L'histoire du massif des Vosges est européenne tant par sa situation géographique aux confins de plusieurs royaumes et duchés que par les dynasties qui s'y sont implantées de manière plus ou moins durable. Avant le rattachement à la France de l'Alsace à partir de 1648, de la Franche-Comté en 1678, puis de la Lorraine en 1766, le massif vosgien a connu deux périodes où il était situé dans une seule et même entité politique ou administrative : l'empire romain et la Lotharingie. En conséquence, son histoire est marquée par l'éclatement territorial ou Kleinstaaterei caractéristique du Saint-Empire romain germanique dans lequel la montagne vosgienne sur son versant occidental aura vécu presque jusqu'à sa fin officiel en 1806, soit 40 ans seulement après le rattachement du duché lorrain au royaume de France.

Terres de contact gauloises et romaines thumb|Limite entre la Belgique première et la Germanie supérieure avec la ligne de crête vosgienne, . thumb|Temple du Donon en hiver accessible en raquettes. vignette|Fossé des Pandours, oppidum. La période celtique et romaine est d'un point de vue historique sans doute celle qui autorise le plus à parler d'histoire commune à l'ensemble du massif vosgien même si la diversité ethnique et culturelle reste fortement présente. De plus, l'époque romaine marquera la première vocation frontalière de la montagne vosgienne entre les entités administratives de l'Empire romain dont une large partie perdurera jusqu'à nos jours, y compris pour les cols de passage traversant le massif à l'époque romaine comme les cols de Saverne, du Donon, du Bonhomme ou de Bussang.

Le massif des Vosges dans l'Antiquité est avant tout un désert forestier au climat rude. Tous les peuples vivant en périphérie du massif y vénèrent plusieurs divinités plus ou moins importantes, en tête desquelles Vosegus et Belenos, plus tard avec l'arrivée des légionnaires multiculturels Mercure. et Mithridate dont une statue est conservée au musée gallo-romain de Sarrebourg, mais aussi une multitude de divinités mineures, de génies, d'esprits ou de nymphes. À l'instar de la déesse de la chasse et des bois, Arduinna, qui donna son nom aux Ardennes, Vosegus est décrit comme un génie protecteur. de la forêt qui porte du coup son nom : silva vosegi. Pour d'autres il appartient aux dieux-chasseurs. des forêts, Vosegus silvanus, qui aurait pris sous sa protection Teutatès. Comme dans les textes anciens rédigés en latin, on lit les expressions « Vosegus silva » ou « Vosegus mons » dans des régions qui aujourd'hui ne sont objectivement plus très associées aux Vosges au sens large ou départemental, on est en droit de penser que la perception de la forêt de Vosegus ou de la montagne de Vosegus divergeait beaucoup de la nôtre aujourd'hui. On évoque ce dieu-chasseur également dans le Palatinat et César évoque la source de la Meuse dans La Guerre des Gaules dans le livre en ces termes : . La Meuse prend sa source sur le plateau de Langres, effectivement en terres lingones, éloignées du massif montagneux. Cela tend à prouver que les habitants du Grand-Est de l'Antiquité donnaient à la Vosegus silva une plus vaste étendue qu'à l'heure actuelle. La « forêt vosgienne » allait de la Meuse au Rhin, des Ardennes à Langres et au Doubs.. Des lieux sanctuaires y attiraient les tribus gauloises pour des cérémonies cultuelles régulières avec des temples disséminés sur tout le massif ou des rencontres intertribales. comme au sommet de la montagne sacrée du Donon..

Le massif vosgien a été fréquenté, voire colonisé par les tribus gauloises médiomatrique, leuque, lingone et séquane.

Initialement, l'ensemble du massif se trouvait dans la Gaule belgique, y compris la plaine alsacienne. Sous Auguste, la province prétorienne de la Belgique comprenait dans l'Est de la France les tribus gauloises suivantes.: cité des Trévires ; cité des Leuques ; cité des Médiomatriques.

La partie nord du massif était occupée par les Médiomatriques qui possédaient un grand territoire de la Meuse au Rhin. Une ville mise au jour au col de Saverne, au fossé des Pandours, passe pour être la première capitale de cette grande cité avant son déplacement vers Metz (Divodurum) quand la plaine alsacienne fut cédée aux Triboques. comme peuple défenseur de la frontière romaine à l'est face aux tribus ennemies. Ils furent appelés à l'aide par les Séquanes et restèrent ensuite dans la plaine rhénane. Il n'est pas établi que les Triboques aient été des Germains, mais éventuellement et plutôt des Celtes germanisés..

vignette|Cimetière gallo-romain avec stèles-maisons.

Dans cette région, la « culture des sommets vosgiens » s'est développée et s'est maintenue après l'occupation romaine comme des îlots celtiques caractérisés par une romanisation plus tardive. que dans les régions de plaine.. Le fait d'avoir trouvé une forte quantité de monnaies romaines dans le site du Wasserwald dans le pays de Phalsbourg (Hultehouse) remet en question pour certains chercheurs l'isolat celtique dans le monde romain dominant.. Il n'est pas exclu que ces cités d'altitude finalement peu éloignées d'une voie romaine secondaire aient souhaité à la fois maintenir un style de vie celtique et profiter des apports positifs de la culture romaine. De fait, l'archéologie a mis en évidence une architecture commune à la plupart de ces cités des hauteurs vosgiennes où vivaient des paysans ayant pris l'habitude d'empierrer leurs champs, leurs prés et leurs colonies comme on le voit dans d'autres régions celtiques plus à l'ouest.. La partie médiomatrique du massif vosgien, donc au nord du col du Donon, se caractérise également par ses pratiques funéraires et notamment l'expansion de la stèle-maison.. On retrouve certes cette tombe en forme de maisonnette au toit à deux pans dans d'autres parties de la Gaule, mais elle s'est particulièrement développée et bien implantée dans les Vosges mosellanes et alsaciennes septentrionales..

Ce sont des cités ou oppida de l'âge du fer, depuis à La Tène qui jalonnent les sommets tabulaires gréseux de la forêt palatine aux Vosges moyennes. On trouve également un oppidum très similaire au mont Tonnerre (Donnersberg) dans le Pfälzer Bergland. On reconnaît des pratiques architecturales et cultuelles communes., notamment l'usage du murus gallicus ou de la porte en tenaille.

La partie méridionale était occupée par les Leuques, mais la pénétration du massif dans sa partie plus élevée et plus accidentée n'est pas été aussi intense que dans les Vosges du Nord. Cela se confirme pendant la période romaine car les voies romaines contournent les zones au relief plus prononcé à l'exception de la voie romaine qui longe la Moselle jusqu'au col de Bussang. On ne trouve pas de castra romains à l'intérieur du massif méridional, mais en revanche l'activité gallo-romaine tant économique que culturelle fut très importante dans la partie occidentale de l'actuel département des Vosges sur l'axe Lugdunum - Trevis. De nouvelles villes apparaissent au voisinage des voies de grande communication de la plaine sous-vosgienne. comme Soulosse qui contrôlait le passage du Vair entre les Lingons et les Leuques ou Escles située sur l'axe secondaire entre Langres et le col du Donon. Grand, dans le pays de Neufchâteau, représente une exception à la règle d'attractivité des voies romaines car elle s'est développée à l'écart des axes de communication pour des raisons religieuses : un temple dédié à Apollon Grannos a entraîné la construction progressive de nombreux édifices comme une basilique, un théâtre et des thermes.

Plus au nord, les villes-étapes de Sarrebourg (Pons Saravi) et Saverne (Tres tabernae), en bordure du massif vosgien de chaque côté du col de Saverne, répondent à la même logique de diffusion de la culture romaine à partir des voies romaines principales. À cette époque, la forêt vosgienne est beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui où elle ne s'étend qu'à moins de du col. Il fallait une journée pour rejoindre Sarrebourg et Saverne, notamment parce qu'il fallait descendre ou monter la côte de Saverne. Des gîtes pour hommes et bêtes sont installés dans les deux cités.

Sous Septime Sévère, les provinces romaines sont refondues et le massif vosgien se scinde en deux : la Belgique première conserve les cités prétoriennes citées plus haut ; la Germanie supérieure est une province consulaire qui englobe toute la plaine alsacienne et le nord de la Franche-Comté. La lente germanisation de l'Alsace commence donc avant l'arrivée des Alamans entre Rhin et Vosges.

La densité de la population gallo-romaine la plus importante n'était donc pas dans, mais autour du massif pour l'essentiel, même si par le fond des vallées, les premiers colons pénétraient peu ou prou à l'intérieur de la montagne de manière clairsemée. Il s'agit des vallées de la Meuse, de la basse et moyenne Moselle, du Madon, de la Meurthe auquel on peut ajouter les pays précocement romanisés comme la Vôge ou le Saintois.

Marches et terres d'empire vignette|Frontières du Saint-Empire au Moyen Âge, le massif vosgien en Haute-Lorraine (Oberlothringen). vignette|Les territoires impériaux vers 1400. vignette|Territoires impériaux implantés dans la partie montagnarde du massif des Vosges.

Pour appréhender l’histoire du massif vosgien, il faut s’intéresser distinctement au passé de nombreux territoires du Saint-Empire romain germanique. C’est là un point commun à toutes les entités politiques du massif. La limite du Saint-Empire ayant été très longtemps la Meuse en Lorraine occidentale, les montagnes vosgiennes sont intégralement situées dans la mouvance du royaume de Germanie depuis les partages successifs des souverains carolingiens et ottoniens jusqu’au rattachement des premières régions au royaume de France au . L’allophonie de certains de ses habitants n’avait rien de surprenant puisque, dans cet empire pluriculturel, des dizaines de langues cohabitaient sans que le pouvoir impérial tentât d’imposer une langue plus qu’une autre. En revanche, les textes administratifs et la littérature font apparaître clairement une distinction que faisaient les habitants du massif vosgien spontanément sur le terrain, sans doute par réflexe identitaire, mais surtout parce que la différence était flagrante à l’oreille : les Welsches et les Allemands (ou Tudesques) cohabitent et se tolèrent tant bien que mal à l’instar des autres pays ou régions d’Europe où deux cultures antagonistes se côtoient. Ce faisant, les subtilités linguistiques et culturelles entre germanophones importaient peu aux Welsches, et vice-versa.. La présence de germanophones n'était pas seulement imputable aux populations de langue alsacienne, mais aussi parce que les mines, les verreries, les charbonniers ou encore les scieries attiraient des populations originaires d'Allemagne de l'Est, de Suisse ou d'Autriche, par exemple à Sainte-Marie-aux-Mines où les Saxons étaient détenteurs du savoir-faire minier.. Cette dichotomie du massif vosgien créait en quelque sorte des sphères culturelles plus vastes qui englobaient le plateau lorrain ou la Franche-Comté d’un côté et toute l’Alsace, le pays de Bade, le Palatinat ou la Suisse de l’autre.

États et seigneuries possessionnés en partie ou en totalité dans le massif vosgien Les territoires où cohabitaient les deux familles de langues à plus ou moins grande échelle, nécessitant parfois l’intervention d’agents et d’officiers bilingues étaient : le duché de Lorraine ; le comté de Linange-Dabo ; l’évêché de Metz qui passe sous protectorat français en 1552 après le voyage d'Allemagne du roi . ; la seigneurie de Villé ; l’évêché de Strasbourg ; la seigneurie de Sarrebourg qui est rachetée par le duc de Lorraine en 1562 ; le comté de Salm.

Les États de langue romane étaient : la Franche-Comté ; le comté de Montbéliard.

Les États de langue germanique étaient : le comté de Ferrette ; le comté du Tyrol en Autriche antérieure ; l’abbaye princière de Murbach ; l' l’abbaye princière de Munster ;