Le Selle français (SF) est un registre généalogique (stud-book) de chevaux de sport français principalement issus du Pur-sang et sélectionnés sur leurs aptitudes ainsi que sur leurs performances sportives. Il résulte de la fusion en 1958 de l'ensemble des chevaux dits de « demi-sang ». D'origine particulièrement composite et dépourvu de standard fixe, ce cheval ne répond pas à la notion de race. Il est caractérisé par une grande taille, un modèle harmonieux et robuste, ainsi que par sa force et sa réactivité. Le Selle français est élevé sur l'ensemble du territoire français et dans de nombreux pays, notamment grâce à l'utilisation de l'insémination artificielle. Depuis 2002, sa sélection est gérée par l'Association nationale du selle français (ANSF), qui assure sa promotion et son amélioration génétique en prenant la suite des Haras nationaux.
Le Selle français est un cheval de sport polyvalent, qui permet la pratique de nombreuses disciplines équestres en compétition comme en loisir. Il est réputé pour être la meilleure monture au monde en saut d'obstacles, avec de nombreux succès olympiques. Il peut aussi s'illustrer en concours complet d'équitation de haut niveau sur la scène internationale. Des chevaux comme Galoubet A, Flambeau C, Jappeloup, Quito de Baussy, Rochet Rouge, Espoir de la Mare ou encore Donatello d'Auge, parmi de nombreux autres, ont largement contribué à sa renommée. Avec plus de individus recensés en France, le Selle français constitue une part économique importante de l'élevage équin, ainsi que l'élevage de chevaux le plus réputé de ce pays.
Dénomination et définition L'appellation actuelle du Selle français a été adoptée en 1958. À l'origine, elle désigne tous les chevaux du territoire français destinés à être montés. L'appellation « Cheval de selle français » est aussi employée. Le sigle est « SF ».
Pour la majorité des spécialistes, le Selle français ne répond pas à la définition d'une race. L'auteur Daniel Babo et la journaliste équestre Emmanuelle Brengard l'assimilent à une appellation, les auteurs Bernard et al. et la docteure en médecine vétérinaire Ludivine Vu Phuong à un , le journaliste équestre autrichien Martin Haller à une , et la journaliste équestre française Fanny Lattach à une . L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) classe cependant le SF parmi les races de chevaux ; localement, l'institut français du cheval et de l'équitation considère aussi le SF comme l'une des races françaises de chevaux de selle.
Histoire L'histoire du Selle français en tant que tel est récente, puisqu'elle ne débute réellement qu'après 1945. Comme tous les warmblood, il est extrêmement composite. Il résulte de nombreux croisements, principalement issus des différentes races de demi-sang françaises, et du Pur-sang. Son statut officiel n'a toutefois été défini qu'en décembre 1958, lors de la fusion de toutes les races dites de demi-sang en une seule.
Origines gauche|thumb|L'Anglo-normand est l'une des races demi-sang souches du Selle français.|alt=Dessin au trait d'un cheval vu de profil. Les origines du Selle français sont militaires, et peuvent être tracées au début du . Pour Babo, il n'est pas possible de parler d'un berceau d'origine pour ces chevaux, puisque se trouvent des origines d'un peu partout en France ; Bernard et al. estiment au contraire que la Normandie est le berceau du SF.
En Normandie, des juments autochtones sont alors croisées avec des étalons anglais, Pur-sang et trotteur Norfolk. Ce dernier exerce une forte influence entre 1834 et 1860. L'étalon Young Rattler (1811), importé d'Angleterre, est un Norfolk considéré comme l'ancêtre commun du Trotteur français et du Selle français. Les souches normandes commencent à se spécialiser en chevaux de course au trot, qui deviendront les Trotteurs français, en chevaux de traction, qui deviendront les Cob normands, et en chevaux de selle, qui deviendront les Anglo-normands, prototypes du Selle français actuel. La motorisation progressive des transports pousse des éleveurs à se tourner vers le cheval de cavalerie. Entre 1850 et 1900, le département de la Manche devient .
En 1914, le croisement entre une jument autochtone à orientation carrossière ou militaire et un étalon Pur-sang est reconnu sous le nom de « demi-sang ». Ces chevaux demi-sang se retrouvent dans de nombreuses régions françaises, dont ils tirent généralement leur nom. Bataille et Tsaag Valren considèrent les trois races souches du Selle français comme étant l'Anglo-normand (autour de Caen), le demi-sang du Centre (autour de Cluny) et le Vendéen (autour de La Roche-sur-Yon). CAB International (CABI) y ajoute le Charolais, le Bigourdan, le Limousin et le Tarbais. L'autrice anglaise Caroline Silver estime que le Selle français est la continuation logique de l'Anglo-normand, une analyse que rejoignent Bernard et al., dans la mesure où les haras normands se spécialisent dans le cheval de concours hippique, notamment de saut d'obstacles.
Les chevaux de guerre commencent leur déclin après 1914, puis les derniers régiments de cavalerie disparaissent dans les années 1940. La Seconde Guerre mondiale touche durement l'élevage normand, mais les éleveurs parviennent à conserver des chevaux de bonne condition. La moitié des équidés du haras national de Saint-Lô ont péri. C'est à cette époque que le Pur-sang Furioso (1939-1967), acheté en Angleterre en 1946, s'impose progressivement comme un chef de race de l'Anglo-normand, puis du Selle français, en figurant dans la généalogie de nombreux chevaux de sport réputés, dont Lutteur B. Le haras national du Pin et celui de Saint-Lô jouent le plus grand rôle dans la sélection. Le cheval n'étant plus un animal de luxe et l'équitation de loisir commençant à se développer, plusieurs éleveurs utilisent le Cob normand en croisement. Le croisement typique s'effectue entre une jument de traction et un étalon Pur-sang. La mise en œuvre du plan Marshall, à partir de 1947, a aussi des répercussions considérables sur l'orientation prise par les éleveurs, en les dissuadant de poursuivre l'élevage du cheval de trait. De nouveaux concours d'élevage de chevaux sont organisés, tandis que les meilleures juments sont situées dans les haras d'Isigny, Bayeux et Trévières.
La création du stud-book de l'Anglo-normand, en 1950, coïncide avec les premiers résultats sportifs internationaux en saut d'obstacles.
Fusion des demi-sangs français Au début du , les zootechniciens identifient de nombreuses variétés de demi-sangs, dont le Vendéen, le Charentais, le demi-sang du Centre (comprenant le Charolais, le Mâconnais et le Limousin), et surtout l'Anglo-normand. En 1958, sur arrêté ministériel et par application des Haras nationaux, l'ensemble de ces races dites « demi-sang » est fusionné sous le nom de « Selle français ». Pour l'auteur italien Gianni Ravazzi, cette décision vise à faciliter le commerce de ces chevaux hors de France, en les rendant plus facilement identifiables. L'autrice américaine Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma) estime cette décision de fusion logique, car les différentes races régionales de demi-sang, toutes influencées par le Pur-sang, se ressemblaient de plus en plus entre elles. D'autres races locales sont intégrées dans cette fusion, notamment le cheval de Corlay et l'Angevin. Les anciennes associations d'éleveurs de races locales perdent leur indépendance dans ce processus, et se regroupent dans la seule association du Selle français. Dès lors, des éleveurs de la Vendée et de l'Ain concurrencent ceux de la Normandie.
Le stud-book SF est ouvert à l'inscription des chevaux en 1963. Selon ses critères initiaux, il accepte aussi tout cheval demi-sang ayant moins de 25 % d'origines Pur-sang, Trotteur français ou Anglo-arabe. Quelques Barbes ont peut-être fait partie de ces croisements initiaux. L'Arrêté du , premier texte définissant ce qu'est un SF, stipule que :
L'année suivante, une distinction est établie entre le Selle français (SF) et le cheval de selle (CS), le premier étant soumis à une sélection sportive qui ne concerne pas le second ; le règlement interdit aussi à tout cheval de moins d' d'entrer au registre SF.
Les premiers sujets SF sont peu homogènes, et le restent jusque dans les années 1970. Ils offrent une grande diversité génétique qui est par la suite complétée par des croisements avec des chevaux Pur-sang, Anglo-arabe et Trotteur français. Les origines normandes sont les plus représentées., les étalons Anglo-normands ayant sailli sur l'ensemble du territoire français.
Les fils de Furioso (Lutteur B et Pomone B), ainsi que l'étalon Almé (né en 1966), construisent la réputation du SF. Le Pur-sang Rantzau (1946 - 1971) est aussi un important fondateur. Selon Emmanuelle Brengard, : Furioso, Fra Diavolo, Rantzau, Ultimate et Orange Peel ; Vu Phuong reprend cette même liste en y ajoutant le Pur-sang de croisement plus tardif Laudanum. C'est cependant l'étalon Ibrahim, né en 1952, descendant d'Orange Peel et père d'Almé, qui est le premier pilier de l'élevage du SF, à l'origine de la plupart des champions sportifs. L'éleveur Germain Levallois témoigne qu'il n'est pas rare, dans les concours d'élevage des années 1960 et 1970, que quinze pouliches filles d'Ibrahim se classent aux quinze premières places. Ibrahim est le père de plus de cinquante étalons SF.
Du milieu du au début des années 2000 vignette|L'étalon SF Galoubet A en 1981.|alt=Photographie en noir et blanc d'un cheval monté sautant un obstacle. Avec la création du registre généalogique (stud-book), le SF est sélectionné uniquement pour les sports équestres, de nombreux arrêtés subséquents limitant les inscriptions au stud-book aux animaux capables de bonnes performances sportives. Depuis les années 1960 jusqu'à nos jours, il est présent sur la scène sportive internationale avec succès. Dans les années 1970, le SF a la réputation d'être un grand cheval peu élégant avec un profil busqué, et trottant mal. Il existe de grandes divergences entre les chevaux, ceux provenant des Anglo-normands étant généralement plus massifs que les autres. Dans les années 1980, l'INRA et les Haras nationaux mettent en place le BLUP, un indice génétique pour estimer la valeur des chevaux de sport français. L'informatisation de ces données de performances permet du SF. Cette tutelle des organismes publics suscite certaines critiques d'éleveurs, mais elle permet de moderniser l'élevage, avec notamment l'introduction de l'insémination artificielle, plus précoce en France que dans d'autres pays. Le stud-book SF limite longtemps les croisements autorisés à quatre races : Pur-sang, Arabe, Anglo-arabe et Trotteur français. Puis, les sujets se sont homogénéisés et affinés pour devenir des chevaux de sport alliant force et sang chaud. L'arrivée de l'insémination artificielle dans les années 1980 et 1990, suivie de la création de la World Breeding Federation for Sport Horses (WBFSH), entraînent une ouverture accrue du stud-book et un recours fréquent à des reproducteurs issus d'autres pays européens, notamment allemands, belges, néerlandais et anglais. Les éleveurs peuvent ainsi renouveler les courants de sang et éviter l'usage répétitif des mêmes reproducteurs. Le transfert d'embryon est aussi introduit plus tôt pour le SF que dans d'autres pays d'Europe. Entre 1974 et 2002, poulains SF naissent chaque année en France. Entre 1976 et 1999, les nouvelles naissances progressent de plus de 38 %, démontrant l'intérêt suscité parmi les éleveurs. Jusqu'au milieu des années 1990, seuls les croisements du Pur-sang, de l'Anglo-arabe, du Trotteur français, de l'Arabe et des chevaux labellisés par les Haras nationaux sont autorisés à porter l'appellation de Selle français. En 1992, l'un des parents doit porter l'appellation pour que son poulain puisse la porter à son tour. En 1995, des limitations sont introduites à l'inscription des chevaux ayant un seul parent SF.