Le prix du carbone est un outil économique destiné à intégrer (internaliser) dans les prix de marché les coûts cachés (externalités) des dommages causés par les émissions de gaz à effet de serre, afin d'orienter les décisions des agents économiques vers des solutions à bas contenu en carbone.

thumb|upright=2 |alt=Carte mondiale des pays ayant une législation fixant un prix au carbone (en 2019) Prix du carbone et taxe carbone dans le marché du carbone vers 2019

La forme la plus simple sous laquelle peut se matérialiser le prix du carbone est la taxe carbone ; une forme plus complexe est le système de quotas carbone (ou droits d'émission) qui peuvent s'échanger sur un marché du carbone.

Le protocole de Kyoto avait largement misé sur ce système, mais avec des résultats mitigés, voire contre-productifs (chute du prix du carbone).

Dans le cadre de la préparation de la COP21, de nombreuses initiatives ont promu des stratégies basées sur l'idée de donner un prix à la tonne de carbone émise, avec des modalités assez souples pour concilier clarté du signal, acceptabilité politique et prise en compte de la diversité des situations.

Éléments de définition du concept Les travaux scientifiques du GIEC et de nombreuses équipes d'économistes ont mis en évidence les dommages considérables causés, dès maintenant et plus encore à long terme, par le réchauffement climatique découlant des émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique.

Quelques tentatives de chiffrage ont été faites, dont par exemple le rapport Stern sur l’économie du changement climatique, rédigé par l'économiste Nicholas Stern pour le gouvernement du Royaume-Uni, publié le La “ Stern Review ” : l’économie du changement climatique - Note de synthèse, Archives du gouvernement britannique..

Les dommages affectent directement ou indirectement l'ensemble des habitants de la planète, et souvent à long terme, mais les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre ne supportent qu'une faible part des coûts induits, et ils n'en sont souvent pas même conscients ; c'est ce que les économistes désignent comme le phénomène du « passager clandestin » et les « émissions grises ». Ces coûts cachés sont dénommés « externalités négatives ». Des économistes cherchent la meilleure méthode pour réintégrer ces externalités dans les prix de marché des produits dont la production et la consommation entraînent des émissions de gaz à effet de serre, en particulier les combustibles fossiles, la viande, etc.

C'est cette recherche d'internalisation des externalités qui est imagée par l'expression « donner un prix au carbone » : selon la Banque mondiale, Que signifie « donner un prix au carbone » ?, Banque mondiale, 11 juin 2014..

En 2008-2010, le Centre d'Analyse Stratégique (CAS) a estimé que la valeur de la tonne de pourrait être de en 2030 et de en 2050 (scénario médian dans une fourchette de 150 à /t)Donner une valeur à l’environnement, revue du Commissariat général au développement durable, décembre 2010 (voir pages 47 et 49)..

Il existe deux principaux types de mécanisme pour fixer ou faire émerger un prix du carbone : les taxes carbone les systèmes d’échange de quotas d’émission dans un concept plus large de marché du carbone.

Un signal prix carbone peut aussi être donné autrement : augmentation des taxes sur les carburants, suppression des subventions aux combustibles fossiles, compensation carbone, fixation de normes d'émissions, systèmes de certificats d'économies d'énergie, etc.

CDC Climat Recherche fournit une carte « Panorama mondial des prix du carbone en 2014 »ClimaScope - Comprendre les enjeux de Paris Climat 2015 #COP21, CDC-Climat Recherche, avril 2015..

Le protocole de Kyoto prenait en compte l'ensemble des gaz à effet de serre (GES), mais la plupart des démarches de fixation de prix du carbone se limitent aux émissions de (au motif qu'il représente plus des trois quarts des émissions mondiales de GES mesurées en équivalent ), or le méthane en représente 15 % à horizon d'un siècle, mais beaucoup plus à court terme ; ce qui invite à le prendre en compte aussi, ce qui amènerait à donner plus d'importance à la réduction de la consommation de gaz naturel, à l'élimination des décharges d'ordures ménagères, à la lutte contre la déforestation, etc.Urgence pour la réduction des émissions de méthane, Benjamin Dessus, Encyclopédie du développement durable..

Histoire En 1992, au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, émerge l'idée de donner un prix au carbone pour le monde entier.

En 1997 le protocole de Kyoto prévoir la création d'un marché du carbone où pourront s'acheter et se vendre des permis d’émission : les émetteurs ayant épargné des « unités d’émissions » (émissions permises mais non utilisées) pourraient y vendre cet « excès » à d'autres ayant dépassé leurs objectifs d’émissions. Ce système s'est avéré compliqué à mettre en place.

En 2001 les accords de Marrakech concluent les négociations additionnelles visant à clarifier les détails non-spécifiés dans le Protocole. En outre, un Mécanisme de Développement Propre permet aux pays industriels d'acquérir des crédits carbone supplémentaires en finançant des activités de réduction d’émissions dans les pays en voie de développementLe Commerce d’émissions, site UNFCC..

En 2005, pour éviter une taxe impopulaire et/ou non consensuelle sur les émissions de carbone, un marché du carbone est mis en place en Europe, la « matière première » y est la « tonne de carbone évitée » (Un crédit-carbone est l'unité correspondant à une tonne d'équivalent sur les marchés du carbone). Son principe est de fixer des quotas d’émissions aux plus gros émetteurs européens, et permettre à ceux qui parviennent à réduire leurs émissions de revendre leurs quotas excédentaires aux industriels qui ne parviennent pas à réduire leurs émissions en dessous de leur allocation. Ce système est inspiré d’un outil américain développé dans les années 1990 pour réduire les émissions de dioxyde de soufre (), qui avait permis de diviser par deux ces émissions en quelques années. Mais pour le marché européen du carbone, près de étaient concernées (production d'électricité, cimenteries, aciéries, papeteries), contre seulement dans le cas du mécanisme américain. L'Europe a d'abord été trop généreuse dans sa distribution de quotas, puis n’a pas anticipé la crise économique de 2008 ; la plupart des installations se sont alors trouvées excédentaires, et le prix du carbone s'est effondré : il fluctue ensuite entre 5 et /tonne jusqu'en 2012. Or la plupart des analystes estiment qu’un prix minimum de est nécessaire pour commencer à produire un impact sur les comportements des industriels. Par ailleurs, de nombreuses fraudes ont été constatées sur ce marché : fraudes à la TVA, vols de quotas, installations fermées mais conservant leurs allocations, ainsi que des détournements du « mécanisme de développement propre »Rappel : le mécanisme de développement propre consiste à utiliser des crédits carbone générés par des projets de réduction des émissions réalisés dans les pays en développement pour compenser les volumes d’émission excédentaires des industriels européens ; certaines entreprises auraient ainsi vendu leurs quotas distribués gratuitement pour acheter des crédits moins chers issus de projets pas toujours sérieux.. Dans les années 2010 des réformes visent à restaurer l'efficacité de ce marché.. Une tendance est que ministère de la Transition écologique et solidaire (2018) Prix du carbone, publié le 17 déc. 2018, consulté le 11 septembre 2019.

En 2014, en septembre une "Coalition pour le prix du carbone" se prépare autour de 74 pays et plus de volontaires, lors du sommet qui prépare la COP 21. Elle vise à faciliter les discussions entre décideurs publics et privés sur les opportunités d’étendre les politiques de tarification du carbone. La France, l'Allemagne, le Mexique, le Canada, le Chili ou l'Éthiopie, notamment en font partieDICOM-CGDD/DEP (2016)LE PRIX DU CARBONE ; Levier de la transition énergétique ; DICOM-CGDD/DEP/15280-3 – Août 2016.

En 2015, la coalition pour un prix du carbone est officiellement lancée lors de la COP21, où la Conférence de Paris sur le climat adopte un premier accord universel et contraignant visant à ne pas dépasser +2 °C en 2100. En France, avant une révision de la directive du marché du carbone européen, le Gouvernement commande (pour ) un , les deux derniers auteurs ayant déjà mi-2015 produit pour François Hollande un rapport sur les financements en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Il devrait BatiActu (2016) COP21: une mission sur le prix du carbone pour orienter les investissements S.C. le 04/04/2016.

En 2018, après avoir chuté à moins de 6 € en 2017, le prix moyen de la tonne de est remonté pour atteindre environ 16 €, avec même en fin d'année un bref dépassement de 25 €/t, sans toutefois atteindre le seuil de 30€ attendu par les économistes du développement durable, seuil qui favoriserait mieux les producteurs d'électricité décarbonée. En 2018 les prix de gros ont aussi augmenté (+23%), mais avec des disparités fortes entre pays.

Émissions futures par rapport aux émissions passées Un prix du vise à réduire les nouvelles émissions dans le futur. Cependant, un tel prix n’affecte pas les émissions passées, c’est-à-dire la concentration de déjà rejetée dans l’atmosphère depuis le début de l’industrialisation, qui est passée de bien en dessous de 300 ppm à plus de 415 ppm (2019) It's Official: Atmospheric Just Exceeded 415 ppm For The First Time in Human History, ScienceAlert, 13 mai 2019.. Sans interaction humaine, cette concentration ne fera que diminuer à long terme. Par conséquent, des émissions négatives sont nécessaires pour réduire la concentration de dans l'atmosphère. Les recettes publiques provenant du prix du carbone pourraient être utilisées pour subventionner les entreprises qui fournissent de telles émissions négatives. Selon la technologie de capture et séquestration de carbone, telle que PyCCS ou BECCS, le coût de production d'émissions négatives est d'environ 150 à 165 USD par tonne de Werner et al., https:://doi.org/10.1088/1748-9326/aabb0e Biogeochemical potential of biomass pyrolysis systems for limiting global warming to 1.5 °C, IOPscience, 17 avril 2018.. Pour qu'un tel modèle d'entreprise devienne attrayant, les subventions devraient donc dépasser cette valeur. Dans ce cas, une ouverture technologique pourrait être le meilleur choix, car une réduction des coûts due au progrès technique est prévisible. Déjà aujourd'hui, ces coûts de production d'émissions négatives pourraient être inférieurs aux coûts de estimés à 220 dollars par tonne par une étude parue en dans Nature Climate Change Estimated social cost of climate change not accurate, Stanford scientists say, Stanford news, 12 janvier 2015., ce qui signifie qu'un modèle économique de création d'émissions négatives subventionné par l'État aurait déjà du sens sur le plan économique. En résumé, bien qu'un prix du carbone puisse potentiellement réduire les émissions futures, une subvention pour le carbone pourrait réduire les émissions passées.

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