Isabel Zendal Gómez (Ágrela, Parada, Ordes, 1773 — Mexique, ?) est une infirmière espagnole d’origine galicienne.

D’extraction modeste, elle se fit infirmière, puis devint intendante de l’hospice de la Charité de la Corogne. Elle quitta son poste pour participer à la Royale Expédition philanthropique de Vaccination, dite communément expédition Balmis (du nom de son directeur, Francisco Javier Balmis), qui avait été chargée par la couronne espagnole de mener une campagne de vaccination anti-variolique dans les territoires d’outremer de l’Empire espagnol. Le rôle d’Isabel Zendal Gómez consistait à prendre soin des enfants emmenés par l’expédition pour servir, tout au long des deux années que dura la campagne de Balmis, d’enfants vaccinifères, c’est-à-dire de réservoirs vivants de vaccine : d’abord 22 petits pensionnaires de l’orphelinat de la Corogne et de Saint-Jacques-de-Compostelle, âgés de 3 à 9 ans, appelés à faire le trajet de la Corogne à l’Amérique, et ensuite 26 enfants, que l’expédition prit avec elle pour se rendre du Mexique aux Philippines. De l’avis général, Isabel Zendal Gómez eut à bord des navires, où elle était du reste l’unique femme, une activité exemplaire.

Biographie

vignette|220px|Agrela, dans la paroisse de Parada.

Origines et travail à l’hospice des enfants trouvés

Il n’existe pas moins de 35 versions différentes de son nom, situation à laquelle Balmis lui-même n’est pas étrangerLa calle Isabel López Gandalia recoge una de las 30 versiones que hay de los apellidos de esta mujer, La Voz de Galicia, 11 septembre 2009.S. M. Ramírez Martín dresse une liste (non exhaustive) de ces noms, voir La salud del Imperio. La Real Expedición filantrópica de la Vacuna, thèse, . ; d’autre part, il a été suggéréNotamment par l’historienne S. M. Ramírez Martín, dans un article de 2007, entre-temps invalidé sur ce point précis. qu’elle était née au Pays basque ou en Irlande, ou avait des ancêtres irlandais. En réalité, elle naquit en Galice, était l’aînée d’une fratrie de trois enfants, et eut pour père Jacobo Zendal, originaire de la paroisse galicienne de Santa Cruz de Montaos (Ordes), et pour mère María Gómez, de la paroisse (également galicienne) de Parada"La rectora Isabel, al descubierto", article dans le journal La Opinión de la Corogne., tous deux des paysans pauvres. Isabel apprit à lire et à écrire dans l’école paroissiale, où elle était alors la seule fille à assister aux cours. Elle avait 13 ans quand sa mère succomba à la variole, ce qui l’obligea à se rendre à la Corogne pour y trouver un emploi de servante.

Le , elle mit au monde son fils Benito ; peut-être était-elle veuve, et non mère célibataire (le qualificatif de femme de probité, c'est-à-dire de femme honorable, appliqué à sa personne dans un document de l'expédition Balmis, semble l’indiquer). À l’âge de 20 ans, elle commença à travailler à l’hôpital de la Charité de la Corogne (fondé par Teresa Herrera), d’abord comme aide-soignante, puis comme intendante (en esp. rectora, régisseuse). Le , elle percevait un salaire mensuel de 50 reales, auquel s’ajoutait une rémunération quotidienne en nature d’une livre de pain fait de « farine fine de première mouture ». À partir de , elle reçut une demi-livre de pain par jour pour son fils et, à partir d’août, une demi-livre de viande par jour.

Le règlement du Grand Hôpital de Santiago et de l’Hospice des enfants trouvés (Casa de Expósitos, litt. maison des enfants déposés au tour) définit comme suit les fonctions de l’intendante de la Casa de Expósitos :

Parmi les conditions d’embauche du personnel, on relève en particulier :

Recrutement dans l’expédition Balmis

Le , la corvette María Pita, destinée à faire traverser l’Atlantique à l’expédition Balmis, mit à la voile au départ de la Corogne avec 37 personnes à bord, avec mission d’apporter la vaccination jennérienne en Amérique et aux Philippines. Isabel Zendal Gómez avait renoncé à son poste dans l’hospice pour prendre en charge les 22 enfants vaccinifères, c’est-à-dire appelés à transporter le fluide vaccinal dans leur propre corps et à servir ainsi de réservoir vivant du vaccin. Il s’agissait de 6 enfants venus de la Casa de Desamparados de Madrid, de 11 enfants de l’hôpital de la Charité de la Corogne, et de 5 enfants venus de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pour se conserver intact sur une aussi longue distance et garder toutes ses vertus immunogènes, la vaccine devait impérativement être véhiculée par des enfants n’ayant pas auparavant contracté la variole, et se transmettre de l’un à l’autre — bras-à-bras — en une chaîne ininterrompue, tous les 9 ou 10 joursLa liste de ces enfants est connue ; y figurent — outre le propre fils d’Isabel Zendal, Benito Vélez, 9 ans — Andrés Naya (8 ans), Antonio Veredia (7 ans), Cándido (7 ans), Clemente (6 ans), Domingo Naya (6 ans), Francisco Antonio (9 ans), Francisco Florencio (5 ans), Gerónimo María (7 ans), Jacinto (6 ans), José (3 ans), Juan Antonio (5 ans), Juan Francisco (9 ans), José Jorge Nicolás de los Dolores (3 ans), José Manuel María (6 ans), Manuel María (3 ans), Martín (3 ans), Pascual Aniceto (3 ans), Tomás Melitón (3 ans), Vicente Ferrer (7 ans), Vicente María Sale y Bellido (3 ans), et un autre enfant encore, qui mourut pendant le périple..

L’enrôlement de Isabel Zendal Gómez dans l’expédition Balmis fut décidée alors que les expéditionnaires se trouvaient déjà à la Corogne et mettaient la dernière main à leurs préparatifs de voyage. Le , Balmis, se trouvant encore à Madrid, présenta une liste des membres de son expédition, détaillant les dotations octroyées à ceux-ci et à leurs familles, mais dans laquelle ne figurait pas l’intendante. Arrivé à la Corogne vers la mi- septembre, Balmis s’occupa d’affréter le navire et de recruter les enfants vaccinifères ; c’est alors qu’il entra en contact avec l’intendante de la Casa de Expósitos et que sans doute il résolut de l’intégrer dans l’expédition. L’on ignore si l’initiative de cet enrôlement émana de Balmis lui-même, de l’institut ou de Isabel Zendal Gómez, mais eu égard aux attributions dont était investi Balmis, en particulier celle en vertu de laquelle le « choix des enfants était une tâche privative du Directeur de l’expédition », et compte tenu du fait que peu de jours avant le départ il n’hésita pas à rayer de la liste initiale des expéditionnaires le nom de l’aide Ramón Fernández Ochoa pour avoir observé chez lui un mauvais comportement, cela n’aurait rien d’étonnant que la décision remontât directement à Balmis. Au cours du difficile processus de recrutement d’enfants ― qui devaient avoir entre 8 et 10 ans, être en bonne santé et n’avoir pas auparavant contracté la variole naturelle ―, Balmis s’était persuadé sans doute de l’opportunité d’emmener une figure féminine pour prendre soin d’eux durant le voyage, ou peut-être, ayant fait la connaissance de l’intendante, eut-il l’intuition qu’une femme dotée d'une telle expérience serait le garant d’une prise en charge optimale des enfantsS. M. Ramírez Martín et J. Tuells, Doña Isabel, la enfermera de la Real Expedición Filantrópica de la Vacuna..

Aussi, le , sur proposition de Balmis et d’Ignacio Carrillo, président de l’hôpital de la Charité, Isabel Zendal Gómez fut-elle nommée au titre d’infirmière de l’expédition, avec pour mission d’« insuffler la confiance et de prodiguer de l’affection maternelle aux enfants » :

Dans plusieurs documents il est affirmé qu’un des enfants vaccinifères est son propre fils. Quand l’expédition mit les voiles en direction des Philippines, « des 22 enfants partis de la Corogne, il en restait 21 à la charge du Vice-roi, car le dernier enfant restant demeura temporairement avec sa mère, l’intendante de la Casa de Expósitos de la Corogne »S. M. Ramírez Martín, Única mujer participante en la Real Expedición Filantrópica de la Vacuna: Dña. Isabel Sendales y Gómez, actes du Congreso Internacional de Historia de América, tome II, Editora Regional de Extremadura, Badajoz 2000: 271-6..

Rôle dans l’expédition

Le règlement de l’expédition prescrivait explicitement quels soins devaient être donnés aux enfants. Du reste, aucun des petits Galiciens ne revint dans sa région natale.

Chaque enfant reçut un baluchon contenant : deux paires de souliers, six chemises, un chapeau, trois pantalons avec leur jaquette respective de lin, plus un autre en toile pour les jours plus froids. Quant aux objets personnels, on leur remit à chacun : trois pièces de linge pour mettre autour du cou, plus trois autres pour le nez, et un peigne ; et pour les repas : un gobelet, une assiette et un jeu complet de couvertsIsabel Cendala y Gómez. Primera Enfermera de Salud Pública de México., blog..

Les missions des infirmiers, différentes de celles des autres expéditionnaires (médecins, stagiaires), consistaient à dispenser les soins réglementaires aux enfants, conformément au règlement mis au point par Balmis, qui disposait en effet :

Les infirmiers, qui n’avaient pas eu de formation universitaire mais étaient, par l’expérience acquise durant l’expédition, de précieux collaborateurs, avaient aussi pour devoir de faciliter le travail des chirurgiens en les aidant à résoudre les difficultés qui se présenteraient.

Apporter des soins aux enfants comportait des aspects très divers, en premier lieu ceux liés au voyage en lui-même : mal de mer, vomissements, gastro-entérites, parasitoses etc., accidents ordinaires lors d’une navigation. Les conditions climatiques également n'étaient pas sans affecter leur santé, p. ex. lorsqu’on passait, comme en l’espèce, de l’hiver tempéré et humide de la Galice à la chaleur extrême des zones tropicalesS. M. Ramírez Martín, La mayor hazaña médica de la Colonia. La Real Expedición Filantrópica de la Vacuna en la Real Audiencia de Quito, éd. Abya-Yala, Quito.. À cela s’ajoutait la grande vigilance qu’exigeaient les vaccinations successives de bras à bras qui étaient pratiquées sans interruption pendant tout le parcours ; il fallait prendre garde que les déjà vaccinés ne pussent pas contaminer les enfants non encore vaccinés, et empêcher que les enfants touchent aux incommodantes pustules vaccinales contenant la vaccine fraîche et puissent de la sorte compromettre la bonne transmission du fluide vaccinal et la chaîne de vaccination.

L’expédition fit escale à Santa Cruz de Tenerife, où les expéditionnaires passèrent un mois à vacciner la population, après quoi elle leva l’ancre le , traversa l'Atlantique, et atteignit Porto Rico le . Au Venezuela, l’expédition se scinda en deux sous-expéditions, l’une, dirigée par le Salvany, parcourant l’Amérique du Sud, l’autre, avec à sa tête Balmis, desservant la Nouvelle-Espagne et l’Amérique centrale. Isabel Zendal Gómez fera partie de cette dernière.

vignette|Plaque de rue portant en hommage à Isabel Zendal un avatar fréquent de son nom.

Le , la partie de l’expédition dirigée par Balmis, emmenant un groupe de 26 enfants mexicains, en plus du propre fils d’Isabel Zendal Gómez, appareilla du Mexique et, ayant mis le cap sur les Philippines, jeta l’ancre à Manille le . La mission de l’expédition accomplie, Isabel Zendal Gómez s’en retourna, avec quelque retard, à Acapulco le et s’établit avec son fils dans ce qui est aujourd’hui l’État mexicain de Puebla, sans doute à Puebla de los Ángeles, pour ne plus jamais ensuite revenir en Espagne, rompant définitivement ses liens avec la Péninsule et disparaissant ainsi des écrans de la science espagnole Smith MM. The “Real Expedición Marítima de la Vacuna” in the New Spain and Guatemala, Transactions of the American Philosophical Society, Philadelphia, 1974; 64 (1): 5-74.. Isabel Zendal Gómez avait donc eu soin d’abord des « petits Galiciens » (galleguitos), de la Corogne jusqu’à la capitale de Nouvelle-Espagne, puis des enfants mexicains qui partirent du port d’Acapulco à destination des Philippines.