La transformation, dans les travaux d'analyse structurale des sociétés humaines de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, désigne le passage d'un phénomène collectif (un fait social à un endroit et moment donnés) à un autre, étudiés en tant que systèmes, par permutation d'éléments et/ou de relations autour de l’invariant que constitue la structure. Ce concept emprunté aux mathématiques et aux sciences naturelles est l'un des fondements de l'anthropologie structurale. Lévi-Strauss l'a appliqué principalement à l'étude des mythes.
Genèse Si Lévi-Strauss s'est inspiré en partie du modèle mathématique et géométrique de transformation, c'est essentiellement à partir des sciences naturelles, et plus précisément des travaux de biomathématiques de D'Arcy Wentworth Thompson, qu'il forge sa propre conception de la transformation :
Définition La transformation en analyse structurale est définie comme une variation structuralement déterminée (non aléatoire) de configuration d'un phénomène collectif donné, qu'il s'agisse d'une langue, d'un récit collectif comme un mythe, de relations de parenté ou encore de rites religieux ou sacrés. Par exemple, les variantes d'un phénomène entre des peuples voisins constituent autant de transformations de ce phénomène, et ces transformations sont structuralement liées (selon une logique propre) aux différences locales entre ces peuples, chacun produisant une variante du phénomène considéré en fonction de sa propre structure sociale. Le concept de transformation est donc consubstantiel à ceux de structure et de système, au cœur de la démarche structurale de Lévi-Strauss:
Applications Appliquée à l'analyse linguistique (et plus largement, sémiologique), la transformation correspond ainsi à la traduction: « le propre d'un système de signe est d'être transformable, autrement dit, traduisible dans le langage d'un autre système à l'aide de substitutions ».
Mais c'est surtout à l'analyse structurale en mythologie que Lévi-Strauss a appliqué le concept de transformation. La structure du mythe ne peut en effet être découverte qu'en analysant un certain nombre (variable, mais le plus élevé possible) de mythes, pour les comparer et rechercher ces « différences qui se ressemblent », autrement dit les caractères invariants qui définissent la structure. Celle-ci ne peut donc jamais être découverte à travers l'étude d'un seul mythe (ou d'une seule variante d'un même mythe): « un mythe ne doit jamais être interprété seul, mais dans son rapport avec d'autres mythes qui, pris ensemble, constituent un groupe de transformation ». Ce concept, largement détaillé par Lévi-Strauss dans ses nombreux ouvrages et articles sur les mythes, fut particulièrement développé dans le « texte fondateur ». de l'analyse structurale des mythes, La Structure des mythes, article de 1955 originellement en anglais (The Structural study of Myth) et repris comme chapitre XI de Anthropologie structurale..
En reprenant les récits mythiques de peuples voisins, en Amérique du Nord et du Sud, à partir d'une analyse très poussée de ses propres matériaux ethnographiques et d'autres publications, Lévi-Strauss estime qu'il existe un lien entre d'une part les variations (parfois subtiles) entre mythes de peuples différents, et d'autre part les variations des conditions de vie entre ces peuples, qu'il s'agisse de variations internes (culturelles), externes (écologiques, géographiques, climatiques) ou encore de variations temporelles au sein d'un même peuple.
Autrement dit, les différences entre versions mythiques reflètent celles entre les peuples qui les produisent: elles ne se distribuent pas de manière aléatoire mais selon un ordre, une loi de cohérence interne, la nécessité d'un équilibre, de la même manière que des molécules agrégées dans un environnement particulier s'organisent en un cristal :
Une des illustrations de ce phénomène est que les première et dernière version d'un mythe sont l'une face à l'autre dans des rapports symétriques et inverses, avec de nombreuses versions intermédiaires possibles: ainsi le mythe américain du Ash Boy se présente par rapport au conte européen de Cendrillon comme . : le héros est masculin, orphelin (Cendrillon a deux familles avec le remariage de son père), d'aspect repoussant (Cendrillon est ravissante), il aime sans retour (Cendrillon n'est aimée de personne) et finira dépouillé de son apparence hideuse (Cendrillon couverte de vêtements somptueux) par une intervention surnaturelle.
Dans cet article, Lévi-Strauss présente la formule canonique du mythe: Fx (a) : Fy (b) ≈ Fx (b) : Fa-1 (y), équation mathématique qui sera largement commentée. et deviendra l'une des illustrations les plus célèbres de l'application à la mythologie du concept de transformation.
Bibliographie
Références
Articles connexes Anthropologie structurale Claude Lévi-Strauss
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