Joe Pass est le nom de scène de Joseph Antony Jacobi Passalaqua, guitariste de jazz américain d'ascendance sicilienne, né le à New Brunswick dans le New Jersey (États-Unis) et mort le à Los Angeles, Californie (États-Unis).

Il est le premier guitariste de jazz à jouer seul sur scène, sans orchestre d’accompagnement, en mélangeant tout à la fois accords et solos de guitare.

Biographie Enfance Joe Pass est l'aîné d'une famille de quatre frères..

Son père, Mariano Passalaqua, ouvrier sidérurgiste, quitte le New Jersey pour venir s’installer à Johnstown en Pennsylvanie dans le quartier italien, où se déroule l’enfance de Joe Pass..

En 1938, Joe Pass assiste à une projection du western . La performance vocale de l’acteur Gene Autry qui s’accompagne à la guitare éveille son attention.. Pour son neuvième anniversaire, son père lui offre une guitare de la marque , l’un des instruments les plus populaires de l’époque.

Formation Ce sont des amis et voisins de son père qui lui apprennent ses premiers accords de guitare. Très vite Joe Pass les joue avec dextérité. Son père, qui ne joue d'aucun instrument, le pousse à apprendre des morceaux à l'oreille et à jouer des mélodies écrites pour d’autres instruments. Il lui impose de faire des gammes et de jouer des accords entre les notes de la mélodie.. Cette discipline très stricte s’avère difficile à supporter pour le jeune Joe Pass âgé alors de 10 ans..

À 11 ans, il découvre le guitariste manouche Django Reinhardt. puis les guitaristes de jazz américains Charlie Christian et Wes Montgomery.

Au fur et à mesure que les compétences de Joe se développent, son père économise 300 dollars et lui achète une guitare de meilleure facture, de la marque Martin & Company. Obsédé par l’idée que son fils devienne autre chose qu’un ouvrier, le père de Joe Pass le contraint à jouer plusieurs heures par jour. En semaine de 6h30 à 8 heures, de 16 à 18 heures puis de 20 à 21 heures, et jusqu’à 1 heure du matin le weekend..

Il lui fait aussi enchaîner les gammes (Gamme par tons, Septième diminuée, Dominante, Échelle chromatique). Joe Pass apprend les rudiments du solfège pendant un an avec la méthode de guitare de .. Puis il étudie la méthode de guitare classique de Matteo Carcassi.

À 14 ans, Joe Pass commence à se produire au sein d’une petite formation intitulée Gentlemen of Rhythm, déjà fortement influencée par la musique du Hot Club de France et qui joue des standards de l’époque... Le groupe se produit lors de fêtes et de danses et Joe Pass gagne jusqu’à 5 dollars par nuit. Lors d’un concert local, Tony Pastor (bandleader), saxophoniste réputé ayant sa propre formation, laisse Joe Pass jouer avec son groupe. Impressionné par sa performance, Tony Pastor l’engage pour les mois d’été. Trop jeune, Joe Pass ne peut quitter l’école et retourne en cours à la rentrée..

Débuts à New York Encouragé par les premiers succès de son fils, son père l’envoie à New York en 1945 étudier auprès de guitariste renommé de l’époque. Incapable de déchiffrer la notation rythmique, contraint de reprendre des notions de base, Joe Pass met de lui même un terme aux leçons, préférant consacrer son temps à se produire sur de petites scènes locales à New York. Il retourne en Pennsylvanie au bout de quelques semaines.

À partir de 1946, son père, malade, ne peut plus exercer son contrôle vigilant. En 1948, Joe Pass décide de retourner à New York, où la révolution du Bebop bat son plein. Il découvre une scène musicale riche de talents. Parmi tous les musiciens de l'époque, il joue avec : le trompettiste Dizzy Gillespie, les saxophonistes Charlie Parker (alias Bird) et Coleman Hawkins, le contrebassiste Curly Russell, le chanteur et multi-instrumentiste Billy Eckstine, le batteur Kenny Clarke, la chanteuse Billie Holiday, les pianistes Al Haig et Art Tatum et le trompettiste et compositeur Miles Davis. Mais il découvre aussi l’héroïne dont le milieu du jazz est grand consommateur. En moins d’une année il sombre dans l’addiction..

Addiction Entre 1949 et 1962, s’écoulent treize années d’une longue errance. Joe Pass joue dans des boîtes de nuit à Las Vegas (Nevada), Chicago (Illinois) et Fort Worth (Texas). Il finit par être arrêté et condamné à cinq ans de prison pour usage de stupéfiants.. À sa sortie, il rechute de plus belle et se retrouve, selon ses propres mots ..

Après des mois à la dérive, Joe Pass prend la décision de se rendre de lui-même au centre de désintoxication Synanon, à Santa Monica dans l’état de Californie, dont d’autres musiciens en situation analogue lui ont parlé. Il y arrive au cours de l’année 1960 : Il reste deux ans et demi dans l'établissement de soins.

Renaissance Cette décision marque le tournant de son existence. “Dick”, propriétaire de Pacific Jazz Records, sponsorise la clinique Synanon. De nombreux musiciens de jazz s’y trouvent en cure de désintoxication. "Dick" Bock perçoit très vite le talent de plusieurs musiciens dont Joe Pass et le pianiste . et leur fait enregistrer, fin 1961, un album intitulé .. L'album est favorablement accueilli par le critique musical Leonard G. Feather dans la revue périodique DownBeat :

Cet album, le premier d’une très longue série, lance la carrière de Joe Pass. En 1962, il enregistre sept albums avec le label Pacific Jazz Records.. Démuni de tout instrument, il joue sur une guitare appartenant à l’institution Synanon, une Fender Jaguar.

Ce modèle de guitare à corps plein (dit Solid body), prévu pour jouer du rock est inadapté pour le jazz. Un admirateur du nom de Mike Peak lui offre alors, pour son , une Gibson ES-175. C’est un modèle de guitare semi-acoustique, très prisé des guitaristes de jazz et de blues. Joe Pass devait jouer presque tout le reste de sa carrière sur ce type d’instrument.

À la fin de l’année 1962, il est l’un des guitaristes de studio les plus recherchés de Los Angeles. Engagé régulièrement dans les clubs de jazz tels que le Shelly Manne Hall, il est très demandé et sa renommée se renforce au fil des mois. Il retient l’attention du magazine DownBeat qui le classe, dans son sondage annuel, parmi les meilleurs espoirs de la musique.

1962-1970, premiers albums en solo Entre 1962 et 1970, il accompagne la chanteuse et actrice Julie London. Il joue également avec le saxophoniste Earl Bostic, le trompettiste Gerald Wilson et le pianiste britannique George Shearing. Toujours pendant la même période, Joe Pass enregistre des albums pour le label Pacific Jazz Records. Trois d’entre eux contiennent ses premiers solos non accompagnés par d’autres instruments : , et ..

Joe Pass inaugure en effet un style novateur : jouer seul devant un public de jazz habitué des sections rythmiques et des cuivres. Avant de se lancer, il estimait peu probable que le public s’intéresse à un artiste de guitare jouant seul. L’accueil favorable du public lui apporte la preuve du contraire.

Au cours de ces années, il forme son propre quatuor, , composé du guitariste , du bassiste Jim Hughart et du batteur ..

Des engagements lucratifs pour des émissions de télévision (, Good Morning America, lui apportent la sécurité financière, malgré de fortes contraintes : idéalement, il faut être en mesure de jouer tout aussi bien de la guitare à douze cordes, du banjo ou de la mandoline pour répondre à la demande des producteurs.

1970-1980 années Pablo Au début des années soixante-dix, le jazz fusion fait son apparition. Joe Pass tente d’adapter sa technique de jeu à ce nouveau son, mais il ne se sent pas à l’aise, préférant jouer du jazz Bebop. Norman Granz, fondateur de Verve Records et de Pablo Records, agent artistique de jazz persuadé du talent de Joe Pass l’enregistre à Londres en lors d’un concert avec le pianiste Oscar Peterson et le bassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen. L’album remporte un Grammy Awards ce qui lui assure une large diffusion.

La réputation de Joe Pass, restée jusqu'alors limitée à la côte ouest, s'envole dans tous les Etats-Unis mais aussi outre-Atlantique. Son nom revient fréquemment dans les sondages de lecteurs organisés par les revues spécialisées américaines DownBeat et mais aussi dans la revue britannique Melody Maker.

Le critique musical Leonard Feather réalise trois rubriques Blindfold Tests. avec Joe Pass : ., ., .. Pour Leonard Feather, seuls les musiciens étaient aptes à juger leurs pairsLeonard Feather faisait écouter au musicien soumis au test (les yeux bandés) un échantillon de cinq à dix morceaux de différents artistes, sans leur livrer aucune indication. Il leur demandait de s’exprimer sur le style propre à chaque musicien et d'attribuer au morceau une note qualitative de un à cinq. Le premier Blindfold test est publié en dans la revue . Le test paraît ensuite dans la revue DownBeat et sur les ondes radiophoniques. La rubrique Blindfold Tests est parue dans la revue DownBeat pendant presque ans. On retrouve entre autres dans ces tests : Oscar Peterson, Count Basie, Carmen McRae, Quincy Jones, Dave Brubeck, John Coltrane, Dinah Washington, Dinah Washington, Miles Davis, Charlie Parker, Aretha Franklin, Chick Corea, Maynard Ferguson et Wynton Marsalis.. thumb|droite |Ella Fitzgerald et Joe Pass, 1974.

À partir de , plusieurs albums suivent, toujours avec Pablo Records, mettant en valeur le talent de Joe Pass. En , Joe Pass enregistre dans les studios de la MGM (Metro-Goldwyn-Mayer) le disque le plus important de sa carrière, , premier disque où il joue seul, sans aucun accompagnement.

En janvier et février , il enregistre l’album avec Herb Ellis, autre grand nom de la guitare jazz américaine..

En août de la même année, il enregistre avec Ella Fitzgerald où il délaisse son habituelle Gibson pour une guitare acoustique à cordes de nylon..

1980 - 1990 succès international Entre et , Joe Pass enregistre à par an chez Pablo Records. Ses partenaires comptent parmi le gratin musical de l’époque : le vibraphoniste Milt Jackson, les chanteuses Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, le pianiste et compositeur Oscar Peterson, le bugliste Clark Terry, le trompettiste Fred Hubbard, le saxophoniste Zoot Sims, le tromboniste Jay Jay Johnson, le pianiste et chef d’orchestre André Previn et l’harmoniciste belge Toots Thielemans.

Il ne joue pas avec le pianiste et chef d’orchestre Duke Ellington, mais il lui dédie un album en . Avec le pianiste et chef d’orchestre Count Basie, il enregistre deux albums swing et . Il enregistre également trois albums solos dont un hommage au danseur et acteur Fred Astaire intitulé . En , il fait une incursion vers la musique brésilienne et enregistre à Rio de Janeiro pour le label Milestone Records, ..

Dernières années De l'année à l'année , le succès ne diminue pas. Albums et tournées mondiales se succèdent. Au début de , Joe Pass apprend qu'il est atteint d’un cancer du foie. Alors âgé de , il entame malgré tout une tournée intitulée . Avec les guitaristes espagnols Paco Peña et Pepe Romero, mais aussi le guitariste américain Leo Kottke.., il mélange différentes influences musicales..

Cependant, son état de santé se détériore, le contraignant à interrompre sa participation à la tournée..

Décès Le , Joe Pass apparaît pour la dernière fois en public à Los Angeles, où il décède le . Il est enterré au cimetière au Ressurection Cemetery à Piscataway, Middlesex, New Jersey..

Le journaliste guitariste lui rend hommage dans un numéro spécial de :

Selon le guitariste , ..

Vie de famille Joe Pass se marie trois fois. En avec Jeanne Martin dont il divorce en . En secondes noces il épouse, en , la chanteuse de jazz Ellen Luebben. Deux enfants naissent de cette union, Lisa et Joe Jr. Mais les parents divorcent en . Ultime union en : il épouse Joyce O’Donnell avec laquelle il reste marié jusqu’à son décès..

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