La cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, de style gothique rayonnant, domine le centre de la ville médiévale de Fribourg en Suisse. Elle est construite sur un éperon rocheux surplombant de la rivière Sarine. Dédiée à saint Nicolas, elle est depuis 1924 le siège du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

Histoire

Fondation La première église Saint-Nicolas est liée à la fondation de la ville de Fribourg. En l'absence de charte de fondation, les recherches historiques ont permis de retenir la date de 1157, lorsque le duc Berthold IV de Zähringen (ca 1125 – 1186), de passage dans la région, fonda une cité sur une terrasse surplombant la Sarine. L'église paroissiale aurait été fondée dans la foulée, sur un terrain qui n'accueillait alors aucun autre édifice religieux - rien n'étayant la fondation antérieure de l'actuelle basilique Notre-Dame.

Le , l'évêque de Lausanne, Roger de Vico Pisano (1178 – 1212), consacra l'église, qui était certainement encore en construction. Cette dédicace est rappelée liturgiquement le dans le calendrier diocésain. Contrairement à d'autres fondations semblables, l'église acquit rapidement – malgré une dispute entre le fondateur et le prieuré clunisien de Payerne au sujet du terrain – une certaine autonomie au plan canonique : elle ne dépendit jamais d'une des paroisses alentour (en particulier de la paroisse de Villars-sur-Glâne) et constitua un doyenné mentionné dès 1228 dans le cartulaire de Lausanne. On ne sait quasiment rien de l'édifice original.Hans-Joachim Schmidt, « Histoire de l'église Saint-Nicolas de Fribourg », dans : ..

Dédicace thumb|Saint Nicolas de Myre sur les fonts baptismaux.La lettre écrite par le duc Berthold IV de Zaehringen au prieuré de Payerne en 1177 au sujet du litige cité précédemment mentionne la fondation d'une église ayant saint Nicolas pour patron. Plusieurs hypothèses ont été émises pour justifier ce choix. Deux d'entre elles semblent moins vraisemblables : l'une propose que ce culte a été introduit à Fribourg parce que saint Nicolas est le patron des marchands et des bateliers – mais la Sarine ne servit au transport fluvial qu'ultérieurement – et l'autre que c'est la dynastie zähringienne qui l'a choisi en raison de ses liens avec un monastère souabe qui aurait favorisé l'introduction de ce culte en Allemagne – mais les liens entre la dynastie et le culte du saint ne semblent s'être croisés que plus tard.

Reste la dernière hypothèse, qui voit un lien avec les chanoines augustins établis au col du Grand-Saint-Bernard par saint Bernard de Menthon au . C'est à cette époque que le culte de saint Nicolas connut une importante diffusion sur les voies de communication du plateau suisse, d'autant que les chanoines y disposaient de plusieurs maisons, dont certaines dédiées à saint Nicolas comme Sévaz et Semsales. Un prieuré est d'ailleurs aussi attesté à Fribourg dès 1228..

Église paroissiale L'église Saint-Nicolas occupait une place de choix au cœur de la nouvelle ville et constituera longtemps son seul sanctuaire paroissial, malgré l'établissement en ville de plusieurs ordres religieux au cours du (franciscains, ermites de St-Augustin, hospitaliers de St-Jean) ou à proximité immédiate (cisterciennes de la Maigrauge), puisque ce n'est qu'en 1511 qu'une seconde paroisse sera érigée dans l'église de la commanderie des hospitaliers de St-Jean, au bord de la Sarine. À l'extinction de la dynastie des Zaehringen, en 1218, celle des comtes de Kibourg reprit la suzeraineté sur la ville et donc sur l'église Saint-Nicolas. En 1249, un document confirmant les franchises de la ville, la , laissait aux bourgeois le droit d'élire leur curé et d'être enterrés en ville dans le cimetière entourant l'église.

La situation changea en 1277, lorsque la dynastie des Habsbourg reprit la suzeraineté et les droits accordés. Il fallut une trentaine d'années pour les retrouver, à la faveur d'une crise dynastique, et la ville de Fribourg fut la première à pouvoir exercer en Suisse le droit de collature de l'église paroissiale. Entre-temps avaient commencé les travaux de la nouvelle église Saint-Nicolas : on s'accorde sur la date de 1283 pour situer la première phase du chantier de l'édifice gothique. Fait remarquable à cette époque et signe d'une certaine autonomie de la ville, elle contrôlait alors et la paroisse – en élisant son curé – et la fabrique – qui recevait les dons des fidèles et pourvoyait à la construction du sanctuaire.

Des fondations d'autels assurèrent dès le les prébendes pour l'entretien des prêtres : en 1382, on comptait sept vicaires, puis douze prêtres en 1417 et près de dix-huit en 1464, avec le même nombre d'autels, appartenant à des corporations et à des familles. L'église fut pourvue d'orgues (1426-1428), de vitraux (1423 puis 1461-1462 pour la rosace) et de stalles pour le clergé (1462-1465). Il est probable que la paroisse ait aussi donné naissance à une école donnant un enseignement religieux aux laïcsHans-Joachim Schmidt, « Histoire de l'église Saint-Nicolas de Fribourg », dans : ...

Église collégiale À la fin du , plusieurs clercs de Saint-Nicolas cumulaient des charges à Fribourg et dans d'autres villes tandis que des paroisses de la région étaient incorporées à celle de Saint-Nicolas, de sorte que l'église paroissiale fonctionnait déjà de facto comme une église collégiale. Ce statut, acquis par de nombreuses villes impériales à la fin du Moyen Âge, fut conféré à l'église St-Vincent de Berne en 1484, ce qui encouragea les autorités fribourgeoises à entreprendre des démarches auprès du pape. En 1512, l'avoyer Peter Falk obtint le privilège de Jules II, confirmé par son successeur Léon X.

Le chapitre collégial de Saint-Nicolas fut ainsi constitué : il comptait trois dignitaires – un prévôt élu par le Conseil des Deux-Cents et investi par le pape, un doyen et un chantre – et douze chanoines. L'indépendance vis-à-vis de l'évêque de Lausanne était manifeste. Elle sera renforcée par la Réforme : même si Fribourg demeurait catholique, elle aida les Bernois à prendre en pays de Vaud les possessions de l'évêque – en se servant aussi au passage – et exerça à son égard une collaboration toute relative. Dans la seconde moitié du , la Contre-Réforme s'appuya largement sur la collégiale Saint-Nicolas et son clergé, désormais l'une des principales institutions ecclésiastiques du diocèse de Lausanne : on entreprit une réforme du clergé, on renforça la vie spirituelle et on accueillit les jésuites pour favoriser la création du collège Saint-Michel.

L'évêque de Lausanne, en exil depuis 1536, finit par être admis à résider à Fribourg en 1601 mais en renonçant à toute prétention temporelle et sans disposer d'un véritable chapitre cathédral, le chapitre collégial de Saint-Nicolas assurant cette dernière prérogative dans les faits, bien que ne disposant pas du statut juridique. La situation perdura jusqu'à l'invasion par les troupes révolutionnaires françaises et la fondation de la République helvétique en 1798. Deux ans plus tard, canton et ville de Fribourg furent séparés : le premier conserva le bâtiment – ce qui est toujours le cas – et la seconde, son droit d'élection du curé. Les prérogatives de la ville furent supprimées en 1894 et le curé fut désormais élu par les bourgeois catholiques. En 1920, le conseil de paroisse prit le relais de la ville pour la gestion administrative et financière. De 1817 à 1915, plusieurs tentatives du chapitre, du canton et de l'évêque furent entreprises pour régler la situation canonique problématique de l'évêque, qui était ordinaire de Lausanne et Genève depuis 1821, mais sans succèsHans-Joachim Schmidt, « Histoire de l'église Saint-Nicolas de Fribourg », dans : ..

Église cathédrale Ce n'est qu'en 1924 que la collégiale devint cathédrale du diocèse nouvellement nommé de Lausanne, Genève et Fribourg. Le chapitre collégial devint simultanément chapitre cathédral, remplaçant l'ancien chapitre du diocèse de Lausanne, éteint après la fuite de ses membres à Evian lors de la Réforme. La même année, le droit d'élection du curé fut confié aux électeurs catholiques de la ville – privilège abandonné en 1972, à la suite du concile de Vatican II – et le chapitre dut céder ses droits sur les paroisses qui lui étaient encore incorporées.

À travers ces changements, l'église Saint-Nicolas était restée le siège de la paroisse éponyme, mais son territoire avait changé en raison de la création de nouvelles paroisses. Le quartier des Planches, avec l'érection de la paroisse St-Jean, avait été détaché de la paroisse de Tavel en 1511 et la rue des Forgerons, de celle de Guin en 1570. Le mouvement fut relancé en 1872 avec la création des rectorats de St-Maurice, dans le quartier de l'Auge, et de St-Pierre, dans le quartier des Places – rectorats qui deviendront paroisses en 1924 – puis l'érection de la paroisse du Christ-Roi, dans le quartier de Pérolles, en 1943, et de celle de Sainte-Thérèse, en 1960. La cathédrale Saint-Nicolas constitue aujourd'hui le siège de l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, de son chapitre cathédral et de la paroisse Saint-Nicolas/Saint-Paul.Hans-Joachim Schmidt, « Histoire de l'église Saint-Nicolas de Fribourg », dans : ..

Architecture

Construction thumb|Vue depuis le Schönberg. Les travaux de la nouvelle église de Saint-Nicolas, qui succéda au premier sanctuaire roman bâti peu après la fondation de la ville et empiéta sur un quartier de maison, débutèrent selon toute vraisemblance en 1283 et dureront jusqu'à la fin du . L'édifice comporte trois nefs, sans transept ; il a été principalement construit en molasse gris-vert, bien que d'autres matériaux aient été utilisés par la suite, notamment pour des restaurations.

Les dernières études proposent la chronologie suivante : entre 1283 et 1300, murs du chœur à chevet plat et bas des deux dernières travées des bas-côtés ; entre 1300 et 1320, voûtes du chœur, ancienne tour du chœur et murs des deux dernières travées ; entre 1310 et 1340, parois des travées de la nef (sauf une travée au nord) ; entre 1340 et 1350, paroi de la travée restante au nord, mise sous toit de la nef, portail sud ; entre 1370 et 1430, première travée, premier étage et début du deuxième étage de la tour d'entrée, charpente et voûtes de la nef, portail de la tour d'entrée ; entre 1470 et 1490, fin du deuxième étage, troisième et quatrième étages de la tour d'entrée. Entre temps, on avait élevé la chapelle dite du Saint-Sépulcre et démonté la tour du chœur délabrée ; on avait sans doute également démonté au fur et à mesure de l'avancement des travaux l'ancienne église romane.

Les dimensions imposantes du corps de l'édifice (élévation à trois étages du chœur et de la nef) et de la tour (la plus haute de la Confédération d'alors et l'une des plus hautes en Europe) ainsi que les éléments retenus sur le modèle de la cathédrale de Lausanne (triforium, deux tours) démontrent la volonté d'édifier une église rayonnant au-delà de ce que son caractère paroissial suggère a prioriStephan Gasser, « Le grand corps de l'édifice », dans : .Peter Kurmann, « Un "gratte-ciel" du gothique flamboyant : la tour et ses modèles », dans : . .

Tour thumb|left|170px|Vue de la tour. La construction de la tour d'entrée commence vers 1370. En 1430, les deux premiers étages sont achevés, ce qui permet l'élévation des voûtes de la nef. Après une interruption, les travaux reprennent en 1470 avec l'architecte Georges du Gerdil., pour s'achever en 1490 avec les deux derniers étages – mais sans flèche – pour une hauteur de . L'élévation de la tour est inspirée de celle de Fribourg-en-Brisgau – même si on a ajouté un porche au-dessus du portail – mais d'autres influences (Strasbourg et Prague, par exemple) sont discernables.