Alberto Vega, né Alberto Masó March (Barcelone, juillet 1918 – Paris, ), est une personnalité politique, membre influent du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) et l'un des principaux responsables du groupe Socialisme ou barbarie et membre du comité de rédaction de sa revue.

Biographie Une jeunesse révolutionnaire à Barcelone

thumb|Le campanile symbole du quartier de Gràcia Dès l’âge de 16 ans Alberto Masó s’est engagé dans des activités politiques. D’après les témoignages de Wilebaldo Solano, Alberto s’échappait de chez lui pour aller aux réunions des jeunesses du Bloc ouvrier et paysan du quartier de Gràcia, bravant l’interdiction de son père de sortir le soir. Il était alors lycéen à l’école Blanquerna qu’il considérait comme une école catalaniste trop bien pensante.

Le quartier de Gràcia était alors un foyer très vivant tant sur le plan culturel que politique. C’est dans ce cadre et le contexte des graves événements d’octobre de 1934 qu’Alberto Masó commença son parcours militant..

La "commune rouge" d', connue comme l’insurrection ouvrière des Asturies avec la constitution de la République des Ouvriers et Paysans des Asturies le à Oviedo, fut la conséquence de la grève générale organisée par l’alliance des travailleurs, et de la proclamation de « l’État catalan au sein de la république fédérale espagnole » par Lluís Companys, président de la Généralité de Catalogne. Cette révolution asturienne se termina par un effroyable bain de sang avec la répression d'une armée de 40.000 hommes commandée par Francisco Franco.

Albert Masó participa à la grève générale en rejoignant une colonne d'hommes en armes qui se dirigea vers la caserne de Sabadel. Ce mouvement fut contenu par la garde civile, et Masó eut la chance de n’être ni blessé, ni détenuPelai Pagès : Biographie d'Alberto Maso dans le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier au Pays Catalanes , Barcelona 2000.

La création du P.O.U.M.

thumb|right|290px|Barcelone 19 juillet 1936.

Masó milite en rejoignant les "Grups d'Acció del Bloc Obrer i Camperol" (GABOCs), des groupes d’action et approuve la fusion du Bloc ouvrier et paysan et de la Izquierda Comunista de España d’Andreu Nin qui scella la naissance du P.O.U.M., Parti ouvrier d'unification marxiste, le . Ce dernier était le représentant de la tradition marxiste anti-stalinienne et par ailleurs critique du schématisme de Trotsky qui calquait le « modèle » de la révolution russe sur l'Espagne. Le POUM se retrouvait à côté d'un parti socialiste réformiste, d'un parti communiste officiel très stalinien et d'un puissant mouvement révolutionnaire animé par le syndicat anarcho-syndicaliste de la C.N.T. persuadé que le pouvoir économique allait suffire pour la transformation de la société.

La guerre civile

thumb|left|Carte de la guerre civile Avec le soulèvement nationaliste des 17 et 18 juillet, la guerre est déclarée. Il participe aux combats de rue de la place de l’Université, en haut des ramblas puis dans les milices du POUM à l’attaque de la caserne d’Atarazanas qui soutenait Franco, et où il fut blessé pour la première fois.

Le , il alla combattre sur le front d’Aragon dans les milices du POUM contre l’armée franquiste. Il fut blessé à nouveau en et soigné dans le sanatorium d’Alp géré par des médecins affiliés au POUM. Il retourna au front de Huesca avec le grade de lieutenant dans la de l’armée républicaine car à l’époque le POUM faisait encore partie du gouvernement du Front populaire à BarceloneAlberto Maso, bien plus tard, après avoir vu et apprécié le film de Ken Loach « Land and Freedom » dira regretter que les miliciens de la commandés par Josep Rovira aient l’air de guerilleros : « nous étions une véritable armée, avec les armes et le même équipement que l’armée régulière. Cette séquence du film ne correspond pas à la réalité et en affaiblit la signification »..

Clandestinité du POUM et lutte contre le NKVD

thumb|Le général Alexandre Orlov, chef du NKVD en Espagne de 1936 à 1938 En , le POUM fut exclu du gouvernement catalan et en , le parti interdit. Son dirigeant Andreu Nin fut arrêté puis assassiné par la police secrète russe. Masó rejoignit la lutte clandestine du POUM et prit part aux combats du Passeig de Gràcia avec les comités de défense de la CNT durant les affrontements de à Barcelone contre l’emprise croissante du Parti communiste d'Espagne sur l’appareil d’état républicain. Il fut arrêté alors qu’il collait des affiches traitant de contre-révolutionnaire le nouveau gouvernement de Juan Negrín, formé de républicains, de communistes et de socialistes de droite sans les ministres de la CNT. Francisco Largo Caballero avait alors démissionné en raison de son refus de dissoudre le POUM. Alberto Véga fut enfermé dans la prison Modelo où il ne resta que 4 mois grâce à la clémence d’un juge qui s’opposait à la répression orchestrée par les communistes staliniens et organisée en sous-main par le général Alexandre Orlov, chef du NKVD en Espagne.

Alberto Masó retourna au front et combattit jusqu’à la défaite de l’armée républicaine en 1939. En permission à Barcelone, pour venger l’assassinat d’Andreu Nin et de beaucoup d’autres, il participa à la « liquidation », le , du capitaine russo-polonais, Léon Narvitch, agent de la NKVD infiltré dans le POUM. Ce capitaine avait été détaché pour identifier les dirigeants du POUM à partir de photos qu’en avait faites le NKVD. Les militants du POUM préparèrent un piège au célèbre parc Güell. Alberto engagea la conversation pour le mettre en confiance, puis un autre militant du POUM, Lluís Puig lui tira dessus.

L'exil en France et le STO en Allemagne thumb|left|Enfants républicains exilés en France en février 1939 Après la chute de Barcelone, ce fut la retirada de . Il prit le chemin de l'exil en France avec son unité et fut interné dans le camp de concentration d'Argelès-sur-Mer d’où il réussit à s’échapper. Comme des milliers de réfugiés et exilés de la guerre d'Espagne, Alberto vécut dans des conditions très difficiles.

Les services d’aide organisés par les partis socialiste et communiste ne concernaient pas les poumistes considérés par eux comme des traîtres. Pour survivre, Alberto Masó, sans-papier et en pleine occupation allemande, créa un service de défense avec d’ex-poumistes. Il commit un vol à main armée dans le local du PSUC pour récupérer de l'argent et fut arrêté puis incarcéré deux ans jusqu’à la fin 1941 à la maison d’arrêt de la Santé et à celle de Fresnes avec son ami L. Puig, et enfin interné dans la caserne des Tournelles. Enfin il fut requis pour le Service du travail obligatoire en Allemagne dans une usine d'IG Farben Industrie, et y tomba gravement malade de la tuberculose. Dina Vierny, la muse du sculpteur Aristide Maillol, lui sauva la vie en payant ses soins dans un sanatorium suisse.

L'internationalisme pendant la guerre

Guéri et libre, Il entra en contact sur la base du rejet de la défense de l’URSS et de tout nationalisme, en 1946, avec la Fraction Française de la Gauche Communiste (FFGC) d’obédience bordiguiste (ce courant lié au leader italien Amadeo Bordiga représentait une des oppositions de gauche au stalinisme). En fait, ce groupe était hétérogène et lui appartenir ne signifiait pas l'acceptation de toutes les thèses dogmatiques de Bordigua.

Masó rédigea sous le pseudonyme de Maille des articles dans un journal qui s’appelait « L’Internationaliste ». Mais, il ne partagea jamais ni la conception du parti ultra léniniste de la FFGC et encore moins son analyse de la guerre et de la révolution espagnole (cette guerre était analysée comme une simple guerre inter-impérialiste). Il rompit avec cette mouvance et dans les années 1950, il prit contact avec d’autres militants qui venaient de rompre avec la section française de la Quatrième Internationale (fondée par Trotsky en 1938), et adhéra au groupe « Socialisme ou Barbarie » avec une déclaration politique « Pour l’Unification » (revue S ou B ), texte dans lequel, les camps de travail du goulag stalinien sont explicitement dénoncés, ce qui était relativement rare à l’époque. S ou B était né d'une scission avec le PCI, section française de la Quatrième Internationale sur la nature du stalinisme. La tendance Chaulieu (premier pseudonyme de Cornelius Castoriadis) et Montal (Claude Lefort) voyait dans la bureaucratie une nouvelle forme de société de classes et d'exploitation et considérait les partis communistes comme contre-révolutionnaires. L'alignement des trotskistes sur des positions de soutien au PC yougoslave de Tito aboutira à une scission définitive de S ou B avec le Trotskysme. En septembre 1952, Masó écrivit un article de fond intitulé « La crise du Bordiguisme » (revue Sou B ). Entre-temps il avait pris le pseudonyme de Véga : « Peut-être parce que cette étoile indique la direction aux gens qui voyagent ». Véga en effet de faisait fort d’avancer. Il redoutait le piétinement, le rabâchage et l’enfermement. D’ailleurs, Il aimait les randonnées en montagne dans les Alpes et les Cévennes où il a beaucoup marché, sac au dos empruntant les sentiers de grande randonnéeEntretiens de Dominique Frager avec Martine Maso-Vidal et Dominique Gautrat.

De "Socialisme ou Barbarie" à "Pouvoir Ouvrier"

right|thumb|Quelques exemplaires de la revue Socialisme ou barbarie Pour S ou B puis pour P O, l’URSS était un capitalisme bureaucratique d’État (et non comme persistaient à l’affirmer les trotskystes « un État ouvrier dégénéré »). Quant au socialisme, il n’était pas l’étatisation de l’économie et de la vie sociale mais leur autogestion par des entreprises organisées en Conseil ouvrier. Ces mêmes conseils devaient être également destinés à exercer le pouvoir politique. Véga, après avoir exercé plusieurs métiers, dont aide-métreur, ouvrier électricien travaillant sur la pose de poteaux électriques, était devenu traducteur technique. Il apporta ainsi au groupe S ou B le parcours d’un militant qui avait de solides convictions internationalistes, anticapitalistes et anti-staliniennes basées elles-mêmes sur une large palette d’expériences de travail et sur sa participation à un mouvement révolutionnaire effectif (1934-36).

Pour lui, les mots « comités d’usine », « conseils de paysans », « contrôle des travailleurs », « autogestion ouvrière » et « milices combattantes », correspondaient à une réalité vécue, ce qui lui donna une influence importante dans les débats. L’espérance d’une révolution prolétarienne n’était pas qu’un projet mais reposait sur une authentique expérience.

De 1951 à 1960, il fut membre de la rédaction de la revue S ou B et publia plusieurs articles signés Véga et Maille et intégra (1955-63) la structure de décision du groupe où il assura la fonction de secrétariat pour les tâches organisationnelles. Il tint une correspondance régulière avec la Province et consolida les contacts avec l’Italie (groupe de Battaglia communista, puis groupe de Unita proletaria animé par Danilo Montaldi).

Pendant la guerre d’Algérie, bien qu’il fût favorable à la lutte pour la décolonisation et l’indépendance, il s’opposa avec Castoriadis et la majorité du groupe, pour des raisons pratiques et de principe, à Jean-François Lyotard qui participa d’une façon plus directe à un réseau de « porteurs de valise » (réseau Henri Curiel) engagés aux côtés du FLN.

Les divisions de Socialisme ou Barbarie thumb|Exemplaire de la revue Pouvoir ouvrier en mai 1968