La vallée des Reines est un site égyptien où reines, princes, princesses et autres hauts dignitaires furent enterrés au Nouvel Empire. La vallée des Reines était autrefois connue sous le nom de Ta-Set-Neferou, qui signifie à la fois « le lieu de la beauté » et « le lieu des enfants royaux ». Les fouilles des tombes de la vallée des Reines ont été menées par Ernesto Schiaparelli et Francesco Ballerini au début des années 1900.
La vallée des Reines comprend l'oued principal, qui abrite la plupart des tombes (89 tombes et un refuge d'ermite copte QV1), ainsi que des vallées secondaires : la petite « vallée du Prince Ahmosé », avec deux tombes (QV88 et QV98), la « vallée de la Corde », avec trois tombes (QV92, QV93 et QV97), la « vallée des Trois Puits », avec quinze tombes (QV89, QV90, QV91 et QVA à QVL), la « vallée du Dolmen »Le nom de la vallée provient d'une formation rocheuse naturelle appelée « Dolmen » ; une autre structure faite de pierres empilées et dressées est par ailleurs nommée « Menhir » (cf. )., avec un sanctuaire rupestre dédié à Ptah et Mertseger ; sa présence ici est due au fait qu'il se trouve sur le sentier des ouvriers de Deir el-Médineh allant vers la vallée des Reines.
On ignore les raisons du choix de la vallée des Reines comme lieu de sépulture. La proximité du village ouvrier de Deir el-Médineh et de la vallée des Rois pourrait avoir joué un rôle. L'existence d'une grotte sacrée dédiée à Hathor à l'entrée de la vallée pourrait également avoir été prise en compte. Cette grotte était peut-être associée au rajeunissement des morts.
Avec la vallée des Rois et Thèbes toute proche, la vallée des Reines a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1979.
Géologie
La vallée des Reines repose sur un ensemble géologique de calcaires, de marnes, d'argiles, de craie et de schistes. Les argiles de la vallée ont subi des expansions et des contractions dues aux crues soudaines récurrentes. Ce rétrécissement a été l'une des causes de l'instabilité de la construction des tombes et de leurs dommages ultérieurs. Les éboulements résultant du retrait des dépôts d'argile et des événements tectoniques ont endommagé non seulement les tombes de la vallée, mais aussi les peintures murales qui s'y trouvaient.
Le paysage actuel de la vallée des Reines s'est formé par des failles et des effondrements ultérieurs au cours des époques pliocène et pléistocène. Ainsi, la stratigraphie horizontale originelle de la région a subi des inclinaisons. Ces inclinaisons ont révélé des dépôts de minéraux tels que l'anhydrite, le gypse et la halite. Le sel provenant de la halite présente dans le sol endommage également les peintures des tombes. L'infiltration d'eau souterraine a infiltré les tombes et est à l'origine de la dissolution et de la recristallisation du sel.
Le gypse, ainsi que l'argile, sont généralement considérés comme les enduits utilisés dans l'Égypte antique. Cependant, faute de données, il est difficile de déterminer la composition exacte de ces enduits. Ces croyances sont contestées en raison des variations de couleur, de dureté et de quantité de plâtre utilisées dans une tombe donnée.
Histoire
Préhistoire
La découverte de plusieurs outils en pierre paléolithiques par l'expédition du Musée égyptologique de Turin menée par Ernesto Schiaparelli suggère que la vallée était habitée par des humains bien avant la période pharaonique.
L'une des premières tombes construites dans la vallée des Reines est celle de la princesse Ahmès, fille du roi Seqenenrê Tâa (fin ) et de la reine Satdjéhouty. Cette tombe date probablement du début de la . Les tombes de cette dynastie comprennent, en plus de quelques tombes de la famille royale (QV8, QV17, QV72, QV76, QV82, QV88), plusieurs membres de la noblesse, dont un chef d'écurie (Nébiri, QV30) et un vizir (Imhotep, QV46). Les tombes des vallées secondaires (vallée du Prince Ahmosé, vallée de la Corde et vallée des Trois Puits) datent toutes de la .
Les tombes de cette époque sont généralement de forme simple et se composent d'une chambre et d'un puits funéraire. Certaines ont été agrandies pour accueillir plusieurs sépultures. Parmi elles figurent celles de plusieurs princes et princesses, ainsi que celles de quelques nobles.
On a longtemps pensé que les découvertes dans les musées, comprenant des fragments d'équipement funéraire de plusieurs membres de la famille royale, provenaient de la vallée des Reines, comme l'atteste encore la récente publication sur la vallée des Reines de Martha Demas et Neville Agnew. Cependant, ces objets, dont un fragment de vase canope de l'épouse du roi Henout, des fragments de vases canopes mentionnant un fils du roi, Menkheperrê, une grande épouse du roi, Nebetnehat, et des fragments de vase canope portant le nom de Tiâa, la fille du roi, proviennent tous des tombes à puits WB1 du Ouadi Bairiya, à au nord-ouest de la vallée des Reines.
Au cours de la , l'utilisation de la vallée devint plus sélective. Les tombes de cette période appartenaient exclusivement à des femmes royales. Nombre des épouses de haut rang de , et y furent enterrées. Les reines royales et les princesses-reines ont reçu leurs propres tombeaux (non partagés avec d'autres membres de la famille royale) incorporant des programmes décoratifs élaborés qui reflètent, à plus petite échelle, la grandeur des tombeaux de la vallée des Rois. Les tombes des reines utilisaient un schéma décoratif composé en grande partie de scènes tirées du Livre des Morts et sans aucune représentation de leurs maris. La tombe de la reine Satrê (QV38) fut probablement la première tombe préparée sous cette dynastie : sa construction fut probablement commencée sous le règne de et achevée sous celui de . L'un des exemples les plus connus est la sépulture creusée dans la roche de la reine Néfertari : les reliefs polychromes de sa tombe sont encore intacts. Plusieurs tombes furent préparées sans propriétaire précis, et les noms furent inscrits au décès de la femme royale. D'autres membres de la famille royale continuèrent d'être enterrés dans la vallée des Rois : la tombe KV5, celle des fils de , illustre cette pratique. Dans l'état actuel des connaissances, les tombes de la découvertes sont au nombre de 18, dont 3 n'ont pas été finies et 6 autres soit sont anonymes soit n'ont pas été utilisées.
Au début de la , la vallée était encore largement utilisée. Des tombes furent aménagées pour les épouses de et, contrairement aux conventions de la dynastie précédente, plusieurs tombes furent également aménagées pour les fils royaux. Le plan du tombeau a été modifié en un axe droit avec de longs couloirs étroits menant à la chambre funéraire et aux chambres latérales, rappelant les tombes de l'époque dans la vallée des Rois à plus petite échelle. La construction de tombes se poursuivit au moins jusqu'au règne de : l'un des papyrus de Turin mentionne en effet la création de six tombes sous ce règne ; on ignore lesquelles sont mentionnées dans ce papyrus, bien qu'il soit possible que la tombe QV51 de sa mère Iset, commencée sous le règne de son père , ait été finie sous son règne. Dans l'état actuel des connaissances, les tombes de la découvertes sont au nombre de 16, dont 8 n'ont pas été finies et une autre n'a pas été utilisée, tandis qu'une tombe de la a quant à elle été réutilisée pour Douatentopet, l'épouse du roi .
Des traces de troubles économiques subsistent pendant la : les archives indiquent que les ouvriers se mirent en grève sous le règne de et, vers la fin de la dynastie, des pillages de tombes sont signalés.
Troisième Période intermédiaire et Basse Époque
Le rôle de la Vallée des Reines comme cimetière royal cessa à la fin de la , suite à la division du pouvoir politique dans le pays. Les tombes passèrent sous le contrôle des prêtres de Thèbes et furent redistribuées en concessions familiales. La plupart des tombes de la vallée principale furent largement réutilisées de la à la Basse Époque. Certaines tombes (par exemple : QV11, QV43, QV44) furent réaménagées pour accueillir plusieurs sépultures et des centaines de momies furent placées dans l'espace funéraire réutilisé. Certaines tombesQV3, QV7, QV14, QV16 à QV18, QV22 à QV24, QV31 à QV34, QV53, QV71, QV77 à QV80 et QVA à QVK (cf. ). furent réutilisées à la fin du ou au . Ce qui caractérise cette période en matière de pratiques funéraires est essentiellement la réutilisation : tombes, sarcophages, vases canopes, et même les plus petits oushebtis et amulettes ont été réappropriés des sépultures du Nouvel Empire. On observe une évolution du culte funéraire, accompagnée d'une modification des objets associés. Les objets funéraires sont plus modestes, tant en qualité qu'en quantité, mais leur signification symbolique est plus importante. Des décorations élaborées de textes funéraires sur les cercueils en bois et les bandelettes de momies, des filets perlés (QV15))) et un grand nombre d'oushebtis étaient également courants dans la nécropole thébaine de cette période. Si les tombes d'autres cimetières, comme celles d'El-Assasif et de Dra Abou el-Naga, sont connues pour avoir été transformées en tombes d'élite de haut rang au cours de la Troisième Période intermédiaire, les tombes de la vallée des Reines étaient occupées par des membres de l'élite des classes inférieures qui travaillaient dans les temples locaux (prêtres de rang inférieur, chanteurs et chanteuses d'Amon) et exerçaient d'autres professions, telles que surveillants du domaine, jardiniers, cultivateurs de fleurs, fleuristes et parfumeurs vivant à Thèbes. Certaines tombes sont restées ouvertes, peut-être après des pillages, à en juger par les traces de perturbations animales sur les momies au moment de leur découverte moderne.
Période ptolémaïque
Peu de choses sont connues sur l'utilisation de la vallée des Reines à cette époque, mais on peut supposer qu'avec les autres tombes, vallées et temples de la rive ouest de Thèbes, un accès public y subsistait, ce qui contribuait au maintien du culte funéraire. En particulier, les statues en ruines d', aujourd'hui connues sous le nom de colosses de Memnon, étaient souvent admirées par des visiteurs curieux qui y laissaient des inscriptions. Il est possible que les gens soient simplement venus admirer la Vallée, comme le suggèrent quelques découvertes. Un ostracon daté de ou et deux pièces de monnaie d'Auguste de la période romaine ont été découverts à QV80. Dans une tombe, bien que l'emplacement soit inconnu aujourd'hui, un graffiti datant d'environ 122 avant l'ère commune, sous le règne de , a été écrit par un homme qui espérait bénéficier de la nature sacrée de la vallée des Reines.
Période romaine
Une réutilisation beaucoup plus intensive de la nécropole eut lieu pendant la période romaine, vers le . La vallée des Reines passa sous l'autorité de Djem (Memnonia en grec, village situé dans l'enceinte de Médinet Habou). Les tombes, notamment les tombes à puits de la , furent systématiquement réoccupées et souvent agrandies pour accueillir des personnes modestes originaires de Djem, de Thèbes-Ouest et des villages voisins, avec des objets funéraires simples. Certaines tombes contenaient plus d'une centaine de momies (QV15, QV16, QV34, QV39). Elles étaient entassées dans des couloirs et des chambres, rappelant le système funéraire des catacombes. Si ce cimetière populaire était souvent réservé aux êtres humains, certaines sépultures servaient également à des animaux momifiés : ibis et faucons (notamment dans les tombes QV3, QV4, QV9, QV10, QV11, QV12, QV53). Les concessions familiales furent abandonnées lorsque les tombes devinrent surpeuplées, et les tombes familiales furent redistribuées selon les villages d'origine.