Jules Dalou, né à Paris le et mort dans la même ville le , est un sculpteur français.
Biographie Aimé Jules Dalou est né dans une famille d’artisans gantiers. Ses parents protestants l’élèvent dans la laïcité et l’amour de la République.
Jeunesse Jules Dalou montre très jeune des dons pour le modelage et le dessin, ce qui lui vaut l’attention de Jean-Baptiste Carpeaux, lequel le fait entrer en 1852 à la Petite École, future École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, où il suit les cours d'Horace Lecoq de Boisbaudran.
En 1854, il est admis à l’École des beaux-arts de Paris où il étudie la peinture dans l'atelier d'Abel de Pujol et la sculpture dans l'atelier de Francisque DuretDuret fut aussi le maitre de Carpeaux.. Il commence à gagner sa vie en travaillant pour des ornemanistes. C'est chez l'un d'eux que débute son amitié avec Auguste RodinGustave Coquiot, Rodin à l'Hôtel de Biron et à Meudon, Ollendorff, Paris, 1917, (en ligne).. Paris est alors en pleine mutation, Dalou se forge une expérience en travaillant dans les grands chantiers de la capitale en produisant de la sculpture décorative pour des immeubles sur les grandes avenues parisiennes : à ce titre il participe à la décoration de l'hôtel de La Païva avenue des Champs-Élysées. Il travaille également pour l'atelier d’orfèvrerie des frères Auguste et Joseph Fannière.
Il se présente quatre fois, sans succès, au concours du prix de RomeBiographie Insecula.. Il en conçoit de la rancœur envers les institutions artistiques officielles.
Il présente au Salon de 1869 un Daphnis et Chloé, et La Brodeuse au Salon de 1870. Ces deux pièces sont acquises par l'ÉtatCes marbres restèrent inachevés et les plâtres furent détruits..
Durant ces années obscures de formation, Dalou épouse Irma Vuillier, une femme de fort caractère qui le soutiendra toute sa vie. Le couple n’a qu’un enfant, Georgette (1867-1915), une fille née avec un handicap mental qui nécessite, jusqu’à sa mort pendant la Première Guerre mondiale, la présence à ses côtés d’un adulte responsable. C’est pour assurer le financement de l'hébergement à vie de sa fille par l’Orphelinat des Arts que Dalou a légué le fonds de son atelier à cette institution ; ainsi les chercheurs disposent-ils actuellement de plus de œuvres achetées par la ville de Paris à l’orphelinat en 1905.
La Commune de Paris Le conflit franco-prussien bouleverse l’ordre du Second Empire et la défaite de Sedan provoque la proclamation de la Troisième République. Dalou s’engage dans le combat. On le retrouve officier au des fédérés. Le , la Commune de Paris met en place un gouvernement insurrectionnel. Gustave Courbet que l’on vient d’élire à la Fédération des artistes de Paris, appelle Dalou auprès de lui et le fait nommer administrateur provisoire adjoint au musée du Louvre, au côté d'Henry Barbet de JouyHenri Barbet de Jouy (1812-1896), fils de Jacques-Juste Barbet de Jouy., avec pour mission de protéger les collections du vandalisme. Le , Dalou et sa famille, pour mener à bien sa surveillance, s’installent dans le musée.
Exil à Londres (1871-1879) vignette|redresse|Lawrence Alma-Tadema, Dalou, sa femme et sa fille (1876), Paris, musée d'Orsay. Au lendemain de la Semaine sanglante de , Dalou, sa femme et leur fille sont menacés en tant que Communards, contraints à l'exil et demandent le droit d'asile. Le de la même année, ils peuvent rejoindre l'Angleterre et sont accueillis par son ancien condisciple de la Petite École, le peintre et graveur Alphonse Legros.
À Londres les premières années sont difficiles mais grâce à l'aide bienveillante que lui apporte Legros., très introduit à la City, il réalise une série de statuettes en terre cuite inspirées par les paysannes boulonnaises ou par des sujets intimistes (Liseuse, Berceuse), et des portraits de l'aristocratie anglaise. À la fin de 1874, Dalou trouve un emploi de professeur de modelage à la National Art Training School et à la . Son influence est déterminante auprès des sculpteurs britanniques de la . Il reçoit commande d’une fontaine publique en marbre intitulée Charity (1877)Le marbre original (non localisé) s'étant dégradé rapidement, il fut remplacé par une copie en bronze en 1897. près du Royal Exchange à Londres, et d'un monument pour la reine Victoria dédié à ses petits-enfants situé dans la chapelle privée de Frogmore au château de Windsor.
Pendant cet exil, le gouvernement français choisit d'envoyer en 1876 le bronze de La Brodeuse dans sa sélection officielle de la France pour l'Exposition universelle de Philadelphie. Mais malgré toutes les propositions qui lui sont faites par ses confrères anglais, il refuse d'exposer dans la section anglaise du Salon en France, ne voulant pas être abrité par un drapeau étranger dans son propre pays.
Le , le de guerre de Paris le condamne aux travaux forcés à perpétuité par contumace pour ses fonctions d'officier dans la Commune et son poste d'administrateur adjoint du Louvre. Ayant refusé de demander grâce, ce n’est qu’en , après avoir été amnistié sous la présidence Jules Grévy que Dalou et sa famille rentrent enfin d’exil..
Retour en France vignette|redresse|Boulonnaise allaittant (vers 1890), Atlanta, High Museum of Art. vignette|redresse|Henri Rochefort (1890), Paris, musée d'Orsay. vignette|redresse|Bacchanale (1898), Paris, fontaine du jardin des serres d'Auteuil. Dalou retourne en France après avoir concouru pour une statue monumentale de la République destinée à la place de la République à Paris. L’envoi de Dalou ne correspondant pas aux critères requis, le jury choisit finalement le projet des frères Morice, le Monument à la République. Cependant son groupe Le Triomphe de la République est commandé par la municipalité pour être érigé sur la place du Trône, renommée place de la Nation en 1880. Dalou consacrera vingt ans à la réalisation de ce monument.
En 1890, sous la présidence de Meissonier, avec un comité composé notamment de Jules Dalou, une nouvelle Société nationale des beaux-arts recommence à organiser des expositions annuelles au Salon du Champ-de-Mars..
Les années 1881 et 1882 sont difficiles : pendant cette période il reprend une activité de sculpteur-décorateur pour l'ornemaniste Michel-Victor Cruchet. Il collabore à plusieurs occasions avec le céramiste Ernest ChapletDont l'atelier se trouve au 153, rue Blomet à Paris., mais le Salon de 1883 le révèle enfin au grand public français. Il y expose les plâtres de ses deux hauts reliefs : La Fraternité des Peuples (également connu sous le titre la République)Le plâtre original orne la salle des mariages de la mairie du de Paris. Le marbre (1908) est conservé dans les réserves du Petit Palais à Paris. et Mirabeau répondant à Dreux-Brézé, pour lequel on lui remet la médaille d'honneur. Aujourd'hui et le bronze du Mirabeau répondant à Dreux-Brézé, achevé en 1890, acquis par l'État, orne la salle Casimir-Perier du Palais Bourbon à Paris.
Fuyant le monde et vivant en famille, Dalou se livre à un labeur considérable. En hommage au peintre dont il admire l'œuvre, Il exécute le Monument à Eugène Delacroix, Jardin du Luxembourg (1890). Il réalise les Monuments à Alphand, avenue Foch (1891-1896, inauguré en 1899), à Boussingault à l'École des arts et métiers (1895), à Jean Leclaire au square des Épinettes à Paris (1896), à Charles Floquet au cimetière du Père-Lachaise (1897), à Sidi-Brahim à OranComposé d'un obélisque supportant une statue de la Victoire à son sommet et, au niveau de la petite base, d'une statue de la France. Cet ensemble a été transformé en Monument à la gloire d'Abd el-Kader après l'indépendance de l'Algérie : la statue de la France et le cartouche commémoratif ont été retirés et quatre médaillons en bas-reliefs identiques du portrait d'Abd el-Kader ont été disposés sur les quatre faces de l'obélisque au niveau de la petite base en 1969. La statue de la Victoire est restée inchangée. La statue de la France et le cartouche commémoratif ont été intégrés dans un nouveau monument inauguré le à Périssac.Voir les photographies du nouveau monument à Périssac. (1898), à Lazare Hoche à Quiberon (1902). Il conçoit un projet de Monument à Victor Hugo au Panthéon (1886), un projet de Monument à la Justice pour le Palais Bourbon (1892), et un projet de Monument aux Orateurs destiné au Panthéon (1896-1898), tous les trois non réalisés.
On lui commande les gisants d'Auguste Blanqui (1885), celui de Victor Noir (1890), et le médaillon en bronze de Charles Amouroux (1885), tous visibles au cimetière du Père-Lachaise.
Il fait sentir toute son admiration pour la peinture de Rubens dans son groupe du Triomphe de Silène placé au jardin du Luxembourg (1885). La ville de Paris lui commande la statue d'Antoine Lavoisier pour le grand amphithéâtre de la Sorbonne (1887), la fontaine de La Bacchanale du Jardin des serres d'Auteuil (1895-1898), la statue de La Chanson à l'hôtel de ville de Paris, qui reproduit les traits de la chanteuse Yvette Guilbert (1895).
Parmi les nombreux bustes qu'il produit après son retour en France, on peut citer ceux de Charcot (1884), Auguste Vacquerie (1885), Henri Rochefort (1888), Gustave Courbet (1890), Albert Liouville (1890), (1890), Jules Jouy (1892)Une épreuve en bronze de 1899 orne la tombe du chansonnier au cimetière du Père-Lachaise., Ernest Cresson (1897), Paul Richer (1900), Jean Gigoux (1900), et Marie Laurent (inachevé, 1901).
Pour l'Exposition universelle de 1889, dite Exposition du Centenaire, on inaugure sur la place de la Nation le plâtre (teinté couleur bronze) du groupe allégorique du Triomphe de la République commandé par la ville de Paris en 1879. Bien que la version bronze du groupe ne fût inaugurée qu'en 1899Pascal Ory, L'Expo universelle, 1889, Éd. Complexe, 1989., cette œuvre remporte le grand prix de sculpture de l'exposition.
Dalou quitte la Société des artistes français en 1890 pour exposer désormais à la Société nationale des beaux-arts, dont il est membre fondateur avec Ernest Meissonier, Auguste Rodin et Pierre Puvis de Chavannes.
Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1883, puis promu officier par le président Carnot en 1889, il est élevé au grade de commandeur du même ordre en 1899 par le président Loubet lors de l'inauguration de son monument du Triomphe de la République.
Mort et inhumation Jules Dalou meurt le à son domicile au 22, avenue du Maine dans le de ParisArchives de Paris , acte de décès , année 1902 (vue 18/31). d'une affection cardiaqueNécrologie dans le journal L'Aurore du 16 avril 1902 via Gallica.. Il est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse ()Registre journalier d'inhumation de Paris Montparnasse de 1902, en date du 17 avril (page 3/31)..
Le Monument aux Travailleurs vignette|redresse|Buste de terrassier avant l'application de la patine dans la fonderie Hébrard en 1910. Photographie de l'agence Rol. Il n'a pas le temps de mener à bien son dernier grand projet, un Monument aux Travailleurs (ou Monument aux Ouvriers), dont l'idée lui vient en 1889 au lendemain de la première inauguration du Triomphe de la République. Le formalisme de la cérémonie et les défilés militaires avaient tenu le peuple à l'écart de cette manifestation officielle. Dalou en avait été déçu. Fidèle à son idéal républicain, il eut souhaité que cette inauguration soit l'occasion d'une grande fête populaire et démocratique (ce qu'elle fut lors de l'inauguration du bronze en 1899). Son idée est de rendre un hommage au monde des ouvriers, des artisans et des paysans en leur dédiant cette œuvre dont ils constituent le sujet central. À la fin de sa carrière il décrit ce projet en ces termesLe , « Journal de Dalou » transcrit par Maurice Dreyfous dans : Dalou, sa vie et son œuvre, . : .