Nicolas Bouleau, né le à Paris, est un mathématicien français, essayiste dans les domaines de la connaissance et de l'environnement.
Biographie Après des études secondaires au lycée Lakanal et des classes préparatoires au lycée Saint-Louis, Nicolas Bouleau est admis en 1965 à l’École Polytechnique dont il sort dans le corps des Ponts et chaussées. En même temps que l'école d'application, il engage des études d'architecture qu'il conduit jusqu'au DPLG. Son diplôme est une analyse sociologique et une proposition de rénovation du quartier Alma-gare à RoubaixQuartier typique d'habitat ouvrier insalubre appelé "courées", cf. "L'envers de la ville". Il participe quelques années (1970-75) au démarrage des villes nouvelles françaises en tant que collaborateur de Jean-Eudes Roullier. Compte tenu de la faible influence de ses idées sur la rénovation de Roubaix, et à la suite d'un entretien décisif avec Laurent Schwartz, il se tourne vers la recherche en mathématiques. Il soutient sa thèse d’État en 1981 et fonde avec le soutien de Laurent Schwartz et de Pierre Veltz le centre de recherche en mathématiques de l’École des Ponts et chaussées qu'il dirige pendant une dizaine d'années. Durant cette période, il participe au courant de l'école française de probabilitésdont le principal forum de recherche est le Séminaire de probabilités de Strasbourg dans le sillage de Paul-André Meyer, il appartient au groupe de théorie du potentielgroupe formé d'élèves de Gustave Choquet, Marcel Brelot et Jacques Deny, dont Gabriel Mokobodzki, Francis Hirsch, Denis Feyel, Claude Dellacherie, etc. animant le Séminaire de théorie du potentiel. et il est membre du comité de la Société Mathématique de France de 1985 à 1989. Parallèlement il publie divers essais dans les domaines de l'environnementIl organise en 1996 un colloque sur le changement climatique publié dans les Annales des Ponts novembre 1996. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l'homme., de la psychanalyseNotamment autour du rôle de l'inconscient dans la recherche mathématique cf. La règle, le compas et le divan, Seuil, 2002., et de la philosophie des sciences qu'il enseigne à l'université Paris-Est et à Sciences-Po. Nicolas Bouleau est ingénieur général du corps des IPEF, il est depuis 2012 professeur émérite de l’École des Ponts ParisTechDécision du Conseil d'administration du 15 juin 2012.
Recherches mathématiques En 1969 il dégage une convergence nécessaire et suffisante pour qu’une suite de fonctions continues converge vers une fonction continueN. Bouleau, «Une structure uniforme sur un espace F(E, F )» Cahiers de topologie et géométrie différentielle catégoriques, tome 11, no 2 (1969), p. 207-214. Voir également A. Caserta, G. Di Maio, and L. Hola, «When the pointwise limit of continuous functions is continuous? From Arzela 1883 to nowadays: a survey» Proc. of the Workshop in Applied Topology WiAT’10, June 16-18, (2010) Gandia, Spain, p.15-17, et G. Beer, «The Alexandroff property and the preservation of the strong uniform continuity» Applied General Topology (2010), 11(2), 117-133.. Dans les années 1980, alors que les méthodes de modélisation et de simulation informatique se développent avec l'essor de l'informatique, il contribue aux travaux sur l'accélération des méthodes de Monte Carlo, son manuel Probabilités de l'ingénieurProbabilités de l'ingénieur, variables aléatoires et simulation, Hermann, 2002, nouvelle édition ( 1986), 385 est un des premiers à introduire ces notions. Avec Marc Yor il dégage une propriété remarquableSur la variation quadratique des temps locaux de certaines semi-martingales, Note aux C.R. Acad. Sci. t. 292 (1981), p. 491-494, résultat cité comme "Bouleau-Yor identity". de la théorie du temps local de Paul Lévy. En mathématiques financières il donne, avec Damien Lamberton (1989), une formule quantifiant les risques résiduels des couvertures dans les marchés incompletsCf. Schweitzer M., Approximation pricing and the variance-optimal martingale measure, Ann. Probab. Volume 24, Number 1 (1996), 206-236.. Mais c'est par la théorie des formes de Dirichlet qu'il apporte, en collaboration avec Francis Hirsch, les avancées les plus marquantesCf. N. Bouleau et F. Hirsch, Propriétés d’absolue continuité dans les espaces de Dirichlet et application aux équations différentielles stochastiques, Sem. Proba. XX, Lectures Notes in Math. 1204, p.131-161, Springer 1986, cité comme "Bouleau-Hirsch approach" par David Nualart, Malliavin calculus and related topics, Springer 1991, p83 et seq. en montrant notamment que cette théorie permet d'obtenir des résultats de régularité des solutions d'équations différentielles stochastiques sous des hypothèses lipschitziennes plus faibles que le calcul de Malliavin classique. Bouleau est aussi l'auteur d'une théorie de la propagation des erreurs dans les modèles complexes grâce à laquelle les calculs de sensibilité prennent sens dans les modèles probabilistesCf. Error calculus for finance and physics, De Gruyter, 2003 et Some Historical Aspects of Error Calculus by Dirichlet Forms in Festschrift Masatoshi Fukushima Chen Z.-Q., Jacob N., Takeda M., Uemura T., eds, World Scientific, 2014, p.85-105. Ses travaux récents, en collaboration avec Laurent Denis, portent sur l'espace de Poisson.
Travaux en économie Les principales idées que Bouleau avance en économie tirent leur origine de la finance et plus particulièrement de la théorie de l'arbitrage. Ce sont les suivantes : À cause de la mise en place des marchés financiers et de leur importance mondiale, l’économie néolibérale obscurcit l’information de l’état de la planète. La volatilité empêche que les prix jouent le rôle de signal-prixCf. Teeth of the Market, How Neoliberal Economy Obscures Information about the State of the Planet, Kindle edition, 2013.. Lorsqu’une ressource non renouvelable devient rare, son prix de marché ne tend pas à augmenter comme on le croit d'ordinaire, ce qui augmente c’est la volatilité du prix. Il a introduit et montré le rôle central du paradigme de martingale positive tendant vers zéroCf. Limits to Growth and Stochastics, Real World Economics n°60, 20 June 2012, p.92-106.. Il critique aussi l'extension de la quantification par l'analyse coût-bénéfice ainsi que la notion de service éco-systémiqueCf. Une pensée devenue Monde, Esprit, novembre 2009, p.130-146., et insiste sur la dimension interprétative des risquesCf. On Excessive Mathematization, Symptoms, Diagnosis and Philosophical bases for Real World Knowledge, Real World Economics, n° 57, 6 September 2011, p.90-105..
Philosophie des sciences et environnement Bouleau considère que modéliser c'est parler un langage étendu d'usage plus large que ce que la science ambitionne comme connaissance collective. Il étudie dans La modélisation critiqueLa modélisation critique, Quae, 2014. comment construire des contre-modélisations qui contribuent à amender et enrichir l'appréhension des problèmes sous un jour pluraliste. Il défend l'idée que les modèles économiques prospectifs exprimés en termes de prix ne peuvent être que des modèles commentaires avec cet aspect paradoxal que leur pertinence est conditionnée par leur faible influence sur les acteurs des marchés. En ce qui concerne les effets de la science par la technique, il dénonce ce qu'il appelle "l'attitude scientifique minimale" qui consiste à esquiver toute forme d'engagement du sujet de l'énoncé scientifiqueCf. M. Mauger Parat, Les représentations climatiques dans la presse française, Thèse Univ. Paris Descartes, 22 nov. 2013.. Il voit cette attitude comme un des avatars du positivisme qui nuit à la prise en compte de l'avenirCf. Ecological Crisis: Towards a Garden of the Rich Countries, Esprit, novembre 2012, p.52-70.. Il prône au contraire un développement de l'activité scientifique dans une direction différente de celle du positivisme où l'interprétation et le pluralisme ont une place essentielleCf. Sur la place du singulier dans la connaissance Revue Communications 1, 2015, p.152, et Le contexte, toujours largement inconnu, réclame une science pluraliste, Revue de Métaphysique et Morale n°4, 2015..
Ouvrages publiés Mathématiques Probabilités de l'ingénieur, variables aléatoires et simulation, Hermann, 2002, nouvelle édition ( 1986), 385 Processus stochastiques et applications, Hermann, 2000, nouvelle édition ( 1988), 280 Dirichlet forms and analysis on Wiener space en collaboration avec Francis Hirsch, De Gruyter, 1991. Numerical methods for stochastic processes en collaboration avec Dominique Lépingle, Wiley and Sons, 1994. Error Calculus for Finance and Physics, the Language of Dirichlet Forms, De Gruyter, 2003. Dirichlet Forms Methods for Poisson Point Measures and Lévy Processes en collaboration avec Laurent Denis, Springer, 2015. Théorie des erreurs, 460 pages, Cassini - Spartacus IDH, 2019. The Mathematics of Errors, 448 pages, Springer Nature, 2021. Économie Martingales et marchés financiers, O. Jacob, 1998. Traduction anglaise Financial Markets and Martingales, Observations on Science and Speculation, Springer, 2003. Mathématiques et Risques financiers, O. Jacob, 2009. Teeth of the Market, How Neoliberal Economy Obscures Information about the State of the Planet, Kindle edition, 2013. Wall Street ne connaît pas la tribu borélienne et autres essais aux frontières de la pensée stochastique, Spartacus IDH, 2017. , . Le mensonge de la finance : les mathématiques, le signal-prix et la planète, Editions de l'Atelier, 2018.
Philosophie des sciences et environnement Cinq conférences sur l'indécidabilité, en coll. avec J-Y. Girard et A. Louveau, Presses de l’École des Ponts, 1983. Dialogues autour de la création mathématique en coll. avec Laurent Schwartz, Gustave Choquet, Paul Malliavin, Paul-André Meyer, David Nualart, Nicole El Karoui, Richard Gundy, Masatoshi Fukushima, Denis Feyel, Gabriel Mokobodzki, Association Laplace-Gauss, 1997, , rééd. Spartacus IDH, 2015, , . Philosophies des mathématiques et de la modélisation, du chercheur à l'ingénieur, L'Harmattan, 1999. La règle, le compas et le divan, Le Seuil, 2002. Risk and Meaning, Adversaries in Art, Science and Philosophy, Springer, 2011. La modélisation critique, Quae, 2014. Introduction à la philosophie des sciences, Spartacus IDH, 2017. , . Penser l'éventuel. Faire entrer les craintes dans le travail scientifique Quae, 2017. Science nomologique et science interprétative, connaissance de l’environnement, ISTE Editions, 2018. Ce que Nature sait. La révolution combinatoire de la biologie et ses dangers, PUF, 2021. La biologie contre l'écologie ? Le nouvel empirisme de synthèse, Spartacus-idh, 2022, 151 p. Science et prudence. Du réductionnisme et autres erreurs par gros temps écologique, avec Dominique Bourg, PUF, 2022, 213 p. Le hasard et l'évolution, PUF, 2024, 228 p.
Articles de presse Fuite en avant avec Bernard Walliser, Le Monde des Débats, juillet-. Kerviel, cas isolé ou cas générique ? avec Jean-Michel Beacco, Les Échos, 8 oct. 2010. Le développement durable, une idée vague qui a caché les difficultés avec Dominique Bourg, Le Huffington Post, . Finalement le petit SARS-CoV-2 nous invite à une remise en cause drastique avec Alain Grandjean, Le Monde, 21 fév. 2021. Plus la planète se dégrade, plus il est politiquement payant de dénier la situation avec Dominique Bourg, Le Monde, .
Distinctions Prix Salverte décerné par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale (1990). Prix Montyon de l'Académie des sciences (1994). Prix Turgot 1998 du meilleur livre d'économie financière et prix FNAC Arthur-Andersen 2000 du livre d'entreprise pour l'ouvrage Martingales et marchés financiers.
Notes et références
Liens externes
Blog
Catégorie:Mathématicien français du XXe siècle Catégorie:Mathématicien français du XXIe siècle Catégorie:Enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris