vignette|upright=1.5|Détail d'une gravure du Monde illustré d'après un dessin de Gustave Janet montrant une réunion de l'Union parisienne de la presse au n 1 de la rue Drouot. Debout, de gauche à droite : Hervé (Journal de Paris), Tarbé (Le Gaulois), Dalloz (Le Moniteur universel, Le Monde illustré...) et Jenty (La France). Lauzières-Thémines (La Patrie) est assis au premier plan.Gibiat (Le Constitutionnel, Le Pays), président de l'UP, est assis au centre. L'Union parisienne de la presse (ou Union de la presse parisienne, ou simplement Union parisienne) est une organisation électorale fondée en autour de plusieurs grands journaux conservateurs ou modérés de la capitale française.
Histoire
Objectifs et méthodes
vignette|Dessin satirique de Bertall à propos des élections du 2 juillet. Faisant la course avec l'hydre de l'anarchie, le char de la République est attelé au cygne légitimiste, au coq orléaniste, à l'aigle bonapartiste et au cheval de labour des ruraux.
L'Union parisienne de la presse (UP)Initiales utilisées dans Le Gaulois du 26 juillet 1871, . a initialement été créée en vue des élections législatives partielles du 2 juillet 1871, mais elle sera reconduite à la fin du même mois, lors de la campagne des élections municipales des 23 et 30 juillet.
Imaginée par Émile de Girardin (fondateur de La Presse et directeur de La Liberté) puis formée concrètement à la mi-juin sur l'initiative de Charles Jenty (directeur de La France) et d'Eugène GibiatEugène Yung, « Le mouvement électoral à Paris », La Revue politique et littéraire : revue des cours littéraires, , n 1, juillet 1871, . (propriétaire du Constitutionnel et du Pays)Le Figaro, 20 novembre 1871, ., l'organisation est présidée par ce dernierLe Figaro, 5 août 1871, . et dotée d'un siège installé à l'hôtel de Russie, au n 1 de la rue Drouot.
Ce rassemblement d'une vingtaine de journaux à des fins politiques n'est pas inédit. En effet, la plupart d'entre eux s'étaient déjà associés trois mois auparavant, au début de la Commune, pour publier une protestation, soutenue dans la rue par les « Amis de l'Ordre »Pierre Milza, « L'Année terrible », t. II (La Commune), Paris, Perrin, 2009, ., qui dénonçait l'illégitimité du Comité central de la garde nationaleCités notamment dans Le Gaulois du 24 mars 1871, les journaux ayant signé la Déclaration de la presse contre la convocation des électeurs par le Comité central de la garde nationale sont indiqués en gras dans la liste des adhérents de l'UP. Les signataires de cette déclaration légaliste qui n'ont pas ensuite adhéré à l'UP sont : Le Temps (comité Renouard), Le National, La Cloche, Le Bien public (membres, avec L'Opinion nationale, de l'Union républicaine de la presse), L'Avenir libéral (liste Clément Duvernois), Le Journal des villes et des campagnes, Le Charivari, La France nouvelle, Le Petit National et L'Électeur libre..
Instruite de l'échec parisien des conservateurs lors du scrutin du 8 février (quand la plupart des journaux de cette tendance avait publié des listes de candidats différentes)Le Constitutionnel, 8 février 1871, ., traumatisée par la Commune (qui a été réprimée quelques semaines plus tôt), et consciente d'un contexte national où l'avenir de la République semble très incertain (les monarchistes étant majoritaires mais divisés à l'Assemblée nationale), l'UP a pour but d'éviter la dispersion des voix des partisans de l'ordre, en établissant une liste unique de candidats conservateurs ou libéraux acceptables à la fois par les monarchistes (orléanistes, légitimistes et bonapartistes) et par les républicains modérés. Il n'est donc pas question de se prononcer sur le régime politique que doivent mettre en place les députés, mais plutôt de proposer un certain conservatisme social. Selon le rédacteur en chef du Figaro, Hippolyte de Villemessant, les membres de l'Union, en lien avec plusieurs comités électoraux d'arrondissement, se sont contentés de faire « de l'essence d'honnêtes gens, d'hommes d'ordre avant tout, et pas un nom n'a été accepté [...] sans avoir subi la formalité, ou plutôt l'épreuve, d'un scrutin secret »Le Figaro, 6 juillet 1871, ..
Contrairement à l'idée initiale de Girardin, qui avait proposé la candidature des 19 rédacteurs en chef de journaux qui s'étaient aussi bien opposés aux menées gambettistes en province qu'à la Commune de Paris, il est décidé de ne retenir aucun nom de journaliste, Dalloz, Jenty et Hervé acceptant de renoncer à toute candidature par « dévouement à l'union si nécessaire dans ces graves circonstances »Journal des débats, 2 juillet 1871, . Sur la liste définitive, constituée de notables parisiens monarchistes ou républicains modérés, on retrouve aussi bien un évêque catholique, Monseigneur Freppel, qu'un pasteur protestant, Edmond de Pressensé. Une délégation avait été envoyée auprès du maréchal de Mac-Mahon pour lui proposer de faire figurer son nom en tête de liste, mais le futur président avait alors courtoisement décliné cette candidatureLe Temps, 30 juin 1871, . et proposé, à la place, celle du général de CisseyLe Figaro, 5 juin 1873, ..
En l'absence de partis politiques structurés (qui n'apparaîtront sous leur forme actuelle qu'à partir de 1901), l'UP coordonne ainsi le « parti libéral et conservateur »Le Figaro, 30 juillet 1871, . ou le « parti de l'ordre »Le Figaro, 18 août 1871, . dans la capitale face à la liste républicaine radicale, qu'elle présente abusivement comme l'héritière des Communards.
vignette|Le Figaro portant la date du 3 juillet 1871 (mais publié la veille) offre six bulletins de vote de l'Union parisienne de la presse à découper.
Organisations concurrentes
Cependant, tous les journaux hostiles à l'extrême gauche ne font pas front commun.
Trois des titres qui s'étaient opposés à la Commune, L'Opinion nationale de Guéroult, Le Bien public et La Cloche de Ferragus ont ainsi préparé leur propre liste d'« Union républicaine de la presse »Le Temps, 29 juin 1871, .. Guéroult avait pourtant accueilli dans ses bureaux la première réunion préparatoire de l'UP, mais il s'en était immédiatement désolidarisé au profit d'une ligne exclusivement républicaine modérée.
Encore plus intraitables quant au républicanisme, Le Siècle, L'Avenir national et La Nation souveraine appuient quant à eux le Comité républicain de la Seine, dit « comité de la rue Turbigo » ou « comité Peyrat ». Celui-ci adopte une ligne de gauche modérée, certes fermée au tribun Gambetta et aux radicaux suspectés de complaisance avec la Commune, mais résolument hostile à toute forme de monarchie.
Une démarche conciliatrice, proche des positions du centre gauche incarné par Thiers, a été tentée par le Comité électoral de la rive gauche ou « Comité de la rue Le Peletier », présidé par Charles RenouardLouis Teste, « Chronique politique », Revue de France, 8 juillet 1871, . avec l'aide du bâtonnier Rousse. Soutenu par Le Temps, ce « comité Renouard » était entré en pourparlers avec les trois autres organisations ainsi qu'avec une « Union des chambres syndicales ». Après s'être rapproché de l'Union républicaine de GuéroultPour justifier ce rapprochement, Ferragus (Louis Ulbach), de La Cloche, a déclaré : « Notre conscience nous dit qu'en travaillant pour l'ordre nous travaillons pour la République : tant pis ou tant mieux si nous ne travaillons pas pour certains républicains ! » (cité par Eugène Yung, « Le mouvement électoral à Paris », La Revue politique et littéraire : revue des cours littéraires, , n 1, juillet 1871, ). et après avoir proposé une liste ayant des noms communs avec celle de l'UP, le comité Renouard s'est finalement rallié en ordre dispersé aux choix de cette dernière peu de temps avant l'ouverture du scrutinLe Figaro, 2 juillet 1871, ., apportant avec lui l'appui du Soir (Hector Pessard), du Français (Étienne Récamier) et du Paris-Journal (Henry de Pène), mais pas celui du TempsLe Temps, 2 juillet 1871, ..
Résultats électoraux
vignette|De gauche à droite : Janicot (La Gazette de France), Veuillot (L'Univers), Bapst (Le Journal des débats), Villemessant (Le Figaro) et Neychens (L'Union).
Le , 16 des 21 candidatsLes députés élus sur la liste de l'UP sont : André, le général de Cissey, Denormandie, Dietz-Monnin, Drouin, Krantz, Laboulaye, Lefébure, Louvet, Moreau, Morin, Pernolet, de Plœuc, de Pressensé, Sébert et Wolowski.
Les cinq candidats battus sont : Flavigny, Monseigneur Freppel, d'Haussonville, Le Berquier et Piérard. patronnés par l'UP sont élus à l'Assemblée nationale.
Ce succès encourage l'UP à rester active en vue des élections municipales de la fin du mois, pour lesquelles elle revendique un certain apolitisme face à des radicaux qui ne comptent pas se contenter de questions purement administratives. Les recommandations de l'UP sont à nouveau très suivies, mais surtout dans les quartiers bourgeois de l'Ouest et du Centre, les « quartiers excentriques » [sic] de l'Est étant, selon Villemessant, « éternellement voués aux agitateurs ». Ainsi, les candidats de l'UP remportent tous les quartiers des 6 et 9 arrondissements, ainsi que les trois quarts des sièges des 1, 2, 4, 7, 8, 10, 13 et , mais ils n'en obtiennent qu'un seul dans les 3, 12, 14, 15, 19 et 20, et même aucun dans les 11 et . Finalement, les candidats de l'UP détiennent 42 des 80 sièges du conseil municipalLes conseillers municipaux élus avec la recommandation de l'UP sont : Prestat, Bouruet-Aubertot, Bernard ( arr.), Joubert, Louvet, Thorel ( arr.), Leleux ( arr.), Callon, Loiseau, Desouches ( arr.), Lavocat, Dubief ( arr.), Bréton-Hachette, Rondelet, Beudant, Depaul ( arr.), Tranchant, Frémyn, Delzant ( arr.), Watel, Férot, Binder ( arr.), Prétet, Perrin, Ohnet, Meunier ( arr.), Dehaynin, Saglier, Christofle ( arr.), Piat ( arr.), Trélat, Paymal, Bouvery ( arr.), Gavrel ( arr.), Thomas ( arr.), Leclerc, Dehaynin ( arr.), Raynal, Puteaux, Gouin ( arr.), Richard ( arr.) et Topart ( arr.).
Les candidats de l'UP battus sont : Grellou ( arr.), Carlhian ( arr.), Piault, Paillard, Ranvier ( arr.), La Renaudière (qui s'est désisté au second tour en faveur de Desouches) ( arr.), Houette puis Maillot au second tour, Lartigue ( arr.), Dargent ( arr.), Jenty ( arr.), Laisné ( arr.), Mignon, Simon puis Hochard au second tour, Francastel, Grados ( arr.), Agnellet, Hadot, Baudelot ( arr.), Durand ( arr.), Decaux, Genevoix, La Grandière ( arr.), Cartelier puis Aubry au second tour, Fauvage, Chevalier-Cheylus ( arr.), Calla puis Possoz au second tour, Klein ( arr.), Duchêne, Bertrand (au premier tour) ( arr.), Jean puis Cochin au second tour, Dodin puis Labat au second tour, Goullet ( arr.), Gargan (au premier tour), Maujean, Hellot puis Mullet, Couvreur ( arr.), Héret, Ferry, et Lazard (ou Lazare) ( arr.). Noms et désistements publiés dans La Presse des 24 et 29 juillet 1871..
Bien que certains membres de l'UP soient déçus de ne pas avoir remporté une majorité aussi absolue qu'au début du moisLe Figaro, 2 août 1871, ., le résultat reste encourageant et incite Villemessant à imaginer de transformer l'UP en une organisation permanente élargie à d'autres notabilités. Cet enthousiasme se manifeste le , à l'occasion d'un dîner des membres de l'UP chez Ledoyen, auquel ont été conviés Louis Veuillot et Émile de Girardin ainsi que Ducatel, le « sauveur de Paris », en guise d'invité surprise.
Dissolution
Au-delà des élections, une certaine solidarité subsiste pendant quelques mois entre les différents titres. Ainsi, lors de la suspension du Pays par le gouvernement, Le Figaro prend la défense de ce journal bonapartiste au nom de l'UP, qui a « empêché qu'une quinzaine de rouges et de communeux ne pénétrât dans l'Assemblée ».