Le renversement des valeurs (all. die Umwertung aller Werte) ou réévaluation (des valeurs) ou encore transvaluation de toutes les valeurs est un concept nietzschéen. Selon Friedrich Nietzsche, la morale, les valeurs occidentales sont, à l’origine, issues d’une inversion des valeurs d'où la nécessité d'un renversement de celles-ciFriedrich Nietzsche, Au-delà du bien et du mal Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale .

Signification D’après lui, au principe de toute vie, se trouve la volonté de puissance, c’est-à-dire, au-delà d'un élan désirant comme le pensait Spinoza, ou la nécessité aveugle du schopenhauerien, une pulsion, une force, qui veut indéfiniment augmenter sa puissance.

Nietzsche constate que le platonisme, relayé par le christianisme, a condamné cette volonté de puissance qui est en définitive une volonté de vivre, de croître, de se dépenser en prodigalité. Le christianisme a opéré une inversion des valeurs en instaurant, en favorisant, en sanctifiant tout ce qui, selon Nietzsche, se ligue contre les forces de vieMichael Paraire, Comprendre les grands philosophes, Editions de l’épervier, 2012, page 163. : avant tout par l’invention de "la vérité" (un arrière-monde, le Ciel) au mépris du réel (la Terre, le corps, les phénomènes) c’est-à-dire l’idéal contre le sensible. En instaurant moult valeurs mortifères comme : la culpabilité, la honte, SOS Bac Philo, Sylvain Bosselet, éditions Bréal mai 2013, page 84., la pitié, la faiblesse, l'égalité, etc., toutes ces morales du renoncement, qui empêchent la puissance de l’homme de se déployer, de se réaliser. En plaçant la morale des faibles (c'est-à-dire des chrétiens ceux qui ont, selon lui, l'esprit de vengeance, le ressentiment), contre les valeurs des forts (c'est-à-dire des sains, ceux plein de vitalité et de créativité .

Une généalogie de la morale permet d’interroger la valeur des valeurs occidentales comme la vérité, la justice, l'absolu, etc., de remonter à leurs sources platoniciennes, à éprouver leur socle et à déceler les fins, conscientes ou inconscientes, qu’elles se posent afin de les renverser pour les . Se demander, par exemple, pourquoi l'homme ne s'est-il pas contenté des notions de et d' ; pourquoi a-t-il fallu qu'il s'embarrasse de surcroît des notions de et de Philippe Solal & Pierre-Jean Dessertine, Premiers pas en philosophie, Éditions Ellipses, page 478. ?

Renverser les valeurs préalablement inversées, c’est très précisément remplacer les valeurs de mort par des valeurs de vie. Se dessaisir des valeurs qui nous entravent, qui nous affaiblissent, qui nous détruisent en supprimant la vénération des idoles (des idéaux), en devenant soi-même créateur de valeurs, en inventant des formes nouvelles, en développant notre côté artiste. Alors, comme le précise Patrick Wotling, spécialiste de Nietzsche, Patrick Wotling interrogé par Dorian Astor le 3 juin 2008.

Au fond, la question que nous pose Nietzsche est : et il nous invite à penser, c'est-à-dire à évaluer, et à fixer, par nos propres actes, de nouvelles valeurs.

Pour approfondir Bibliographie Sélection d'œuvres de Nietzsche Aurore. Pensées sur les préjugés moraux (Morgenröte. Gedanken über die moralischen Vorurtheile, 1881) Le Gai Savoir « la gaya scienza » (Die fröhliche Wissenschaft « la gaya scienza », 1882) Ainsi parla Zarathoustra. Un livre pour tous et pour personne (, 1885) Par-delà bien et mal. Prélude d'une philosophie de l'avenir (, 1886) Généalogie de la morale. Un écrit polémique (, 1887) Le Crépuscule des idoles, ou comment philosopher à coup de marteau (, 1888) L'Antéchrist. Imprécation contre le christianisme (, écrit en 1888, publié en 1895) Ecce homo. Comment on devient ce que l'on est (, 1888)

Sélection d'essais sur Nietzsche et sa philosophie Dorian Astor, Nietzsche, La Détresse du présent, , 2014. Harold Bernat, Nietzsche et le problème des valeurs, L'Harmattan, 2006. Marc Crépon, L’Éternel retour et la pensée de la mort, in « Les Études philosophiques » Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, Paris, 1970, . Jean Granier, Le Problème de la Vérité dans la philosophie de Nietzsche, Paris, Éditions du Seuil, 1966. Jean Granier, Nietzsche, PUF Que sais-je ?, 1982 Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, 1993. Michel Haar, Par-delà le nihilisme : Nouveaux essais sur Nietzsche, 1998. Ignace Haaz, Les conceptions du corps chez Ribot et Nietzsche, L'Harmattan, 2002. Paul Valadier, Nietzsche l'intempestif, Beauchesne, coll. « Le grenier à sel », Paris, 2000. Patrick Wotling, Nietzsche et le problème de la civilisation, P.U.F., Paris, 1995. Patrick Wotling, La Pensée du sous-sol. Statut et structure de la psychologie dans la philosophie de Nietzsche, Éditions Allia, 1999. Patrick Wotling, Le Vocabulaire de Nietzsche, Ellipses, 2001, nouvelle édition . Patrick Wotling, La Philosophie de l'esprit libre : introduction à Nietzsche, Flammarion, 2008. Patrick Wotling, Nietzsche, Le Cavalier Bleu, coll. Idées Reçues, 2009. Patrick Wotling, Dictionnaire Nietzsche (avec Céline Denat), Ellipses, 2013.

Articles connexes Éternel retour (concept nietzschéen) Lexique de Friedrich Nietzsche

Liens externes Patrick Wotling interrogé par Dorian Astor - conférence sur Nietzsche (Bnf) Patrick Wotling est l'invité de Raphael Enthoven - philosophie (Arte)

Références

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