Les Sardes sont un peuple d'Europe du Sud originaire de la Sardaigne, une île italienne en Méditerranée occidentaleCole, Jeffrey. Ethnic Groups of Europe: An Encyclopedia, . On les appelle Sardos ou Sardus en sarde, Sardi en italien et en sassarais, Saldi en gallurais, Saldus en catalan alguérois et Sordi en ligure tabarquin.

Étymologie thumb|250px|gauche|Le seul temple mégalithique à gradins en Europe, la ziggurat de Mont d'Accoddi, érigée par les Sardes pré nuragiques de la culture d'Ozieri et d'Abealzu-Filigosa. vignette|gauche|180px|Représentation du Sardus Pater Babai dans une monnaie romaine (59 av. J.-C.) L'origine ethnique des Sardes n'est pas claireSerra, Marcello (1978). Enciclopedia della Sardegna : con un saggio introduttivo intitolato Alla scoperta dell'isola, Pisa, Giardini editori e stampatori, : "Origine e carattere dei Sardi"<<Sull'origine del popolo sardo le fonti classiche non riescono a darci che poche e scarse notizie, la cui interpretazione non è affatto facile.>> Sanna, Natale (1986). Il cammino dei Sardi: storia, economia, letteratura ed arte di Sardegna, I, Ed.Sardegna, Cagliari, ; l'ethnonyme "S(a)rd" appartient au substratum linguistique pré-indo-européen. Il fait sa première apparition sur la stèle de Nora, où le mot Šrdn (ShardanI.E.S. Edwards , C.J. Gadd , N.G.L. Hammond , E.Sollberger (edited by). 1970. The Cambridge Ancient History, Volume II, Part 2, Cambridge University Press, ) témoigne de l'existence de cet ethnonyme lorsque les marchands phéniciens sont arrivés sur les rives de la SardaigneLa stele di Nora contiene la lingua sarda delle origini, Salvatore Dedola.

Selon Timée, l'un des dialogues de Platon, la Sardaigne et son peuple, les "Sardonioi" ou "Sardianoi" (Σαρδονιοί ou Σαρδιανοί), pourraient avoir été nommés après "Sardò" (Σαρδώ), une femme légendaire de Sardes (Σάρδεις), capitale de l'ancien royaume de Lydie en AnatoliePlatonis dialogi, scholia in Timaeum (edit. C. F. Hermann, Lipsia 1877), 25 B, pag. 368M. Pittau, La Lingua dei Sardi Nuragici e degli Etruschi, Sassari 1981, pag. 57Sanna, Emanuele (2009). Nella preistoria le origini dei sardi, CUEC, Cagliari, . Pausanias et Salluste rapportèrent plutôt que les Sardes remontaient à un ancêtre mythique, un fils libyen d'Hercule ou Makeris (surnom apparenté au berbère Maqqur "Il est le plus grand" ou associé à la figure de Melqart) et révéré comme Sardus Pater Babai ("Père Sarde" ou "Père des Sardes"), qui donna son nom à l'îleSallust, Historiae, II, fr.4Pausanias, Ελλάδοσ περιήγησισ, X, 17Silius Italicus, Punica, XII, 360Gaius Julius Solinus, Collectanea rerum memorabilium, IV, 1Isidore de Seville, XIV, Etymologiae, Thapsumque iacentem, 39. Il a également été affirmé que les anciens sardes étaient associés au Shardanes (šrdn en égyptien), l'un des Peuples de la merE. De Rougè (1867), Révue Archéologique, XVI, ff.F. J. Chabas (1872), Étude sur l'antiquité historique d'après les sources égyptiennes et les monuments réputés préhistoriques, impr. de J. Dejussieu (Chalon-sur-Saône), , 314Ugas, Giovanni (2017). Shardana e Sardegna : i popoli del mare, gli alleati del Nordafrica e la fine dei grandi regni (15.-12. secolo a.C.), Edizioni della Torre, Cagliari, Sardi in Dizionario di Storia (2011), TreccaniSardi in Enciclopedia Italiana (1936), Giacomo Devoto, TreccaniNuovo studio dell’archeologo Ugas: “È certo, i nuragici erano gli Shardana”Shardana, sardi nuragici: erano lo stesso popolo?, Entretien avec Giovanni Ugas.

L'ethnonyme était alors romanisé, en ce qui concerne la forme singulière masculine et féminine, comme sardus et sarda.

Origine Préhistoire La Sardaigne a été peuplée par vagues de nouveaux arrivants entre le Paléolithique supérieur, le Mésolithique et le Néolithique ancien, par des peuples qui venaient de la péninsule ibérique et de la péninsule italienne. À la moitié du Néolithique d’autres populations arrivèrent depuis la zone des Pyrénées-Provençales, et ensuite depuis des îles se trouvant dans la mer Égée (Crète et Cyclades) ; aux premières on doit le mégalithisme, aux autres la culture de Ozieri, répandue dans toute l’îleGiovanni Lilliu: Prima dei nuraghi in La società in Sardegna nei secoli, pag. 9. À l'Énéolithique apparaît la culture de Monte Claro puis la culture campaniforme (bocal en terre cuite), introduite depuis la zone franco-ibérique et l’Europe centrale par des petits groupes d’individus qui furent amenés à vivre avec les populations localesFulvia Lo Schiavo -L'Italia preromana. Sardegna (2004)Manlio Brigaglia - Storia della Sardegna , pg. 48-49-50. À cette culture nous devons, notamment, de nouvelles techniques de travail du métal, de nouveaux styles de céramiques, et, probablement, une langue indo-européenneGiovanni Ugas - L'alba dei Nuraghi , pg.22-23-24. Durant la première période de l’âge du bronze, la culture du vase campaniforme, est apparue avec des influences poladiennes, transformant la culture de Bonnanaro.

150px|vignette|droite|Les tribus sardes décrites par les Romains. La civilisation nuragique apparaît à l’âge du bronze moyen, tandis que l’île se peuple d'un grand nombre de tribus : les ethnies les plus importantes sont les Balari, les Ilienses et les CorsiGiovanni Ugas - L'alba dei Nuraghi, ; cette dernière a donné le nom à l’île de Corse (Còssiga en sarde), à ne pas confondre avec les corses modernes. Selon certaines études, les anciens Sardes auraient un lien avec la population appelée ShardanesSardiniaPoint.it - Interview with Giovanni Ugas, archaeologist and professor of the University of Cagliari.

Nous ne savons pas quelle(s) langue(s) se parlait en Sardaigne à cette époque. Il se pourrait que la langue nuragique (limba / lingua nuraghesa en sarde) ait des ressemblances avec le basque, ou bien alors avec la langue étrusque. D’autres études montrent, cependant, que la Sardaigne avait d'autres systèmes linguistiques, pré-indo-européens ou indo-européens.

Histoire antique Au , les Grecs eubéens pratiquent le commerce avec les autochtones. À la même époque, les Phéniciens ont fondé plusieurs colonies et ports sur la côte méridionale et occidentale, comme Karalis, Nora, Bithia, Sulky et Tharros. Partant des mêmes régions, où les relations entre les Sardes indigènes et les colons phéniciens avaient été jusqu'alors pacifiquesE. Matisoo-Smith et al., , les Carthaginois ont procédé à l'annexion de la partie sud et ouest de la Sardaigne à la fin du Les Sardes indigènes auraient conservé de nombreuses affinités culturelles avec les anciennes populations puniques-berbères du continent nord-africainManlio Brigaglia, Attilio Mastino, Gian Giacomo Ortu (edited by). Storia della Sardegna, dalle Origini al Settecento, p. 41.

Après la première guerre punique, toute l'île a été conquise par les Romains au La Sardaigne et la Corse sont alors devenues une seule provinceCasula, Francesco Cèsare (2017). La storia di Sardegna, I, Evo Antico Sardo : Dalla Sardegna Medio-Nuragica (100 a.C. c.) alla Sardegna Bizantina (900 d.C. c.), p.184 ; cependant, il a fallu plus de 150 ans aux Romains pour parvenir à soumettre les tribus nuragiques plus belliqueuses de l'intérieurEmmanuel Anati (ed. by). I sardi : la Sardegna dal paleolitico all'eta romana, Editrice Mediterranea, Cagliari, p.21, et après 184 ans depuis que les Sardes sont tombées sous l'emprise romaine, Cicéron a constaté qu'il n'y avait toujours pas sur l'île une seule communauté qui avait eu des relations amicales avec le peuple romain«Neque ego, cum de vitiis gentis loquor, neminem excipio; sed a me est de universo genere dicendum, in quo fortasse aliqui suis moribus et humanitate stirpis ipsius et gentis vitia vicerunt. Magnam quidem esse partem sine fide, sine societate et coniunctione nominis nostri res ipsa declarat. Quae est enim praeter Sardiniam provincia quae nullam habeat amicam populo Romano ac liberam civitatem?» . Cicero, Pro ScauroCasula, Francesco Cèsare (2017). La storia di Sardegna, I, Evo Antico Sardo : Dalla Sardegna Medio-Nuragica (100 a.C. c.) alla Sardegna Bizantina (900 d.C. c.), p.186. Même à partir des anciens établissements sardo-carthaginois, avec lesquels les montagnards sardes avaient formé une alliance dans une lutte commune contre les Romains«..Nello stesso tempo i Sardi rimasti indipendenti sulle montagne smisero il loro iniziale atteggiamento ostile nei confronti dei Cartaginesi, dei quali divennero federati, come dimostra il fatto che essi non si sollevarono contro i Punici nel momento in cui Scipione prese Olbia (259 a.C.), ma anzi fecero causa comune con quelli. Ne sono indizio le numerose menzioni di trionfi romani su Cartaginesi e Sardi.» , émergeaient des tentatives indigènes de résistance à l'assimilation culturelle et politique ; des magistrats de style punique, les suffètes, exercèrent un contrôle local à Nora et Tharros jusqu'à la fin du , bien que deux suffètes aient existé à Bithia jusqu'au milieu du .

Pendant la domination romaine, il y a eu un flux d'immigration considérable de la péninsule italienne vers l'île ; des sources anciennes mentionnent plusieurs populations d'origine italique s'installant en Sardaigne, comme les Patulcenses Campani (de Campanie), les Falisci (du sud de l'Étrurie), les Buduntini (des Pouilles) et les Siculenses (de Sicile) ; des colonies romaines s'établissent également à Porto Torres (Turris Libisonis) et à UselisA. Mastino, Storia della Sardegna antica, p.173. Les immigrés italiques étaient confrontés à une coexistence difficile avec les indigènesManlio Brigaglia, Attilio Mastino, Gian Giacomo Ortu (edited by). Storia della Sardegna, dalle Origini al Settecento, p. 42, qui étaient réticents à s'assimiler à la langue et aux coutumes des colons ; de nombreux aspects de l'ancienne culture sardo-punique ont persisté jusqu'à l'époque impériale, et les terres intérieures, principalement montagneuses, ont reçu le nom de Barbaria ("Terre des Barbares", similaire à l'origine du mot "Barbarie"), en témoignage de l'esprit farouchement indépendant des tribus qui y habitaient (en fait, elles ont continué à pratiquer leur religion indigène préhistorique jusqu'à l'époque du pape Grégoire Ier)Manlio Brigaglia, Attilio Mastino, Gian Giacomo Ortu (edited by). Storia della Sardegna, dalle Origini al Settecento, pp. 41, 43-45.

Cependant, en définitive c’est de cette façon que les Romains ont beaucoup « latinisé » la Sardaigne et les Sardes, y compris les montagnards qui vivaient dans la Barbaria. Pendant longtemps les coutumes antiques ont été conservées. Le sarde moderne est, en effet, considéré comme une des langues romanes les plus conservatricesContini & Tuttle, 1982: 171 ; Blasco Ferrer, 1989: 14Story of Language, Mario Pei, 1949Romance Languages: A Historical Introduction, Cambridge University Press.

Moyen Âge