La grande-duchesse Maria Nikolaïevna de Russie (en ), née le ( du calendrier julien) à Peterhof, dans l'Empire russe, et assassinée avec toute sa famille le à Iekaterinbourg, en RSFS de Russie, est une membre de la famille impériale de Russie et la troisième fille du tsar Nicolas II et de la tsarine Alexandra Feodorovna. Son assassinat à la suite de la Révolution russe de 1917 a abouti à sa canonisation par l'Église orthodoxe russe.

Maria passe une enfance heureuse au sein d'une famille unie, dans l'ignorance des difficultés que traverse la Russie en cette première moitié du . Décrite comme charmeuse et romantique, elle subit un certain ostracisme de la part de ses sœurs qui l'appellent « Ange » parce qu'elle est toujours sage. Au cours de sa courte vie, Maria, trop jeune pour devenir infirmière de la Croix-Rouge comme ses sœurs aînées pendant la Première Guerre mondiale, est patronne d'un hôpital et rend visite aux soldats blessés en compagnie de sa sœur cadette, la célèbre Anastasia Nikolaïevna.

À la suite de la révolution russe, Maria et sa famille sont emprisonnés puis assassinés par les Bolcheviks, qui cachent leurs corps dans une fosse, ce qui donne lieu à de nombreuses théories concernant la potentielle survie de la famille impériale. Dans les années 1990, les restes des victimes sont découverts, mais il faudra attendre 2007 pour que les ossements de Maria et de son frère cadet Alexis soient retrouvés puis exhumés dans la Cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, en . Canonisée par l'Église orthodoxe, qui la considère comme une porteuse de passion, Maria Nikolaïevna est vénérée le , jour de sa mort.

Biographie Naissance et environnement familial alt=|gauche|vignette|300x300px|De gauche à droite : les grandes-duchesses Tatiana, Maria et Olga en 1900. La grande-duchesse Maria voit le jour le au palais de Peterhof, à au sud de Saint-Pétersbourg, au cours d'une journée froide et pluvieuse. Elle est la troisième fille de l'empereur Nicolas II de Russie et de l'impératrice Alexandra Feodorovna, née Alix de Hesse-Darmstadt. À la naissance, elle pèse 4,5 kg et l'accouchement est si difficile que l'on craint pour la vie de la mère et de l'enfant mais, finalement, Maria naît en bonne santé à 12 h 10. vignette|264x264px|La grande-duchesse Maria en 1906. La naissance d'une troisième fille — non dynaste — a provoqué une déception générale en Russie. Le grand-duc Constantin Contantinovitch, cousin de Nicolas II, écrit : « Il n'y a donc pas d'héritier. Toute la Russie sera déçue par cette nouvelle ». La reine Victoria, arrière-grand-mère maternelle de Maria, exprime également sa déception : « Je regrette la troisième fille pour le pays. Je sais qu'un héritier serait plus le bienvenu qu'une fille ». La grande-duchesse Xenia Alexandrovna, sa tante maternelle, note dans son journal : « Quel bonheur que tout se soit bien terminé, que toute l'excitation et les attentes soient enfin passées, même dommage qu'il n'y ait pas eu de fils. Pauvre Alix ! Mais nous sommes tout de même heureux, peu importe que ce soit un garçon ou une fille. ». Nicolas indique cependant qu'il est heureux de la naissance de Maria, et dit à Alexandra : « Je n'ose pas me plaindre, ayant un tel bonheur sur terre, ayant un trésor comme toi ma bien-aimée Alix, et déjà les trois petits chérubins ». Baptisée le , la petite fille reçoit, parmi ses nombreux parrains et marraines, sa grand-mère maternelle l'impératrice douanière Maria Feodorovna (née Dagmar de Danemark), en l'honneur de qui elle est probablement nommée. Deux semaines après sa naissance, le , son oncle — le tsarévitch Georges Alexandrovitch — succombe à la tuberculose et c'est son autre oncle paternel, le grand-duc Michel, qui le remplace en tant qu'héritier du trône impérial de Russie. La nécessité d'un garçon impérial se fait d'autant plus ressentir que, un peu moins de deux ans après la naissance de Maria, le ,la tsarine donne naissance à une autre fille : la fameuse Anastasia, qui vient compléter le quatuor des princesses.

Enfance gauche|vignette|338x338px|La grande-duchesse Maria en tenue de cour, en 1910. En dépit de leur rang élevé, les enfants Romanov grandissent simplement et sont élevés dans un certain sens de l'austérité. Les quatre sœurs apprennent le tricot et la broderie afin d'exposer leurs œuvres à des bazars de charité. Influencé par le style de vie simple de son grand-père, Alexandre III, Maria est élevée de manière stricte, dort dans un lit dur sans oreiller sauf lorsqu'elle est malade et prend un bain froid tous les matins. Elle partage une chambre avec sa sœur cadette Anastasia, et les deux filles sont connues comme « La Petite Paire » en opposition à leurs sœurs aînées Olga et Tatiana, connues comme la « Grande Paire ». vignette|340x340px|Les grandes-duchesses Maria et Anastasia en 1914. Alors qu'elle est encore très jeune, Maria est connue pour sa nature facile à vivre, sa douceur sa gentillesse. Le grand-duc Vladimir Alexandrovitch l'appelle « l'aimable bébé » parce qu'elle ne pleure jamais et sourit constamment à son entourage. Sa nourrice, Margaretta Eagar dit d'elle : « Maria est née bonne… avec la plus petite trace possible de péché originel. » Cependant, comme tous les enfants, Maria peut parfois se montrer têtue, paresseuse et espiègle. Ainsi, Margarita Eager a rappelé un incident au cours duquel une petite fille a été punie pour avoir volé plusieurs gâteaux à la vanille sur la table à thé de ses parents, bêtise pour laquelle l'impératrice lui a ordonné de se coucher plus tôt que d'habitude. Cependant, son père, Nicolas II, s'y est opposé en disant : « J'avais peur que des ailes lui poussent ! Je suis très heureuse de voir qu'elle est une enfant humaine". Les sœurs de Maria avaient tendance à profiter d'elle et de sa gentillesse. Olga et Tatiana ont un jour qualifié Maria de « demi-sœur » parce qu'elle était toujours sage et n'avait jamais d'ennuis. De même, Maria devait souvent s'excuser auprès des gens pour les bêtises de sa sœur cadette, la sauvage Anastasia, qui avait l'habitude de bousculer et de taquiner les autres. gauche|vignette|246x246px|Une aquarelle de Maria, 1913. À l'instar de ses frères et sœurs, Maria est éduquée à domicile par un précepteur suisse, Pierre Gilliard. La jeune fille apprend le russe, l'anglais et parvient à maîtriser le français à un niveau « passable », mais sans plus. Maria ne s'intéresse pas au travail scolaire, même si elle dessine bien, mais toujours de sa main gauche, ce qui veut dire qu'elle est ambidexte. Selon Sophie Buxhoevedon, une dame d'honneur de l'impératrice, Maria est la seule de ses sœurs dotée d'un talent artistique. Si elle n'avait pas été une grande-duchesse, Maria aurait rêvé d'épouser un soldat russe et d'avoir une grande famille. Maria a également héritée de la force de son grand-père, Alexandre III, et, adolescente, elle s'amusait parfois à soulever ses tuteurs du sol. vignette|312x312px|Maria en 1914. Louis Mountbatten a fait exposer ce portrait sur sa table de nuit jusqu'à sa mort dans une explosion en 1979. Dotée de la beauté classique des Romanov, Maria apprécie les flirtes innocents avec les jeunes soldats qu'elle rencontre au palais ou lors des vacances en famille. Maria aimait les soldats dès son plus jeune âge, selon Margaretta Eager : « Un jour, la petite grande-duchesse Marie regardait par la fenêtre un régiment de soldats qui défilait et s'écria : "Oh ! j'aime ces chers soldats, je voudrais les embrasser tous !". Je lui dis : "Marie, les gentilles petites filles n'embrassent pas les soldats". Quelques jours après, nous fîmes une fête d'enfants, et les enfants du grand-duc Constantin étaient du nombre des invités. L'un d'eux, qui avait atteint l'âge de douze ans, avait été mis dans le corps de cadets et était venu en uniforme. Il voulut embrasser sa petite cousine Marie, mais elle mit sa main sur sa bouche et se détourna de l'embrassement qu'on lui offrait. "Va-t'en, soldat, dit-elle avec beaucoup de dignité. Je n'embrasse pas les soldats". Le garçon fut très heureux d'être pris pour un vrai soldat, et passablement amusé en même temps ». Jusqu'à son propre assassinat en 1979, son cousin Louis Mountbatten, comte Mountbatten de Birmanie, gardait une photo de Maria à côté de son lit en souvenir du béguin qu'il avait pour elle. En 1910, Louis rencontra les sœurs Romanov. Il déclara plus tard qu'elles étaient « adorables, terriblement douces, bien plus belles que sur leurs photos », et il déclara : « J'étais fou de Marie et étais déterminé à l'épouser. Elle était absolument adorable ». Le , le prince Carol de Roumanie fit une demande en mariage officielle à Maria. Nicolas « rit gentiment de la proposition du prince » parce que Maria « n'était rien de plus qu'une écolière ». Pendant la guerre, Maria développa un béguin pour un officier, Nikolaï Dmitrievitch Demenkov. Elle demandait souvent à son père de lui transmettre ses salutations et signait parfois ses lettres au tsar « Demenkov », pour plaisanter.

Relation avec Raspoutine Maria, comme toute sa famille, adore l'héritier tant attendu, le tsarévitch Alexis, qui souffre de complications fréquentes liées à l'hémophilie et qui faillit mourir à plusieurs reprises. Sa mère s'appuyait sur les conseils de Grigori Raspoutine, un paysan russe et starets, et attribuait à ses prières le mérite d'avoir sauvé le tsarévitch malade à de nombreuses reprises. Maria et ses frères et sœurs apprirent également à considérer Raspoutine comme « notre ami » et à partager des confidences avec lui. À l'automne 1907, la tante de Maria, la grande-duchesse Olga Alexandrovna de Russie, fut escortée à la crèche par le tsar pour rencontrer Raspoutine. Maria, ses sœurs et son frère Alexis portaient tous leurs longues chemises de nuit blanches. « Tous les enfants semblaient l'aimer », se souvient Olga Alexandrovna. « Ils étaient complètement à l'aise avec lui ». vignette|364x364px|Raspoutine vers 1910. gauche|vignette|249x249px|La famille impériale de Russie en 1913. L'amitié de Raspoutine pour les enfants impériaux était évidente dans les messages qu'il leur envoyait. « Ma chère Perle M. ! » écrivit Raspoutine à Maria, alors âgée de neuf ans, dans un télégramme en 1908. « Raconte-moi comment tu as parlé avec la mer, avec la nature ! Ton âme simple me manque. Nous nous reverrons bientôt ! Un gros baiser. » Dans un deuxième télégramme, Raspoutine dit à l'enfant : « Ma chère M. ! Ma petite amie ! Que le Seigneur t'aide à porter ta croix avec sagesse et joie en Christ. Ce monde est comme le jour, regarde, c'est déjà le soir. Il en est de même pour les soucis du monde ». En , Raspoutine envoya à tous les enfants impériaux un télégramme leur conseillant « d'aimer toute la nature de Dieu, toute sa création, en particulier cette terre. La Mère de Dieu était toujours occupée avec les fleurs et les travaux d'aiguille »..

L'une des gouvernantes des filles, Sofia Ivanovna Tioutcheva, fut horrifiée en 1910 parce que Raspoutine avait été autorisé à entrer dans la nurserie alors que les quatre filles étaient en chemise de nuit. Tioutcheva voulait que Raspoutine soit exclu des nurseries. En réponse aux plaintes de Tioutcheva, Nicolas demanda à Raspoutine de mettre fin à ses visites à la nurserie. « J'ai tellement peur que S.I (Sophie Ivanovna) puisse dire quelque chose de mal de notre ami », écrivit Tatiana, la sœur de Maria, âgée de douze ans, à sa mère, le , après avoir supplié Alexandra de lui pardonner d'avoir fait quelque chose qu'elle n'aimait pas. « J'espère que notre nourrice sera gentille avec notre ami maintenant ». Alexandra finit par faire renvoyer Tioutcheva.