La Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, ou FFACE, souvent abrégée en , est un mouvement de jeunesse protestant indépendant, fondé en 1898. Association reconnue d'utilité publique, elle participe à la structuration du protestantisme français au . Elle est membre de la Fédération protestante de France et de la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants.
Histoire 1898-1914 : Fondation Dans les années 1890, plusieurs cercles protestants d'étudiants sont fondés dans les grandes villes universitaires françaises. En 1892 le pasteur Jean Monnier, membre de la Société centrale d'évangélisation puis professeur de dogmatique à la Faculté de théologie protestante de Paris fonde une Société fraternelle d'étudiants, qui devient Cercle puis Association des étudiants protestants de Paris (AEPP). Le Cercle s'installe d'abord Rue Saint-Jacques, dans le Quartier latin, puis à partir de 1896 au 46 rue de Vaugirard, dans un hôtel particulier situé en face du Sénat acquis grâce à des dons. En 1897 à Nancy, puis à Bordeaux, Montauban, Lille, Montpellier, Nîmes et Toulouse se forment de nouveaux groupes.
Simultanément, en 1895, l'Américain John Mott fonde la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants (FUACE), qui s'affiche comme la En , trois professeurs d'université, Raoul Allier, Jacques Dumais et Jacques Pannier participent à une rencontre internationale des Young Men's Christian Association à Amsterdam. Ils y rencontrent John Mott et Karl Fries, futurs piliers de la FUACE. A la Pentecôte 1898, lors des secondes Journées de la jeunesse protestante à Sèvres; se réunissent des jeunes de l'AEPP, de la YMCA française et des délégués des universités de province. Raoul Allier, professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de Paris, y invite John Mott qui y prononce un discours remarqué. Les statuts sont rédigés lors d'une rencontre en près de Montpellier, et sont adoptés à la troisième conférence de Pentecôte, en 1899 à Versailles. Dès l'origine, cette fédération nationale s'affilie à la fédération internationale. Elle choisit même son nom, Fédération Française des Associations Chrétiennes d'Étudiants (FFACE), dit , en conséquence. Elle porte la marque du christianisme social, mouvement lui aussi d'origine protestante à vocation plus large : elle sera aussi « en quête de réconciliation entre la modernité, culturelle et scientifique, et la foi chrétienne. Pour les jeunes elle se construit comme un espace de liberté et d'auto-responsabilité »Brezger Dieter, Chevalley Geneviève, «La Fédé : presque 90 ans (survol historique)», Autres Temps. Les cahiers du christianisme social, , 1988. p. 79-85, voir en ligne sur Persée..
C'est par ailleurs le moment de l'affaire Dreyfus. Il est à noter que le professeur Raoul Allier, fondateur de la FFACE et son président jusqu'en 1920, est ouvertement dreyfusard. La Fédé porte aussi dans ses gènes le souci d'une république laïque et démocratique, soucieuse du droit des minorités. La Fédé se dote d'une organisation à la tête de laquelle est élu un secrétaire général, qui joue un rôle important dans le mouvement. Les premiers secrétaires seront Jules Rambaud et Charles Grauss.
En 1904 est créé l'organe de la Fédé, la revue Le Semeur. C'est la première revue étudiante en France.
Un élément fort, et très novateur en France (avant même l'éclosion du scoutisme), est l'organisation de camps d'été qui ont lieu d'abord en 1908 aux Mathes, dans la forêt de Coubre, près de la Rochelle avec seulement quelques participants, puis à partir de 1910 à Domino dans l'île d'Oléron, notamment sous l'impulsion de Charles GraussLa plage de Domino est une plage de sable fin orientée sud, faisant face à l'océan atlantique, sur la commune de Saint-Georges-d'Oléron.Nicolas Champ, «L’Évangile aux bains de mer ; Protestantisme et “désir de rivage” en Charente-Inférieure au », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest - Anjout, Maine. Poitou-Charente. Touraine, , 2011, p. 117-134 voir en ligne.. Le succès est rapide : parti de 25 en 1910, le nombre de participants atteint 219 en 1914. Ce camp, qui se poursuivra pendant l'entre-deux guerres et au-delà, permet la formation de nombreux cadres du protestantisme françaisArnaud Baubérot, «La nature éducatrice, La pédagogie du camp dans les mouvements de jeunesse protestants», Ethnologie française, 2001/4, vol. 31, pages 621-629, Paris, Presses Universitaires de France, ..
Enfin, la Fédé crée une branche lycéenne et une branche « filles », présidée par Élisabeth Meyer, qui épouse ensuite le président Pierre Maury. En 1914, la Fédé a environ 400 membres étudiants, 450 lycéens et 300 « filles».
1914-1940 : Première guerre mondiale et entre-deux-guerres Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreux membres de la Fédé sont envoyés sur le front. Beaucoup n'en reviennent pas, dont le secrétaire général Charles Grauss. Les anciens combattants en reviennent bouleversés par ce qu'ils ont vécu. Marqués par la découverte d'un monde non protestant mais aussi par l'humanité de l'« ennemi », quelques-uns comme André Trocmé deviennent objecteurs de conscience et pacifistes. Nombreux s'engagent dans la recherche de la réconciliation et d'une cohérence personnelle.
Au quotidien, la Fédé continue à organiser des camps d'été, à Domino sur l'île d'Oléron, au chalet de La Chalp dans les Hautes-Alpes puis, à partir de 1936, dans le domaine de Bièvres. Elle compte parmi ses cadres Jacques Ellul et Bernard Charbonneau.
Une théologie elle-même issue de cette crise culturelle d'après guerre, le barthisme, va apporter la réponse à cette génération de jeunes protestants. Le pasteur Pierre Maury (1890-1956), secrétaire général de la FFACE, sera lui-même l'un des principaux promoteurs de cette théologie. Allié aux principes préexistants du Christianisme social, le barthisme constituera une matrice pour le protestantisme français jusque dans les années 1970. L'un de ses représentants sera Marc Boegner, connu comme le président de la Fédération protestante de France de 1929 à 1961, mais il fut aussi président de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants de 1923 à 1935.
La Fédé participe activement aux rencontres œcuméniques internationales de la FUACE, dont la secrétaire de la branche féminine est une Française, Suzanne de Dietrich. La Fédé sera donc parfaitement informée sur la situation internationale et sur la dérive nazie en Allemagne. Cela forge l'anti-racisme profond de la Fédé.
1939-1962 : Seconde Guerre mondiale et reconstruction Étant donné son niveau d'information et de sensibilisation quant au nazisme et à l'antisémitisme, la Fédé ne sera pas tentée de s'engager du côté du gouvernement de Vichy. Karl Barth rend les jeunes attentifs aux compats de l'Église confessante. Les Thèses de Pomeyrol, qui fondent la Résistance spirituelle au nazisme en France sont rédigées par des théologiens de la Fédé et de la Post-Fédé. La Fédé se trouve parmi les mouvements de jeunesse protestants associés à la création de la CIMADE, sous l'impulsion de Suzanne de Dietrich puis de Madeleine Barot. De nombreux anciens de la Fédé œuvrent donc dans les réseaux d'évasion de juifs et autres persécutés, et dans la Résistance.
Pendant la guerre, les activités se poursuivent tant bien que mal : réunions, quelques camps d'été et circulation d'informations. La coupure en deux de la France à partir de l'été 1940 entraîne un dédoublement de l'organisation : Georges Casalis est nommé secrétaire en zone libre, alors que le secrétaire général parisien est Jean Bosc puis André Dumas.
L'après-guerre permet à la Fédé d'élargir son assise matérielle grâce à un legs important et au soutien financier des nombreux anciens du mouvement. Cela permet de recruter de nombreux permanents. Certains anciens sont organisés en Post-Fédé et continuent à fréquenter en famille des lieux comme le camp de Domino à Oléron.
Les effectifs vers 1950 semblent toutefois être du même ordre qu'en 1914 : environ 400 étudiants, répartis dans une quinzaine de groupes et , la revue Le Semeur tirant entre . La Post-Fédé compte plus ou moins cotisants. Le jeune philosophe Paul Ricœur participe à la rédaction du journal Le Semeur.
Malgré ces effectifs limités, la Fédé fait preuve de dynamisme et s'engage pour la réconciliation franco-allemande et dans la fondation de l'Union nationale des étudiants de France. En 1946, des anciennes de la Fédé fondent le Mouvement Jeunes Femmes, qui s'engage dans le féminisme et est cofondateur du Mouvement français pour le planning familial.
Mais la question coloniale, sur fond de guerre froide, vient troubler les consciences. La guerre d'Algérie, pour laquelle les étudiants sont appelés sous les drapeaux, provoque une véritable crise. La revue Le Semeur met en question le silence de l'Église réformée de France. Certains étudiants appelés prônent l'insoumission, voire soutiennent le Front de libération nationale algérien. Secrétaire général de la Fédé depuis 1957, Jacques Maury part en 1962..
1962-1982 : Bouillonnement et marginalisation En pleine crise de valeurs comme le reste de la société française, la Fédé se trouve entraînée dans de profondes transformations. Cela se traduit par des débats et des écrits, notamment autour de la sexualité, qui feront scandale et installeront une incompréhension entre la génération étudiante et ses aînés. En 1963, l'Alliance des équipes unionistes, qui rassemble depuis 1949 les mouvements de jeunesse protestants, Éclaireuses unionistes de France, Fédération française des éclaireuses, Unions chrétiennes de jeunes filles est traversée par de fortes tensions. Le directeur de l'Alliance et le président de la Fédé, Georges Casalis, veulent former une Alliance intégrée, qui ferait disparaître les mouvements historiques dans une unité globale divisée selon les tranches d'âge. Mais les étudiants de la Fédé ont d'autres aspirations, et tolèrent de moins en moins d'être encadrés par des anciens de la post-Fédé qui ont parfois largement la quarantaine. Georges Casalis a alors 46 ans, le président de l'Alliance est Pierre Bruneton, directeur général d'une multinationale, âgé de 60 ans.
En , est publié un Semeur numéroté zéro, qui fait scandale. Il questionne en mêlant sérieux et satire la normalité sexuelle, et prône l'union libre dans ses diverses formes possibles. Les réactions sont radicales : l'équipe de rédaction est démise de ses fonctions, les étudiants en théologies sont convoqués par la Commission des ministères pour s'expliquer. Plusieurs d'entre eux préfère renoncer à devenir pasteur plutôt que de se soumettre. En 1964, le Conseil national de l'Église réformée de France coupe toute subvention à l'Alliance et décide de créer ses propres aumôneries universitaires. L'Alliance disparait. La Fédération française des éclaireuses est dissoute, et sa branche féminine rejoint les Éclaireurs unionistes pour former la Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France. En quasi-rupture avec les Églises protestantes, la Fédé prend ses distances avec les institutions religieuses comme avec le mouvement international (FUACE). Elle perd ses références chrétiennes explicites et sa recherche théologique, dilue sa spécificité, espace ses activités.
Un clivage profond s'établit et la tension entre l'Église réformée de France et les mouvements de jeunesse est perceptible pendant près de trente-cinq ans. Entre 1966 et 2002, aucun synode national n'adopte de texte portant sur la jeunesse, de moins en moins encadrée.
Le pasteur André Micaleff est secrétaire général de l'Association des étudiants protestants de Paris de 1967 à 1981, avant de devenir président de la Mission populaire évangélique. Il coordonne le foyer du 46 rue de Vaugirard, et héberge des associations de défense des droits humains, qui militent notamment contre la dictature au Chili et au Brésil.