Les verreries du massif des Vosges sont des vestiges parfois toujours visibles d'un riche passé artisanal pour tout un massif. Elles sont les témoins et le fruit d'un échange de savoir-faire technique réussi à l'échelle européenne entre la Flandre franco-belge et les massifs montagneux de Bohème-Moravie en passant par les terres germanophones d'Allemagne et de Suisse, sans oublier l'influence inévitable du pôle verrier italien de Murano. D'abord implantées dans la Vôge, les verreries médiévales lorraines s'établissent en quasi-monopole dans une région frontalière entre la Lorraine, la Franche-Comté et la Champagne. L'immigration passagère ou définitive de maîtres et ouvriers verriers en provenance de l'Europe centrale contribue à l'élaboration d'une grande famille de verriers multiculturelle et pluriconfessionnelle qu'on dirait aujourd'hui en réseau. Les verriers initialement gyrovagues finissent par devenir sédentaires dans la Vôge, au sud du duché de Lorraine. L'évolution des pratiques économiques et commerciales ainsi que les rapports devenus tumultueux entre verriers et leurs souverains lorrains feront péricliter l'activité verrière médiévale. Les centres verriers de la deuxième vague restent dans le massif vosgien et en périphérie, mais se déplacent vers le nord dans les Vosges moyennes et dans les Vosges du Nord à cheval sur la Lorraine et l'Alsace. De nos jours, il reste quelques rares verreries en activité. Le travail sur cristal, l'industrie du luxe et le verre d'art ont permis la poursuite de cette filière artisanale historique associée au massif des Vosges.
Massif vosgien comme limite ouest d'une zone d'échange germanique Les routes et les voies de communication à travers le massif des Vosges En raison de l'orientation des fleuves et rivières, mais aussi des côtes du plateau lorrain et de la montagne vosgienne, les axes de communication et d'échanges commerciaux ont autrefois toujours été orientés nord-sud., à savoir des Pays-Bas à l'Italie par les cols suisses ou comtois. Dans les temps modernes de la Lorraine, les routes héritées de l'époque romaine se sont développées, mais les grandes directions sont globalement identiques. Les routes qui traversent la Vôge à l'Ouest et le massif vosgien à l'Est conduisent en partance de Metz ou Nancy. à : Francfort ; Saverne et Strasbourg ; Thann et Bâle ; Lure et Bâle ; Vesoul et le Jura.
La route qui mène à Francfort ne traverse qu'une infime partie des Vosges du Nord en passant par Sarrebruck. La route historique en provenance de Paris par Metz ou Nancy rejoint le massif gréseux dans sa partie la plus étroite au col de Saverne. Une route pénètre le massif au sud en suivant la vallée de la Meurthe à Saint-Dié.
L'autre axe de communication à travers le massif des Vosges est le suivant : Épinal → Remiremont → Bussang → Thann → Bâle ; Par ailleurs, Fontenoy le Château situé dans la Vôge est un important centre commercial des produits verriers de cette région par de grandes familles de marchands comme les Thierry, à destination notamment de Bâle via Lure et la porte de Bourgogne, sans traverser le massifYANTE (Jean-Marie), " Entrepreneurs et transport terrestre. À propos des rouliers lorrains et luxembourgeois (15e-16e siècles) ", Revue belge de Philologie et d’Histoire, 1998, t. 76-2, pp. 373-401.
Le massif vosgien ne comporte aucun centre commercial majeur. Les sites majeurs sont situés sur le plateau lorrain comme le marché de Saint-Nicolas-de-Port. En revanche, la traversée de la montagne est parfois nécessaire car l'écoulement des marchandises à l'international se fait avec les pays rhénans et alpins. Les routes commerciales vers les pays alpins passent aussi par le massif du Jura. On sait grâce aux comptes tenus par les receveurs des tonlieux, comme celui de Bruyères, ou par les charretons de Fontenoy-le-Château que les marchandises transportées. vers l'est et le sud-est sont le verre, les draps de Saint-Nicolas-de-Port, la toile du Barrois, le papier d'Épinal ou le vin de Moselle.
Cohabitation d'artisans et d'ouvriers de langue et religion différentes Le cas des verriers vosgiens n'est pas un fait isolé dans l'histoire de la Lorraine car le duché indépendant est florissant au ). ; il a acquis en 1542 un statut de libre et non incorporable. au sein du Saint-Empire romain germanique. Les ducs sont apparentés aux familles impériales des dynasties du Luxembourg, Wittelsbach et Habsbourg, également titulaires du royaume de Bohême. Leurs territoires forment un espace d'échange économique, commercial et culturel de la Lorraine à l'ouest à la Bohême à l'est, du Brabant au nord à la Suisse au sud. Parmi les artisans et la main-d'œuvre itinérante parcourant le massif vosgien, on trouve de nombreux corps de métier. L'artisanat verrier fait partie d'un phénomène plus global de migration temporaire ou définitive avec des spécialisations typiques de telle ou telle région. Le massif vosgien profite du savoir-faire développé au Tyrol et en Bohême et Saxe (monts métallifères) dans les mines (argent, or, fer, cuivre)., le verre (le verre de Bohême reste très célèbre et apprécié de nos jours), le charbon de bois (vallée des Charbonniers dans les Hautes-Vosges en a gardé la trace la plus visible dans son histoire économique et démographique, mais aussi dans sa toponymie). Comme pour le schlittage, le flottage ou l'estivage avec la production fromagère où on peut sans contestation possible parler de « pôle austro-helvético-germano-vosgien », la verrerie profite des savoir-faire qui se sont progressivement développés dans les régions traversées par les verriers nomades au fur et à mesure de leurs pérégrinations depuis la Bohême. La charte de Lorraine pour codifier l'activité verrière en 1448 est par exemple très similaire à la charte du Spessart. On a pris l'habitude de nommer les verriers de la Vôge originaires des terres germanophones des Souabes. car ils ont œuvré dans les massifs de la Forêt souabo-franconienne (Schwäbisch-fränkischer Wald), la Forêt-Noire ou l'Odenwald avant de s'installer dans la Vôge.
L'origine bavaro-souabe des verriers vosgiens quittant la Vôge pour s'expatrier entre autres dans le Hardt et les Vosges du Nord, donc en terre germanophone, explique pour la plupart des observateurs et analystes des langues régionales l'existence notable des villages verriers qui forment un isolat linguistique en terres franciques rhénanes.. Ce sont en effet des locuteurs qui ont adopté la diphtongaison bavaroise alors que les dialectes environnants majoritaires de Moselle-Est sont des locuteurs caractérisés par une très forte monophtongaison..
Gentilshommes verriers en Lorraine vignette|upright=0.5|Blason des gentilshommes verriers Hennezel., Vôge, devise : .
Aux , la fabrication du verre lorrain se concentre presque exclusivement en Argonne. à l'opposé du massif vosgien vers l'ouest. Cette forêt, traditionnellement considérée comme la frontière naturelle. entre Neustrie et Austrasie, puis France et Lorraine, est alors immense aux confins de la Lorraine et de la Champagne ; elle fait la jonction avec la forêt ardennaise au nord. Les verriers y sont attestés depuis l'époque gallo-romaine et pratiquent les techniques italiques pour produire du verre à vitres fabriqué par coulage-étirage..
Comme les charbonniers, les verriers sont jusqu'au des itinérants, des artisans nomades pas toujours appréciés de la population locale, ni des seigneurs régionaux car ils sont associés à la déforestation.. Quand ils ont épuisé un site, ils partent et recommencent ailleurs. En raison des techniques connues jusqu'au Moyen Âge, l'activité verrière se concentre dans les régions capables de fournir du bois, un type de sable ou de roche sableuse, des fougères et un sous-bois riche. C'est pourquoi on la trouve en Lorraine en Argonne et dans les parties gréseuses du massif vosgien, y compris pour les sites de la troisième vague verrière au dans les Vosges du Nord mosello-alsaciennes.
vignette|gauche|upright=0.8|Forêt de Darney, grande région verrière des .
L'itinérance s'atténue beaucoup à partir du quand les ducs de Lorraine encouragent l'installation de véritables dynasties verrières dans la Vôge autour de Darney. L’installation de verreries permet aux souverains propriétaires fonciers de percevoir diverses taxes. Celles-ci sont prévues dans le contrat initial et le bois consommé par la verrerie doit être marqué par un officier seigneurial et payé à un prix défini. Chaque année, le maître-verrier paye un cens et on imagine aisément que les seigneurs attendent des cadeaux ou des remises conséquentes sur la production du site.. Une charte des verriers est rédigée en 1448 par le duc de Lorraine René d'Anjou, confirmée en 1469 par son fils Jean de Calabre. Le second assimile le verrier à un gentilhomme exempt de toutes tailles, aides, subsides, d'ost, de gîte et de chevauchées.. Pendant un siècle, le verre lorrain acquiert une renommée internationale qui contribue à former une caste de gentilshommes verriers et leur réelle sédentarisation. Les centres se spécialisent dans un type de fabrication comme le gros ou menu verre.
Il faut d'une part relativiser la sédentarisation des verriers car les artisans ou leurs enfants s'exilent facilement ou vont chercher fortune ou d'autres opportunités dans d'autres régions de France ou du Saint-Empire, voire plus loin à Venise ou Murano. Ils ont des parts dans différentes verreries.. Les verriers lorrains de la Vôge font en conséquence partie d'un réseau très efficace soudé par une stratégie matrimoniale non dissimulée.. ce sont par exemple des verriers de la Vôge qui permettent l'émergence d'un nouveau centre verrier en Thiérache et Avesnois.. Il convient d'autre part d'être prudent sur la manière de comprendre le titre de gentilhomme, même si certains maîtres verriers de la Vôge ont fait construire des châteaux comme Jean puis Nicolas de Thysac à Lichecourt. D'abord, il n'est attribué qu'au patron et sa descendance qui ont le droit de porter un blason. Une multitude d'ouvriers de basse condition gravite autour des artisans verriers sans lesquels l'ascension sociale de ceux-ci n'auraient pas été possible. Les maîtres-verriers détiennent des parts de seigneuries qui assurent l'approvisionnement de leur territoire et entreprise. Des verriers Hennezel portent par exemple le titre de seigneur de Bonville, Dombasle ou Viomesnil.. Pour que le titre soit héréditaire, les descendants mâles doivent prendre la succession de l'entreprise et avoir appris le métier de verrier. On parle en fait plutôt de gentilhomme-verrier où le premier mot fait fonction de préfixe honorifique attaché à la fonction, comparable aux termes de civilité noble, honorable ou honnête. En Lorraine, les personnes dotées de privilèges étaient souvent nommées gentilshommes, à l'image des gentilshommes de Laveline, simples paysans vosgiens récompensés pour leur bravoure pendant le conflit opposant la Lorraine occupée à la Bourgogne de Charles le Téméraire. Ils portèrent leur titre héréditaire, transmissibles y compris par les filles, jusqu'à la Révolution française.
Leur titre de petite noblesse leur est confirmé au avec les privilèges qui en découlent concernant les terres, le bétail, les douanes et les passages. En revanche, comme n'importe quel noble, ils ont l'obligation de ..