vignette|Zoom sur l’Atlas catalan représentant Marco Polo voyageant en direction de l’est à l’époque de la Pax Mongolica. La Pax Mongolica (en latin ; en français « Paix mongole »), moins souvent nommée Pax Tatarica (en français « Paix tartare »), est un terme d’historiographie prenant modèle sur la locution latine « Pax Romana ». Il décrit les effets stabilisateurs des conquêtes de l’Empire mongol sur la vie sociale, culturelle et économique des habitants des vastes territoires de l’Eurasie dont les Mongols s’étaient rendus maîtres aux , particulièrement à partir de 1304, à la fin d'une guerre de succession dans la Horde blanche. La locution est ainsi utilisée pour décrire les facilités de communication et de commerce que l’administration unifiée aida à créer, ainsi que la période de paix relative qui suivit les vastes conquêtes mongoles.

Les invasions mongoles de Gengis Khan () et de ses s'étendant de l’Asie de l'Est à l’Europe de l'Est, elles connectaient efficacement le monde oriental au monde occidental. Ainsi, la route de la soie, qui reliait les centres commerciaux à travers l’Asie et l’Europe, se trouvait intégralement sous l’autorité de l'Empire mongol, et l'on y voyageait sans danger. On avait d'ailleurs coutume de dire alors « qu’une jeune fille portant une pépite d'or sur sa tête pouvait circuler en toute sécurité dans le royaume ».

Malgré la division de l'Empire mongol en quatre khanats (la dynastie Yuan, la Horde d'or, le Khanat de Djaghataï et les Ilkhanides), près d'un siècle de conquêtes et de guerres civiles fut suivi d'une stabilité relative au début du . Ainsi, la date considérée comme le début de la Pax Mongolica est la fin de la guerre opposant Bayan khan à ses deux frères, qui se concluent par la défaite des deux derniers et leur promesse de ne plus attaquer ni le premier ni les Yuan, en 1304. La fin de la Pax Mongolica a été marquée par la désintégration des khanats et la pandémie de peste noire venue d’Asie, qui s'est répandue le long des routes commerciales pour atteindre une grande partie du monde au milieu du .

Fondements

vignette|Invasions et expansion de l’Empire mongol. Les fondements de la Pax Mongolica remontent à l’Empire mongol sous Gengis Khan au début du . Par le processus même de conquête des diverses tribus des steppes de Mongolie, Gengis Khan a révolutionné la structure de la société tribale mongole. Après chaque nouvelle victoire, de plus en plus de personnes passèrent sous sa domination, diversifiant ainsi l'équilibre sociétal de la tribu. En 1203, Gengis Khan, dans la volonté de renforcer son armée, ordonna une réforme qui en réorganisa la structure, en brisant les divisions traditionnelles fondées sur le clan et la parenté qui fragmentaient auparavant la société et l'armée. Il a organisé son armée en arbans (groupes interethniques de dix soldats), et les membres de chaque arban avaient reçu l’ordre d'être loyaux les uns envers les autres, sans considération d’origine ethnique. Dix arbans faisaient un zuun ou une compagnie ; dix zuuns faisaient un myangan ou un bataillon ; et dix myangans formaient un , soit une armée de 10 000 hommes. Cette organisation en système décimal de la puissante Armée mongole de Gengis Khan allait se révéler très efficace pour conquérir, par la persuasion ou la force, les nombreuses tribus des steppes de l’Asie centrale, mais également renforcer la société mongole dans son ensemble. En 1206, l'expansion militaire de Gengis Khan avait unifié les tribus de Mongolie et, la même année, il fut proclamé chef de la Mongolie.

La nouvelle nation mongole ainsi constituée a rapidement entrepris d’annexer plus de territoires. Les premières conquêtes mongoles furent des campagnes contre les Xias occidentaux dans le nord-ouest de la Chine. En 1209, les Mongols les avaient conquis. Entre 1213 et 1214, les Mongols conquirent l’Empire Jin, et en 1214, la plupart des terres au nord du fleuve Jaune. En 1221 les généraux mongols Djebé et Subötaï entreprirent des expéditions autour de la mer Caspienne et dans le Rus' de Kiev ; de son côté Gengis Khan a vaincu le Turc Jalal ad-Din à la bataille de l'Indus ainsi que les Khwârezm-Shahs cette même année. En 1235, les Mongols entreprirent l'invasion de la Corée. Deux ans plus tard, en 1237, Batou Khan et Subötaï commencèrent la conquête de la Rus' ; ils envahirent la Pologne et la Hongrie en 1241. En 1252, les Mongols commencèrent la conquête de la Chine méridionale ; ils s’emparèrent de Hangzhou capitale de la dynastie Song en 1276. Et en 1258 Houlagou Khan avait mis à sac Bagdad.

Chaque nouvelle victoire donnait aux Mongols la possibilité d'intégrer de nouveaux peuples, en particulier des ingénieurs et des travailleurs étrangers dans leur société. Chaque nouvelle conquête leur faisait acquérir de nouvelles routes commerciales et leur offrait la possibilité de contrôler impôts et tributs. C’est ainsi que, grâce à son expansion territoriale, la nation mongole est non seulement devenue un empire, mais elle a également progressé technologiquement et économiquement.

Réseau commercial

À son apogée, l'Empire mongol s'étendait d'est en ouest, de l’actuel district de Shanhaiguan jusqu'à Budapest, et du nord au sud, depuis le Rus' de Kiev jusqu'au Tibet. Cela signifie qu'une vaste partie du continent asiatique et de l’est de l’Europe était réunie sous la même autorité politique. De ce fait, les routes commerciales utilisées par les marchands étaient devenues sûres, ce qui permit un accroissement considérable des échanges depuis la Chine jusqu'à la Grande-Bretagne. C’est ainsi que la Pax Mongolica influença de nombreuses civilisations en Eurasie au cours des et siècles.

Commerce international vignette|La route de la soie formait un réseau de routes commerciales reliant l’orient à l’occident. vignette|Le commerce international au XIIIe siècle. Avant l’éveil mongol, l’ancien Monde était constitué d’empires économiquement isolés. Le nouvel empire mongol a connecté ces civilisations autrefois isolées à travers un nouveau réseau continental, et a donné à la route de la soie sa place dominante dans les circuits d’échange. L'unification de l'Eurasie sous les Mongols a considérablement réduit les tributs qui devaient être versés à chacun des états concurrents sur l'ensemble du réseau commercial et a assuré une plus grande sécurité des voyages. Durant la période de la Pax Mongolica, des marchands européens, à l’exemple de Marco Polo, purent voyager d’Europe en Chine sur des routes bien entretenues et très fréquentées qui reliaient l’Anatolie à la Chine.

Sur la route de la soie les caravanes avec de la soie chinoise, du poivre, du gingembre, de la cannelle et de la noix de muscade arrivaient en Occident d’aussi loin que les îles Moluques via les routes commerciales transcontinentales. L’alimentation orientale a également été introduite auprès des Européens. Des mousselines indiennes, des cotons, des perles et des pierres précieuses furent vendus en Europe, ainsi que des armes, des tapis et des articles en cuir en provenance d’Iran. L'augmentation des échanges commerciaux signifiait que chacune des nations ou des sociétés augmentait son ouverture à de nouveaux biens et marchés, accroissant ainsi le produit intérieur brut de chacune des parties impliquées dans ce système d’échanges. Nombre des villes participant au système commercial mondial du siècle ont connu une croissance rapide.

Parallèlement aux routes commerciales terrestres, une route de la soie maritime a contribué à la circulation des marchandises et à l’instauration de la Pax Mongolica. Cette route de la soie maritime avait commencé par du cabotage dans le sud de la Chine. Au fur et à mesure que la technologie et la navigation progressaient, ces routes se sont développées en haute mer dans l'océan Indien. Finalement, elles se sont ultérieurement étendues à la mer d'Arabie, au golfe Persique, à la mer Rouge et aux côtes de l'Afrique de l'est.

En même temps que des biens matériels, pour la première fois des personnes, des techniques, des informations et des idées étaient véhiculées sur tout le territoire de l’Eurasie. Par exemple, Jean de Montecorvino, archevêque de l’Archidiocèse catholique de Pékin a fondé des missions catholiques en Inde et en Chine et a également traduit le Nouveau Testament dans la langue mongole. Le commerce international de longue distance a exporté, de l'Extrême-Orient vers l'Europe, de nouvelles méthodes pour faire des affaires : la lettre de change, les dépôts bancaires et l'assurance ont été introduits en Europe au cours de la Pax Mongolica. Les lettres de change facilitèrent considérablement les déplacements sur de longues distances, car le voyageur ne subissait plus le fardeau du poids des pièces de monnaie et du risque de vol.

Les connaissances musulmanes en mathématiques, en astronomie et en sciences se sont répandues en Afrique , en Asie de l'Est et en Europe pendant la Pax Mongolica. Les méthodes de fabrication du papier et l’imprimerie firent leur chemin de la Chine vers l'Europe. Au cours de la Pax Mongolica, des systèmes bancaires rudimentaires ont été mis en place, et les échanges monétaires et l'extension du crédit ont été fréquents, ce qui s'est traduit par une grande richesse marchande.

Administration mongole

vignette|gauche|Guerrier mongol à cheval se préparant à tirer une flèche.

La position géographique centrale de la Mongolie sur le continent asiatique fut une raison importante de sa capacité à jouer un rôle aussi important dans le système commercial. L’armée mongole pouvait aisément imposer un pouvoir fort dans la plupart de l’empire. Les militaires ont veillé à la liberté de circulation le long des lignes d'approvisionnement et des routes commerciales ; des garnisons permanentes étaient installées le long des routes commerciales pour y protéger les voyageurs. Les systèmes locaux complexes de taxation et d'extorsion qui prévalaient avant la domination mongole furent abolis pour assurer la fluidité de circulation des marchands et des échanges commerciaux dans tout l’empire. Un système de poids et mesures a également été standardisé. Pour rendre le voyage sur les routes commerciales moins pénible, les Mongols sont allés jusqu'à planter des arbres le long des routes pour abriter du soleil les marchands et les voyageurs durant les mois d'été ; des piliers en pierre ont été utilisés pour jalonner les routes là où les arbres ne pouvaient pas pousser.

Les Mongols ont cherché des alliances avec d'autres nations et sociétés pour assurer les flux commerciaux à travers l'empire. L'armée mongole a également été utilisée pour remodeler et rationaliser les flux commerciaux à travers le continent en détruisant les villes situées sur les routes moins importantes ou plus inaccessibles. L’armée mongole était pour l’essentiel composée de cavaliers, ce qui lui permettait de se déplacer rapidement et facilement sur de longues distances.