurétanie orientale Maurétanie occidentale Maurétanie orientale Maurétanie occidentale Afrique proconsulaire Royaume de Maurétanie – Afrique proconsulaire Maurétanie avant Afrique proconsulaire Numidie Maurétanie césarienne Maurétanie tingitane Après la réforme de DioclétienProconsulaire (Nord) Byzacène (Centre)Tripolitaine (Sud-Est) Numidie(partagée entre et ) Maurétanie césarienne Maurétanie sétifienne(-) Maurétanie tingitane

Conquête romaine et lois agraires

vignette|La qui marque la frontière entre les deux provinces romaines d' et d'. À l'issue de la troisième guerre punique, après la victoire de -146, « l'Afrique fut le prix de la victoire ; et le monde ne tarda pas à suivre le sort de l'Afrique » comme le fait remarquer Florus, historien aux origines africaines.

Après la chute de Carthage, Scipion Émilien est chargé par le Sénat de fixer les frontières du nouveau territoire. Le général romain fait délimiter la frontière par un fossé la sur l'ancienne frontière entre le territoire carthaginois et le territoire numide. La première province romaine en Afrique est ainsi créée sous le nom d'. C'est une province de taille modeste, moins de , mais riche. Sept villes gagnent leur autonomie pour avoir pris position contre Carthage : Utique, Hadrumète, Thapsus, Leptis Minor, Acholla, Theudalis et Uzalis.

En -123, la autorise d'origine romaine et italienne à s'installer dans les territoires romains d'Afrique, mais c'est un échec politique pour son initiateur Caius Gracchus, bien que des colons italiens soient recensés jusqu'au territoire du roi numide Micipsa. Peu de temps après, à la mort de ce dernier en -118, Rome arbitre à plusieurs reprises les problèmes de succession et, à chaque fois, dans le sens d'une division en plusieurs royaumes.

Jugurtha, petit-fils de Massinissa, ami et client de Rome, provoque la colère romaine après avoir fait massacrer des marchands de céréales italiens et des citoyens romains de Cirta. Le Sénat lui déclare la guerre en -112 et l'année suivante la définit le devenir des terres africaines de Rome.

En -105, la fin de la guerre de Jugurtha sanctionne l'échec de la politique numide en Afrique. Le royaume de Numidie est partagé entre un royaume réduit sous le contrôle de Rome et la Maurétanie ; l' est agrandi.

De nombreux vétérans issus des légions de Caius Marius s'installent en Afrique après le vote de la en -103 qui leur accorde à chacun 100 iugera de terre à Thibaris, Thuburnica et Uchi Maius. Des auxiliaires gétules obtiennent également le droit de cité de la part du général romain.

Consolidation à la fin de la République

Après la bataille de Thapsus en -46 et la défaite des pompéiens alliés à , roi de Numidie, Jules César annexe le royaume numide. La province d' est créée à côté de la première province, nommée dès lors . La limite entre les deux provinces est toujours marquée par la . Les royaumes indigènes se trouvent confrontés à un nouvel État et à l'extension des possessions romaines, c'est ainsi que disparaît la Numidie en tant que royaume.

La frontière ouest de la province est protégée par un territoire dénommé , entre la Numidie du Nord, Cirta et la côte. Ce territoire est attribué à Publius Sittius, un aventurier campanien de Nucérie allié de Jules César. Cela permet à Jules César de s'acquitter d'une dette, tout en protégeant l' et avec des soldats originaires d'Italie. Quatre colonies romaines : Cirta, Rusicade, Milev et Chullu restent dépendantes de la province romaine après la mort de Jules César mais elles gardent des privilèges de ce passé.

À cette période, des Romains sont déjà installés en Afrique : des commerçants dans les villes côtières, des propriétaires à titre individuel ou des colons placés par Rome lors des décennies précédentes. Jules César poursuit la politique de colonisation en fondant les colonies de Carthage, Clupea, Curubis et prépare l'emplacement pour les futures colonies de l'ère augustéenne (Carpis, Hippo Diarrhytus et Néapolis).

Haut Empire romain Conquête sous les Julio-Claudiens

vignette|Carte de l'Empire romain en 37 à l'avènement de Caligula. vignette|Vestiges à Ammaedara (aujourd'hui Haïdra), premier cantonnement de la établi sous le règne d'Auguste. En , les provinces romaines d' et d' sont regroupées en une seule et même province confié à un sénateur à pouvoir proconsulaire. La Numidie est rattachée à cette province. La voit son maintien confirmé sur le sol africain, alors que les provinces sénatoriales sont dépourvues de légions romaines. Les intérêts économiques de la classe sénatoriale en Afrique sont trop importants pour qu'Auguste ne confie pas son administration au Sénat.

Pendant le règne d'Auguste et de ses successeurs, Rome ne se contente pas de « veiller sur la dépouille » du royaume punique, selon la formule de Theodor Mommsen. Une véritable politique d'urbanisation et de contrôle du territoire est mis en place par les premiers empereurs romains.

Ainsi, le premier espace contrôlé par les Romains est un espace avec un haut degré de civilisation urbaine : les régions de Carthage, Cirta, Sicca Veneria. Dans l'ancienne , Auguste complète la ceinture de nouvelles colonies destinées à entourer la ville de Carthage reconstruite : Maxula, Tertiadecima, Thuburbo Minus et Uthina. Dans l'ancienne , les sites d'implantation choisis par Auguste correspondent à une volonté de maîtriser le territoire : Assuras, Sicca Veneria, Simitthu et Thabraca. Douze colonies de vétérans sont également créées par Auguste en Maurétanie : six colonies en bord de mer (Cartennae Gunugu, Igilgili, Rusazus, Rusguniae et Saldae), trois sont créées à l'intérieur des terres (Aquae Calidae, Tubusuptu et Zuccabar) et trois sur l'emplacement de villes préexistantes. Elles sont confiées à son protégé et assignées à la défense de l’Afrique du Nord. La Maurétanie devient, à partir de , un royaume client dirigé par Juba II, fils de , défait en par Jules César.

Sous le règne d'Auguste, les progrès de la romanisation sont longs et de nombreuses révoltes éclatent comme celle de réprimée par Lucius Sempronius Aratinus, ou celle des Garamantes et des Gétules entre et contrôlée par Lucius Cornelius Balbus, ou encore celle de 3 maîtrisée par Lucius Passienus Rufus ou de l'année suivante qui concernent à nouveau les Gétules et les Musulames. Pour mettre fin aux révoltes dans ce secteur, la est stationnée à Ammaedara. Parallèlement à ces révoltes locales, pendant les « périodes de calme », les Romains poursuivent la colonisation du territoire.

Sous le règne de Tibère, la révolte menée par Tacfarinas, un ancien auxiliaire numide de l'armée romaine, et par les Musulames en montrent que la région n'est pas encore pacifiée. Dès la première année, les Romains remportent une importante victoire, mais subissent la perte d'une forteresse l'année suivante. Ce revers oblige Tibère à détacher une nouvelle légion en Afrique : la venant de Pannonie. Après l'échec de la prise d'une forteresse romaine en , Tacfarinas change de tactique en se tournant vers la guérilla. En , l'arrivée au pouvoir de Ptolémée en Maurétanie mécontente les Maures qui rejoignent la guerre avec les Garamantes, la doit également être rappelée en Pannonie. La révolte se termine par la mort de Tacfarinas en lors d'une embuscade tendue par les Romains.