Alfred Robert Frigoult de Liesville, né le à Caen et mort le Cécile Dumont, Alfred de Liesville (1836 - 1885), un érudit aux multiples visages, ill. en noir et en coul., mémoire d'étude, Paris, École du Louvre : sous la dir. de Chantal Georgel, Philippe Sorel, 2005, Bibliogr. f. 56-66. à Paris , est un aristocrate d’origine normande, érudit et collectionneur, particulièrement intéressé par les objets liés aux révolutions françaises de 1789, 1830 et 1848. Il a légué l’essentiel de sa collection musée Carnavalet, dont il fut l’un des premiers conservateurs.
Biographie
Jeunesse en Normandie Alfred de Liesville est issu d'une famille du Cotentin. À 8 ans, il perd ses parents et devient l’héritier d’une confortable fortune. Il est recueilli par sa sœur Octavie de Saint Paterne, et passe une partie de sa jeunesse à Alençon.
Il y fréquente les sociétés savantes et rédige des études locales et un guide de voyage sur Bagnoles-de-l'OrneAlfred de Liesville, Le Guide du voyageur à Bagnoles les Eaux (Orne), Paris, 1858.. Il s’intéresse à la photographie et immortalisant le port de CherbourgLa Bibliothèque nationale de France conserve un album de 21 planches des vues de Cherbourg qui datent de 1860. Cote est.EO.136 ainsi que l’association ARDI de Caen. C'est à cette époque qu'il commence à développer un goût pour les collections, en rassemblant des minéraux, des fossiles, des mollusques. Il s'intéresse également à l’apiculture.
Installation à Paris Dès 1855, il part pour Paris afin de se rapprocher des milieux artistiques qu’il admire et s’installe en 1860 dans le quartier des Batignolles, au 28 rue Gauthey, dans une maison appartenant auparavant à un peintre.
À Paris, il se lie d'amitié avec Champfleury.
Pendant 25 ans, il y rassemble une collection importante de chefs-d'oeuvre de la céramique et de témoignages de la Révolution française, qu'il donne en 1880 au Musée Carnavalet.
Si Alfred de Liesville collectionne assidûment, il reste en retrait de la vie mondaine et son nom n'apparaît que rarement dans les écrits de ses contemporains et sa notoriété est limitée en dehors des cercles amateurs.
Années 1870 Pendant le siège de Paris en 1870, il participe à la défense de la capitale. À la suite de dénonciations, il est inquiété par la police dans le cadre de la répression de la Commune.
Entre 1875 et 1879, il s'essaie à la critique d’art en rendant compte du travail des artistes normands exposé au Salons.
Juste avant son décès, il est nommé membre du conseil consultatif constitué pour préparer l'exposition du centenaire de la Révolution.
Décès Alfred de Liesville décède prématurément le , à l’âge de 48 ans, à un cancer de la gorge, dans sa maison de la rue Gauthey.. Ses obsèques ont lieu le ..
Activité de collectionneur Alfred de Liesville a développé une importante collection, achetée principalement en salle des ventes, à Drouot pour l’essentielLe fonds patrimonial de la bibliothèque municipale d’Alençon possède 1039 catalogues de vente rassemblés de 1845 à 1885 et parfois annotés de la main de Liesville. et auprès du marchand parisien Baur.
Les objets étaient exposés dans les différentes pièces de sa maison : objets de porcelaine de Chine et du Japon dans le salon et la salle à manger ; objets en cuivre ou en étain de l’orfèvre Briot ; collection de faïences européennes dans l'atelier du premier étage. Un petit cabinet était consacré à son importante collection de monnaies et médailles, dont celles du graveur Dupré.
Près de deux tiers de cette collection sont détruits au cours d’un bombardement pendant les derniers jours de la Commune en 1871.
Liesville avait également constitué une bibliothèque de plus de trois mille ouvrages afin de documenter les techniques et les périodes historiques qui l’intéressaient, aujourd'hui conservé à la bibliothèque municipale d'AlençonLes livres ont été dans l’ensemble (sauf ceux ayant trait à la Révolution) légués à la bibliothèque municipale d’Alençon..
Collection autour des périodes révolutionnaires Liesville a consacré l'essentiel de ses efforts de collectionneur à rassembler des objets liés aux périodes révolutionnaire de 1789, 1830 et 1848, en particulier des faïences et des médailles et des estampes. Les motivations de cet intérêt marqué pour les révolutions sont inconnus : ses contemporains le décrivent néanmoins comme un farouche défenseur de la République . vignette|Vues de l’hôtel et du musée Carnavalet : salles de l’époque révolutionnaire. Bibliothèque et musée historique de la ville de Paris. 1884. s.l.Son ami La Sicotière en dit un peu plus : .
Parmi les objets rassemblés, Liesville accumule de nombreuses faïences révolutionnaires, dont la mode avait été lancée chez les collectionneurs par ChampfleuryTroubat, Jules. Une amitié à la d’Arthez. Lucien Duc, 1900, . autour de 1850. C'est justement ce dernier qui initie Liesville à ce domaine. Les deux hommes entretiennent des liens d'amitié, et c'est peut-être Alfred de Liesville que Champfleury évoque dans son roman Violon de faïence lorsque le personnage principal rend visite à un amateur : « Il ne recherche que les faïences de la Révolution de 1789 ; assiettes de la Fédération, brocs en mémoire des prêtres constitutionnels, saucières chantant les vertus de M. Necker, soupières représentant la prise de la Bastille. Cet être bizarre a rempli une maison de haut en bas de céramiques séditieuses…Champfleury, Le Violon de faïence, Paris, Dentu, 1877, . ».
Liesville rassemble également un ensemble de quelques milliers de médailles, portant essentiellement sur les périodes révolutionnaires de 1789, 1830 et 1848Alfred de Liesville, Histoire numismatique de la Révolution de 1848, Paris, Champion, 1877.. Il leur accorde un rôle mémoriel important.
Liesville explique ainsi les raisons de ses recherches :
Ouverture au public de son musée privé vignette|redresse| Affichette pour un modèle de Bastille, relique révolutionnaire du musée Liesville. Soucieux de partager les richesses qu'il avait accumulé, le collectionneur prête régulièrement à partir de 1850 des œuvres et des objets aux à la plupart des expositions régionales ou rétrospectives organisées à Paris et en province. Il ouvre également le dimanche sa maison aux amateurs qui en faisaient la demande. S'y rassemblent un groupe d’érudits, spécialistes, tels que Poulet-Malassis, Duranty, ChampfleuryBHVP Papiers Liesville MS 2118, f° 109. Ils acceptaient de venir, même de l’étranger, pour aller dans ce quartier perdu de Paris « dans cette petite maison des Batignolles dont ses amis connaissaient seuls le cheminBHVP Papiers Liesville MS 2118, f° 83-85.. » Les amateurs pouvaient discuter ou enrichir leur connaissance avec Liesville. .
Les visiteurs sont ébahis par la masse des objets accumulés. Ainsi, Lady Charlotte Schreiber évoque dans son journal la visite qu’elle fit chez Liesville en Lady Charlotte Schreiber’s journals: confidence of a collector of ceramics & antiques throughout Britain, France, Holland, Belgium, Spain, Portugal, Turkey, Austria & Germany from the year 1869 to 1885, London, New York, John Lane, 1911. , , ..
Donation au Musée Carnavalet Sans héritier direct, Alfred de Liesville décide de faire don à la ville de Paris d'une partie majeure de ses collections, à savoir les objets ayant trait à la Révolution. Cet ensemble, composé, selon les mentions de l'époque, de 86 000 objets, est estimé à 200 000 francs. Il comprend notamment 600 céramiques, 10 000 médailles et monnaies et 15 000 estampes.
La municipalité, qui n'avait pas pu acheter la collection de Champfleury se saisit de l'opportunité et accepte le don au profil du musée Carnavalet, tout juste créé et dont les fonds sont encore ténus. Par l'ampleur de son don, Liesville peut être compté parmi les fondateurs du musée pour sa partie moderne. Le collectionneur est nommé conservateur-adjoint du musée en , avec la charge d'en préparer l'exposition dans les nouvelles salles dédiées à la Révolution. Ces dernières sont inaugurées le .
Jules Cousin, le directeur du musée Carnavalet, envisage Alfred de Liesville pour lui succéder à la tête de l'institution. La maladie affaiblie cependant rapidement le nouveau conservateur-adjoint, qui décède sans pouvoir achever l'inventaire des objets révolutionnaires issus de son don.
En hommage à son travail, la ville de Paris dédie alors une salle du musée à son nom. Néanmoins, au gré des divers aménagements imposés par l’augmentation des collections et par l’extension des espaces d’exposition, celle-ci a disparu et le nom de .
Dons et legs à divers musées Des procès intentés par des cousines compliquèrent le règlement de sa succession par laquelle le musée Carnavalet se voit attribuer de nouveaux objets.
Outre le musée Carnavalet, d'autres institutions ont reçu en dons ou en legs des fragments de la collection d'Alfred de Liesville : le musée de Sèvres (dirigé alors par son ami Champfleury) et le musée des Arts décoratifs se voient enrichis de céramiques, tandis que le musée d’AlençonMusée des beaux-arts et de la dentelle d'Alençon bénéficie de quelques objets dont sa collection de minéraux.
La bibliothèque d'Alençon reçoit via legs les ouvrages du collectionneur portant sur les sciences naturelles, la photographie, l'apiculture, la numismatique et les Arts ainsi que des manuscrits, des autographes ou plus de mille catalogues de vente de la période 1845 à 1880. Parmi ces ouvrages, on compte également un fonds composé de près de 7000 pièces relatives à la franc-maçonnerie ayant appartenu à Armand Gaborria, catholique, négociant à Lille en 1787 et inspecteur général des loteries à Turin en 1803.
La ville de Paris a reçu également en legs sa maison du 28 rue Gauthey pour en faire une école de dessin pour les jeunes ouvriers. Ce bâtiment n'existe plus, il a été démoli en 1996. Néanmoins, subsiste un atelier des beaux-arts de la ville.
Références
Voir aussi Bibliographie Madeleine Dubois, Les Origines du musée Carnavalet : formation et accroissement des collections de 1870 à 1897, thèse de l’École du Louvre, 4 vol., Paris, 1947. Cécile Dumont, Alfred de Liesville (1836-1885), un érudit aux multiples visages, mémoire d'étude, École du Louvre, sous la dir. de Chantal Georgel, Philippe Sorel, 2005.
Liens externes
Archives conservées à la Bibliothèque historique de la ville de Paris
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