Les Établissements Borel sont une société de construction aéronautique française fondée en 1909 par Gabriel Borel.
Historique thumb|redresse| et son monoplan Morane-Borel vers 1911-1913. La société est fondée par Gabriel Borel au 22 bis et 22 ter, boulevard Bourdon à Neuilly-sur-Seine. Gabriel Borel et son frère créent une école d'aviation à Mourmelon en 1909Parmi les élèves se trouvent Antoine Odier, Léon Morane, Jules Védrines et Raymond Saulnier.. Lors des débuts, ils vendent des avions de Blériot Aéronautique avant de construire eux-mêmes des aéroplanes jusqu'en 1911. En 1911, Gabriel Borel, Raymond Saulnier, Robert Morane et Léon Morane s'associent pour créer la Société anonyme des aéroplanes Morane-Borel-Saulnier. Ils construisent le monoplan Morane-Borel. Cette association cesselors du départ de Gabriel Borel, qui épousera le Marthe Sichel et se suicidera en lors du partage du prix de la course aérienne Paris-Madrid, gagnée par leur avion piloté par Védrines. Ils ont également des ateliers au quai National à Puteaux.
Un encart commercial dans la presse donne comme renseignements l'école d'aviation à Buc-Chateaufort, la traversée de l'Adriatique et Paris-Berlin.
Entre 1910 et 1914, Borel conçoit une série de monoplans et hydravions. L'entreprise produit aussi des Morane-Saulnier puis pendant la Première Guerre mondiale des Caudron, Nieuport et Spad.
L'usine, située à Mourmelon, a été temporairement contrainte à fermer lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale qui a vu la plupart de ses travailleurs enrôlés dans la armée. Borel rouvre ses portes en pour produire des avions militaires pour la France sous licence d'autres fabricants, y compris Caudron, Nieuport et SPAD.
Sous-traitance Les établissements à Neuilly-sur-Seine possèdent un atelier de camouflage. Après la Première guerre mondiale, Borel est restructuré en Société générale des constructions industrielles et mécaniques (SGCIM).
A partir de 1936, Borel est désormais un sous-traitant de la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest, avec une longue expérience des avions et hydravions dans ses Ateliers de la Jatte à Neuilly-sur-SeineL'Oribus N°16.. Gabriel Borel a connu de nombreuses difficultés dans ces entreprises. La politique de réarmement puis la Seconde guerre mondiale permettent de le remettre une nouvelle fois en selle.
Installation en Mayenne Un rapide décollage C'est en octobre 1935, que naît le projet d'implantation d'une usine de pièces d'aéronautique à Laval. Le choix de cette ville s'explique par sa position à l'arrière en cas d'un éventuel conflit du type de la Première guerre mondiale. Il en est de même pour la délocalisation de la Société GénéraleVoir : Bunker Montmorency de Laval..
« Dès 1935, une rumeur fait frissonner les responsables de l'économie lavallois. Devant la menace d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne, l'État souhaite décentraliser les industries travaillant pour la Défense nationale, et Laval peut être choisie pour implanter une industrie métallurgique axée sur la construction aéronautique. » Jacques CarlierOuest-France, 2014..
Ce projet ne soulève aucun enthousiasme au sur le plan localPas plus que celui de l'implantation conjointe en Mayenne d'un Centre de rééducation professionnelle pour chômeurs orienté vers la métallurgie.. Les membres de la Chambre de commerce et d'industrie de la Mayenne<ref>Ils font savoir au préfet, afin de transmettre au Gouvernement, qu'il est inutile de former des métallos"" puisqu'il n'y a pas d'industrie métallurgique dans le département. La seule industrie qui ait quelque importance est l'industrie textile. (Archives départementales de la Mayenne, 10 M 36. Lettre du préfet à l'ingénieur Ziegel, ministère de la Marine.</ref> ne voient pas cette arrivée d'un très bon œil, redoutant l'installation d'un « secteur perturbateur du secteur social venant troubler celui en place axé sur le textile, bien tenu en main par les grandes familles locales appliquant des salaires bien inférieurs à ceux de l'industrie ». Le patronat local redoute l'arrivée d'une grosse industrie, qui se traduirait par des salaires plus élevés, une main d'oeuvre en partie étrangère au département, et peut-être plus rompue aux luttes syndicales. L'implantation La menace de guerre précipite l'implantation. Le , la société anonyme BorelAvec comme capital 500 000 francs. Le PDG Gabriel Borel, reste le plus souvent à Paris où l'entreprise a son siège social. Il détient un capital de 250 actions. est créée, un mois après la Déclaration de guerre. Elle s'installe rue de l'Ermitage, dans l'alignement de la Gare, et du viaduc qui supporte la ligne de chemin de fer Paris-Brest. Choix discutable car cible idéale pour les bombardements. L'entreprise va être dirigée pendant 10 ans, au titre d'Ingénieur-Directeur par Vincent André, qui possède une grande compétence technique, et une expérience du sujet. Le président, Gabriel Borel, resté à Paris, l'usine lavalloise est donc dirigée par Vincent André, secondé par son fils Georges au poste de directeur commercial.
La Drôle de guerre Le démarrage de l'usine est foudroyant : 15 au , 495 à la fin de 1939, 1 100 en juin 1940. Borel est alors la première usine du département de la Mayenne. Beaucoup de ces ouvriers viennent de la Région parisienneUne majorité repartira après l'Armistice du 22 juin 1940., qu'ils soient affectés spéciauxMobilisés et maintenus dans l'industrie. ou non. D'autres ouvriers sont locaux, pour la plupart des artisansIls doivent amener avec eux leur matériel : étaulimeur, tour, fraiseuses, ... ou des ouvriers serruriersIls sont mobilisés.. Les ouvriers s'installent dans deux immenses halls en béton. Le magasin des tôles comporte un étage dédié à la chaudronnerie et à la soudure. Autour, une série de constructions légères accueille des bureaux techniques, un atelier de machines outils, un autre de montage de radiateurs ou encore un laboratoire.
Pendant la Drôle de guerre, et le printemps 1939, les commandes de la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest affluent : radiateurs d'hydravions, pièce pour le Morane-Saulnier MS.406, le Lioré et Olivier LeO 451, le Lioré et Olivier LeO H-43. La production dépasse le plan. Sept wagons quittent chaque jour la gare de Laval chargés de radiateurs d'avion et de composants de chaudronnerie en alliage léger. Le chiffre d'affaires s'élève à plusieurs millions de francs par moies, et on prévoir l'embauche de 2 000 ouvriers supplémentaires, mais les Allemands arrivent.
La Zone libre, le retour à Laval Pour que l'entreprise ne tombe pas aux mains des Allemands, un repli a été prévu sur Niort, Mussidan et surtout Agen. En désordre, 1 000 ouvriers descendent vers le Sud. Chargé sur des péniches, le matériel ne suit pas toujours. A Agen, en Zone libre, Vincent André tente de créer une nouvelle affaire, mais, les ouvriers étaient rentrés chez eux. Il revient à Laval le dernier. L'entreprise redémarre au début de 1941 avec 283 ouvriersParmi eux, quelques rares personnes originaires de la Région parisienne, qui ont préféré gardé leur travail à Laval et feront souche, des nouveaux, dont des mécaniciens de la Marine Nationale, et du personnel local.. Jusqu'en juin 1941, l'entreprise travaille uniquement pour la FranceEn raison du rationnement de l'essence. : gazogènes, générateurs à acétylène, matériel de laiterie. Borel renoue avec la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest et finit ses pièces pour le Lioré et Olivier LeO H-43.
À destination de l'Allemagne À partir de juin 1941, Borel travaille pour le compte de l'Allemagne. Les premières commandesDes grilles pour les terrains d'atterrissage. arrivent le , deux semaines après l'Opération Barbarossa. Comme 28 autres entreprises mayennaises, l'usine est « protégée » par l'Occupant. L'usine est classée Rüstung [armement], elle dispose d'une protection absolue, et ne manquera jamais de matières premièresDont l'aluminium et l'étain., et disposera toujours de réservesMême au moment de la Libération de la France..
Les rapports avec l'Occupant sont : indirects : Borel est sous traitant pour l'aéronautique (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest, Société nationale des constructions aéronautiques du Nord, qui elle-même travaille pour l'Allemagne. Les pièces fabriquées étaient montées sur les avions à Sartrouville. directs : Borel a des commandes de trois entreprises allemandes : la Neue Kubkler-Crud-Flugzeugfabrik à Berlin, l'Auto Union à Chemnitz, et surtout la Süddeutsche Kühlerfabrik à Stuttgart. Les pièces fabriquées consistent en cadres et cloisons pour le Dornier Do 24, verrières de cabines, capots, raccordement d'empennage, grilles pour atterrissage et surtout des radiateurs à bain d'huileSpécialité de l'usine..
Pour honorer ses commandes, l'usine est équipéeD'après un rapport d'expert chargé d'estimer les dégâts provoqués par les bombardements de 1944, une bonne moitié des machines provienne des réquisitions effectuées par les Allemands dans d'autres usines non protégées.. Il a été aussi nécessaire de réembaucher des ouvriers. Les effectifs remontent régulièrement, jusqu'en 1944. + Données financières Année Chiffre d'affairesEn millions de francs constants de 1938. Main-d'œuvre 1939 0 0 1940 2 1941 8 300 1942 9 500 1943 12 750 1944 26 900 1945 16 300 1946 6 400 1947 3 350 1948 8 200
Le personnel Le personnel est recruté, permettant aux jeunes, formés sur place, pendant trois ans à l'école professionnelle, d'échapper au service du travail obligatoire (STO)La section locale du Parti populaire français dénoncent alors les planqués alors que des pères de famille restent prisonniers.. L'Oribus N°16.. Environ 200 femmes pratiquent les soudures délicates. Les ouvriers travaillent 44 heures par semaine, dont 4 le samedi matin. il n'existe pas de chaînes chez Borel. Le nombre d'employés est en réalité supérieur aux besoins réels de l'entreprise. Selon des témoignagesTravailleurs présents dans l'usine pendant l'Occupation., le sur-effectif est estimé à 200 personnesMembres et relations parisiennes de la famille Borel (surnommés les nourissons par les ouvriers), séminaristes jésuites de Laval échappant à la Relève. Quelques juifs y auraient trouvé refuge, sans que cette affirmation ait pu être vérifiée..
Sous l'occupation allemande, Vincent André encourage vivement la pratique sportive dans son usine, avec le Laval Aéronautique Club, société sportive de l'usine préparant à tous les sports, et avec une équipe de football par atelier. L'entreprise noue des liens étroits avec les clubs sportifs de Laval, dont le Stade Lavallois où ses meilleurs joueurs ont souvent un emploi réservé à l'usine.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le championnat de football est suspendu mais le Stade lavallois continue à jouer, avec quelques Lavallois et des joueurs salariés des Établissements Borel qui évitent ainsi d'être requis pour le service du travail obligatoire (STO) en Allemagne. Le directeur de l'entreprise Vincent André recrute de nombreux sportifs, et noue des liens étroits avec le Stade lavallois : ses meilleurs joueurs ont souvent un emploi réservé à l'usine, comme le gardien William Bambridge. Dans L'Ouest-Éclair du 18 juin 1941, l'industriel justifie cette politique, ayant été rappelé à l'ordre par le Commissariat général à l’Éducation et aux Sports, dirigé par Jean Borotra, dans les gouvernements du régime de Vichy. Celui-ci, partisan de la pratique populaire du sport et opposé à sa professionnalisation, cherche à promouvoir le sport amateur.