Jean Damien Louis Alphonse Schoonjans, né le à Louvain et mort le à Bruxelles (province de Brabant), est un prêtre catholique, historien et enseignant belge.

L'abbé Jean Schoonjans s’est signalé comme polémiste et surtout comme auteur de manuels scolaires et d’ouvrages de vulgarisation du passé national belge. Il fut un précurseur dans ce domaine, notamment par les six volumes de la série de chromos Nos Gloires destinés à la jeunesse (1949-1961), premier ouvrage des éditions Historia.

Historien formé à l’Université catholique de Louvain, Jean Schoonjans a enseigné dans trois écoles secondaires successives (de 1920 à 1952) ainsi qu’à la Faculté de philosophie et lettres de l’Institut Saint-Louis, embryon de l’actuelle Université Saint-Louis - Bruxelles, de 1932 à 1965. Ce double parcours et le cumul durant de deux niveaux d’enseignement (secondaire et universitaire) explique les singularités de son parcours. Oublié et méconnu jusqu’il y a peu, ce parcours est paradoxal à plusieurs égards. Pédagogue et vulgarisateur de talent, intellectuel méticuleux et scrupuleux, novateur et entreprenant, Jean Schoonjans se place toutefois en porte-à-faux de l’évolution historiographique par sa visée patriotique et édifiante, et par sa lecture unilatéralement belgiciste du passé national (sans égard pour les perspectives grand-néerlandaise, flamande ou wallonne). Ses publications partagent donc les deux revers, positifs et négatifs, de cette médaille.

L’intérêt de la figure de Jean Schoonjans est évident dans une triple perspective. D’abord du point de vue du renouveau d’intérêt pour les anciens manuels scolaires d’histoire et pour la manière dont ils présentent le passé. Ensuite du point de vue du rôle public de l’historien et de son implication dans la cité. Enfin, du point de vue de l’histoire de l’illustration, des amateurs et des collectionneurs, de par sa collaboration avec des illustrateurs et dessinateurs de talent comme Jean-Léon Huens (1921-1982), Auguste Vanderkelen (1915-1991) ou encore les époux Fred Funcken (1921-2013) et Liliane Funcken (1927-2015).

Contexte familial et formation Jean Schoonjans est le fils de Jean-Baptiste Schoonjans et Marie Julia RenierPour tout ce qui suit, voir É. Bousmar, L’abbé Jean Schoonjans (1897-1976) et la vulgarisation de l’histoire, de la Faculté Saint-Louis à la série Nos Gloires, dans À l’aune de Nos Gloires. Édifier, narrer et embellir par l’image. Actes du colloque tenu au Musée royal de Mariemont les 9 et 10 novembre 2012, dir. J.-M. Cauchies, G. Docquier et B. Federinov, Bruxelles-Morlanwelz, Presses de l’Université Saint-Louis/Musée royal de Mariemont, 2015 (Monographies du Musée royal de Mariemont, 20 ; Cahiers du CRHiDI, hors-série), p. 73-119.. Originaires de Gand (Belgique, chef-lieu de la province de Flandre orientale), ceux-ci se sont installés à Louvain (Belgique, à l’époque chef-lieu d’arrondissement de la province du Brabant ; depuis 1995 chef-lieu de la province du Brabant flamand). C’est dans cette ville que Jean naît le .

C’est durant la Première Guerre mondiale, en Belgique occupée, que Jean Schoonjans entame ses études supérieures. Il étudie au Grand Séminaire de Malines (1916-1919) puis à l’Université catholique de Louvain (1919-1921). Il est ordonné prêtre le . À Louvain, il obtint successivement la candidature en sciences morales et historiques (1920, programme de deux années concentré en un an) puis la licence en sciences morales et historiques (1921). Il ne réalisera pas de thèse de doctorat par la suiteVoir Annuaire de l’Université catholique de Louvain, vol. 80, 1920-1926, p. 108-109 et 167, ainsi que Annuaire officiel du clergé de l’archevêché de Malines, 24e année, 1920, p. 265, et années suivantes, pour ce qui concerne ses études, son ordination et sa première nomination.. Parmi ses professeurs à l’université, il eut notamment Léon Van der Essen et Charles Terlinden.

Parcours professionnel Avant même d’avoir obtenu son diplôme de second cycle (la licence en sciences morales et historiques), il entame une longue carrière de professeur dans l’enseignement secondaire. Il est d’abord professeur au Petit Séminaire de Basse-Wavre (1920-1925), ensuite au Collège Saint-Pierre à Uccle (1925-1932), enfin dans la section humanités de l’Institut Saint-Louis à Bruxelles (1932-1952)De même, voir l'analyse détaillée dans É. Bousmar, L’abbé Jean Schoonjans (1897-1976) et la vulgarisation de l’histoire, op. cit., p. 73-119.. Simultanément, il occupe une chaire d’histoire ecclésiastique à l’École des sciences philosophiques et religieuses de l’Institut Saint-Louis (1927-1939), dont les leçons publiques sur le thème de L’Inquisition seront publiées en 1932, et est nommé chargé de cours à la Faculté de philosophie et lettres du même Institut (1932/33-1965), ancienne dénomination de l'actuelle Université Saint-Louis - Bruxelles. Cette dernière charge se limite à un cours d’Exercices, l’essentiel de l’enseignement de l’histoire étant assuré par le chanoine Fleury De Lannoy. Aumônier de réserve, Jean Schoonjans sera mobilisé pour deux courtes périodes en 1938 et 1939 et admis à la démission en . L’année 1940 est aussi marquée par la préparation et l’impression —du moins sur épreuves— de son manuel Notre Histoire pour le secondaire (1940/1945, 1960). Il sera impliqué dans des actions de résistance au sein de l’Institut et arrêté par l’Occupant. Il fut emprisonné du au , au motif notamment d’avoir imprimé et diffusé Notre Histoire, non autorisé. Par ailleurs, la succession du chanoine De Lannoy lui échappera au profit d’un docteur en histoire, le futur monseigneur Aloïs Simon, nommé en 1942. Après la guerre, son portefeuille de cours en Faculté s’accroit toutefois progressivement, au point qu’il est nommé au grade de professeur en 1950 et quitte définitivement l’enseignement secondaire en 1952. Émérite le , il quitte peu après l’Institut Saint-Louis où il demeurait depuis l’entre-deux-guerres. Il meurt en 1976. Il est titulaire de la Croix de Prisonnier politique et de plusieurs distinctions dans les ordres nationaux (au titre du ministère de l’Instruction publique) : il a ainsi obtenu les grades de Grand Officier (1965) de l’Ordre de la Couronne, de Chevalier (1946) de l’Ordre de Léopold, et de Grand Officier (1959) de l’Ordre de Léopold II.

Publications de Jean Schoonjans Publications pédagogiques: une activité précoce et soutenue Très tôt, Jean Schoonjans publie des manuels scolaires, qui seront longtemps réédités : Résumé d’histoire de Belgique, préfacé par son ancien maître Léon Van der Essen (1926, 1968), Les Temps modernes (1928, 1954, trad. néerl. 1937), Cahiers d’histoire universelle (1934, 1965), Notre histoire (1940, 1960). Il prend aussi la plume dans la revue de l’enseignement catholique, Nova et Vetera, où il rédige des comptes rendus d'ouvrages et expose ses conceptions sur l'enseignement de l'histoireVoir ici-même la partie "Œuvres de Jean Schoonjans" pour une présentation détaillée..

Publications de vulgarisation: un rôle pionnier Dès 1930, il avait publié Vos Aînés, sous les auspices de l’action catholique de la jeunesse belge (ACJB), un des mouvements d’action catholique fleurissant à l’époque. Cet ouvrage sortait à l’occasion du centenaire de l’Indépendance nationale (1830-1930) et donnait un résumé de l’Histoire de Belgique depuis l’Antiquité jusqu’à la Grande Guerre. L’ouvrage était illustré de sa main.

En 1945, l’album illustré Et nous nous rappelons (en néerlandais ) sort dans les deux langues nationales. Bien que non signée cette fois, l’illustration (dessins au trait) est probablement à nouveau de sa main.

C’est aussi à cette époque, lorsqu’il voit sa charge s’accroître en Faculté puis qu'il quitte définitivement l’enseignement secondaire (1952) que ses publications de vulgarisation historique pour la jeunesse prennent de l’ampleur. De 1949 à 1961, il sera le concepteur et scénariste de la série Nos Gloires, paraissant dans les deux langues nationales (en néerlandais ). Celle-ci consiste en de chromos publiés par la maison d’édition Historia, créée pour l’occasion. Il rédigera les textes des six albums et il fournit conseil et documentation aux deux illustrateurs, Jean-Léon Huens et Auguste Vanderkelen.

Pilier des Éditions Historia, dont il présidera le conseil d’administration, il rédigea également les textes pour le porte-folio Vieilles pierres de Bruxelles (1958) et pour les albums de chromos Histoire des villes(1960-1965, ), qui paraissent également en néerlandais.

Pour l’hebdomadaire Tintin., il publiera une Histoire du monde (1955-1962), dont il assure le texte et le scénario, les vignettes étant dessinées par les époux Fred Funcken et Liliane Funcken. Une partie sera reprise en trois albums publiés aux éditions du Lombard de 1958 à 1962..

Mentionnons encore ses Femmes belges (1952), recueil édifiant de figures exemplaires du passé national, destiné cette fois à un public adulte.

Pour un public général, il rédigea également dans l’entre-deux-guerres un article pour la revue Psyché et un autre pour la Revue catholique des idées et des faits. À la Libération et dans l’après-guerre, il collabora au quotidien catholique La Libre Belgique, notamment dans le cadre de la Question royale (1944-1950) avec des papiers polémiques en faveur du retour de Léopold III. Une partie de ces textes est reprise dans le recueil Pour la Couronne (1947).

Publications scientifiques: une absence d'insertion dans la recherche Bien qu’en théorie sa licence en sciences morales et historiques l’y préparât, Jean Schoonjans n’a pas développé d’activité de chercheur, contrairement à d’autres prêtres-enseignants historiens. Tout au plus a-t-il rédigé trois articles en matière d’histoire de l’Église en faisant usage d’archives. Mais son approche y reste très factuelle et énumérative, sans vraiment passer au stade de la problématisation et de l’interprétation historienneVoir les analyses d'E. Bousmar, L'abbé Schoonjans, op. cit..

Par ailleurs, son livre sur l’Inquisition n’est pas d’un niveau académique très poussé, que ce soit sur le plan historique ou théologique : il a la forme d’une agréable causerie, écho des leçons publiques pour dans lesquelles ce texte trouvait son origine. Il fut critiqué dès sa sortie pour son manque de problématisation du sujet, par un commentateur de la presse catholiqueP. Halflants, « L’inquisition », in Revue catholique des idées et des faits, , 1933-1934, -12, p. 7-8. Le chanoine chanoine Paul Halflants (1873-1945) avait lui-même de 1920 à 1927 enseigné la littérature à la Faculté de l’Institut Saint-Louis. Autre recension peu flatteuse, cette fois dans une revue scientifique de premier plan: E. Jordan, « Compte rendu de J. Schoonjans, L’Inquisition », in Revue historique, , t. CLXXIV, juillet-décembre 1934, p. 146..

Malgré cela, et bien qu’il n’a jamais obtenu de doctorat, Jean Schoonjans fut bel et bien nommé à un poste de professeur de Faculté. Une telle situation, bien que non généralisée, était possible dans le contexte de l’époque, et venait probablement couronner ses talents pédagogiques indéniables et appréciés. Mais la conséquence en était que, tant dans son enseignement que dans son activité pionnière de vulgarisation, la conception du passé véhiculée par l’abbé Schoonjans ne relevait pas d’une problématisation du passé national par un historien-chercheur mais bien du bagage culturel et idéologique d’un historien-conteur engagé dans un sens patriotique et « belgiciste » (=favorable à une Belgique unitaire, légitimée par le passé national, et sans décentralisation régionale).

Conception de l’histoire et apports de Jean Schoonjans