Une sonate pour piano est un morceau de musique pour piano seul et de forme sonate. Cette forme de musique instrumentale offre un cadre pour l'expression de pensées musicales souvent opposées . Elle est formée de plusieurs mouvements, chacun pouvant à son tour être structuré en phrases. Elle se développe au cours du à partir d'autres formes musicales, comme genre d'œuvre pour un instrument à clavier. Elle reçoit sa première forme codifiée de Joseph Haydn. Pendant plus de 150 ans, elle reste une des formes centrales de la musique pour piano, avec des changements de forme internes et externes. Les sonates pour piano de Beethoven représentent un sommet du genre. Dans le romantisme, elles changent fortement dans leur contenu et leur forme, et disparaissent à vue d'œil au plus tard au début du avec l'arrivée de la musique atonale. Le concept théorique de sonate a été ultérieurement élaboré en musicologie par abstraction à partir de quelques œuvres, mais, dans sa simplification, ne correspond largement pas à la réalité musicale.

Le concept de sonate Le mot « sonate » (de l'italien sonata) provient du verbe italien sonare (sonner) et signifie « morceau sonnant ». On a désigné par sonate pour piano, de 1650 jusqu'à présent des œuvres musicales de genres variés, si bien qu'il n'est pas possible de trouver une définition générale. Au sens étroit, ne tombent sous le concept de sonate que des œuvres qui remplissent les définitions de la sonate classique, et dont le premier mouvement obéit à la forme sonate. Ceci donne un schéma simplifié pour l'exposition, le développement et la réexposition du premier mouvement :

Exposition Thème principalTransitionThème accessoireRésolutionConclusionToniqueModulationDominanteDominanteDominante Développement Travail varié sur les thèmes Touche les tonalités les plus variées Réexposition Thème principalTransitionThème accessoireRésolutionConclusionToniqueSans modulationToniqueToniqueTonique

Une articulation globale de la forme musicale en plusieurs mouvements, la plupart du temps trois, notamment chez Joseph Haydn et spécialement Mozart : rapide – lent – rapide, avec les caractérisations dramatique et souvent dansant ou badin. Dans le premier mouvement, une articulation en une présentation du thème (Exposition), avec une introduction antéposée souvent lente, puis un développement avec modulation et retravail du thème en variations, et enfin réexposition, la plupart du temps dans la tonique, avec des exceptions, par exemple dans KV 545, et pour finir parfois une coda. Dans le premier mouvement, il y a en général une division tonale de l'exposition entre le thème principal (tonique) et les thèmes secondaires (dominante).

Cette forme peut être constatée dès Haydn et devient progressivement obsolète à partir de la fin de Beethoven, et au plus tard avec le romantisme. À partir de 1900, il ne reste guère plus que le pur concept, ou le titre de sonate, auquel le concept défini par la théorie de sonate ne correspond plus guère. Des œuvres du portent encore le titre de sonate pour piano, tout en récusant explicitement tout rapport avec la tradition de la sonate, comme la troisième sonate pour piano de Pierre Boulez : „… diese vorklassischen oder klassischen Formen sind der größte Widersinn, der sich in der zeitgenössischen Musik finden lässt.“.

Le concept de « sonatine » désigne au souvent les mouvements d'entrée de suites, et plus tard de petites sonates plus faciles à jouer, qui n'ont pour la plupart aucun développement ou très court.

Le concept de « clavier »

Jusque vers le milieu du , le clavier peut désigner en principe n'importe quel instrument à clavier, comme le clavecin, le clavicorde et le piano et même l'orgue.

Le développement musical de la sonate pour piano dépend encore plus que pour d'autres genres de la mise au point de l'instrument à clavier. C'est ainsi que le clavecin ne permet aucune dynamique par l'attaque, mais seulement par changement de registre (dynamique en plateaux discontinus). Sur le clavicorde par contre, on peut obtenir une dynamique sans discontinuité. En outre, le clavicorde permet un trémolo, une sorte de vibrato, sur une corde déjà frappée, mais il ne possède qu'un volume faible, pour un ambitus limité.

La musique pour piano comme concept courant aujourd'hui apparaît rationnellement seulement avec les possibilités techniques et les idéalisations sonores du piano construit par Bartolomeo Cristofori à partir de 1698. Néanmoins, on continue à désigner aujourd'hui des œuvres pour clavecin comme des œuvres pour piano ou des sonates pour piano.

Débuts

Si l'on ne prend pas le clavecin comme point de départ, mais en général l'ensemble des claviers, le début du genre peut être repéré en 1605, quand l'Italien Adriano Banchieri donne à ses compositions pour orgue le titre de Sonate ou Sonata.

Les premières œuvres conservées aujourd'hui nommés sonates pour piano, proviennent du compositeur Gioan Pietro Del Buono de Palerme. Il s'agit d'élaborations sur lAve Maris Stella de 1645. Des œuvres isolées pour instruments à clavier intitulées sonate ont suivi, par exemple celles de Gregorio Strozzi de 1687.

Baroque et classique débutant thumb|alt=peinture : Scarlatti|Domenico Scarlatti, portrait par Domingo Antonio Velasco (1738). Au début du , les sonates pour piano deviennent un genre populaire. De nombreux compositeurs écrivent des œuvres pour piano ou clavecinLes sonates de Scarlatti appellent explicitement l'instrument par le titre Essercizi per Gravicembalo. Ces sontates, celles des fils de Bach ou d'autres compositeurs de l'époque sont aussi jouées aujourd'hui sur le clavecin ou le piano., qu'ils appellent sonate.

Baroque

Une évocation précoce en théorie de la musique se trouve dans le dictionnaire musical de Sébastien de Brossard (1703). Le concept de sonate y est dans son contenu largement indéfini, et est librement échangeable avec des désignations comme toccata, canzone, fantaisie, et d'autres.

La première série de sonates pour piano connues au loin a été écrite par le cantor de Saint Thomas Johann Kuhnau. Il s'agit des (Représentations musicales de quelques passages bibliques, à jouer sur le piano en 6 sonates), parues en 1700 à Leipzig. Ces œuvres sont considérées comme le début des sonates pour clavier allemandes. Les pièces figuratives reproduisent divers passages de l'Ancien Testament sur l'instrument à clavier. Kuhnau écrit à ce propos :

Il peut s'agir ici de formes cycliques ou de mouvements isolés. Ainsi, Domenico Scarlatti écrit à la cour d'Espagne environ 555 morceaux à un seul mouvement, où il rapproche des formes baroques et classiques, des influences du folklore espagnol, ainsi que de la virtuosité et de la sensibilité. On y trouve déjà en partie anticipés le cycle des mouvementsLe claveciniste et spécialiste de Scarlatti Ralph Kirkpatrick présente des raisons pour lesquelles une collection de deux ou plus rarement trois mouvements se rapportent à un cycle. Györgi Balla défend, dans sa préface à D. Scarlatti – 200 sonates pour clavecin - Deuxième partie la vue que : et la forme des mouvements de la sonate. Avec les sonates dont peu ont été imprimées de son vivant, Scarlatti est considéré comme un compositeur important de ce genre. La nouvelle forme musicale s'étend rapidement. D'autres compositeurs de sonates de la péninsule ibérique sont par exemple le Père Antonio Soler ou Carlos de Seixas.

Les compositeurs tant français qu'italiens évitent largement la désignation de sonate quand il s'agit de morceaux pour piano seul. Par exemple, François Couperin utilise le concept dordre pour ses œuvres pour piano, qui sont en réalité des suites consistant en plusieurs mouvements de danse successifs, tandis que Jean-Philippe Rameau publie ses œuvres sous le titre de Pièces de Clavecin. Dans ces régions, le concept de sonate est plutôt utilisé pour des œuvres pour instruments mélodiques, éventuellement accompagnés de basse continue. Un exemple typique en est la sonate en trio. Dans l'abondante œuvre pour clavier de Johann Sebastian Bach, il n'existe, avec les BWV 963 et 964 (une adaptation de la sonate pour violon solo en la mineur), que deux œuvres pour clavier portant le titre de sonate.

Classique précoce

Au nord des Alpes ne commence une composition régulière et systématique de sonates pour piano qu'avec la génération des fils de Johann Sebastian Bach. C'est ainsi que Carl Philipp Emanuel Bach écrit de nombreuses sonates pour piano et fait aussi la différence entre le piano (à marteaux) et le clavecin. Les fils de Bach vivent exactement à l'époque de la relève du clavecin par le piano.

Le développement du clavicorde et du piano permet une mutation profonde dans la composition. Tout d'abord, les compositeurs utilisent dans leurs compositions pour piano seul la possibilité de différenciation dynamique dans un espace restreint comme paramètre de style. Les fils de Bach en font un usage intense, en particulier Carl Philipp Emanuel et Johann Christian. On en vient à l'émergence du style galant et sentimental dans la musique pour piano.

thumb|upright=2|alt=exemple partition CPE Bach|Extrait de ladagio de la sonate pour piano en fa majeur de Carl Philipp Emanuel Bach()

Les œuvres de Carl Philipp Emanuel Bach et de son presque contemporain Joseph Haydn acquièrent pour les compositeurs ultérieurs, en particulier Mozart et Beethoven, un caractère modèle. Bien que ni la suite des mouvements ni la forme ne soient écrites, la pluralité des mouvements devient une règle. Toujours plus, la forme caractéristique est l'entrelacement d'un mouvement lent entre deux rapides. Johann Christian Bach a particulièrement avancé au sein des thèmes des périodes de deux phrases à quatre temps, en écho, une d'introduction et une de conclusion. Le thème principal généralement cantabile est suivi par une improvisation généralement libre, sans que se forme clairement un thème secondaire clairement défini comme à l'époque classique. Dans les quelque 150 sonates de Carl Philipp Emanuel Bach, réputé comme un représentant typique de la nouvelle sensibilité, l'opposition entre des thèmes musicaux différents est en revanche, travaillée plus clairement et avec plus de contrastes. Ceux-ci y sont souvent des développements à partir d'élaborations très figuratives sur un noyau thématique commun . Cependant il est difficile de séparer clairement, dans ses sonates de haute virtuosité, inventives et parfois futuristes dans leurs harmonies, les parties purement thématiques, expressives ou plutôt fantaisistes.

Giambattista Martini, avec ses sonates tardives, se tourne vers le style de Johann Christian Bach et du jeune Mozart. Il faut évoquer aussi les sonates classiques précoces de Pietro Domenico Paradisi et de Baldassare Galuppi. Les œuvres de Friedrich Wilhelm Rust sont futuristes. Jiří Antonín Benda écrit 16 sonates et 34 sonatines.

À la cour du prince électeur Charles Théodore de Bavière, un groupe de compositeurs travaille et a une influence décisive sur le développement du style instrumental de l'époque classique. Cette école, que l'on appelle école de Mannheim, comprend notamment Johann Stamitz, Ignaz Holzbauer et Christian Cannabich. Sa contribution la plus importante dans le domaine de la sonate pour piano est l'introduction d'un dualisme de thèmes marqué. Face au thème principal du mouvement figure un thème au mieux équivalent. À l'exécution, l'un des thèmes est privilégié, ou les deux sont traités sur le même pied. Cette nouvelle technique trouve rapidement une application dans le domaine symphonique. Une innovation importante aussi est le motif Mannheim, une gamme crescendo rapide dont la dynamique se distingue de la nuance baroque, discontinue.

Classicisme