vignette|Stūpa de Sanchi. L'architrave du milieu met en scène ce qui est connu comme le « siège de Kushinagara » qui faillit mener à une guerre autour de la possession des reliques du Bouddha. L'affaire fut résolue par un partage de ces reliques entre les huit peuples qui les réclamaient. |alt=

La violence dans le bouddhisme réunit deux concepts a priori contradictoires, si l'on considère les idéaux de non-violence (ahimsa), de compassion (karuna) et de bienveillance (metta) associés au bouddhisme. En effet, dans sa doctrine originelle, Gautama Bouddha enseigne qu'il faut . L’historien des religions Bernard Faure relève qu'aujourd'hui, des figures médiatiques telles que Tenzin Gyatso, le dalaï-lama, ou le moine d'origine vietnamienne Thích Nhất Hạnh véhiculent l'image du bouddhisme présenté comme une « doctrine pacifique ». Pourtant, selon Faure, l'étude des faits historiques montre que « les contre-exemples ne manquent pas » et que, tant dans son histoire que dans les pays dont il est la religion principale, le bouddhisme a été impliqué dans différents épisodes et formes de violence, et cela parce que cette doctrine « [s'est] adapt[ée] aux divers contextes culturels et sociopolitiques ». Le professeur Michael Jerryson, relève lui aussi que dans l'histoire du bouddhisme, en ans, il y a eu de nombreux cas de violence provoqués par des individus ou des structures bouddhiques.

Les cas de violences existent d'ailleurs dans l'histoire récente de différents pays dont la religion officielle est le bouddhisme. Ainsi de la guerre civile au Sri Lanka qui a opposé, de 1983 à 2009, la majorité cinghalaise bouddhiste à la minorité tamoul. Ainsi encore, depuis les années 2010, des violences contre des musulmans suscitées par des groupes extrémistes comme le Mouvement 969 en Birmanie ou le Bodu Bala Sena au Sri Lanka.. Le dalaï-lama a cependant appelé ces mouvements à cesser ces combats et à mettre en pratique la non-violence.

Dans l'histoire ancienne

Le bouddhisme theravāda a pour référence scripturaire le canon pāli. Selon . Par exemple, le Dhammapada, le plus populaire des textes du Tipitaka, désapprouve le recours à la violence en soulignant le fait que tous les êtres sensibles craignent la souffrance. Le bouddhisme Theravada énonce un impératif catégorique d'éviter la violence. Le bouddhisme mahayana condamne la violence et tient l'assassinat pour un acte malsain (akushala). De même, le bouddhisme vajrayana comprend nombre de textes et commentaires qui rejettent le recours à la violence Michael Jerryson, Buddhist Traditions and Violence, The Oxford Handbook of Religion and Violence, Edited by Michael Jerryson, Mark Juergensmeyer, and Margo Kitts, 2013 : .

Ainsi, d'après une interprétation des édits d'Ashoka, l'empereur Ashoka s'est converti au bouddhisme après avoir été témoin de la conquête particulièrement meurtrière du Kalinga autour de 260 avant J.C., guerre qu'il avait déclenché par soif de conquête. Il adopte ainsi les principes non-violents du bouddhisme (ahimsa) et le reste de son règne est pacifique.

Toutefois, l'indulgence pour la , allant jusqu'à tuer, est mentionnée par des grands penseurs bouddhistes à travers les traditions philosophiques et dans les grandes écritures . Le apparaît dans certains textes du Mahayana, où il est permis à un bodhisattva de tuer un individu qui s’apprêtait lui-même à commettre la faute de tuer d'autres personnes. Selon Bernard Faure,

Selon le professeur Stephen Jenkins, le sutra « », aussi appelé Ārya-Satyakaparivarta, aurait fourni à les ressources conceptuelles soutenant la guerre, la torture et de sévères punitions. La peine capitale peut être encouragée . La lecture des détails intertextuels de cet ouvrage permet d'élargir le champ de vision sur un bouddhisme fortement opposé à la vision pacifiste que l'on pourrait en avoir .  L'analyse de Jenkins a été critiquée par la blogueuse Barbara O'Brien.

John S. Strong dit quant à lui que la transgression des lois de la part des rois bouddhiques est lié au râja-dharma (« devoir royal »), car il doit pouvoir être brutal et violent. Il note que le pouvoir d'Ashoka est représenté par la roue de fer et non d'or. Les roues du bouddha et du roi sont associées comme les deux roues d'un char, ce qui représente selon lui la dualité entre le bouddha et le roi bouddhique.

Dans le Mahavamsa, une chronique sri-lankaise non canonique, relate l'histoire du roi bouddhiste Dutugemunu () qui mena une guerre contre les Tamouls installés à Anurâdhapura. Dutugemunu vainquit ses ennemis au prix de nombreux morts. Afin de résoudre son cas de conscience, un moine aurait expliqué au roi que son karma n'avait été alourdi que par la mort d'une personne et demie : seules deux des victimes avaient adopté à des degrés divers le bouddhisme ; les autres, non-bouddhistes, ne devaient être considérées guère plus que des animaux.

L'historien des religions Odon Vallet écrivait en 2002 : .

Cas de violence dans des pays et régions bouddhistes en Orient Birmanie

Le Mouvement 969 est un mouvement bouddhiste extrémiste et anti-musulmans, dirigé par Ashin Wirathu, qui est à l'origine d'émeutes ayant provoqué des incendies de mosquées, d'écoles et de magasins Courrier International 13.05.2013. Plus de quarante personnes ont été tuées fin à Meiktila 3.05.2013. Considérant l'Islam comme une menace pour la Birmanie, très majoritairement bouddhiste, le mouvement s'en prend à la communauté musulmane et particulièrement à la minorité Rohingya, afin de « protéger l’identité bouddhiste ».

Selon Human Rights Watch, un nettoyage ethnique a lieu dans l'État d'Arakan depuis , différents charniers y ont été découverts.. Selon Judith Lachapelle, plus de de la minorité Rohingya de confession musulmane ont été chassés de chez eux..

Ces violences sont désapprouvées par le dalaï-lama qui écrit une lettre à Aung San Suu Kyi en où il dit être « profondément attristé » et rester « très préoccupé » par les violences infligées aux musulmans en Birmanie. Le , il l'appelle à nouveau à agir, en tant que lauréat du prix Nobel de la paix, et déplore un manque de compassion altruisteLe Dalaï Lama critique le silence d'Aung San Suu Kyi sur les Rohingyas, RFI, 28 mai 2015.Rohingyas : le dalaï lama appelle à agir, Le Figaro, 28 mai 2015.. Pour le professeur Michael Jerryson, de puissantes voix d'opposition sont nécessaires pour contrer le message d'un moine dissident tel qu'Ashin Wirathu en Birmanie utilisant une rhétorique et une violence anti-musulmane qui s'est propagée à travers l'Asie bouddhiste. Aussi craint-il qu'après la mort du dalaï-lama, une grande part de la justification pour rester non-violent ne disparaisse Buddhist monks in Myanmar and Sri Lanka preach anti-Islam message, The Australian, 5 décembre 2015 : .

Bhoutan Le bouddhisme au Bhoutan est une forme de bouddhisme vajrayana. similaire au bouddhisme tibétain.. Ce royaume bouddhiste de prend, en 1985, une loi imposant la culture bhoutanaise à l'ensemble du pays et privant de leur citoyenneté les Lhotshampas, population d'origine népalaise vivant principalement de l'agriculture sédentaire dans les plaines du sud et dont les ancêtres avaient émigré au Bhoutan. Leur langue est interdite (les documents en népalais sont brûlés devant les écoles), ils doivent porter la tenue vestimentaire drukpa (le port du sari est interdit) : . En , des manifestations contre la politique du gouvernement visant à éradiquer la culture, la langue, la religion et les tenues vestimentaires non drukpa, sont réprimées et font Stephen Robson, : . Des violences (vols, agressions, viols et meurtres) visant des citoyens bhoutanais d'origine népalaise (, déclare le roi), répandent un climat de peur et d'insécurité qui déclenche, à partir de 1992, un exode des Lhotshampa vers l'Assam et le Bengale occidental en Inde et vers le NépalLindsay Brown, Stan Armington, op. cit., : .Stephen Robson, : . d'entre eux fuient la répression. ou sont contraints par la police à signer des papiers d'émigration volontaire. En 2007, la situation n'a pas changé, cette minorité bhoutanaise est toujours dans des camps de réfugiés au Népal, les autorités bhoutanaises ne peuvent pas expliquer de quoi ces réfugiés sont coupables.

Toutefois, pour Françoise Pommaret, directeur de recherche spécialiste du Bhoutan, si certains expulsés le furent de façon illégitime, la majorité d'entre eux n'étaient pas originaires du Bhoutan, où ils sont arrivés ces dernières décennies, à la recherche de terres et de services sociaux n'existant pas au Népal. La plupart refusaient de parler le dzongkha, langue nationale du Bhoutan, et au nom de leur tradition de castes, ils méprisaient les autres communautés, ce qui était mal perçu par les ethnies bouddhistes. Contestant les chiffres, les autorités bhoutanaises affirment que nombre de réfugiés ayant rejoint les camps ne viennent pas du Bhoutan, mais de l'Inde ou du Népal, pour bénéficier de l'aide internationalePierre Prakash, Népal : les réfugiés oubliés du Bhoutan, Libération, 16 janvier 2007.. Plus tard, si le Népal a permis aux réfugiés bhoutanais de se réinstaller dans des pays occidentaux, il a bloqué la proposition des États-Unis de réinstallation des réfugiés tibétains, bouddhistes Address rights in Constitution: Tibetans to Nepal, IANS, 12 août 2011..

Pour Andrew Martin Fischer, malgré l'idée très répandue que les Tibétains sont pacifiques, la réaction raciste et violente contre la minorité népalaise au Bhoutan à la fin des années 1980 et dans les années 1990 est un rappel poignant du potentiel de conflits ethniques violents qui est présent dans ces cultures bouddhistes tibétaines himalayennes idéalisées, en particulier avec d'autres minorités ethniques vulnérables et stigmatisées Andrew Martin Fischer, Close Encounters of an Inner Asian Kind: Tibetan-Muslim co-existence and conflict in Tibet past and present, Working paper No 68, Crisis States Research Centre, London School of Economics, 2005, p. 2 : .

Chine vignette|Jeune disciples des moines-guerriers de Shaolin pratiquant le combat.

En général, le bouddhisme chinois pratiquait l'esclavage. À l’apogée de la carrière de Huang Po, en 842, une décision de la cour tenta de réduire la taille, la richesse et la puissance du clergé bouddhiste en décrétant que les moines ne seraient légalement autorisés de détenir qu'un esclave mâle et les religieuses deux femmes esclaves , Philosophical Meditations on Zen Buddhism, : .

Les moines-guerriers sont une tradition du bouddhisme comme au monastère Shaolin. Les arts martiaux, apportés selon les récits par Buddhabhadra, un moine indien du bouddhisme theravāda, y sont intégrés au bouddhisme chan () (branche du bouddhisme mahāyāna en Chine. les Sōhei sont leur pendant de l'équivalent japonais qu'est le zen (), on parle également en Corée de la bataille de Chongju, remportée par des moines-guerriers bouddhistes(voir section Corée). Ceux-ci pratiquent son (hangeul : / hanja : , prononciation coréenne du chan).

vignette|Thangka de guerre sur le Temple Dazhao de Hohhot, en Mongolie-Intérieure. On y voit en haut à droite un dalaï-lama (reconnaissable au bonnet jaune, probablement Lobsang Gyatso, veillant à une scène de guerre où une divinité bouddhique est entourée de guerriers à dos de chevaux et éléphants.