thumb|350px|Vue générale de la synagogue. La synagogue de Gablonz an der Neiße ou synagogue de Jablonec nad Nisou, inaugurée en 1892, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne et dans les territoires alors annexés par le Troisième Reich.

Jusqu'en 1918, Gablonz an der Neiße, située dans la région des Sudètes, fait partie du royaume de Bohême, dépendant de la couronne d'Autriche. Après la Première Guerre mondiale, bien que majoritairement peuplés d'Allemands, les Sudètes sont intégrés à la Tchécoslovaquie et la ville prend le nom tchèque de Jablonec nad Nisou. À la suite des accords de Munich, les Sudètes sont annexés par l'Allemagne nazie et réunis au Reich allemand le . Jablonec nad Nisou reprend son ancien nom de Gablonz an der Neiße. Après la Seconde Guerre mondiale, Jablonec nad Nisou redevient une ville tchécoslovaque d'où est expulsée la majorité des habitants germanophones. Actuellement la ville compte un peu plus de .

Histoire de la communauté juive L'implantation de Juifs à Gablonz-an-der-Neiße est relativement récente, comparée à d'autres villes de la région des Sudètes. Gablonz est restée jusqu'à la révolution industrielle, un village de montagne relativement pauvre, et par conséquent n'a pas vu arriver en nombre de commerçants et artisans juifs jusqu'à la fin du . Selon les récits des chroniqueurs locaux, Bendy (1877) et Lilie (1894), le premier Juif ayant une activité à Gablonz est Salomon Altschul, dont le commerce de vin est documenté par des sources écrites en 1770 et 1773. Mais jusqu'au Printemps des peuples de 1848, aucun Juif n'est autorisé à s'installer en ville. Cette année là, B. Spitzer achète deux maisons et fonde une distillerie. En 1856, Daniel Mendel de Jungbunzlau (aujourd'hui Mladá Boleslav) ouvre la première épicerie et en 1864, se déroule le premier mariage juif documenté, de Josef Pam de Abtsdorf (aujourd'hui Opatov et Theresia Lustig. En 1864 aussi s'ouvre le premier magasin de verre SMHock. Avec le boom industriel du milieu du , Gablonz devient une ville riche ayant des relations commerciales avec le monde entier, qui attire de nombreux commerçants juifs et leur famille. Comme la ville voisine de Morchenstern (actuellement Smržovka) où est située la majorité des usines soulève des difficultés pour l'installation des Juifs, Gablonz devient le centre commercial de l'industrie du verre et des bijoux. Le verre de Gablonz est alors connu alors dans le monde entier. .

En 1870 est nommé un comité préparatoire pour la création d'une association religieuses et le est officiellement fondée la Israelitischer Kultusverein (Association du culte israélite) avec comme premier président élu le Hermann Adler. En 1877, le registre de l'association religieuse indique que 50 familles juives habitent à Gablonz. En 1878, l'association se transforme en communauté autonome et en 1882 elle achète un terrain dans la Hochstraße pour y installer son cimetière. Auparavant les défunts étaient enterrés dans le cimetière juif de Reichenberg (aujourd'hui Liberec), ville située à .

Après avoir célébré les offices dans des maisons privées ou loué des salles d'auberge, la communauté décide en 1891 en raison de l'augmentation du nombre de ses membres, de construire une synagogue qui sera inaugurée l'année suivante. 1892, marque aussi l'entrée en fonction du rabbin JH Schwarz.

En 1890, la communauté compte 467 membres et croît à 517 en 1895, puis à 596 en 1900. Le maximum est atteint en 1910 avec 826 Juifs avant de légèrement décroitre: Il y a 801 Juifs en 1921 et 799 personnes se déclarant du judaïsme en 1930, représentant 2% de la population totale de la ville Siegmund Urabin, Geschichte der Juden in Gablonz, Hugo Gold, Die Juden und Judengemeinden Böhmens in Vergangenheit und Gegenwart, Jüdischer Buch- und Kunstverlag, Brünn/Prag, 1934, , en ligne par la Landesbibliothek Oberösterreich. Rudolf M.Wlaschek, Juden in Böhmen: Beiträge zur Geschichte des europäischen Judentums im 19. und 20. Jahrhundert, Oldenbourg Wissenschaftsverlag, 1990, , .. La très grande majorité de la communauté juive est germanophone.

Beaucoup de Juifs de Gablonz travaillent dans l'exportation. Il y a aussi des négociants en matières premières industrielles et des travailleurs indépendants. Une partie des Juifs vivant à Gablonz sont de nationalité étrangère, envoyés temporairement par leur entreprise d'origine française ou américaine.

La communauté possède plusieurs associations caritatives et sociales: la Chevra Kadisha ou Société du dernier devoir, chargée des funérailles; la (Association des femmes israélites) fondée en 1885, qui s'occupe des Juifs nécessiteux et des orphelins; la Blau-Weiss est une troupe de scouts juifs fondée en 1920, avec 45 membres en 1926, et le Maccabi fondé en 1923 un club sportif, réunissant la jeunesse juive.

Face à un antisémitisme persistant, certains s'orientent vers le sionisme. En 1900, un petit groupe fonde la (Association populaire sioniste Theodor Herzl) qui comptera rapidement 85 membres. Les femmes sionistes se répartissent entre la Benoth Sion fondée en 1885, et la Wizo fondée en 1928.

En octobre 1938, à la suite des accords de Munich, la région des Sudètes est annexée par l'Allemagne nazie. Une grande partie de la population juive avait déjà quitté la ville avant l'invasion allemande pour se réfugier soit dans la partie de la Tchécoslovaquie non concernée et principalement dans la ville de Turnov, soit pour émigrer principalement vers les États-Unis, l'Angleterre ou la Palestine. La synagogue est détruite pendant la nuit de Cristal, du au et de nombreux magasins juifs sont pillés et saccagés. Selon le Bureau du District de Semily, tous les Juifs ont été placés en garde à vue et obligés de défiler à travers la ville avec en tête de la procession un Juif de la ville avec une pancarte autour du cou portant l'inscription: « Ich bin ein Saujude » (je suis une truie juive).

Presque tous les habitants juifs qui sont restés à Gablonz périront victimes de la Shoah. De janvier à mai 1945, les nazis installent près de Gablonz un camp annexe du camp de concentration de Gross-Rosen, où sont détenues des femmes travaillant à l'usine d'aviation .

Après la Seconde Guerre mondiale, une petite communauté juive formée des rares survivants et de réfugiés en provenance de Ruthénie subcarpathique, se recrée à Jablonec nad Nisou, redevenu Tchécoslovaque. Cependant, son existence sera de courte durée, la plupart des familles décidant d'émigrer. L'ancien cimetière juif, partiellement détruit pendant les années de guerre, a été nivelé à la fin des années 1960 pour en faire un quartier d'habitation.

Histoire et description de la synagogue Sa construction Les premiers offices se déroulent à partir de 1866 dans la maison de la famille Spitzer au 10 Hauptsraße, puis dans celle de la famille de S. Lustig. Pendant près de cinq ans, Moses Pollak de Tanvald occupe le poste de Hazzan (chantre) officiant et de Shohet (abatteur rituel) avec S. Lustig. Par la suite d'autres salles sont utilisées pour les offices, comme l'ancienne salle de réunion d'une société de chasse dans la Berggasse, l'auberge U stříbrného měsíce (À la Lune d'Argent), ou la maison du boucher Bergmann.

Devant l'augmentation constante de la population juive, la communauté décide au début des années 1880 de construire une synagogue afin d'accueillir de façon décente les fidèles.

LIsraelitischer Kultusverein (I.K.V. - Association du culte israélite) de Gablonz achète début 1891 un terrain situé sur la Neubaugasse (aujourd'hui: rue Émilie Floriánové). Peu de temps après, elle a la possibilité d'acquérir du bourgmestre Posselt, pour le prix de , une parcelle mieux adaptée et de céder l'ancien terrain à la centrale électrique. Le , l'I.K.V. prend la décision officielle de faire construire la synagogue pour un montant estimé de .

Le nouveau terrain à bâtir, relativement petit, et en pente, est situé au 8 Goethegasse, au croisement avec la Wiesengasse (aujourd'hui au croisement des rues Muzea, Jiraskova et Lucni). Bien que le terrain soit en pente, sa position est idéale car située à la limite du centre-ville. Pour la conception du bâtiment, la communauté décide de faire appel à un des architectes les plus célèbres de l'époque d'Autriche-Hongrie, le viennois Wilhelm Stiassny, né à Pressbourg (actuellement Bratislava en Slovaquie) et qui a déjà bâti quelques synagogues dans l'empire, dont celle de Teplitz (1882) et celle de Malaczka (1887). Pour des raisons de coût Gablonzer Zeitung du , , (Satoko Tanaka, thèse de doctorat, )., deux architectes, Kaudela et Thamerus, élaborent les premiers plans qui sont alors envoyés à Wilhelm Stiassny pour examen et révision. Selon l'hebdomadaire juif , Stiassny aurait mis ses plans à disposition de la communauté de façon désintéressée , 7 octobre 1892, , (Satoko Tanaka, thèse de doctorat, )..

La pose de la première pierre a eu lieu le et malgré quelques petits retards, la synagogue est prête pour les fêtes de Tishri. Le coût final dépasse les . Plans d'architecte

Son inauguration L'inauguration le , deux jours avant la fête de Kippour, est rapportée en détail par la presse locale et le presse juive. De nombreux représentants de haut rang de la ville et de la région sont présents ainsi que des délégués de nombreuses communautés juives, de Reichenberg, Turnau, Jungbunzlau et Prague. L'inauguration dure de quatre heures de l'après-midi jusqu'à six heures et demie. De nombreux discours sont prononcésLes discours ont été prononcés entre autres par l'architecte W. Stiassny, le bourgmestre A. Posselt, le rabbin Kisch de Prague et le rabbin Baneth de Gablonz qui fit le sermon d'inauguration.. L'architecte Wilhelm Stiassny fait remarquer : Sur ce bâtiment, des artistes et des artisans ont travaillé ensemble en harmonie, indépendamment de leur nationalité et de leur religion, et c'est grâce à ce fait, que notre travail a été amené à une fin heureuse. Et le bourgmestre Adolf Posselt d'ajouter : Que de cette construction sorte la paix, et que nous pourrons tous unis lutter contre des ennemis communs. La cérémonie religieuse s'achève avec l'allumage de la Ner tamid (lampe éternelle), et le dépôt des Sifrei Torah (rouleaux de Torah) dans l'Arche Sainte. Les performances vocales du chantre baryton de Reichenberg ont été particulièrement remarquées. Les festivités se terminent dans la soirée par un banquet à l'hôtel Geling, où d'autres discours sont prononcés. Le Adler fit entre autres l'éloge d'Ignaz ReiserIgnaz Nathan Reiser, architecte, né le 21 janvier 1863 et décédé le 14 janvier 1940, travaille de 1892 à 1896 comme collaborateur dans le cabinet d'architectes de Stiassny, avant d'ouvrir son propre cabinet., absent, et de l'entrepreneur Pancira.

La synagogue peut accueillir de façon confortable 286 fidèles, soit au rez-de-chaussée et dans la galerie. thumb|250px|La synagogue dans son environnement avant 1905.

Orientation et positionnement