Léglise Sainte-Eulalie est une église catholique située dans la commune de Lignan-de-Bordeaux, dans le département de la Gironde et la région naturelle de l'Entre-deux-Mers, en France.

Localisation L'église se trouve au cœur du bourg, sur la route départementale D115.

Historique

La documentation sur l'origine de l'église est fragmentaire et parfois contradictoire. L'église est certainement érigée sur des structures anciennes, probablement gallo-romainesDes fouilles archéologiques effectuées en 1966 par Pierre Regaldo Saint Blanchard, ont permis de trouver contre le chevet sud, à des niveaux différents, un sarcophage du , un du et un autre du , des fondations romaines en ciment, des morceaux de tuiles gallo-romaines (que l'on peut voir au musée de Lignan).. Vers 1090, des Lignanais, Richard et Bertrand de Linham, Gancelin et Guittard, reçoivent l'habit monastique des mains de Gérard de Corbie, premier abbé de la Sauve-Majeure, et ils construisent un monastère au lieu-dit la Lande.

En 1111, ces religieux fondent un prieuré, dépendant de l'abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux (probablement le prieuré Saint-Jean, aujourd'hui disparu). Les moines songent à bâtir une église et, en 1147, Louis VII leur accordeL'acte de donation, signé par Louis VII, qui ne possédait l'Aquitaine qu'en apanage par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, porte le contre-seing de cette dernière. une charte de donation et de privilèges, qui est transcrite dans le cartulaire de Sainte-Croix de Bordeaux. Ensuite, l'église est donnée au chapitre de Saint-André de Bordeaux et, dans cet acte de donation, on peut constater qu'elle possède depuis le Moyen Âge, droit de sépulture et de mariage.

Il existait aussi, au , à Lignan, une commanderie de l'Ordre du Temple, que plusieurs auteurs s'accordent à situer sur l'emplacement de l'actuel château la Ligne et il semble que les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont pris le relais des moines pour la construction du transept.

L'église est orientée avec une légère inclinaison vers le sud. L'abside et les deux absidioles s'ajustent chacune à un chœur assez allongé. Ces trois chœurs communiquent entre eux par deux arcs, percés au , qui s'ouvrent sur le transept. Il n'y a pas de bas-côté le long de la nef, mais, lors de la restauration de 1986, on a trouvé des indications montrant que des bas-côtés au nord et au sud étaient prévus. Au sud de la façade occidentale, on trouve des vestiges du mur primitif et il est possible que le portail date de la première époque romane du .

L'abside est voûtée en cul-de-four, l'absidiole nord également. Les chœurs, le carré du transept et le bras méridional sont voûtés en berceau et, sur le bras septentrional et au fond du chœur sud, ont été établies des croisées d'ogives prismatiques. La voûte du transept nord a été faite au en style gothique. La clef de voûte porte les armoiries de la baronne Crussol de Montsaley (épouse Pontac). La voûte dans le chœur sud porte à sa clef la date de 1635. Cette restauration a été commandée par Geoffroy de PontacGeoffroy de Pontac, conseiller au Parlement de Bordeaux en 1590, conseiller du roi en ses conseils d’État et Privé, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du Roi, reçu le 28 mars 1608, résigna en 1611, fut nommé président à mortier au Parlement de Bordeaux en remplacement de Marc-Antoine de Gourgue le 30 décembre 1616, et depuis, premier président de la même cour, il fut institué héritier universel de son oncle Arnaud de Pontac, évêque de Bazas en l'an 1603. Il périt pour la cause royale durant la minorité du Roi Louis XIII., grâce à un legs de son oncle Arnaud de Pontac, évêque de Bazas.

La réfection des parties méridionale et centrale du bâtiment a été opérée en 1725, financée par la famille du marquis de Chapelas, seigneur de La LigneAu , il y avait deux familles seigneuriales à Lignan : Le seigneur de La Ligne, De Chapelas, et celui de l'Isle-Fort, Du Perrier de Lassan. Ils vivaient en mauvaise intelligence, et se faisaient face à la messe du dimanche, l'un armé d'un mousquet et l'autre d'un pistolet ! Une résidente du château de l'Isle-Fort fut condamnée à une amende pour s'être permis d'avancer banc sur le châtelain de la Ligne., à qui l’Église avait accordé un droit de sépulture, de banc et de litre.

Une sacristie a été rajoutée au nord du sanctuaire, probablement en 1735, lors d'autres petites transformations de l'église (percée de la porte dans l'absidiole sud).

L'église est désaffectée pendant la Révolution française, en 1789, et la maison curiale vendue comme bien national. Puis, sous la Restauration, la paroisse est unie à celle de Sadirac. Les habitants font rétablir le culte à Lignan et un nouveau prêtre s'installe en 1843.

À une date indéterminée, un clocher-mur est bâti au-dessus du portail, comme le montre un dessin ci-dessous, datant de 1845.

Au cours des siècles, l'église a souffert de restaurations qui en ont successivement altéré le caractère : croisées d'ogives ajoutées en gothique décadent et transept modifié au .

En 1858, le clocher-mur donne des signes de fatigue et nécessite des travaux de restauration. Ces travaux sont confiés à l'architecte bordelais Marius Faget. Donnet, archevêque de Bordeaux, profite de cette occasion pour proposer un projet de clocher-tour à flèche, financé en totalité par les fonds recueillis par le conseil de fabrique de la commune. Cette idée est loin de faire l'unanimité, mais finalement, la commission des Monuments historiques donne son accord pour le clocher-tour et il est construit en 1859-1861. La flèche fut réparée à plusieurs reprises, à la suite de tempêtes en 1869, 1926 et 1999.

La nef a longtemps été lambrissée, avant d'être couverte, au cours de la restauration de 1859, d'une voûte de pierre en berceau. Des consolidations seront nécessaires, en 1987 et 1988, car cette nouvelle structure en pierre déstabilisait l'équilibre du bâtiment.

L'église est dédiée à sainte Eulalie depuis plus de 600 ans : en 1398, elle s'appelait déjà dans la nomenclature des paroisses Santa Eulalia de Leunhanum. L'égliseL'église, normalement fermée en dehors des heures de culte, est ouverte pour des visites guidées le troisième dimanche de chaque mois, entre 14 h et 18 h. Les visites sont organisées par l'Association pour la Rénovation de l’Église de Lignan (A.R.E.L.). (à l'exclusion du clocher de construction récente) est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du .

Iconographie romane

Ni la nef, ni le portail occidental n'ont comporté de véritable décor sculpté. L'ornementation historiée se cantonne au seul chevet : un programme principal qui repose sur quatre chapiteaux intérieurs et sur les deux d'une fenêtre extérieure. Le programme secondaire est constitué d'une série de modillons de corniche. Les sculptures ne sont pas homogènes et laissent supposer qu'il y aurait eu au moins deux campagnes de décoration. Les reliefs de l'absidiole sud rappellent l'art de la fin du , alors que ceux de l'abside sont plus récents.

Les chapiteaux extérieurs

Les trois fenêtres de l'abside, par leur forme architecturale, par le cordon original où une billette alterne avec une ou deux têtes-de-clous, et par un chapiteau à l'intérieur, rappellent celles du chevet de l'église Saint-Seurin d'Artigues-près-Bordeaux et permettent d'inférer la présence d'une équipe d'artisans commune à ces deux églises.

A. La fenêtre sud-est de l'abside

Les deux chapiteaux, avec décor animalier, ont été mutilés, à une époque indéterminée, en arasant la face interne. L'astragale du chapiteau oriental est finement cordée, contrairement à son vis-à-vis qui est lisse, ce qui laisse croire qu'il a pu y avoir réemploi, la position actuelle n'étant pas celle d'origine.

La corbeille occidentale est trop ruinée pour donner une interprétation. On voit une aile déployée en diagonale appartenant à un groupe de deux volatiles affrontés à l'angle.

Sur la corbeille orientale, un dragon avale sa queue. La bête recouvre la totalité de la face non-coupée. Elle possède un corps à écailles imbriquées en spirale et une tête de loup en train de mordiller sa propre queue. L'autre face de la corbeille, arasée à coups de scie, conserve l'empreinte d'un animal, avec au moins trois pattes, affronté au dragon. On trouve le même thème à l'intérieur de l'église où un serpent suçant sa queue est affronté par un cheval.

B. La fenêtre axiale de l'abside

Les deux corbeilles de la fenêtre axiale portent un décor végétal. Les chapiteaux semblent être des restaurations du .

C. La fenêtre nord-est de l'abside

Depuis que la sacristie a été accolée à l'absidiole nord, cette fenêtre se trouve à l'intérieur de la sacristie. Les deux chapiteaux sont couverts d'un épais badigeon blanc, ce qui ne facilite pas la lecture. Le chapiteau oriental est un entrelacs de sarments. Sur le chapiteau occidental, on peut distinguer des feuilles et des croisettes ; sur chaque face, une créature qui détourne la tête vers l'angle où se trouve un objet suspendu. Il n'est pas possible de décider si la sculpture est une évocation positive (oiseaux et fruit de la Vie), ou une évocation d'une eucharistie sacrilège. On trouve les deux types de représentation à l’intérieur de l'église.

Les modillons Autour du chevet, soutenant la corniche, se trouvent 38 modillons. Les plus anciens sont sur le mur sud du chevet. Parmi eux, un personnage humain, probablement un exhibitionniste génital, et trois animaux (taureau, loup et porc). Les autres modillons sont soit des représentations géométriques simples, soit des formes élémentaires (billettes, pointes de diamant, croix). Ces modillons datent de la fin de l'époque romane et ne donnent pas de leçon de moralité, comme on en trouve sur beaucoup d'églises romanes qui ont gardé leur décoration originelle.

Les chapiteaux intérieurs

Le sanctuaire L'abside est décorée intérieurement d'une arcature sur colonnettes accouplées. Les fenêtres sont ébrasées en dedans ; en dehors, elles sont à ressaut, avec une paire de colonnettes.

Les cinq arcs sont soutenus par cinq chapiteaux présentant un décor végétal et un seul figuré, où des oiseaux boivent au même calice, le chapiteau sud de la fenêtre axiale (c).

Lors de sondages, un septième chapiteau a été découvert, suggérant que l'arcature initiale devait occuper aussi les murs nord et sud de l'abside.

Le chœur On note que le tailloir bouleté de chaque chapiteau, prolongé en bandeau mural autour de l'abside, est identique à celui que l'on observe à l'église Saint-Seurin d'Artigues-près-Bordeaux. Chaque corbeille est symétriquement découpée et le décor naturaliste dans le style conventionnel de la deuxième moitié du .

D. mur sud : Végétal et E. mur nord : Les oiseaux

D. : Au sud le décor est purement végétal. E. : Au nord, on trouve huit oiseaux colombomorphes répartis sur les trois faces. Aux deux angles, les couples, face-à-face, picorent une pigne suspendue. Dans le dos de chacun d'eux, un congénère attend son tour. Ce scénario, peu original, mais parfaitement neutre, est une évocation eucharistique dans son plus pur sens obvie.

F. pile nord-ouest et G. pile sud-ouest

F. : Sur le chapiteau nord, un décor végétal, avec au dé de la face centrale, une étoile à cinq pointes. G. : Au mur sud, sur chaque face de la corbeille, un oiseau, probablement un rapace, les ailes déployées, dans un décor végétal. Sur les petites faces, on ne voit que la moitié d'une scène identique à celle de la face principale, ce qui laisse supposer qu'à l'origine le chapiteau était visible sur au moins trois côtés. On suppose que ce rapace est un aigle, attribut de saint Jean l’Évangéliste, qui rappelle l'association des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem avec l'église.

Les trois chapiteaux suivants sont d'un style plus rustique que les précédents et évoquent le premier édifice, vers 1111. Tous les trois sont des mises en garde, des exemples à ne pas suivre, destinés au clergé.

L'absidiole sud