thumb|L'Abbaye de Pairis en 1790, Haut-Rhin.
Les établissements monastiques du massif des Vosges illustrent l'histoire des régions françaises autrefois dans le Saint-Empire romain germanique, puis dans la France de l'Ancien Régime. Comme pour les princes-évêques, les abbesses et les abbés étaient très souvent princesse et prince d'Empire siégeant à la Diète d'Empire et certains étaient même souverains d'un état ecclésiastique indépendant avec un temporel plus ou moins étendu, à l'instar des nombreux territoires de la Kleinstaaterei du Saint-Empire. Leur implantation répond à une dynamique transfrontalière entre la Lorraine, la Suisse et l'Allemagne actuelles où la haute noblesse des anciennes dynasties européennes aussi bien que la petite noblesse régionale des pays rhénans joueront un rôle non négligeable. Leurs possessions territoriales ont conduit à des conflits avec les souverains laïcs, notamment à cause des avoueries qui les rendaient tributaires de la main armée des seigneurs locaux. La sécularisation de quelques abbayes prestigieuses en chapitres canoniaux est un point commun que l'on retrouve sur les deux versants du massif vosgien. Fondées au haut Moyen Âge comme de vrais établissements monastiques avec clôture et règle monacale, certaines abbayes connaîtront une évolution caractéristique du Saint-Empire par leur rayonnement spirituel, culturel et politique à l'égal des princes et seigneurs laïcs. Parmi les maisons religieuses mentionnées ici, un seul établissement est encore en activité de nos jours : l'abbaye de Hohenbourg sur le Mont Sainte-Odile.
Provinces ecclésiastiques et limites diocésaines historiquement stables thumb|Monastères et prieurés autour et dans le massif vosgien. thumb|Rattachements successifs des terres d'Empire à la France.
Depuis le haut Moyen Âge jusqu'à la Révolution française, les limites diocésaines n'ont presque pas bougé. La façade orientale du massif est couverte au sud par l'évêché de Bâle et au nord par l'évêché de Strasbourg. Cela implique que les pays de Lemberg, Phalsbourg et de Schirmeck étaient dans le diocèse de Strasbourg. Les évêques de Strasbourg sont par ailleurs suffragants de l'archevêché métropolitain de Mayence, aujourd'hui en Allemagne.
Les terres vosgiennes en surséance et les Vosges comtoises sur le flanc sud du massif ont dépendu du diocèse de Besançon qui est en même temps l'archevêché métropolitain. Les diocèses concordataires de 1822 intègrent la partie vosgienne au diocèse de Saint-Dié.
C'est sur le flanc ouest du massif que quelques modifications eurent le plus lieu ; à l'origine, deux diocèses antiques, créés au , importants donc par la superficie, se partageaient les Vosges de l'Ancien Régime : les hautes Vosges étaient desservies par l'évêché de Toul et les basses et moyennes Vosges par l'évêché de Metz. Rambervillers formait une enclave de l'évêché messin au sein du diocèse de Toul. Tous les diocèses lorrains de l'ancien régime étaient suffragants de l'archevêché de Trèves, aujourd'hui en Allemagne.
Le diocèse toulois pluriséculaire fut amputé de sa partie vosgienne en 1777 après le rattachement du duché de Lorraine à la France. : elle crée le diocèse de Saint-Dié dans la province ecclésiastique de Besançon. La même année, il fut également amputé d'une autre partie de son ancien territoire avec la création du diocèse de Nancy, qui deviendra diocèse de Nancy-Toul en 1801 dans la province ecclésiastique de Besançon. À part une infime partie du Lunévillois à l'est, ce nouveau diocèse n'est pas implanté dans le massif vosgien. Le diocèse de Toul conserve après démembrement la moitié de son territoire avec encore cinq cents paroisses. Le diocèse de Saint-Dié reçoit cent vingt-huit paroisses et quarante-deux annexes. C'est Barthélémy Chaumont de La Galaizière, fils du marquis de la Galaizière, chancelier de Lorraine, qui est nommé évêque titulaire.
Développement des établissements monastiques et début de la colonisation du massif Sur le versant lorrain du massif vosgien
thumb|upright|Consécration de Déodat par Claude Bassot, 1620.
Localisation en altitude dans le massif
En observant la localisation géographique des maisons religieuses sur l'ensemble du massif vosgien, on se rend compte que très peu d'établissements ont pénétré la montagne en s'approchant davantage des lignes de crêtes. Aucun monastère ne s'est installé sur les chaumes à l'instar d'autres monastères d'altitude en France ou en Europe qui se sont spécialisés dans la fabrication du fromage ou de liqueur médicinale. Les raisons de cette absence sont multiples et se sont combinées ; de prime abord, l'argument météorologique a joué de manière décisive car les conditions climatiques marquées par la haute pluviosité. et les vents forts des crêtes dissuadent quiconque de s'y installer à l'année. La faîte vosgienne reste le domaine des chaumistes. Les hautes vallées alsaciennes comportent davantage de couvents qui purent avancer plus loin dans le fond de vallée car, d'un point de vue météorologique, elle profite du climat d'abri des massifs de la Tête des Faux, du Hohneck, du Markstein et du Grand Ballon.
Le deuxième argument d'ordre géopolitique a pesé lourdement sur le facteur d'implantation des couvents. Sachant qu'il fallait l'autorisation du souverain local et de l'autorité de tutelle spirituelle pour fonder une maison religieuse, les conflits d'intérêts furent fréquents et le statut souvent indivis de certains territoires au pied des crêtes empêchait la pénétration des établissements monastiques. De plus, les micro-états du Saint-Empire que formaient les abbayes de Murbach et de Munster aux côtés du temporel de l'évêché de Strasbourg bien implanté dans le massif vosgien, les privilèges dont s'honorait le chapitre des chanoinesses de Remiremont, propriétaire pour moitié des terres comprises entre les crêtes et l'abbaye dans la vallée de la Moselle avec le duc de Lorraine, représentaient des chasses gardées économiquement nécessaires à la survie de chaque abbaye en place. La période carolingienne a été décisive car c'est à ce moment-là que les privilèges ont été généreusement accordés aux établissements religieux à une époque où le massif n'était pas encore colonisé.
Finalement, ce sont deux abbayes parmi les plus anciennes du massif qui sont les plus élevées en altitude. La plus élevée est encore en activité, mais comme elle est sur un promontoire aux confins du massif, il est assez aisé de se rendre dans la plaine d'Alsace juste en-dessous. La seconde est l'illustre maison de Remiremont fondée par un disciple de saint Colomban où les moines et moniales n'ont pas longtemps résisté aux aléas climatiques et au manque de commodités sur le sommet rocheux ; ils sont descendus dans la vallée où se trouva très longtemps le chapitre impérial et princier par la suite. Ordre des abbayes selon leur altitude : Hohenbourg-Sainte-Odile (Bas-Rhin) ; Saint-Mont (Vosges) ; Pairis, (Haut-Rhin) ; Bruyères, (Vosges) ; Saint-Sauveur, (Meurthe-et-Moselle) ; Murbach, (Haut-Rhin) ; Saint-Amarin, (Haut-Rhin) ; Lautenbach, (Haut-Rhin) ; Masevaux, (Haut-Rhin)Suivent ensuite Munster , Saint-Dié , Épinal , Thann , Senones , Moyenmoutier , Étival , #Guebwiller , Sturzelbronn ..
Fondations au Moyen Âge Dans le duché de Haute-Lorraine divisé en « pays » ou pagi, le pagus du Chaumontois était très vaste et moins peuplé que les autres car il recouvrait toute la partie montagneuse du massif au sud. Le Chaumontois, vaste contrée forestière vallonnée, s'arrête aux crêtes vosgiennes aux sources de la Meurthe et de la Moselle. Les époques mérovingienne et carolingienne favorisent la création de monastères et abbayes. en leur octroyant des privilèges pour la conservation desquels ils lutteront sans relâche quand les dynasties changeront. Cela correspond également à la christianisation du pays ou à une refonte de la vie en communauté selon des règles plus strictes. Dans les hautes vallées alsaciennes ou sur le piémont des Vosges, quelques abbayes anciennes possédaient déjà de vastes terrains au sein du massif. Du côté lorrain, la pénétration de la montagne est encore relative. C'est pourquoi les ermites et les religieux désireux de vivre en retrait de tout trouvent dans les hautes vallées lorraines des endroits idéaux pour installer un couvent à l'emplacement d'un ancien castrum élevé ou en fond de vallée. Si l'abbaye de Munster se trouve côté alsacien presque au pied du Hohneck, les premières abbayes lorraines de même rang sont encore éloignées des chaumes. Elles jalonnent les premiers contreforts gréseux dans un premier temps.
Colomban initie le mouvement en fondant le monastère de Luxeuil au en Franche-Comté au pied des Vosges comtoises. Son influence rayonne sur de nombreux aristocrates qui souhaitent prendre la tonsure et vivre pieusement en se retirant dans les forêts vosgiennes en suivant l'exemple du moine irlandais. C'est le cas de Romaric, un Austrasien qui crée d'abord un couvent pour les filles colombanistes au dans la haute vallée de la Moselle, puis en association avec Amé, originaire de Grenoble, il crée l'abbaye du Saint-Mont où il introduit la louange perpétuelle. Ce mont prendra vite le surnom de « Romarici mons » qui donnera le nom de la ville actuelle, Remiremont.
À la suite du mouvement lancé par Colomban à Luxeuil, poursuivi par Eustaise, Valbert et Amé, tous les grands monastères du massif vosgien sur son versant occidental sont quasiment fondés au : Étival., doté par l'évêque de Toul., Leudin Bodon ou saint Bodon, mais sous la tutelle de l'illustre abbaye alsacienne d'Andlau ; Abbaye de Bonmoutier, également doté par Bodon Leudin, un couvent féminin ; Saint-Dié, fondé par saint Dié ou Déodat ; Senones, fondé par Gondelbert, évêque de Sens ; Moyenmoutier., fondé par Hydulphe, chorévêque de Trèves.
De nouvelles paroisses sont créées autour des monastères et les fonds de vallée sont défrichés. La première colonisation du massif débute avec les établissements religieux, mais elle est limitée aux grandes vallées comme celle de la Meurthe ou de la Moselle. Le cœur du massif méridional demeure sauvage et réservé à la chasse et à la pêche (poissons, coquillages, crustacés) comme le dépeignent les récits biographiques de l'époque carolingienne.
Une deuxième vague de fondations religieuses intervient au avec les mêmes effets colonisateurs et créateurs de nouvelles agglomérations que la première vague. Mais, cette fois encore, les couvents se situent plus en bordure du massif vosgien : Épinal ; Poussay ; Chaumousey ; Bonneval (Hérival) ; Aubiey (Hérival) ; Romont ; Belval. ;
Les abbayes d'Autrey et de Saint-Sauveur furent créées pour des chanoines réguliers de saint Augustin au par Étienne de Bar, évêque de Metz.
Sur le versant alsacien des Vosges
En Haute-Alsace Comme sur le versant lorrain, les premières fondations monastiques réalisées dans le massif des Hautes-Vosges en Haute-Alsace remontent à l'époque mérovingienne, puis carolingienne aux s. : l'abbaye de Munster ; l'abbaye de Murbach ; le prieuré de Lièpvre et de Saint-Hippolyte ; l'abbaye de Saint-Amarin ; l'abbaye de Lautenbach.