La condition des femmes au Japon a fortement régressé sous l'ère Edo avec l'avènement d'un patriarcat lié à l'instauration du confucianisme, et leur sort a empiré en 1898 avec un code civil directement inspiré du code Napoléon. Elles retrouvent une certaine égalité théorique de droits avec les hommes après la Seconde Guerre mondiale grâce à la Constitution de 1947 et obtiennent également le droit de vote. Mais elles ne bénéficient toujours pas de l'égalité dans l'éducation et sur le marché du travail. Toutefois, au , elles rejoignent la population active en nombre croissant et bénéficient de plus d'expériences et de possibilités d'éducation. Pourtant, les Japonaises font toujours face à une culture d'entreprise largement dominée par les hommes.
Histoire culturelle
vignette|Ukiyo-e de Utagawa Toyokuni représentant une femme, fin de l'ère Edo. gauche|vignette|« Hangakujo ». Hangaku Gozen, dans la série de portraits de guerriers « Yoshitoshi mushaburui: A series of warriors by Yoshitoshi » par Yoshitoshi, vers 1885. Le genre a longtemps été considéré comme un principe important de stratification au cours de l'Histoire du Japon, mais à la lumière des récentes découvertes cette notion est remise en questionAmino 2005, .. L'élaboration culturelle des différences entre les sexes a varié au fil du temps et entre les différentes classes sociales.
La première impératrice régnante connue est Suiko, dont le règne va de 593 à 628 ; aux et , le Japon a des impératrices (comme Kōgyoku, impératrice de 642 à 645 puis de 655 à 661 sous le nom de Saimei et Jitō, impératrice de 686 à 697) ; la dernière impératrice régnante sera Go-Sakuramachi entre 1762 et 1771. Au (époque de Heian), par exemple, les femmes au Japon peuvent hériter de biens en leurs propres noms et les gérer par elles-mêmes : « Les femmes pouvaient posséder des biens, être éduquées et étaient autorisées, si elles étaient discrètes, à prendre des amants (sic) ». Il existe également des exemples de femmes occupant des postes élevés dans la société au cours de l'époque de Kamakura (1185–1333) et les documents laissés par le missionnaire portugais Luís Fróis au décrivent comment les Japonaises à l'époque pouvaient choisir de se marier et divorcer librement, pratiquer des avortements et avoir librement des relations sexuellesAmino 2005, .. On croit à présent qu'en raison de l'influence de l'animisme shinto, les femmes et les rapports sexuels étaient considérés comme divins dans le Japon ancien. Il a existé des femmes guerrières, notamment les onna-bugeisha dans le Japon médiéval, mais d'autres époques ont aussi eu leurs combattantes ; certaines d'entre elles ont marqué l'image du Japon et même parfois acquis un statut de légende. Parmi celles-ci, se trouvent Tomoe Gozen (vers la fin du ), Hangaku Gozen () et Nakano Takeko (1847-1868) qui participa et mourut dans la guerre de Boshin.
gauche|vignette|Fille au panier, vers 1897-1903. vignette|Une femme écrivant (vers 1764-1768), Suzuki Harunobu. vignette|Danse traditionnelle japonaise. C'est à partir de la fin de l'époque d'Edo (vers 1600 jusqu'à 1868) que le statut des femmes commence à régresser, avec l'introduction du confucianisme par le shogun Tokugawa, qui instaure un système patriarcal. Au cours de l'ère Meiji (entre 1868 et 1912), l'industrialisation et l'urbanisation diminuent l'autorité des pères et des maris mais à la même époque, alors que le féminisme est naissant, une loi de 1890 interdit tout rassemblement politique. Huit ans plus tard, le code civil Meiji de 1898 (en particulier l'introduction du système « ie »), directement inspiré du code Napoléon, dénie aux femmes leurs droits inaliénables et les asservit à la volonté des chefs de ménage., bien que certains éléments de preuve récemment venus à la lumière indiquent que le système patriarcal à l'époque était largement pour la façade (décrit comme un tatemae) et que les sexes étaient encore largement à égalitéAmino 2005, .. gauche|vignette|Jeunes « mogas » (modern girls) marchant dans une rue de Ginza en 1928. vignette|Une impression de gravure sur bois de « » (« modern girl »), 1930. Dans les années 1920 apparaît le phénomène des modern girls.
Après la Seconde Guerre mondiale, la situation juridique des femmes est redéfinie par les autorités d'Occupation du Japon qui incluent la clause de droits égaux dans la Constitution de 1947 et le Code civil révisé de 1948. Les droits individuels ont préséance sur les obligations vis-à-vis de la famille. Aux femmes comme aux hommes sont garantis les droits de choisir leurs conjoints et leurs professions, d'hériter et de posséder des biens en leur nom propre et de conserver la garde de leurs enfants. Le gouvernement japonais fournit des femmes japonaises comme prostituées aux troupes d'occupation alliées sous le couvert de l'Association pour les loisirs et l'amusement.
Les colons japonais envoyés au Mandchoukuo et en Mongolie intérieure durant la Seconde guerre sino-japonaise sont partiellement évacués à la fin du conflit, la plupart des Japonais retournant au Japon. La majorité des nationaux laissés en Chine sont des femmes, lesquelles épousent surtout des Chinois et sont appelées « épouses de guerre échouées » (zanryu fujin) Left Behind: Japan's Wartime Defeat and the Stranded Women of Manchukuo. Parce qu'elles ont des enfants engendrés par des Chinois, les Japonaises ne sont pas autorisées à amener leurs familles chinoises avec elles au Japon aussi la plupart d'entre elles restent-elles en Chine. La loi japonaise ne permet qu'aux enfants engendrés par des pères japonais de devenir citoyens japonais.
Les femmes obtiennent le droit de vote en 1947. Cela leur permet une plus grande liberté, l'égalité avec les hommes et un statut plus élevé au sein de la société japonaise. D'autres réformes d'après-guerre ouvrent les établissements d'enseignement aux femmes et exigent que les femmes reçoivent un salaire égal pour un travail égal. En 1986, la loi sur l'égalité des chances prend effet. Elle supprime notamment l'obligation légale de cessation du travail à la naissance du premier enfant, prône une égalité théorique sans toutefois prévoir de sanctions. Légalement, quelques obstacles à la participation égale des femmes à la vie de la société demeurent. Cependant, elles manquent encore d'opportunités dans le marché du travail en raison des longues heures de travail et de la domination masculine dans les lieux de travail.
Au Japon, certains emplois sont considérés comme « féminins ». Autrement dit, au Japon, le clivage hommes/femmes au travail est assumé. Les métiers en question sont particulièrement ceux de réceptionniste, secrétaire médicale, hôtesse de caisse, mais aussi tous les métiers de l’assistanat, tous secteurs confondus. Un assistant sera rarement un homme (mais là encore, le Japon n’est pas un cas isolé).
Les Japonaises, tout comme les hommes, aspirent à de belles carrières, sont de plus en plus nombreuses à faire de longues études. Il y a une réelle volonté de leur part de se sortir de ce schéma.
Le Japon se situe, en 2020, à la sur dans le rapport du Forum économique mondial sur les inégalités entre les sexes.. Selon l'avocate Yukiko Tsunoda, cette situation s'expliquerait en partie par le fait que les principes sexistes sont profondément ancrés dans le système judiciaire et remettent systématiquement en cause les droits des femmes : « Lorsque le code pénal a été créé en 1907, le Japon était une société extrêmement patriarcale […]. Le viol avait alors été criminalisé dans le but de s'assurer qu'une femme mariée ne porterait d'enfant que de son seul époux et qu'aucun autre homme ne pourrait avoir de rapport avec elle […]. C'était une loi de chasteté au seul service d'un mari ou d'un père de famille ».. En 2017, le Japon a revu pour la première fois en les lois concernant les agressions sexuelles, pour reconnaître les victimes masculines et rehausser la peine minimale de prison pour viol. Cependant, le fait qu'une victime soit obligée de prouver qu'elle ne pouvait pas résister a été maintenu dans la loi, malgré les protestations des experts. Une femme ayant divorcé ou devenue veuve doit attendre après un peu plus de trois mois avant de disposer du droit de se remarier. Jusqu'en 2016, ce délai était de six mois..
Éducation et force de travail vignette|Travail : deux femmes transportant un panier de poissons (photo prise dans les années 1910). vignette|Lycéennes au Japon.
Au début du , les femmes travaillent en nombre, dans des proportions plus importantes qu'en Europe ou qu'aux États-Unis pour le secteur manufacturier. Les possibilités d'éducation des femmes se sont accrues au . Parmi les nouveaux arrivants sur le marché du travail en 1989, des femmes ont reçu une éducation au-delà de l'école secondaire supérieure contre des hommes, mais la plupart des femmes ont reçu leur éducation post secondaire dans des collèges juniors et des écoles techniques plutôt que dans des universités et écoles supérieures (voir Éducation au Japon).
Une nouvelle génération de femmes instruites est en train d'émerger, qui cherche une carrière de « femme active » sans mari ou enfants. Les Japonaises se joignent au marché de l'emploi en nombre sans précédent. En 1987, 24,3 millions de femmes travaillent ( de la population active) et elles représentent de l'augmentation du taux d'activité de 1975 à 1987. Le taux de participation des femmes dans la main-d'œuvre (le ratio de celles qui travaillent par rapport aux femmes âgées de quinze ans et plus) passe de en 1975 à en 1991 et aura atteint en 2000.
En 1890, environ de toutes les femmes de plus de quinze ans participent au marché de l'emploi. À cette époque, deux changements majeurs dans la force de travail des femmes sont à l’œuvre. Le premier est une évolution de l'emploi basée sur les ménages. Les paysannes et les femmes de familles d'artisans et de marchands ont toujours travaillé. L'entreprise individuelle devenant moins courante cependant, le modèle le plus habituel est la séparation du foyer et du travail, ce qui pose de nouveaux problèmes relatifs aux soins à l'enfant, aux soins aux personnes âgées et aux responsabilités attachées aux tâches ménagères. Le deuxième changement important est la participation accrue des femmes mariées à la force de travail.
Dans les années 1950, la plupart des femmes salariées sont jeunes et célibataires ; de la main-d'œuvre féminine en 1960 n'a jamais été mariée. En 1987, environ de la population active féminine est mariée et seulement est constituée de femmes qui n'ont jamais été mariées. Certaines femmes continuent à travailler après le mariage, le plus souvent dans des emplois professionnels et gouvernementaux mais leur nombre est faible. D'autres créent leur propre entreprise ou reprennent des entreprises familiales.
L'université de médecine de Tokyo a reconnu, en 2018, avoir manipulé les résultats de son examen d'entrée afin que les filles soient désavantagées. Dans les semaines qui ont suivi, neuf des de médecine du pays ont à leur tour reconnu avoir pratiqué la même politique discriminatoire..
Changements dans la société japonaise et place de l'emploi thumb|De nouvelles recrues en formation initiale pour les Forces d'autodéfense japonaises, l'une d'entre elles portant un insigne de candidat cousu sur le bras.