Tadeusz Kościuszko, de son nom complet Andrzej Tadeusz Bonawentura Kościuszko, né le à et mort le à Soleure (Suisse), est un officier polonais qui a participé à la guerre d'indépendance des États-Unis et organisé l'insurrection polonaise de 1794, dite « insurrection de Kościuszko », contre la domination russe et prussienne.

Il est aujourd'hui considéré comme un héros national en Pologne, en Biélorussie, en Lituanie et aux États-Unis.

Né dans la république des Deux Nations (actuelles Pologne, Lituanie, Biélorussie, et pour partie, Ukraine) dans une famille de la noblesse polonaise (blason Roch III), il sort diplômé de l'académie militaire de Varsovie en 1766. Il s'installe en France au début du soulèvement de la confédération de Bar pour poursuivre ses études et rentre en 1774, deux ans après le premier partage de la Pologne. Sans perspectives d'avenir dans son pays, il repart en France, puis aux États-Unis, après avoir appris le début de la guerre d'indépendance. Enrôlé dans l'armée continentale avec le grade de colonel, il participe à la bataille de Saratoga et à la construction de plusieurs fortifications, notamment celles du fort de West Point. Il est promu général de brigade en 1783.

Rentré en Pologne en 1784, Kościuszko se consacre d'abord au domaine familial, puis est intégré dans l'armée polonaise en 1790, dans la période de la Grande Diète où de grandes réformes sont engagées, contre le gré des puissances responsables du premier partage, notamment la Russie. Ses succès militaires durant la guerre russo-polonaise de 1792 n'empêchent pas le deuxième partage de la Pologne. En 1794, il lance et dirige un soulèvement patriotique, au terme duquel il est fait prisonnier à la bataille de Maciejowice, défaite qui entraîne le troisième partage de la Pologne et sa disparition en tant qu'État indépendant.

Gracié en 1797 par le tsar Paul , Kościuszko retourne aux États-Unis où il retrouve son ami Thomas Jefferson, puis, au bout d'un an, s'installe en France à l'époque de l'ascension vers le pouvoir du général Bonaparte. Attaché à la cause polonaise, il est déçu par la politique que mène celui-ci, devenu Premier consul, puis empereur, notamment par la création du duché de Varsovie en 1807. En 1815, il qualifie de « plaisanterie » le royaume de Pologne créé par le congrès de Vienne pour le tsar Alexandre .

Retiré en Suisse, Kościuszko meurt en 1817 des suites d'une chute de cheval. L'année suivante, son corps est inhumé à Cracovie dans la cathédrale du Wawel, nécropole nationale de la Pologne.

Biographie Origines familiales vignette|gauche|alt=Photographie d'une maison en bois avec un toit en chaume. Un porche et quatre fenêtres se trouvent sur la façade avant|Maison natale de Kościuszko à .

Tadeusz Kościuszko naît en dans le village de (aujourd'hui Merechevschina/), près de la ville de Kossow Polieski en Polésie (aujourd'hui Kossava en Biélorussie, voblast de Brest). Le village de Mereczowszczyzna est au centre d'un domaine appartenant à la famille Sapieha, affermé en 1733 par le père de Tadeusz.

La Polésie fait alors partie du grand-duché de Lituanie qui, avec le royaume de Pologne, forme la république des Deux Nations, aussi appelée « Pologne-Lituanie », ou, en abrégé « Pologne » (comme dans la formule « partages de la Pologne »).

Il est le plus jeune fils de Ludwik Tadeusz Kościuszko, officier de l'armée polonaise, et de son épouse Tekla, née Ratomska. Le nouveau-né est baptisé selon les rites orthodoxe et catholique et reçoit les prénoms d'Andrzej et Tadeusz.

Sa famille paternelle est d'origine lituanienne et ruthène. Elle remonte jusqu'à Konstanty Fiodorowicz Kostiuszko, courtisan du roi Sigismond .

La famille de sa mère, Ratomska, est aussi ruthène. Kościuszko se décrit comme un , un terme désignant à l'époque un habitant polonophone du grand-duché de Lituanie quelle que soit son origine. Selon les sources biélorusses modernes, ce mot est considéré comme un précurseur du terme « Biélorusse ».

La langue utilisée par la famille Kościuszko est cependant le polonais, car elle a été polonisée dès le début du .

Au moment de sa naissance, les Kościuszko détiennent un patrimoine modeste : le domaine ancestral de Siechnowicze (aujourd'hui en Biélorussie, près de Jabinka, aussi dans le voblast de Brest, mais plus près de cette ville), où ils reviennent vivre en 1764, lorsque les Sapieha vendent leur domaine de MereczwoszczyznaSelon la page polonaise..

Formation En 1755, Kościuszko entre à l'école de Lioubechiv, mais la mort de son père en 1758 affecte les finances familiales et il doit abandonner ses études.

En 1765, le roi Stanislas II fonde, sur le site de l'actuelle université de Varsovie, l'Académie du corps des cadets de la noblesse, école destinée à former les officiers et les hauts fonctionnaires de la République. Le cursus met l'accent autant sur les sujets militaires que sur la formation générale, les « arts libéraux » : histoire, philosophie, polonais, latin, français, allemand, droit, économie et mathématiques.

Kościuszko intègre l'établissement le , probablement grâce au soutien de la famille Czartoryski. Diplômé le avec le grade de (« porte-étendard »), il est admis à suivre le cours de génie militaire, réservé aux meilleurs élèves, et reste ensuite dans l'académie en tant qu'instructeur. Il la quitte en 1768 avec le grade de capitaine.

La période des voyages en Europe (1769-1776) thumb|alt=PHotographie d'un bâtiment de style néoclassique de trois étages avec des colonnades sur le fronton|Le palais de Kazimierz à Varsovie qui abrite l'académie militaire où étudie Kościuszko

En 1768, la guerre civile éclate dans la république des Deux Nations lorsqu'une partie de la noblesse, unie dans la confédération de Bar, tente de renverser le roi Stanislas II Auguste, considéré comme trop favorable à la Russie. Un des frères de Kościuszko, Józef, combat dans les rangs des insurgés.

Évitant de choisir entre ceux-ci et le roi, soutenu par la famille Czartoryski, Kościuszko préfère quitter le pays. Avec un de ses collègues, Aleksander Orłowski, il reçoit en 1769 une bourse royale d'études et s'installe à Paris (), où il va passer cinq ans. En raison de leur statut d'étrangers, ils ne sont pas autorisés à recevoir une formation militaire. Kosciuszko entre alors à l'académie royale de peinture et de sculpture. Il développe ses talents artistiques et continuera de dessiner et de peindre tout au long de sa vie, même s'il envisage toujours une carrière militaire. Il suit donc les cours d' en tant qu'externe et, par ailleurs, fréquente les bibliothèques : la pensée du siècle des Lumières, en particulier celle du mouvement physiocrate, aura une profonde influence sur sa carrière ultérieure.

En 1772, au terme de la guerre civile, remportée par le camp royal, la Pologne affaiblie ne peut pas s'opposer à son premier partage : la Russie, la Prusse et l'Autriche annexent 30 % de son territoire et renforcent leur influence sur les politiques de la république. Malgré tout, le roi et ses soutiens lancent alors une politique de réformes, incluant notamment la création de la Commission de l'éducation nationale (1774).

Lorsque Kościuszko rentre, en 1774, il se rend compte que son frère Józef a gaspillé la plus grande partie des ressources familiales et qu'il n'est pas en mesure d'acheter un office dans l'armée. Devenu précepteur dans la famille du voïvode et hetman Józef Sosnowski, il tombe amoureux de sa fille Ludwika. Les jeunes gens envisagent de s'enfuir, mais en sont empêchés par les domestiques, qui infligent à Tadeusz une bonne correction. Son antipathie pour les distinctions de classe est sans doute née au cours de cette période de sa vie.

À l'automne 1775, il décide donc de repartir à l'étranger. Il envisage d'abord de s'enrôler dans l'armée de l'Électorat de Saxe, mais est refusé et décide de revenir à Paris, où il est informé de la révolte des Treize Colonies américaines contre la domination britannique. Les premiers succès américains sont en effet largement relatés en France, où la cause des insurgés est soutenue par le peuple et le gouvernement, hostiles aux Anglais depuis la guerre de Sept Ans.

La guerre d'indépendance américaine (1776-1784) Le gouvernement des insurgés américains ayant fait appel à l'écrivain et marchand d'armes français, Pierre Caron de Beaumarchais, le gouvernement français décide en de mettre à sa disposition un million de livres pour organiser clandestinement la vente d'armes et de munitions à l'armée des insurgés (officiellement appelée « Armée continentale »), grâce à une société écran au nom de « Roderigue Hortalez & Co ».

En , Kościuszko et d'autres officiers européens embarquent en direction de l'Amérique du Nord sur un navire de la compagnie de Beaumarchais. Arrivé en Amérique, Kosciuszko est enrôlé comme volontaire dans l'armée continentale à la fin du mois d'.

Août 1776-août 1780 : dans l'armée du Nord (Fort Ticonderoga, Saratoga, West Point) thumb|left|alt=Portrait de profil d'un homme aux cheveux blancs mi-longs portant un foulard blanc, une veste noire et une couronne de lauriers|Portrait de Thomas Jefferson réalisé par Kościuszko

Kościuszko est d'abord chargé de la construction des fortifications de à Philadelphie, capitale des insurgés, afin d'empêcher les Britanniques de franchir le fleuve Delaware.

Le , le Congrès lui accorde le grade de colonel .

Au printemps 1777, il est affecté à l'armée du Nord (général Horatio Gates) et inspecte les défenses de Fort Ticonderoga dans le nord de l'État de New York. Son étude topographique le pousse à recommander avec force la mise en place d'une batterie d'artillerie au sommet du mont , qui surplombe le fort. Bien que cette recommandation soit soutenue par les autres ingénieurs militaires, le commandant de la place, le général de brigade Arthur St. Clair, décide de ne pas en tenir compte, ce qui se révèle être une grosse erreur tactique, lorsque les troupes britanniques du général John Burgoyne arrivent sur place en juillet et installent leurs canons au sommet du Sugar Loaf.

Les Américains se rendent très vite compte que la forteresse est perdue et ils l'abandonnent presque sans combats. Poursuivie par les troupes britanniques, la garnison américaine battant en retraite vers le sud est épuisée et inférieure en nombre. Aussi, le major-général Philip Schuyler charge-t-il Kościuszko de retarder la progression de l'ennemi. Ce dernier ordonne à ses hommes d'abattre des arbres, d'endiguer les cours d'eau et de détruire les chaussées et les ponts. Encombrée par sa logistique, l'armée britannique est finalement distancée par les Américains qui parviennent à franchir sans encombre l'Hudson.

Peu après, Gates remplace Schuyler et regroupe ses forces pour empêcher les Britanniques de prendre Albany. Il charge Kościuszko d'inspecter la région entre les deux armées afin de trouver la meilleure position défensive possible et de la fortifier. Ayant repéré une position surplombant l'Hudson près de Saratoga, il entreprend de créer des fortifications rendant le lieu quasiment imprenable, quelle que soit la direction de l'attaque. Ces défenses jouent un rôle décisif lors de la bataille de Saratoga, remportée par les Américains : Burgoyne se rend le . C'est une lourde défaite pour l'armée britannique, qui fait basculer le cours de la campagne de Saratoga. Le travail de Kościuszko est salué par Gates qui déclarera plus tard à son ami Benjamin Rush que .

À cette époque, Kościuszko reçoit comme assistant un Afro-Américain, , qu'il traite comme un égal. Il compose aussi une polonaise pour clavecin, la « polonaise de Kosciuszko », très populaire chez les combattants de l'insurrection de 1830-1831, sur des paroles de .