La Liberté ou la Mort ou La Liberté et la Mort (en , « O Kapetán Mikhális » — Le capétan Mikhális) est un roman de l'écrivain grec Níkos Kazantzákis (1883-1957). Il est publié en 1953 à Athènes, et traduit en français en 1956.
Autour de la figure de l'intransigeant capétan Michel, le roman raconte une révolte des Crétois contre l'Empire ottoman en 1889. La majorité des personnages crétois du roman agissent dans un seul but, libérer la Crète. Le dilemme entre liberté et mort traverse le récit.
Il s'agit d'un des romans importants de Kazantzákis, qui questionne l'enracinement et le rapport au père, et c'est aussi le plus traduit avec Alexis Zorba..
Histoire et titre du roman
Élaboration du roman Kazantzakis commence en 1929, alors qu'il séjourne en Tchécoslovaquie, un roman écrit directement en français et intitulé Capétan EliasSauf mention contraire, les informations de cette section proviennent de la postface de Niki Stavrou dans La Liberté et la Mort, Babel, 2016, p. 651-656.. L'auteur veut faire mieux connaître la lutte de la Crète contre l'occupation ottomane, et de faire revivre la Candie (Héraklion) de son enfance. Peut-être a-t-il choisi cette langue pour des raisons d'opportunité éditoriale, mais il se peut aussi que ce soit une manière de garder la distance face au personnage écrasant de son père (mort en 1932), un sujet douloureux pour Kazantzakis. Il va d'ailleurs abandonner ce premier manuscrit et le réécrire en se concentrant sur cette figure paternelle, en donnant le titre Mon père à cette nouvelle mouture.
Kazantzakis retourne bientôt en Crète et reprend la rédaction, avec cette fois-ci le titre Capétan Michel. Il déclare à son ami Pandelís Prevelákis, dans une lettre du :
Et en 1950, il déclare au même Prevelákis : L'ouvrage est terminé le , sous le titre Capétan Michel (« Kapetán Mikhális »).
Le titre Le titre continua cependant à évoluer, devenant dans plusieurs traduction « La liberté ou la mort », célèbre cri de guerre des révoltés grecs devenu la devise de la Grèce, et sous-titre du roman. Selon Eleni Kazantzakis, l'épouse du romancier, Kazantzakis a toujours voulu remplacer « ou » par « et », signifiant par là que pour le combattant, le choix n'existe pas : liberté et mort sont unis. Et c'est ainsi que le capétan Michel, combattant dominé par les Turcs, meurt ; mais en même temps, parce qu'il lutte pour la liberté, il retrouve la vie.
Résumé
Remarque générale Ce roman, dont l’action se passe en Crète en 1889 (sur un peu moins d’un an, de Pâques à Noël), met en scène de nombreux personnages, essentiellement Crétois mais aussi Turcs ottomans (qui occupent l'île), chacun ayant sa propre histoire. L’auteur peut ainsi un portrait vivant, mais aussi foisonnant, de la société de Candie à la fin du XIXe siècle, de la lutte entre Turcs et Crétois, et de l’amour inconditionnel de ces derniers pour leur île, pour la libération de laquelle nombre d’entre eux sont prêts à mourir.
Le résumé ne peut suivre toutes ces histoires, et se concentre sur les éléments centraux du récitCela explique le déséquilibre dans la place accordée, dans le résumé, aux différents chapitres tournent autour de ces personnages : les capétan Michel et Polyxinguis, Nouri Bey et son épouse Éminé, le pacha et le métropolite de Candie, Kosmas, un neveu de Michel. Certains des frères de ce dernier jouent aussi un rôle assez important. Au-dessus de cette fratrie, la figure de leur père, Sikafas, centenaire qui réunit en lui toutes les qualités des vrais Crétois et qui pourra s'en aller en paix puisqu'il a transmis ces qualités à ses fils et qu'il continue ainsi à vivre à travers euxDans la famille de Michel, seul son fils Thrassaki est brièvement mentionné dans le résumé. Il aurait mérité plus de place, et il aurait aussi fallu parler de Katérina, l'épouse de Michel, et de Rinio, la sœur de Thrassaki. Le fils est le digne descendant de son père, et sa fille aussi (mais vu son sexe, elle ne peut pas le manifester)..
Résumé
Chapitre I En 1889, à Candie, le capétan Michel, surnommé « Capétan Sanglier », est un personnage sombre, irascible, brutal, mais patriote indéfectible, prêt à donner sa vie pour soustraire la Crète au joug ottoman. Au début du roman, il lit une lettre du fils de son frère Kostaros, Kosmas, qui est parti étudier en Europe, et qui a épousé une Juive, deux choses qui le rendent méprisables aux yeux de Michel, qui n’accepte pas qu’on ne se soulève pas pour libérer la Crète. Pour lui, une seule devise : « la liberté ou la mort » .
Le même jour, il est invité par Nouri Bey, un Turc dont il est devenu frère de sang. Ce soir-là, Michel voit la femme de Nouri, Éminé Hanoum, et il est profondément troublé par cette belle la Circassienne au point qu’elle occupe toutes ses pensées. Les deux hommes se brouillent au cours de la soirée, et Nouri Bey est repoussé avec mépris par son épouse parce que, à ses yeux, il s’est déshonoré devant le capétan. Quant à Michel, « possédé » par le souvenir d’Éminé, il ne parvient pas à trouver le sommeil, et il s’en veut :
Chapitre II Le lendemain, Nouri Bey est tourmenté par le remords, car vingt-trois ans après que son père a été tué par Kostaros, sa mort n’a toujours pas vengée. De son côté Michel ne parvient pas à se libérer de la pensée d’Éminé (qui lui a valu La Liberté et la Mort, Babel, p. 54., et il s’en veut profondément d’être ainsi remué par cette femmeLa Liberté et la Mort, Babel, p. 82. :
Chapitre III vignette|Yannaris Hatzimichalis (1815-1916), un des principaux capétans (leader) de la révolte crétoise de 1866-1869. Le dimanche, Candie est touchée par un tremblement de terre. Dans l’affolement qui suit en ville, le capétan Polyxinguis voit Éminé Hanoum qui gît, sans connaissance, dans la rue. Polyxinguis se penche vers elle pour la secourir, et il est à son tour séduit par la beauté de cette femme. La servante de celle-ci le chasse, lui disant qu’il risque d’être tué par Nouri Bey si celui-ci le voit à côté de son épouse. De son côté, Éminé n’est pas insensible au charme de l’homme…
Chapitre IV Michel croise dans la rue Polyxinguis, ce qui l’énerve fortement car il le supporte difficilementLa Liberté et la Mort, Babel, p. 166. :
La rencontre est d’autant plus tendue que Michel a appris la frasque de Polyxinguis dans le quartier turc avec Éminé Hanoum, et les deux hommes échangent des propos aigres. Finalement, Michel décide de passer sa colère sur les Turcs de la ville et les provoque alors en entrant sur son cheval dans le principal café turc de la ville, voulant en chasser les agas (les notables). Cependant, l’un d’eux calme le jeu, jugeant que le moment n’est pas encore venu de s’en prendre à Michel. Mais, dit-ilLa Liberté et la Mort, Babel, p. 186-187., « [c]e moment viendra, je le vois déjà écrit sur les tablettes d’Allah. Il viendra et ce Grec paiera. Je vois même sa tête clouée sur la porte du pacha. Soyez patients. »
Chapitre V Le pacha convoque un certain nombre de notables pour décider que faire. Finalement, Nouri Bey est chargé de laver l’affront du café en tuant le capétan Michel. Le pacha et le métropolite discutent également afin de calmer la situation. Polyxinguis entame une relation avec Éminé – bien que cette dernière eût préféré MichelLa Liberté et la Mort, Babel, p. 216.… : « C’est un autre que je voulais (…) mais celui-là aussi est farouche et fier. (…) Il n’est pas mal non plus, après tout ! ». C’est le début de la semaine de Pâques.
Chapitre VI Michel a été mis au courant de la relation entre Polyxinguis, ce qui renforce son méprisLa Liberté et la Mort, Babel, p. 251. : « Tu sens le Turc ! Tu as deviné quelque chose ? fit le capétan Polyxinguis en rougissant. (…) J’ai deviné. ». Nouri Bey rencontre Manoukas, un des frères de Michel, et il décide de s’en prendre à lui, car quelque temps auparavant, il est entré dans une mosquée en portant un âne sur son dos. Les deux hommes se battent au couteau : Nouri Bey reçoit une blessure profonde à l’entrejambe, mais il parvient tout de même à tuer Manoukas. En fait, Nouri Bey a été émasculé.
Chapitre VII Polyxinguis annonce à Michel que Éminé veut devenir chrétienne, qu’il va l’épouser et qu’il aimerait que Michel soit son témoin. Devant le refus courroucé de celui-ci, Polyxinguis lui dit que la demande vient d’Éminé elle-même. Michel devient furieux.
Au quarantième jour qui suit la mort de Manoukas, son fils Théodoris le venge en tuant Hussein, le neveu de Nouri Bey. Dès lors, les meurtres se multiplient de part et d’autre. Michel se rend chez Nouri Bey pour se battre avec lui, mais renonce en voyant dans quel état de faiblesse il est. Après son départ, Nouri Bey se suicide en se donnant un coup de poignard au cœur.
Chapitres VIII et IX Éminé est maintenant veuve et bientôt baptisée, et Polyxinguis vit avec elle (mais elle continue à être attirée par Michel…). La situation dégénère : pillages, meurtres et massacres entre Turcs et chrétiens. Ceux-ci décident de partir dans les montagnes, et une partie se réfugie dans le village du père de Michel, le capétan Sifakas. Les capétans discutent sur la suite à donner, et la décision est prise de se battre. Une partie des Turcs des villages se réfugient à Candie.
Chapitre X vignette|G.L. Gatteri, L'holocauste d'Arkadi, 1866. Cet épisode dramatique de la révolte crétoise de 1866-1869, a inspiré celui du monastère de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le roman de Kazantzakis.On apprend que les Turcs ont mis le siège devant le monastère Notre Seigneur Jésus-Christ, lieu hautement symbolique. Les Crétois s’y rendent pour le défendre. Les combats font rage, mais la résistance des Crétois ploie devant les Turcs. C’est dans ce contexte que Michel apprend que Éminé a été enlevée par des Turcs. Il décide de la sauver et part secrètement de nuit. Mais c’est alors que les Turcs donnent l’assaut final : le monastère est pris, brûlé, malgré la résistance héroïque de l’higoumène, qui est pendu.
Quand Michel revient, avec Éminé, la honte l’envahit : il n’était pas là quand il le fallait, et cela à cause d’une femme ! Il tue alors Éminé.
Chapitre XI Kosmas est revenu au pays (avec son épouse juive — mais qui doit se convertir — enceinte) porteur d’une lettre, pour Sikafas et Michel, expliquant la position des Grandes puissances européennes par rapport à la Crète : elles ne feront rien.
Sikafas, centenaire et analphabète, demande à Thrassaki, le fils de Michel — qui marche dans les pas de son père et de son grand-père — de lui apprendre à écrire. Son but : écrire de sa main les mots : « La liberté ou la Mort ».
Chapitre XII Michel révèle à Polyxinguis qu’il a tué Éminé : celui-ci dit qu’ils vont rester ensemble pour faire face à l’ennemi, et règleront leurs comptes plus tard.
Sikafas grimpe à une échelle pour écrire la devise « La Liberté ou la Mort » sur le clocher de l’église. Il réussit à finir, mais tombe de l’échelle. Il ne va pas tarder à mourir.
Le métropolite – qui est en négociations avec le pacha – demande aux Crétois de rendre les armes et de reprendre une vie normale à Candie aux côtés des Turcs qui cessent aussi la lutte. Plusieurs capétans acceptent, voyant que les forces sont trop déséquilibrées. Mais Michel refuse obstinément d’abandonner la lutte.
Chapitre XIII Kosmas est très ému par les histoires de résistance que lui raconte le guide qui le conduit chez Sikafas, son grand-père. Le courage et la détermination de ces hommes et femmes luttant pour leur pays le touchent profondément. Le grand-père bénit son petit-fils quand il arrive. Quand il meurt, quelques heures plus tard, c’est ce dernier qui lui ferme les yeux. Après la veillée funèbre et l’enterrement, Kosmas se met en route pour rejoindre son oncle Michel.
Chapitre XIV