Le régiment des lanciers de la Garde impériale est une unité de cavalerie française du Second Empire faisant partie de la Garde impériale. Mise sur pied en 1855, elle est dissoute avec le reste de la Garde par décret du .

Organisée à Melun, la composition du régiment connaît divers soubresauts avant d'être définitivement arrêtée à six escadrons en 1867. Au cours de ces quinze années d'existence, les lanciers assurent l'escorte de Napoléon III lors de l'attentat d'Orsini à Paris ; en campagne, ils sont également à la suite de l'empereur mais ne prennent que rarement part au combat. Au cours de la guerre franco-prussienne de 1870, le corps sous les ordres du colonel Latheulade participe à la bataille de Mars-la-Tour, peu avant la défaite française finale qui entraîne sa disparition.

L'uniforme est caractérisé par le port du chapska polonais et de la lance. Le reste de la tenue comprend un habit blanc à plastron bleu et passementerie écarlate, ce qui amène le peintre militaire Lucien Rousselot à qualifier cet uniforme comme étant .

Historique

Organisation

vignette|gauche|Lancier de la Garde impériale en grande tenue, par Édouard Detaille.

En 1854, deux ans après l'avènement du Second Empire, Napoléon III rétablit la Garde impériale, corps militaire d'élite attaché à sa personne. Cette dernière reprend ainsi les traditions de la première Garde impériale, formée par Napoléon et dissoute . La cavalerie de la Garde, forte à l'origine de deux régiments s'étoffe au fur et à mesure d'unités nouvelles. Le , un décret impérial instaure la création de quatre régiments de cavalerie supplémentaires : parmi eux, celui des lanciers de la Garde impériale..

Le tout frais régiment prend ses quartiers à Melun pour y étoffer les six escadrons prévus par le décret. La dissolution du de cuirassiers de la Garde en 1865 porte à huit le nombre d'escadrons, qui retombe à cinq le de la même année par souci d'économie. Le corps revient finalement à six escadrons au début du mois de . Entre-temps, les lanciers ont déjà vu se succéder deux colonels : Valentin Auguste Lichtlin, futur général de division, et, à partir de 1860, Jacques Louis Eugène Begougne de Juniac qui devient par la suite général de brigade. Suit Charles Alphonse Aimé Yvelin de Béville, un ancien du qui conserve son poste , date à laquelle il est remplacé par Henri Jean Baptiste de Latheulade qui commande le régiment lors de sa dernière campagne.

En 1862, les lanciers de la Garde quittent leurs casernes de Melun pour celles de Fontainebleau où ils passent cinq années, . Ils prennent alors leurs quartiers à Paris pour y être employés à la sécurité des monarques étrangers venus visiter l'Exposition universelle, avant de faire leur retour à Melun à la fin de l'année 1869. Le corps est dissout le avec le reste de la Garde impériale et ses éléments incorporés dans les régiments de marche de la cavalerie française. Le dernier escadron fusionne le à Lyon avec le de lanciers.

« Baptême du feu » de l'attentat d'Orsini

Le , et sa cour se rendent à une soirée de gala organisée à l'Opéra Le Peletier. Le moment est choisi par le conspirateur italien Felice Orsini pour attenter à la vie du souverain. L'un de ses complices jette une bombe sous les chevaux de l'escorte, constituée ce jour-là d'un escadron de lanciers de la Garde impériale aux ordres du lieutenant Noguet. L'explosion épargne l'empereur, mais les lanciers à sa suite payent un lourd tribut : sont blessés ainsi qu'une vingtaine de chevaux. Un maréchal des logis placé à hauteur de la portière gauche de l'attelage impérial reçoit trois blessures ; .. Fleury et Sonolet, dans le de la revue Historia, rapportent l'anecdote suivante :

Campagnes et batailles

vignette|Lancier de la Garde impériale, par François Hippolyte Lalaisse. vignette|Officier de lanciers de la Garde impériale en grande tenue, par François Hippolyte Lalaisse.

Au mois d' débute la campagne d'Italie, où la France est engagée aux côtés du royaume de Piémont-Sardaigne contre l'empire d'Autriche. Les lanciers de la Garde quittent Compiègne le avec et à l'effectif, et arrivent à Gênes le 28 pour y intégrer la division de cavalerie de la Garde commandée par le général Louis-Michel Morris.. Avec les dragons de l'Impératrice, ils forment la . Le rôle du régiment est toutefois des plus modestes. Il est présent lors de la bataille de Solférino le , mais il n'est pas engagé et doit se contenter d'assurer la liaison entre les et français. La manœuvre s'effectue cependant sous le feu de l'artillerie autrichienne qui blesse deux lanciers. Le régiment se voit décerner deux croix de la Légion d'honneur et deux médailles militaires à l'issue de la campagne.

Onze ans plus tard, les lanciers de la Garde participent de manière plus active à la guerre franco-prussienne de 1870, embrigadés une nouvelle fois avec les dragons de l'Impératrice. Quelques jours après le début des hostilités, le régiment est acheminé en train jusqu'à Nancy. La première partie de la campagne n'est qu'une suite de marches et de contre-marches pour la cavalerie de la Garde, dont Metz, Boucheporn, Longeville-lès-Saint-Avold, Maizery et Borny sont les étapes successives.. Les défaites françaises à Forbach-Spicheren et Frœschwiller amènent la formation d'un régiment de marche de la cavalerie de la Garde auquel est affecté le de lanciers. Le , de violents combats ont lieu autour de Metz, mais les lanciers de la Garde n'interviennent pas et doivent suivre le mouvement de retraite sur Verdun. Le 16, après avoir escorté l'empereur jusqu'au-delà de Conflans, le régiment prend position dans une zone boisée près du village de Rezonville, au milieu des tumultes de la bataille qui vient de s'engager.

L'après-midi se passe sans événement majeur, mais une reconnaissance menée par les chasseurs d'Afrique du général du Barail confirme la présence d'importantes masses de cavalerie prussienne. Le soir, aux alentours de , cette cavalerie se met en mouvement pour tourner l'aile droite française. Elle se compose de uhlans hanovriens, de cuirassiers westphaliens et du de dragons de la Garde prussienne.. Informé, le général Defrance, commandant la de cavalerie de la Garde, fait parvenir au régiment de lanciers l'ordre de charger. Le colonel de Latheulade ébranle ses escadrons qui viennent se ranger en bataille sur le plateau de Ville-sur-Yron. Face aux cavaliers prussiens qui approchent aux cris de « Hurrah ! », leurs homologues français croisent les lances. Le choc « d'une extrême violence » met hors de combat le premier rang allemand, puis la mêlée devient confuse : . Dans le désordre, le de dragons prend à partie les lanciers de la Garde qu'il a confondu avec des uhlans. Après un combat intense, l'affrontement tourne finalement au désavantage des lanciers qui sont contraints de se replier sur leur base de départ, où Latheulade les rallient.

À la fin de la bataille, le régiment a enregistré des pertes sévères : et sont tués, blessés ou disparus. Plusieurs d'entre eux rejoignent leur unité les jours suivants, portant la perte totale à , et . Le qui ne compte plus que est le plus éprouvé. Quant au colonel de Latheulade, touché à de nombreuses reprises, il a échappé de justesse à la capture. Le lendemain, suivant l'ordre de repli sur Metz, les lanciers de la Garde arrivent le au Ban-Saint-Martin d'où ils ne repartent que le 25 pour entrer dans Metz le même jour. Le régiment installe son bivouac sur l'île de Chambière, puis au fort de Saint-Julien à partir du . Entre-temps, les Prussiens ont entamé le siège de la ville et la cavalerie de la Garde assiste à quelques escarmouches près de la localité de Servigny-lès-Sainte-Barbe. . De fait, toute la cavalerie est bientôt démontée et les lanciers de Latheulade doivent troquer la lance contre le fusil Chassepot. Le , la capitulation de Metz est signée, livrant la garnison tout entière aux mains de l'armée prussienne. Le régiment des lanciers de la Garde prend alors le chemin de la captivité vers la Silésie. Seul subsiste le qui participe au siège de Paris, intégré au régiment de marche de la cavalerie de la Garde qui devient plus tard le de dragons.

Uniformes

Troupe

vignette|gauche|Lanciers de la Garde impériale en grande tenue, 1857, par Charles Édouard Armand-Dumaresq.

La coiffure est le chapska d'origine polonaise, propre aux régiments de lanciers. Pour la troupe, il est recouvert d'un drap bleu de ciel et surmonté d'un plumet écarlate en plumes de coq. Le devant est orné d'une plaque en cuivre frappée du « N » impérial sur fond de rayons de soleil. L'habit en toile blanche est complété par un plastron bleu de ciel. Les parements, collet et retroussis taillés en pointe sont de même couleur que le plastron. L'ensemble est rehaussé par la présence des aiguillettes et des épaulettes écarlates, ces dernières étant du modèle général affecté à la Garde. Le reste de l'uniforme comprend un pantalon garance à fausses bottes, décoré sur le côté d'un passepoil et de deux bandes bleu de ciel. En tenue de route, les lanciers revêtent un uniforme bleu en lieu et place du blanc, ce qui entraîne une méprise de la part des dragons français à la bataille de Mars-la-Tour qui prennent à partie les lanciers de la Garde en les confondant avec des uhlans prussiens. En petite tenue, le chapska est porté sans plumet mais avec une cocarde tricolore, tandis que le plastron est retourné du côté blanc, laissant apparaître sur les contours un passepoil bleu ciel. La tenue d'écurie se compose d'un bonnet de police bleu à distinctives blanches, d'une veste bleue à une rangée centrale de boutons et d'un pantalon blanc dit « de treillis ».

vignette|centre|Plaque de chapska des lanciers de la Garde impériale.

Trompettes

vignette|Trompette en grande tenue et soldat en manteau des lanciers de la Garde impériale, 1857, par Charles Édouard Armand-Dumaresq.

Les trompettes disposent quant à eux d'une tenue aux couleurs inversées, soit un habit bleu à plastron blanc. Le chapska est en drap blanc et le plumet écarlate disparaît au profit d'un plumet blanc sur la partie supérieure et bleu ciel sur la partie inférieure. Les épaulettes et aiguillettes sont en laine blanche, de même que la passementerie. La flamme de la trompette est décoré d'un fond blanc sur lequel est brodé au centre un « N » couronné bleu ciel, avec galons et franges de même couleur. Le corps des trompettes monte des chevaux de robe grise.

Officiers

La grande tenue des officiers se distingue essentiellement de celle de la troupe par ses passementeries. Ainsi, si le chapska est identique, l'habit est caractérisé par la distinctive dorée des épaulettes, aiguillettes, coulants, raquettes et glands. En outre, un passepoil blanc orne le pourtour du collet, et le passepoil bleu du pantalon est encadré par deux bandes dorées. De dos, deux passepoils bleus naissant aux niveaux des basques remontent jusqu'aux parements de manche. L'uniforme de petite tenue comprend un couvre-chapska enfilé par-dessus la coiffe, et sur lequel est fixé un pompon de laine dorée. L'habit se réduit à une veste bleue pourvue d'une rangée de boutons unique, aiguillette et épaulette à franges dorées, la première sur le côté droit et la seconde sur le côté gauche.

Armement et équipement