Le Décaméron ( ou ) est un recueil de cent nouvelles écrites en italien (florentin) par Boccace entre 1349 et 1353. Il est découpé en dix journées, au cours desquelles les dix personnages formant le récit-cadre de l'œuvre racontent chacun une histoire.

Ce livre a inspiré d'autres auteurs européens, comme Marguerite de Navarre ou Christine de Pizan dans la littérature française, Chaucer en Angleterre, Moderata Fonte à Venise ou Jörg Wickram en langue alémanique (alsace). Il a également été une source de création musicale et en peinture, et a connu plusieurs adaptation audiovisuelles.

Bien que les histoires traitent de sujets variés, la présence de nombreux récits à caractère sexuel a fortement contribué à la renommée du texte, notamment en ce qui concerne ses adaptations audiovisuelles, certaines mettant en scène uniquement l'aspect érotique des nouvelles racontées.

Titre Le mot italien decameron vient du grec ancien (« dix »), et (« jour ») ; translittéralement, c'est donc le « livre des dix journées »..

Contexte d'écriture L'œuvre a été rédigée par Boccace peu après la peste noire de 1348, alors qu'il vivait à Florence. Le Décaméron est son œuvre la plus connue, et a contribué à sa renommée de « fondateur » de la langue italienne en prose.

Résumé Proemio Le Décaméron s'ouvre par un bref prodrome. (), préambule dans lequel l'auteur parle en son nom propre. On y apprend que, mystérieusement guéri d'un amour obsédant, il a décidé de consacrer un peu de son temps aux plaisirs d'un lectorat principalement féminin.

Début de l'oeuvre La première journée est précédée d'une description de la peste et du récit de la rencontre fortuite des narrateurs des nouvelles.

Peste La première journée commence par une longue introduction dans laquelle Boccace décrit de manière saisissante les ravages effroyables de la peste noire qui a atteint Florence en 1348 et l'impact de l'épidémie sur toute la vie sociale de la cité.

Formation de la « brigade » Alors que Florence est décimée, un mardi matin, sept jeunes femmes (amies, parentes ou voisines) de la haute société florentine se trouvent par hasard réunies en l'église Sainte Marie Nouvelle presque déserte. Alors que l'office religieux s'achève, les paroissiennes se mettent à bavarder. Boccace indique qu'il pourrait donner leur nom exact, mais afin de dissimuler leur identité par prudence, il a choisi de leur attribuer des noms d'emprunt. Il y a là : Pampinée (), , la plus âgée du groupe ; Flammette () ; Philomène () ; Émilie () ; Laurette () ; Néiphile () ; Élissa (), , la plus jeune.

Évoquant la situation sanitaire, Pampinée lance l'idée de se retirer hors de la ville pour protéger à la fois leur santé et leur réputation. Alors que toutes approuvent l'idée, Philomène, , précise Boccace, fait valoir le danger à laisser leur société sans homme pour les régir. Et la jeune Élissa d'appuyer :

Sur ces entrefaites entrent dans l'église trois jeunes gens élégants : Pamphile (s) ; Philostrate (s) ; Dionée (). Les jeunes femmes mettent les garçons au courant de leur projet. Le premier instant de surprise passé, ceux-ci acceptent de les accompagner (d'autant plus volontiers que l'un d'entre eux aimait Néiphile, précise Boccace).

Pampinée est désignée « reine » de la journée et organise le départ. Les domestiques des uns et des autres sont mis à contribution pour assurer l'intendance (cuisine, valets de chambre, etc.)

Le lendemain, mercredi, quittant Florence au point du jour, la brigade se réfugie dans une campagne idyllique à deux millesLe mille toscan valait (). à peine. Boccace dépeint le lieu comme un paradis terrestre : Introduction à la Première journée : .. La Nature est omniprésente dans le récit et occupe une place centrale pour les personnages ; il est fait mention d', d', d'une , ainsi que d'une dans Introductions aux deuxième journée et cinquième journées..

Chaque jour nouveau débute par un lever de soleil poétique et coloré : « L'aurore déjà de vermeille qu'elle était, à l'apparition du soleil, devenait orangée » ou encore « tout l'orient blanchissait » (introductions à la Troisième journée et à la Cinquième journée). On voit en cette nature un univers protecteur où chacun peut trouver le repos de l'âme. Cet univers paisible forme un contraste prononcé avec l'atmosphère infectieuse de la ville contaminée par les épidémies.

La précision des descriptions qui en sont faites dans certains passages rapproche le Décaméron du traité médical : « la propriété de la maladie en question fut de se transformer en taches noires ou livides qui apparaissaient sur les bras, sur les cuisses » ; « presque tous […] dans les trois jours suivant l'apparition des signes mentionnés […] trépassaient » (Introduction à la Première journée).

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Règles du jeu vignette|Boccace racontant le conte de la cage aux oiseauxWilliam Turner, 1828Tate Britain, LondresTurner Tate Britain Pour se divertir, les personnages instaurent une règle selon laquelle chacun devra raconter quotidiennement une histoire illustrant le thème choisi par le roi ou la reine de la journée (chacun des jeunes gens étant nommé tour à tour roi ou reine pour la journée). Le premier et le neuvième jour, pour varier, ont un thème libre. Ainsi, dix jeunes gens, narrant chacun une nouvelle pendant dix jours, produisent un total de cent nouvelles. Le titre de l'œuvre indique d'ailleurs cette prééminence du nombre 10, puisque déca signifie 10. Ils se réunissent tous les jours, sauf le vendredi et le samedi, pour raconter tour à tour une histoire sur le thème choisi la veille.

Organisation des journées Boccace obéit à un cadre structurel précis. Chaque journée est introduite par un court paragraphe qui situe l'action et précise l'identité du roi ou de la reine. Généralement, le roi choisit un thème qui sera développé dans les récits des protagonistes. En outre, chaque journée est introduite par un court résumé qui donne le plan de son déroulement, juste avant la narration des nouvelles proprement dites.

Premier jour : reine — Pampinée : Deuxième jour : reine — Philomène : Troisième jour : reine — Neifile : Quatrième jour : roi — Philostrate : Cinquième jour : reine — Flamette : vignette|Le jardin de la Villa Schifanoia à Fiesole près de Florence. Sixième jour : reine — Elissa : Septième jour : roi — Dionée : Huitième jour : reine — Laurette : Neuvième jour : reine — Émilie : Dixième jour : roi — Pamphile :

Nouvelles

Première nouvelle Maître Cepparello trompe un saint frère par une fausse confession, puis il meurt et, alors que durant toute son existence il s'est comporté comme le pire des hommes, il passe une fois mort pour un saint et on l'appelle saint Ciappelletto.

Introduction à la quatrième journée vignette|upright=0.90|Quatrième jour, . Cette introduction est quelquefois considérée comme la cent-unième nouvelle de l'œuvre.

Les nouvelles racontées pendant la quatrième journée sont précédées d’une longue introduction, un texte séparé dans lequel Boccace prend la parole à la première personne. Le propos de Boccace est de réfuter les détracteurs et les censeurs qui pourraient critiquer d'une part son usage d’une langue vernaculaire, d'autre part le caractère immoral de l’œuvre.

Cette introduction à la quatrième journée est connue comme l''' ou comme la (nouvelle des oies). Pour illustrer sa position sur la place de l’éros dans la construction de la société civile, Boccace raconte l’histoire d’un vieil homme, Filipo Balducci, et de son fils, qui vivent isolés dans la campagne de Florence. Quand, au cours d’un voyage à la ville, le fils découvre pour la première fois l’existence des femmes, son père essaie de le protéger en lui disant que ce sont des oies (). Mais c’est en vain, et le père se rend compte que la nature est plus puissante que l’intelligence ()..

Thèmes de l'œuvre

300px|vignette|redresse| Enluminure tirée d'un manuscrit flamand de 1432 (Ms 5070, BnF). vignette|Sixième journée, nouvelle : une femme travaille chez le boulanger Cisti, qui offre son vin à Geri Spina (enluminures, Ms. codex 2561, avant 1451, bibliothèque nationale d'Autriche).

Chaque histoire met en scène des personnages tirés de la réalité contemporaine (marchands, notaires, banquiers, artisans, gens du peuple, paysans installés à la ville etc., mais on rencontre aussi des rois, des chevaliers, des personnages de l'histoire) au moyen de registres variés (comique, pathétique, tragique, héroïque, grotesque, picaresque...). Boccace se concentre donc sur l'être humain, son comportement et ses capacités qui lui permettent de s'adapter aux aléas de la vie et d'en abattre les obstacles. La plupart des personnages font peu de cas des valeurs morales de l'Église, leur préférant le bon sens et l'initiative personnelle pour se sortir des situations difficiles. Ce tableau est aussi le reflet de la nouvelle société bourgeoise de l'époque, dont les valeurs pratiques l'emportent sur l'ordre ancien, chevaleresque et aristocratique. Le comportement des dix conteurs, empreint d'élégance et de courtoisie fondée sur la dignité, le bon goût et le respect, est aussi l'occasion pour Boccace de tracer une esquisse d'un idéal de vie.

Plusieurs récits se passent à Florence ou en Toscane, mais les nouvelles racontées concernent aussi tout le reste de l'Italie, et peuvent même se situer dans toute l'europe et le monde méditerranéen : de la Bourgogne à la Tunisie, d’Alexandrie à Paris, de Chypre à Monaco. Enfin, certaines nouvelles se passent à des époques éloignées, même si la plupart traitent des contemporains de Boccace.

Les femmes et l'amour dans le décaméron Les nouvelles traitent principalement du thème de l'amour aussi bien courtois que vulgaire.

Boccace, dans l'Introduction, dédie son livre aux femmes, afin de les consoler des peines d'amour, même si plusieurs nouvelles sont teintées de misogynie. Dans le proemio, il se fait défenseur des femmes, qu'il décrit comme "brimées de surcroît par les volontés, les caprices, les ordres enfin, d’un père, d’une mère, d’un frère ou d’un mari". Pourtant, il relaie des discours misogyne, comme la nécessité de battre une femme qui se comporte mal (nouvelle 9 du jour IX).

La plupart des nouvelles mettent en scène le monde féminin. La plupart du temps, Boccace en profite pour prendre la défense des femmes. Il montre que leur meilleure arme est la parole, qu'elles savent exploiter correctement. Ici, la question de leur place est cruciale. Les femmes peuvent avoir le pouvoir, sans la puissance, car elles sont capable de donner une direction et de faire preuve d'autorité. Ainsi, différentes femmes sont maitre de leur destin ( la marquise de Monferrato, la gente dame de Gascogne, Zinevra, madonna Filippa, Ghismonda, Lisabetta), ce qui n'était pas évident dans la mentalité de l'époque, où les femmes étaient souvent considéré comme propriété de leur mari.

Plusieurs nouvelles, au ton trivial, revendique néanmoins le désir féminin. Les femmes n'étant pas satisfaites revendique le droit à un amant ou un homme. Certaines femmes comme Ghismonda et Lisabetta, vont néanmoins mourir de ce choix d’un amant.

Critique du clergé

Impact de l'œuvre auprès des contemporains de l'auteur

Les femmes et le décaméron Boccace dédie son livre aux femmes dans l'introduction, et les nouvelles sont, dans le récit-cadre, racontées et écoutées par des femmes. Le proemio indique également que les récits peuvent servir à instruire sur les bonnes et mauvaises conduites. Cependant, vingt ans après la publication du livre, Boccace, dans une lettre à son ami Mainardo Cavalcanti, déconseille de faire lire les nouvelles aux femmes et aux filles de sa maison. Dans certains exemplaires du Décaméron, les lecteurs ont annotés à la plume quelles nouvelles sont "honnêtes" et lesquelles ne le sont pas, permettant d'orienter la lecture en fonction de l'âge, du genre ou du rang de la personne qui écouterait la nouvelle.

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