André-Numa Bertrand, né le à Milhaud (Gard) et mort le à Paris, est un pasteur protestant français. Il est vice-président de la Fédération protestante de France en zone occupée durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie

Formation André-Numa Bertrand fait ses études secondaires au lycée de Nîmes, et ses études de théologie à l'université de Genève (1893-1897). Il soutient en 1897 une thèse de baccalauréat en théologie intitulée Essai sur la méthode qui conduit à la certitude religieuseThèse de baccalauréat en théologie, notice du Sudoc, consultée en ligne le 14.07.15. à la faculté de théologie protestante de Montauban. Il obtient une licence de philosophie à la Sorbonne (1898-1899). Il traduit des conférences prononcées par le théologien protestant libéral allemand Adolf von Harnack à l'université de Berlin en 1899-1900, sous le titre L'essence du christianismeTitre original, Das Wesen des Christentums, traductions éditées par la Librairie Fischbacher, 1907..

Pasteur et responsabilités institutionnelles Il souhaite devenir missionnaire, mais sa candidature est refusée par la Société des missions évangéliques de Paris, du fait de sa sensibilité libérale sur le plan théologiquePierre Bolle et Patrick Cabanel, « André-Numa Bertrand », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, cf. bibliographie.. Il devient pasteur dans le Tarn-et-Garonne, puis à Castres au grand temple, où il exerce son ministère de 1902 à sa mobilisation lors de la Première Guerre mondiale en 1914. Il est alors aumônier de l'armée française engagée à Salonique (1916-1919). À sa démobilisation, il est pasteur à Lyon, dans le quartier de la Guillotière. En , il est appelé comme pasteur à l'Oratoire du Louvre, à Paris.

Il est président de la région Rhône-et-Loire de l'Église réformée, puis président du comité général de l'Union des Églises réformées à partir du synode national de Nancy en 1922. Il se consacre au processus d'unité des Églises réformées, entre les courants « évangélique », c'est-à-dire orthodoxe sur le plan dogmatique, et « libéral », et participe, en tant que co-président, aux travaux de la délégation mixte qui prépare la réunification au sein de l'Église réformée de France (1938), dont il devient vice-président la même année. Il s'investit dans le scoutisme protestant unioniste, dont il dirige le mouvement de 1939 à 1946.

Activités durant l'Occupation Il devient vice-président de la Fédération protestante de France (FPF) en , peu avant l'Armistice qui prend acte de la capitulation française et sépare la France en une zone libre et une zone occupée. A.-N. Bertrand reste à Paris, tandis que Marc Boegner, président de la FPF, représente le protestantisme en zone libre, auprès du régime de Vichy, de 1940 à 1943. Bertrand tient un journal durant cette période, Journal de ma solitudeExtraits du « Journal de ma solitude » tenu par A.-N. Bertrand du au , sur le site de l'Oratoire du Louvre, consulté en ligne le 7 juin 2023.. Il est président cette année-là du Bureau interfédéral du scoutisme, créé en 1923 et qui regroupe les scouts catholiques, juifs et protestants, et il prend position contre l'interdiction des mouvements scouts juifs et en faveur des certificats attestant d'un baptême protestant.

En 1940, il essaie d'obtenir que la Fédération protestante de France émette une protestation officielle contre l'antisémitisme. C'est finalement une lettre privée de Marc Boegner au grand rabbin de France en 1941 qui est diffusée. Le , A.-N. Bertrand écrit au maréchal Pétain pour protester contre le port de l'étoile jaune imposé aux juifs : « André-Numa Bertrand, “Notre parole”, Oratoire du Louvre, Paris, », in Patrick Cabanel, Résister. Voix protestantes, Nîmes, Alcide, 2012, .. Il écrit à ses collègues de zone occupée une lettre lue en chaire le par la pasteure baptiste Madeleine Blocher-Saillens et diffusée par le pasteur Boegner en zone libre. Plusieurs de ses prédications incitent à la résistance spirituelle. Sa prédication à l'Oratoire, le , fait directement mention du port de l'étoile jaune : . Il s'est exprimé contre le STO et les réquisitions de biens forcées ou encore il a exprimé sa solidarité au grand rabbinPierre Fath, « Le pasteur André-Numa Bertrand (1876-1946). Une voix chrétienne dans la tourmente »..

Le , il écrit à titre personnel une lettre de protestation à l'égard de la rafle du Vélodrome d'Hiver, adressée à Fernand de Brinon, chef de la Délégation du Gouvernement français, dans laquelle il s'insurge contre , en précisant qu'il prend . Il veille à préserver l'action sociale de « La Clairière », association caritative de l'Oratoire du Louvre aux Halles, et contribue au sauvetage de 63 enfants juifs en aux côtés du pasteur Paul Vergara.

Il meurt à Paris, le Pierre Bolle et Patrick Cabanel, « André-Numa Bertrand », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, .. Le Monde lui rend hommage en rappelant son rôle de et de Le Monde, , citation de P. Bolle et P. Cabanel..

Vie privée Il est le fils du pasteur Numa Bertrand et d'Emma Auberlet. Il épouse Marguerite Duproix en 1902. Leur fille, Alice Manen, et son époux Henri Manen, sont reconnus Justes parmi les nations en raison de leur action à Aix-en-Provence, et notamment auprès des internés du camp des Milles, durant la Seconde Guerre mondiale.

Publications Protestantisme. Simples notes sur quelques aspects du problème religieux, Paris, Je sers, 1931, 309 p. La pensée religieuse au sein du protestantisme libéral, Paris, 1903 L’Évangile de la grâce : six conférences sur les réalités fondamentales de la vie chrétienne : espérance, foi, charité, Paris, Éditions Je Sers, 1934. Patrie lointaine. Paroles de foi pour des Français en exil, Paris, Fischbacher, 1919. Le Dieu vivant. huit sermons prêchés à l'Oratoire du Louvre en 1932-1938, Paris, Fischbacher, 1938/1940. Le Dieu intime. Prédications modernes sur l’Évangile éternel, Paris, Fischbacher, 1914. Témoins, Paris, 1936.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . Pierre Bolle et Patrick Cabanel, « André-Numa Bertrand », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, Patrick Cabanel, Résister. Voix protestantes, Nîmes, Alcide, 2012. . Henri Manen, Le pasteur A.-N. Bertrand : témoin de l'unité évangélique, 1876-1946, Nîmes, 1950, . Pierre Fath, « Le pasteur André-Numa Bertrand (1876-1946). Une voix chrétienne dans la tourmente », Évangile et Liberté'', , 2004 .

Liens externes

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