Le prieuré de la Sainte-Trinité de Marcigny-lès-NonnainsD'après E. M. Wischermann le choix de cette titulature par Hugues de Cluny, aurait pour finalité de tisser un lien spirituel avec le prieuré de Sauxillanges, où Odilon fut le prédécesseur d'Hugues et avait d'abord établi son lieu de sépulture est le premier édifice religieux de moniales et moines bénédictins du sur la commune de Marcigny dans le département de Saône-et-Loire en Bourgogne-Franche-Comté dans le BrionnaisJean Richard, Le cartulaire de Marcigny-sur-Loire, 1045-1144 sur le site Persée. Il sera jusqu'à la Révolution, l'un des trois plus importants monastères de religieuses bénédictines. Aujourd'hui, subsiste l'église Saint-Nicolas devenue paroissiale, et quelques bâtiments dans la ville, ainsi que l'hôtel de la Prieure.
Historique Fondé, entre 1054 et 1056, par Hugues de Semur (1024-1109) sur des terres données par son frère Geoffroy II de Semur, ce prieuré est de suite très prisé de la noblesse bourguignonne. Hugues y installe sa sœur comme première prieure, et leur mère Aremburge devient également religieuse en ce lieu.
C'est entre 1120 et 1122 que la fille de Guillaume le Conquérant, Adèle, prendra le voile dans ce monastère. Puis, vers 1130, viendront les deux filles du roi d'Espagne, sainte Véraise et sainte FrédolineSœur Véronique, Les monastères de femmes dans la congrégation de Cluny, abbaye Notre-Dame de Venière, avril 2010..
L'âge minimum requis pour être novice est de à Marcigny, alors qu'il est partout ailleurs de . Depuis la fondation, l'effectif en est de s, car la centième place est réservée à la Sainte Vierge qui est « Notre-Dame Abbesse » et est omniprésente, à l'église comme au réfectoire où son repas est distribué aux pauvres. Ce quota a son importance car on ne peut faire profession qu'au décès d'une professe. Ici, c'est l'abbé de Cluny qui vient en personne remettre l'habit aux religieuses. Les religieuses sont tenues à la clôture, et ne peuvent sortir qu'accompagner par une autre moniale plus âgée et de bonnes mœurs, avec l'autorisation de la supérieure pour une mission, mais la règle n'est pas toujours bien respectéeLe pape Boniface VIII, par la bulle « Perculoso », règle la clôture des moniales en 1299, mais celle-ci ne sera pratiquement jamais observée. Les religieuses seront au maximum de leur effectif en 1271, ainsi qu'en 1311.
Les religieuses ne seront pas seules : dans la même enceinte est adjoint un petit prieuré qui reçoit de quinze à trente moines chargés, entre autres, de confesser et diriger les consciences des moniales, de célébrer l'Eucharistie et également de l'administration du temporel, bien que la prieure garde la pleine autorité sur l'ensemble des deux monastères d'hommes et de femmes.
Les relations entre moines et moniales vont très vite s'envenimer car il y a conflit d'autorité entre la prieure et le prieur. La douzaine de moines reçoivent l'ordre de ne plus avoir aucun rapport avec les religieuses car ce commerce indispose la papauté, qui va très vite faire savoir qu'elle est opposée aux monastères doubles. Cette décision va faire entrer les religieuses en rébellion et, en 1343, le pape Clément VI doit intervenir pour remettre de l'ordre dans ce monastère en excommuniant cinquante d'entre elles, et menace la vingtaine qui persiste de les transférer dans d'autres monastères.
Le litige de préséance entre les deux dirigeants des monastères est porté devant l'assemblée générale de l'ordre qui désigne ceux de Paray-le-Monial et de Charlieu pour arbitrer ce conflit. La situation s'envenime : le jour de Noël, les religieuses refusent de recevoir l'Eucharistie des mains de leur prieur et, avec la prieure à leur tête, troublent l'office divin et brisent les escabeaux du chœur. Pour se venger, les moines enlèvent les sonnettes, le linge du réfectoire, prennent le registre du Chapitre, et sèment le trouble dans tous les locaux.
Le prieuré prospère fait la fortune de Marcigny, qui deviendra la proie de bien des convoitises. Dès 1360, les Grandes compagnies prennent la ville, et en 1362, la petite cité est prise et pillée par les Tard-Venus. Puis, en 1366, le Prince Noir en fait le siège.
De nouveau assiégée en 1420 par les troupes de Charles, dauphin de France, puis pillée par l'aventurier espagnol Rodrigue de Villandrando, chargé de défendre le duché de Bourbon contre les Bourguignons en novembre 1430, par le comte de Clermont, en 1431, et par le duc de bourgogne Philippe le Bon (1396-1467) en 1438. C'est après ces sièges qu'une première enceinte de fortifications fut construite.
Le cours du se passera de la même façon qu'aux siècles précédents, entre la prieure et ses religieuses, de plaintes en plaintes contre l'administration du prieur et le peu de nourriture reçue. À la demande des religieuses, les civils viennent également ajouter de l'huile sur le feu. Devant tant de désordre, les évêques interviendront dans les affaires des monastères de femmes, sans que cela ne nuise à l'ordre de Cluny.
La ville est de nouveau assiégée en 1576 par le Henri Ier de Bourbon-Condé (1552-1588), prince de Condé, en 1582 par le Charles de Mayenne (1554-1611), duc de Mayenne, ainsi qu'en 1589 par le vicomte de Tavannes, Jean de Saulx (1555-1630), enfin en 1591 par le marquis de Saint-Martin.
Architecture Les églises priorales
La première église priorale, sous le vocable en 1056 de saint Pierre et saint Paul, était coupée en deux par une grille en fer, séparant les moines et les moniales. Un guichet permettait le passage de l'eau bénite et de l'Eucharistie. Une autre séparait également les confessionnaux. L'église Saint-Nicolas était, à l'origine, l'église priorale des moines. L'église Notre-Dame fut interdite aux religieuses le , et détruite par l'incendie de 1797. Les ruines tombèrent sous le pic des démolisseurs.
Les bâtiments conventuels
L'hôtel de la Prieure Ce bâtiment fut commandé par la prieure Anne Nicole de La Queille et construit sur le narthex de l'église prieurale, démoli à cette occasion à partir de mai 1777 par Edme Verniquet (1727-1804), l'architecte de Louis XVI.
La façade comporte neuf travées, avec un avant-corps de trois travées sommé d'un fronton triangulaire. Cette réalisation est très proche de l'hôtel de Chalonnay construit à la même époque à Marcigny par Verniquet. Le soubassement à refends du rez-de-chaussée est surplombé par de hautes fenêtres à allèges reposant sur des consoles carrées. Une tribune percée dans ses appartements du premier étage, et donnant dans l'église, permettait à la prieure d'assister à l'office divin. La Révolution épargna cette bâtisse en très bon état qui servit de logements. Au début du , elle est occupée par la cure et la maison pour ses deux tiers, l'autre partie fut un moment l'hôtel de la Paix, bientôt transformé en logements. Sur la façade de la cour intérieure de l'hôtel se distinguent les traces des voûtes de l'église priorale originelle qui fut détruite lors de l'incendie de 1797.
La tour du moulin des moines
Cette tour fut construite entre 1410 et 1420 sur ordre du duc de Bourgogne Jean sans Peur pour défendre l'accès de la ville aux Armagnacs. Sa hauteur est de sous le toit et, avec sa flèche de , elle atteint au total . À sa base, elle mesure d'épaisseur et à son sommet. Elle est dans un bon état de conservation avec sa façade ornée de plus de , dont certaines représentent le sein maternel.
Propriétés, terriers, bénéfices Seigneuries 1063 La Roche-Millay, seigneurie dans le Morvan, donnée par en présence de son frère religieux André de Semurtexte en ligne Abbé F. Cucherat, Semur-en-Brionnais, ses barons, ses établissements..., Mémoires de la Société Eduennes, t.XV (1887) et t. XVI. (1888).
Terres Vitry-en-Charollais donations en 1066 par Adélaïde de Semur, du consentement de son fils Pierre de ChâtelGénéalogie inédite par M. de Reffye dans Cucherat, op.cit, Briennon, donation de terres en 1066 par Adélaïde de Semur, du consentement de son fils Pierre de Châtel<ref name="Cucherat">François Cucherat (1812-1887), abbé, Semur en Brionnais, ses barons, ses établissements civils, judiciaires et ecclésiastiques depuis l'an 860 jusqu'à nos jours, dans Mémoires de la Société Eduenne, tome XV (1887) et tome XVI (1888) en ligne Semur en Brionnais</ref>. donations par Dalmace de Bourbon à dom Seguin vers 1100 donation par dom J. de Cypierre en 1103 du meix de Cassanole en la paroisse d'Autefond, à 1 lieue 3/4 de Charolles, 3/4 de Paray, 14 lieues d'AutunCourtépée, Description historique du duché de Bourgogne, t.IV, 1779</ref> Bois donné par Adélaïde de Guines lors de son entrée au monastère vers 1078, ce bois joignant celui de la Craie, qui descendait jusqu'à la Vallée de Semur à Marcigny.
Prieurés avant 1090 : prieuré Sainte-Foy de Morlaàs, fondé par pénitence par Centulle V de Béarn et mis par le pape Urbain II et l'Abbé Hugues de Cluny sous l'autorité du prieuré de Marcigny.
Prieures
1061 : Hermengarde de Semur, première prieure, sœur de saint Hugues de Cluny dit aussi de SemurCatalogue des Dames de Marcigny publié à la suite de la seconde édition de Cluny au , , 1. 2. et "Catalogue des dames prieures de Marcigny", dans F. M. D., Monographie des communes du Charollais et du Brionnais, vol. II, E. Micolon, Charlieu, 1904, p. 189-192. Vers 1080 : Giselle, ou, Galsuinde, ou bien Gisela de Bigorre, épouse de Centulle V de Béarn vicomte de Béarn de (1058 à 1090) dit Centulle de Bigorre de (1080 à 1090), lorsqu'il devint premier comte de Bigorre, leur union annulée en 1074 par injonction du pape Grégoire VII et le jugement d'Amathus, évêque d'Oloron, légat du pape et de Bernard de Millau, abbé de Saint-Victor de Marseille, auxquels le pape avait attribué la connaissance de cette cause pour cause de parenté. Séparée en 1078 et conduite par le légat, et Guillaume archevêque d'Aix en ce prieuré, elle reçut l'habit monacal des mains de saint Hugues. Elle devint prieure et y décéda dans sa chargeJ. M. Guillard, curé de St Martin-du-Lac, Mémoires de la Société Eduenne, tome.40, 1912. Vers 1084 : Jeanne de Semur, nièce de saint Hugues de Semur 1090 : Algimode de Périgord
1116 : Agimolde de Périgord 1119 : Alix de Luzy 1136 : Josie de Fougères, alias Sancie de Fougères 1138 : Frédoline d'Espagne, vierge et martyre
: Gastonne de Plaisance : Madeleine d'Uxelles : Félicité d'Humières : Gastonne de Plaisance : Gabrielle de Naples : Sicile d'Uxelles : Humbeline de la Palu-Varax : Tharsile de la Palu-Varax 1370 : Alise d'Amanzé Vers 1377 : Marie de Saint-Arban 1380 : Agnès de Rébè
1401 : Isabelle de Damas 1420 : Jeanne de Bussol de Saint Sornin, célérière puis prieure 1437 : Agnès de Rébè 1439 : Jeanne de Damas, fille de Robert de Damas et de Marie de Digoine 1445 : Catherine de Dyo, alias Marguerite, fille de Jacques, comte palatin de Dyo et de Jeanne de La Guiche 1470 : Étiennette de Bois 1480 : Isabelle de La Guiche 1485 : Jeanne de La Guiche, alias Isabelle, fille de Claude de La Guiche et de Claude de la Baume-Montrevel 1485 : Edmonde de Pot de la Roche, alias de Rhodes : Adrienne de la Palu, fille de Hugues de la Palu, comte de Varax, et d'Antoinette de PolignacGallia Christiana dit qu'elle devint plus tard abbesse de l'Abbaye Sainte-Marie de Saint-Jean-le-Grand d'Autun
1507 : Louise de Boussé, alias Beuslon, elle obtient du chapitre général la suppression du prieur claustral 1510 : Claude de Vichy-Chamron Vers 1520 : Françoise de La Palu 1550 : Suzanne de La Guiche 1559 : Claudine de Vichy 1555 : Étiennette du Blé de Cormatin 1556 : Françoise I de Chevrières : Antoinette du Bois de la Rochette : Gasparde de Simiane : Jeanne de Busseul 1560 : Étiennette du Blé de Cormatin 1570 : Cécile d'Uxelles 1575-1580 : Enarde du Blé d'Uxelles 1580-1600 : Françoise II de Chevrières, nièce de la prieure de 1556
1600-1606 : Péronne de La Guiche 1606 : Gabrielle de Naples