Le salmiac, encore dénommé sal ammoniac ou sel ammoniac, est un corps chimique minéral de maille cristalline cubique, de formule chimique . Il s'agit du chlorure d'ammonium naturelautrefois muriate d'ammoniaque ou muriate d'ammonium, voire chlorure d'ammonique. Il était parfois encore nommé sal armagnac, sel nushadir, sel armoniac, sal armoniak….

Ce corps à structure ionique, léger de densité 1,53, incolore à blanc, parfois gris, jaune, brunâtre à rougeâtre, lorsqu'il forme une roche évaporite originale et assez rare, à goût salé, à saveur piquante, contient naturellement les ions ammonium NH et chlorure ClLa plupart des colorations s'expliquent par des impuretés. Ces impuretés comportent notamment des éléments brome Br, iode I et fer Fe. La couleur jaune s'explique par des traces de fer, en particulier de chlorure ferrique FeCl. Il s'agit d'un minéral évaporite de la catégorie des chlorures.

Historique de la description et de l'appellation Le terme dérive du latin médiéval sal ammoniac. Ce minéral a été décrit par Agricola en 1546 dans son livre sur les nouvelles matières minérales découvertes dans les mines germaniques. Il s'agit d'un des sels du dieu Amon de l'Égypte antique, dont le temple principal était en Libye. Les prêtres savaient fabriquer le chlorure d'ammonium pur, sel hautement sublimable, nommé sal ammoniac en latin, parmi d'autres dérivés de l'ammoniac, pour le culte d'Amon.

Ce nom technique est attesté en moyen anglais comme en ancien français, au début du . Le sal ammoniac était employé pour renforcer la dureté des soudures de fer et d'acier, ainsi que pour faciliter les soudures du cuivre. Il permettait l'étamage des récipients de fer et de cuivre, en dinanderie. Les anciens techniciens (al)chimistes savaient le produire par l'action de l'eau forte sur l'ammoniac.

Cristallochimie Les cristaux isolés, correctement développés, sont une exception. Ils forment des tétragonotrioctaèdres, encore nommés par les spécialistes leucitoèdres. Le plus souvent, les amas montrent des petits et délicats cristaux intriqués, en cubes, en dodécaèdres ou en trapézoèdres, à multiples faces tétragonales, tri-octaédriques, rhombododécaédriquesLes formes à faces peuvent être {100}, {111}, {211}.... Parfois en fragiles flocons de neige, ils forment parfois des échantillons de collection, remarquablement beaux.

L'hémihédrie holoaxe a été reconnue par TschermakTraité de minéralogie, IV, 533, 1882. . La forme plagièdrique peut être observée à partir des cristaux trapézoèdres même avec des stries et des figures de corrosion.

Dans la nature, les cristaux sont souvent déformés, allongés sur un axe ternaire, binaire ou quaternaire. Ils sont accolés et groupés soit en masses fibreuses, soit en masses stalactiformes, soit en croûtes cristallines, soit en efflorescences. Ainsi, le salmiac est-il présent le plus souvent en amas dendritiformes, en agrégats en éventail, en arborescences démultipliées, en stalactites et surtout en encroûtement plus ou moins massif et sous forme de poudres ou de pellicules.

Translucides à transparents, à éclat vitreux, les cristaux laissent des traces blanches. Le clivage est imparfait et pauvre selon (111). Les fractures sont conchoïdales à terreuses.

Les ions chlore occupent chaque sommet alors que l'ion ammonium est au centre de la structure cubique centrée.

Le salmiac fait partie des minéraux spécifiques contenant une grande quantité d'ions ammonium NH avec : la boussingaultite, un sulfate double naturel d'ammonium et de magnésium ; la cryptohalite , un fluorure d'ammonium et de silicium ; la struvite, un phosphate double d'ammonium et de magnésium hydraté ; la tschermigite, un sulfate d'ammonium et d'aluminium hydraté.

Ces minéraux sont rares. Le salmiac est plus commun.

Propriétés physiques et chimiques Le salmiac est un corps chimique solide fragile, de dureté 1 à 2. Sa composition pondérale est en ions chlore de et en d'ions ammonium.

Il est soluble dans l'eau. Sa solubilité pour d'eau pure se situe entre et à , elle est de à et de à .

Les solutions de salmiac mélangées à des solutions d'ammoniaque instaurent des effets tampons acido-basiques à un ph proche de 9.

Le sal ammoniac est légèrement soluble dans l'éthanol, soit pour à pour d'éthanol. Il est aussi légèrement soluble dans l'alcool à 95°, ainsi que le méthanol. Il est soluble dans l'ammoniac liquide.

Chauffé avec de la soude caustique, de la chaux (éteinte ou non) ou d'autres bases plus fortes que l'ammoniac, le salmiac réagit avec un dégagement de vapeurs ammoniacales, à l'odeur caractéristique. Par exemple : NHCl + NaOH → NH + NaCl + Cette réaction explique le nom du sel (cf. étymologie) et son usage ancien.

left|thumb|Soufre et salmiac, mines d'Oberhausen, Allemagne Le salmiac disparaît sous le chalumeau. Chauffé en tube fermé, il se volatilise sans fondre.

Pour distinguer le salmiac des autres sels solubles, comme le sel gemme ou chlorure de sodium, le dégagement d'ammoniac par chauffage, par exemple en tube avec de la chaux, et la saveur piquante initiale du corps minéral, sont déterminantes.

Il est facile de prouver la présence des éléments halogènes brome et iode dans les masses cristallines de salmiacL'iode volatil, sous forme de I, se dégage facilement du salmiac extrait de Commentry. Bussy, Journal de pharmacie, tome XXV, 1839, p 718.. L'analyse qualitative se déroule comme suit, par l'ajout de fragment d'amidon à une solution aqueuse concentrée d'amidon, puis de deux gouttes d'acide nitrique au mélange hétérogène. Si l'amidon se colore en bleu, le test d'iode est concluant. L'ajout consécutif au mélange de quelques gouttes d'acide nitrique fait virer la coloration vers l'orangé si l'élément brome est présent.

Ces halogénures sont notamment attestés dans la structure cristalline sous forme de bromure d'ammonium et iodure d'ammonium. Le salmiac de La Ricamarie, mine de charbon cramée à proximité de Saint-Étienne, contenait en moyenne d'halogénures d'ammoniumBulletin de la Société Minéralogique, Tome VIII, 1884, page 347..

Gîtes et gisements Le salmiac, précisait le minéralogiste français Alfred Lacroix, est le produit le plus abondant formé dans les houillères ou autres mines de charbon ou de lignite embrasées par un incendie spontané souterrainL'origine de ces feux spontanés est l'absorption de l'oxygène dans les masses charbonneuses ou carbonées. Le milieu est alors prêt pour une inflammation occasionnelle.. Des masses de déblais charbonneux ou des parois de puits en exploitation peuvent aussi prendre feu à l'air, brûlant avec chaleur, produisant fumées et flammes, visible de loin même dans la nuit. Des géologues ont remarqué l'analogie avec les fumerolles volcaniques observables entre les blocs de rochers. Les produits de la combustion des matières charbonneuses et pyriteuses favorisent l'oxydation du soufre en acide sulfurique qui attaque aussitôt les roches calcinées, formant des minéraux sulfates de dégradation.

Le salmiac se fixe en cristallisation délicate sous forme d'enduits et de concrétions le long des trous d'émission de vapeurs, formés de croûtes cristallines à base de sulfates d'aluminium et de fer.

Gîtologie et minéraux associés Le salmiac est associé à la sylvine et à la halite dans les gisements salins ou autres dépôts sédimentaires d'évaporites marines ou lacustres.

Présent aussi dans les émanations de gaz des fumerolles et solfatares, et en conséquence dans les dépôts minéraux de sublimation qui en proviennent, il est associé au soufre, à la sassolite et à l'alunogène. Alfred Lacroix, nommé scientifique responsable de la mission d'observation volcanologique de la Montagne Pelée a observé en 1902 une grande production de salmiac dans la vallée de la Rivière Blanche, non aux débouchés des principales fumerolles volcaniques, mais dans des brèches accumulées par des nuées ardentes. Ces dépôts de sublimation se formaient aux bouches de sorties de gaz dont la température n'avoisinait que et portant au loin une forte odeur ammoniacale. Sur les parois de ces bouches d'évacuation à l'air s'amassaient du salmiac, de diverses structures, soit cristallines soit fibreuses, puis du soufre natif.

Comme les cristaux de salmiac sont très solubles dans l'eau, ils sont souvent lessivés des dépôts de sublimation dès la première pluie.

Le salmiac est parfois commun dans certains dépôts de sources thermales, à odeur ammoniaquée.

Imprégnant les roches stériles de houille ou charbon, voire de lignite, il est aussi responsable des feux de terrils miniersLe salmiac apparaît continûment avec la progression du feu et entretient ainsi la propagation du feu de charbon ou de toutes matières carbonées pendant des mois ou des années.. La légende d'Alexandre le Grand qui mentionne des mines de charbon en état de combustion latente identifiait déjà ces cristaux de salmiac sublimable comme principal initiateur de combustion. Dans les anciennes mines de charbon qui ont déjà subi une combustion prolongée naturelle, on le trouve fréquemment, ainsi par exemple en région stéphanoise ou même aux anciennes houillères de la Machine, dans la Nièvre, où il apparaît sous forme fibreuse, et associé à l'epsomite.

On le trouve également dans les gisements de guano ou dans certains gisements de nitrates.

Principaux minéraux associés : soufre, acide borique, sassolite, borates, alunogène… (avec les fumerolles ou ses dépôts de sublimation) ; halite, sylvine, gypse… avec les évaporites ; réalgar, orpiment, hématite, mascagnite, soufre… dans les filons hydrothermaux ; tschermigite, réalgar, orpiment, soufre natif, arsenic natif, epsomite, arsénolite, parfois chaux, aluns, galène, bismuthine, mascagnite ou sulfate d'ammonium… (avec les feux de charbons de terre ou dans les portions de houillères qui ont été embrasées )…

Gisements abondants ou caractéristiques Le salmiac est présent dans les gisements salins d'Allemagne. On le trouve au voisinage du Vésuve ou de l'Etna en Italie.

Mines de sel et mines de charbon, par exemple Dudweiler, près de Sarrebruck, Sarre, Allemagne anciennes mines de charbon, Newcastle, Northumberland en Angleterre anciennes mines de nitrates naturels, Tarapaca, Chili Égypte et Libye, autrefois lieux de préparation traditionnelle à partir de bouses de chameaux. anciennes mines de charbon, à Decazeville, à Saint-Étienne ou La Ricamarie dans la Loire, à Commentry dans l'Allier, Cransac en Aveyron, Perrecy-les-Forges en Saône-et-Loire ou anciennes mines de lignite, comme à Uttwiller ou Bouxwiller en Alsace, en France. Dans la contrée stéphanoise, les terrains carbonifères brûlés sont importants, par exemple les houillères du Brûlé ou à La Ricamarie, la mine de Montrambert, la mine de la Béraudière, en particulier le puits Rosier, sur la Côte Chaude, quartier Gaillard, connu pour sa bismuthine. Montagne Pelée, Martinique, Antilles françaises près des piton des Neiges et piton de la Fournaise, île de la Réunion, France de l'océan Indien volcan Kilauea, État d'Hawaï Etna et Vésuve, Italie du Sud volcan Hekla, Islande volcan Paricutine, État du Michoacan, Mexique Mt. Pyramide, île du Spitzberg, Norvège réserve associée au guano, îles Cincha et Guanape, Pérou secteur de Kukhi-Malik, près de Rarat, Tadjikistan mines de Kladno, Bohême, Tchéquie

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