Hevea guianensis Aubl., l’hévéa de Guyane, est une espèce de plantes à fleurs dicotylédones de la famille des Euphorbiaceae. C'est un arbre originaire d'Amérique du Sud.

Il ne faut pas le confondre avec Evea guianensis Aubl. (Rubiaceae).

Hevea guianensis est connu en Guyane sous les noms de Caoutchouc, Heve, Seringa, Docali, Efea, Hévéa, Afasi boiti (Aluku), Hevea (Saramaka), Sabana-dokali, Eféa (Paramaka).

Ailleurs, on l'appelle : au Suriname Seue joeballi, Seve joeballi, Sewejoeballi, Rappa rappa (Arawak), Mapalapa (Karib), Siringa (Garipon), Efea, Sabana-dokali (Paramaka), Hevea (Sranan tongo), Eh-wa (Tiriyó), au Venezuela Caucho fino, Caucho legítimo, Conuri, Seringa, au Pérou Shiringa debil, Jebe debil

La variété H. guianensis var. guianensis est appelée Caucho fino, Goma, Seringa au Venezuela, et la variété H. guianensis var. lutea Caucho, Caucho yapi (), Goma, Goma concha blanca au Venezuela, et Jebe debil, Jebe debil de altura, Jebe a-mapa, Shiringa debil, Shiringa de altura, Shiringa de cerro, Shiringa a-marillo au Pérou

Pour Hevea spp., on cite les noms génériques Hevea, Mapalapa, Seringa, Seringueira au Brésil, Hatti au Guyana, Hevea wood en Malaisie, Jeve, Shirenga au Pérou, Rubber tree en Thaïlande, Arbol se caucho au Venezuela, Para rubber tree au Royaume-Uni, Rubber Wood aux États-Unis.

Description Hevea guianensis est un arbre de la canopée, haut de .

Son tronc est cylindrique, dépourvu de contreforts, parfois élargi à la base.

L'écorce est brune, écailleuse, l'écorce interne orange pâle.

Il produit un latex de couleur crème ou jaune crème.

Son bois est altérable, léger (densité : 0,46 à 0,65), à grain moyen, de couleur blanchâtre à brun clair.

Les feuilles sont alternes, composées palmées trifoliolées, ± persistantes, conservant quelques vieilles feuilles avec la nouvelle poussée de feuilles.

Les folioles sont longues de pour de large, de forme oblancéolée, oblongue ou oblongue-obovale, membraneuses, subcoriacées à chartacées, arrondies et brièvement obtuses-apiculées, aiguës ou rarement obtuses-acuminées à l'apex, aiguës à la base, à marges entières, de couleur verdâtre au-dessus, glaucescent pâle en dessous, parfois violescent, glabres ou à pubescence rougeâtre ou brune clairsemée le long des nervures inférieures.

La nervation est pennée, avec 12-17 paires de nervures secondaires.

Les pétioles sont longs de , glabres ou peu poilus, et portant 2-(5) glandes au-dessus de l'apex.

Les pétiolules sont longs de .

Les inflorescences sont des panicules moitié moins longues ou aussi longues que les feuilles (), à axes bruns ferrugineux-tomentelleux, se développant après la chute des feuilles, pendantes, à l'aisselle des bractées sous les nouvelles feuilles.

Les fleurs sont jaunes, pédicellées, avec des sépales densément pubescents.

Les fleurs staminées (mâles) sont de forme obtuse ou aiguë au stade bouton.

Le calice est pubescent, long de , à 5 lobes aigus, triangulaires, avec un disque nectaire glabre, discret, très petit ou absent.

On compte 5 étamines, sur un seul verticille (ou 7 sur deux verticilles irréguliers), une colonne tomenteuse, finement lobée à l'apex.

Les fleurs pistillées (femelles) sont plus grandes que les fleurs staminées, dépourvues de renflement à la base du calice, mesurant d'environ , lobé à 1/3 de l'apex. Le calice est tubulaire, à lobes triangulaires, unis sur le tiers inférieur. Les staminodes sont présents ou réduits. L'ovaire est pubérulent à densément pubescent, avec des stigmates sessiles.

Le fruit est une capsule verdâtre, veinée, mesurant , à 3 lobes ou ronde en section transversale, à valves épaisses et ligneuses, à déhiscence explosive. Il contient 3(-6) graines de forme subglobuleuse, ovoïde à oblongue-ellipsoïde (ou quelque peu déprimées), lisses, de couleur brun pâle ponctuées de marbrures roussâtres plus foncées, mesurant (jusqu'à ).

Liste des sous-espèces et variétés Plusieurs taxons infra-spécifiques sont reconnus au sein d’Hevea guianensis. Selon et : Hevea guianensis var. guianensis est un arbres haut de . Ses fleurs portent 5 anthères, longues d'environ , sur un verticille. Hevea guianensis var. lutea (Spruce ex Benth.) Ducke & R.E.Schult. est un arbres haut de . Ses fleurs portent 5–7, anthères, longues d'environ , sur 2 verticilles irréguliers. Son latex serait de couleur plutôt jaune. Hevea guianensis var. marginata (Ducke) Ducke

Selon (Attention liste brute contenant possiblement des synonymes) : sous-espèce Hevea guianensis subsp. marginata (Müll. Arg.) Ducke sous-espèce Hevea guianensis subsp. occidentalis Ducke variété Hevea guianensis var. collina (Huber) Ducke variété Hevea guianensis var. cuneata (Huber) Ducke variété Hevea guianensis var. guianensis variété Hevea guianensis var. lutea (Spruce ex Benth.) Ducke & R.E. Schult. variété Hevea guianensis var. marginata (Ducke) Ducke variété Hevea guianensis var. occidentalis (Ducke) Ducke variété Hevea guianensis var. rupicola R.E. Schult. variété Hevea guianensis var. typica Ducke

Hevea guianensis var. lutea pourrait s'hybrider avec Hevea benthamiana, Hevea pauciflora et Hevea brasiliensis au Pérou.

Hevea guianensis pourrait être une des espèces les plus « » du genre.

Répartition Hevea guianensis est l'espèce la plus répandue du genre Hevea : de la Colombie au Brésil, en passant par le Venezuela, le Guyana, le Suriname, la Guyane, l'Équateur, le Pérou, la Bolivie. Hevea guianensis var. guianensis est présent au Venezuela (Bolívar, Amazonas) Hevea guianensis var. lutea (Spruce ex Benth.) Ducke & R.E.Schult. est présent en Colombie, au Venezuela (Bolívar, Amazonas), au Guyana, au Suriname, en Guyane, et au Brésil

Écologie Dans les Guyane, on rapporte que Hevea guianensis est commun, dans les forêts marécageuses, le long des cours d'eau forestiers, dans les forêts de savane et sur les pentes boisées.

En Guyane, il serait dispersé dans les forêts de terre ferme (non inondées), fleurit en septembre, octobre, novembre, et frutifie en mars-mai.

On rencontre Hevea guianensis var. lutea (Spruce ex Benth.) Ducke & R.E.Schult. au Venezuela dans les forêts sempervirentes de plaine à submontagnardes, autour de d'altitude.

La germination des graines est affectée par la qualité de la lumière qu'elles reçoivent.

92 champignons endophytes ont été identifiés dans ses feuilles, ses tiges (très abondants dans le cortex de la tige) et ses racines en Amazonie brésilienne : on trouve représentés les genres Colletotrichum, Diaporthe, Penicillium, , , , Daldinia, , Trichoderma, Fusarium, et Trichoderma (Trichoderma amazonicum, espèce décrite en 2011).

Utilisation L'usage du latex d’Hevea spp. (Hevea guianensis) pour la fabrication de Caoutchouc a été rapporté pour la première fois en occident par C.-M. de la Condamine à la suite de son expédition sud-américaine, et par M. Fresneau, Ingénieur du roi que ce dernier a rencontré en 1744 à Cayenne (Guyane) :

Le Caoutchouc d’Hevea guianensis est analogue à celui de Hevea brasiliensis, mais cependant réputé de moins bonne qualité. Cet arbre est très exploité en Amazonie pour l'extraction du latex mais n'est pas cultivé, bien qu'il ait fait l'objet de plantations au début du (abandonnées par la suite) à Montsinéry (Guyane) et dans la forêt nationale du Tapajós (Brésil)

.

Le rôle des plantations d’Hevea guianensis dans la séquestration du carbone a été envisagé.

Hevea guianensis est mentionné aussi parmi les bois utiles de la Guyane. Son bois (densité : 0,7) a été édudié. Il peut être employé pour divers usages de menuiserie (ameublement, lambris, moulure, parquet, placage tranché, escaliers, charpente légère), pour la pâte à papier, les emballages, les panneaux de fibre ou de particules, le contreplaqué, ou le lamellé-collé.

Les graines d’Hevea guianensis seraient comestibles et consommées par les amérindiens d'après Aublet. Le récit fait par Aublet décrivant la consommation de graines crues est surprenant, car les graines d’Hevea sont connues pour être hautement toxiques pour l'homme sans une cuisson longue qui élimine les toxines cyanogènes. Selon Richard Spruce qui passa dans le bassin amazonien (), les graines d’Hevea sont un excellent appât pour les poissons. Les aras les mangent avidement, mais elles sont vénéneuses à l'état frais pour l'homme et les mammifères. Les Indiens du río Uaupés les font bouillir , les filtrent, et la masse en résultant qui a la consistance du riz longtemps bouilli, est consommée et serait très savoureuse avec du poisson. On rapporte des usages alimentaires plus ou moins similaires chez les Makunas du cours inférieur du río Apaporís, les du río Kananari et les du Vaupés (Colombie). Les des sources de la Guainía (Colombie) font de la purée à partir des graines d’Hevea guianensis. Les Yukunas et les Tanimukas du río Miriti Paraná (Colombie) fabriquent des "gâteaux" à partir des graines d’Hevea guianensis var. lutea à l'occasion de fêtes.

Ces graines sont aussi utilisées comme perle pour la confection de colliers en bijouterie végétale.

Le latex d’Hevea guianensis est appliqué sur l'orifice pour tuer les larves d’Oestridae parasites (ex : vers macaque), chez les Tirio du Suriname, et les Waorani d'Équateur. Il serait aussi bu comme tonique.

Histoire naturelle En 1751 M. de la Condamine publie pour la première fois une description d’Hevea guianensis d'après les notes de M. Fresneau : vignette|droite|DESCRIPTION de l'arbre Seringue par M. de la Condamine d'après M. Fresneau (1751)Planche 20.

Protologue En 1775, le botaniste Aublet propose le protologue suivant : vignette|gauche|Hevea guianensis par Aublet (1775)Planche 335 : 1. Fruit formé de trois capſules qui ſont unies enſemble. - 2. Capſule oſſeuſe s ouverte avec élaſticité, en deux valves. - 3. Semence.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Liste des plantes décrites par Fusée-Aublet

Liens externes

guianensis Catégorie:Espèce d'Euphorbiaceae (nom scientifique) Catégorie:Espèce d'arbres (nom scientifique) Catégorie:Arbre en Guyane Catégorie:Dicotylédone de Guyane Catégorie:Plante décrite par Aublet